De Xitou à Shanlinxi : voyage dans les nuages entre cryptomérias, village des monstres et cascade de Songlongyan

En pédalant de Xitou vers Shanlinxi, l’altitude passe d’environ 1 150 mètres à plus de 1 600 mètres. En à peine plus de 12 kilomètres, on traverse pourtant plusieurs étages de forêts bien distincts. Plus on monte, plus l’air se rafraîchit, plus le silence s’épaissit. Le parfum des cèdres de Lawson se mêle à l’odeur des feuilles de bambou, lavant peu à peu la moiteur étouffante de la plaine. C’est l’un des rares itinéraires de montagne à Taïwan où l’on « pédale dans les nuages du début à la fin », et à mes yeux, la montée la plus apaisante qui soit.
Cet article ne parle pas d’allure. Les chiffres de l’ascension de Xitou à Shanlinxi — 12,3 kilomètres, 1 168 mètres de dénivelé, 5,0 % de pente moyenne — se trouvent dans les guides. Ce que je veux vous faire découvrir, c’est l’étang universitaire où se reflète un pont en arche, le village des monstres nourri de légendes d’ours noirs, la cascade de Songlong qui dévale la paroi rocheuse, et derrière le nom de lieu « Liulongtou », un pan d’histoire lié au bois et aux téléphériques à câble.
Xitou : une forêt qui respire
Le parc naturel éducatif de Xitou se trouve dans la vallée de Fenghuang, au sud-ouest du canton de Lugu, et est géré par le bureau de la forêt expérimentale de l’Université nationale de Taïwan. Ce n’est pas une zone touristique surexploitée, mais une forêt de cèdres de Lawson soigneusement entretenue — dès qu’on y pénètre, la lumière du soleil est tamisée par les couches successives de la canopée en taches lumineuses, et l’air est chargé de phytoncides.
Le monument le plus célèbre de Xitou est l’étang universitaire. Un pont en arche tressé en bambou enjambe l’eau, son reflet se dessinant à la surface. Quand la brume se lève, les abords de l’étang semblent voilés d’un fin tissu — une image que beaucoup considèrent comme « le plus beau coin de forêt de Taïwan ». L’étang universitaire est le plus émouvant à l’aube : la surface est lisse comme un miroir, le reflet des cèdres parfaitement net, la brume glisse lentement au-dessus de l’eau, et parfois un oiseau d’eau la traverse, faisant naître une ride à la surface. J’y suis resté longtemps, sans rien faire, juste à regarder la brume venir et repartir. Ce calme-là, on ne peut pas l’acheter en ville, même à prix d’or.
Autre lieu incontournable : la passerelle suspendue dans la canopée — une passerelle d’observation de la canopée, surélevée d’environ 22,6 mètres et longue d’environ 220 mètres, qui vous permet de marcher au sommet des arbres et de voir toute la forêt avec un regard d’oiseau. En marchant dessus, sous vos pieds s’étagent les cimes, devant vous se dessinent les montagnes lointaines découpées par les nuages. À cet instant, vous comprenez soudain à quel point l’être humain est petit face à la forêt — et cette petitesse est étrangement rassurante. C’est le cadeau le plus généreux de Xitou : il vous permet de quitter temporairement le sol, et aussi de quitter temporairement ce vous qui est toujours pressé d’avancer.
On y trouve aussi une forêt de ginkgos, qui devient toute dorée à la fin de l’automne — un rendez-vous saisonnier très prisé des photographes. Quant à l’ancien arbre sacré de Xitou — ce cyprès rouge millénaire — il s’est malheureusement effondré en septembre 2016 ; il ne reste plus que les photos et les souvenirs pour s’en souvenir. Cela nous rappelle aussi que tout, dans une forêt, a son cycle de vie ; ce que nous pouvons faire, c’est bien le regarder tant qu’il est encore là.
Je me souviens encore de la sensation de ma première entrée dans la forêt de cèdres de Xitou. La chaleur accumulée tout le long de la route depuis Zhushan et Lugu s’est éteinte comme par un interrupteur au moment où j’ai franchi l’entrée du parc — la température a chuté, les sons se sont assourdis, même ma respiration est devenue plus profonde et plus lente. Les cèdres de Lawson sont une empreinte laissée par le reboisement de l’époque coloniale japonaise ; ils se dressent en rangées bien droites, leurs troncs couverts d’une fine couche de mousse, la lumière traversant la canopée pour projeter des taches mouvantes sur le tapis d’aiguilles et de feuilles mortes. En marchant là-dedans, on allège instinctivement son pas, comme si on craignait de réveiller quelque chose. Cette forêt ne fait pas de bruit ; elle existe simplement, avec une douceur presque maternelle, accueillant chaque grimpeur en sueur qui monte jusqu’à elle.
Je pense souvent que ce que Xitou a de plus précieux n’est pas un site en particulier, mais le fait que « le temps y passe plus lentement ». La ville découpe nos journées en cases de rendez-vous ; cette forêt, elle, ne fait rien, si ce n’est nous rappeler : la respiration peut être plus longue, le pas plus lent, et l’on peut regarder un arbre très, très longtemps.
Le village des monstres : une légende d’ours noir et de panthère nébuleuse
À côté du parc de Xitou se cache un coin plein de fantaisie et d’histoires — le village des monstres (Songlin Village). C’est un quartier commerçant de style japonais, inauguré officiellement en 2011. Lanternes rouges, maisons en bois, créatures « monstres » visibles partout : il est devenu un lieu incontournable pour les photos, apprécié des petits comme des grands.
Mais l’âme du village des monstres est avant tout une légende locale. L’histoire vient d’un habitant de Lugu, « Songlin Shengyi » — on raconte qu’il aurait élevé un ours noir nommé « Kuma » et une panthère nébuleuse nommée « Bado ». C’est ainsi que « Attention à Kuma » est devenu le slogan emblématique du village, et cet ours noir, le symbole spirituel de tout le parc.
J’aime beaucoup cette façon de « transformer une histoire locale en un monde à part entière ». Ce n’est pas un artifice commercial inventé de toutes pièces, mais une imagination née des montagnes et des habitants de Lugu. En passant à vélo, n’hésitez pas à vous arrêter, à flâner, à acheter un pain farci en forme de personnage, et à ressentir ce côté à la fois humoristique et tendre de cette vallée.
J’aime tout particulièrement le village des monstres à la tombée du soir, quand les lumières s’allument. Alors que le crépuscule envahit la vallée, les lanternes rouges s’illuminent une à une, les contours des maisons en bois émergent de la lueur, la brume flotte, et la rue entière semble vraiment entrer dans les confins d’un conte. Les enfants courent après les silhouettes de « Kuma », leurs rires résonnent dans la vallée ; les adultes, eux, flânent lentement sous les lanternes, fondus par cette tendresse volontairement mise en scène mais jamais forcée. Je me dis toujours qu’un lieu qui construit tout un village pour une légende, c’est en soi une forme de romantisme — cela signifie qu’on croit que les histoires méritent d’être bien traitées, que l’imagination peut prendre racine dans une vraie vallée.
Pour les cyclistes, le village des monstres a aussi une utilité bien concrète : c’est une rare « station de ravitaillement émotionnel » sur cette montée. Quand vos jambes luttent contre l’altitude et que votre esprit commence à se demander « pourquoi je me fais subir ça », un virage qui dévoile soudain des lanternes rouges et le parfum des pains farcis en forme de personnages, cette fantaisie inattendue suffit souvent à vous recharger complètement, et vous repartez en souriant vers le haut.
Oolong de Dongding : le goût de ce versant
Pour comprendre Lugu, il faut parler de thé. C’est ici la célèbre région de production de l’oolong de Dongding — « Dongding » est un lieu-dit de Lugu. L’oolong de Dongding est réputé dans tout Taïwan pour son arôme de torréfaction unique et son arrière-goût sucré. En montant vers Shanlinxi, plus l’altitude est élevée, plus le caractère du thé devient limpide ; le thé de haute montagne de Shanlinxi jouit lui aussi d’une grande renommée.
En pédalant sur cette route, vous croiserez des plantations de thé accrochées aux flancs des collines. Au petit matin, une fine brume enveloppe les théiers, les silhouettes des cueilleurs apparaissent et disparaissent — c’est l’image la plus vivante de ce versant. Quand vous êtes fatigué, arrêtez-vous quelque part pour boire un thé local, laissez l’arôme de torréfaction du Dongding ou la fraîcheur d’altitude du Shanlinxi redonner des forces à vos jambes. Cette tasse de thé est le ravitaillement le plus doux de cette route.
Le thé taïwanais a une capacité étonnante : celle d’infuser le caractère d’un versant dans une tasse. L’arôme de torréfaction de l’oolong de Dongding est riche et posé, comme les pentes douces de Lugu cultivées depuis des générations ; plus on monte vers les hauteurs de Shanlinxi, plus l’altitude s’élève, plus l’écart de température entre jour et nuit se creuse, plus les nuages enveloppent les sommets — les théiers poussent lentement dans cet environnement, mais leur saveur est plus fraîche et plus élégante, tout comme cette route de montagne qui devient de plus en plus silencieuse à mesure qu’on grimpe. En buvant, vous vous rendez compte que vous ne faites pas que vous ravitailler : vous lisez la montagne avec vos papilles — chaque arrière-goût sucré est une phrase que cette terre vous écrit.
Et les gens qui travaillent dans les plantations sont la véritable âme de ce paysage. Cueillette, flétrissage, malaxage, torréfaction : chaque étape recèle un savoir-faire et une patience accumulés sur des générations. Quand vous passez à vélo devant les rangées de théiers et que vous apercevez au loin le dos courbé d’un cueilleur, vous comprenez soudain : ce que vous appelez « paysage », c’est leur « quotidien » à eux, jour après jour. Cette prise de conscience vous remplit d’un respect nouveau pour cette route — elle n’est pas une scène créée pour le tourisme, mais un lieu où des gens vivent simplement, concrètement, leur vie.
La cascade de Songlong : la première merveille de Shanlinxi
Une fois arrivé du côté de Shanlinxi, le site à ne surtout pas manquer est la cascade de Songlong. Avec un dénivelé de plus de 38 mètres, l’eau s’y précipite depuis les hauteurs — on la surnomme « la première merveille de Shanlinxi ». À côté de la cascade se trouve une grotte naturelle de grès, « Songlong », où l’humidité est dense et la fraîcheur saisissante — l’endroit le plus rafraîchissant en plein été.
Debout devant la cascade, à écouter le grondement de l’eau et à sentir les embruns sur votre visage, vous vous dites soudain : ces 1 168 mètres de montée venaient tous de là, pour échanger contre cet instant de fraîcheur et de majesté. La puissance d’une cascade de haute montagne ne se donne qu’à ceux qui ont accepté de transpirer pour grimper jusqu’à elle.
Je me souviens particulièrement de cet après-midi d’été passé sous la falaise de Songlong. La température en plaine devait rôtir le bitume, et pourtant j’étais là, enveloppé d’embruns, la fraîcheur s’infiltrant de la peau jusqu’aux os. Le bruit de la cascade couvrait toutes les pensées parasites. À cet instant, plus de kilométrage, plus de fréquence cardiaque, plus de classement — seulement l’eau, seulement la fraîcheur, seulement une sensation d’instant présent presque luxueuse. J’ai compris pourquoi les anciens aimaient chercher la quiétude dans les montagnes profondes : non pas pour conquérir, mais pour se faire tout petit face à la grandeur de la nature, et en tirer une paix étrange. Cette eau qui dévale de 38 mètres de haut ne lave pas seulement la chaleur, mais aussi toute la fatigue accumulée dans le cœur par une ville entière.
Liulongtou : un nom de lieu entre bois et téléphérique forestier
Près du point culminant de cette route se trouve un lieu-dit appelé « Liulongtou », également orthographié « Liulongtou ». Son origine renferme un pan de l’histoire forestière de Taïwan — autrefois, on y installait un téléphérique (liulong) pour acheminer les troncs coupés dans la région de Shanlinxi jusqu’à Xitou, à environ 13 kilomètres de là. « Liulongtou » désignait le point de départ de ce câble.
Lorsque vous atteignez ce point culminant, essoufflé, et que vous découvrez l’histoire de ce nom, le paysage qui s’offre à vous gagne soudain en profondeur. Cette route que vous empruntez fut jadis une artère vitale pour le bois et la main-d’œuvre ; ce sommet paisible sous vos pieds résonnait autrefois des bruits de l’exploitation forestière et du téléphérique. Les noms de lieux sont des lettres que la terre adresse aux générations futures ; les déchiffrer donne à cette ascension le poids d’un dialogue avec l’histoire.
J’aime égrener un à un les noms des hauts lieux de Taïwan — ce sont presque tous des traces de labeur. Liulongtou, Mujiliao, le débusquage, le téléphérique : derrière ces noms se tient toute une époque d’hommes qui, avec les outils les plus rudimentaires et les épaules les plus robustes, descendaient un à un les arbres géants des montagnes profondes. C’était l’âge d’or de l’exploitation forestière taïwanaise, mais aussi le plus éprouvant. Aujourd’hui, les câbles sont démontés, l’exploitation a cessé, la forêt a repris ses droits, et il ne reste que ce nom, « Liulongtou », qui veille silencieusement au sommet, gardant la mémoire de la sueur versée par ces bûcherons dont aucun nom n’a survécu.
Le plus fascinant dans le cyclisme réside peut-être ici. Vous croyez simplement pédaler vers le haut, mais en réalité vous roulez sur des strates de temps superposées. Cette même route a vu passer les bûcherons, les transporteurs de bois, les marchands de thé ; aujourd’hui, ce sont des cyclistes en quête de pente qui lui succèdent — et la montagne, elle, reste là, immuable, observant le va-et-vient des hommes, recueillant dans ses nuages les histoires de chaque génération.
Une année de brumes : la saisonnalité de Xitou et Shanlinxi
Le charme de cet itinéraire de haute montagne tient à ce qu’il se transforme tout au long de l’année. Au printemps, les rhododendrons et une multitude de fleurs ponctuent la forêt ; en été, c’est l’une des destinations de villégiature les plus prisées de l’île — quand la plaine grimpe à 35 degrés, ici la fraîcheur est délicieuse ; en automne, les ginkgos jaunissent, le ciel est haut et la visibilité optimale ; en hiver, l’humidité froide et la solitude règnent, le brouillard enveloppe la forêt, offrant une beauté altière singulière.
Et quelle que soit la saison, la grande signature des lieux reste toujours la « brume ». Les vallées s’embuent souvent en après-midi, une vapeur blanche circule entre les cryptomères, donnant à toute la route l’impression de flotter au-dessus des nuages. À pédaler dans le brouillard, le monde se réduit à quelques mètres de route devant vous et aux arbres autour — une solitude et un silence presque méditatifs.
Du côté de Shanlinxi se cachent aussi des floraisons saisonnières. Le parc est réputé pour ses plantations de fleurs variées qui se succèdent au fil des saisons, offrant à cette route de montagne des visages différents tout au long de l’année. Les hortensias de fin de printemps, les murs fleuris de l’été, les diverses plantations qui se relaient selon la saison : le cycliste qui atteint Shanlinxi est toujours accueilli par une floraison inattendue. C’est le romantisme de la haute altitude — parce que les températures sont basses et que les saisons avancent plus lentement, les fleurs y éclosent plus tard qu’en plaine et durent plus longtemps, comme pour prolonger un peu plus les beaux moments pour ceux qui ont peiné à monter.
Mon souvenir le plus marquant reste une ascension solitaire par un matin profondément automnal. Ce jour-là, le brouillard était si épais que la visibilité ne dépassait pas une quinzaine de mètres ; les cryptomères émergeaient un à un de la brume blanche puis s’y fondaient, comme un rêve au ralenti. Je n’entendais presque aucun son, seulement ma propre respiration et le léger ronronnement de la chaîne. Cette solitude n’avait rien de mélancolique : c’était la sécurité rassurante d’être pleinement enveloppé par la forêt. À mesure que je montais, je n’avais même plus envie d’aller vite — je voulais que ce moment passé dans les nuages s’étire encore un peu, encore plus longtemps.
Ce que cette route signifie pour les cyclistes
Ce que Xitou à Shanlinxi enseigne aux cyclistes, c’est « l’être-avec-la-forêt ». Ce n’est pas aussi animé que le lac Sun Moon, ni aussi spectaculaire que Wujie ; sa beauté est introvertie, elle exige qu’on se taise pour la recevoir. Les 1 168 mètres de dénivelé laissent l’agitation en bas, et réservent la fraîcheur, le parfum du thé, le bruit des cascades et la brume à ceux qui acceptent de transpirer.
Pour de nombreux cyclistes taïwanais, c’est le choix numéro un pour « grimper au frais en été » — quand la plaine est trop chaude pour bouger, la forêt vous ouvre ici une porte de fraîcheur. C’est aussi pour beaucoup le point de départ d’un « amour de la montée en altitude » : la pente n’a rien d’effrayant, mais l’altitude suffit à vous faire goûter la saveur des nuages.
Une montée, et aussi un rythme de vie
Je pense souvent que cette route, de Xitou à Shanlinxi, enseigne la philosophie de la « continuité ». Pas d’épingles à cheveux enchaînées qui font monter l’adrénaline, pas de pentes infernales qui donnent envie d’abandonner. Elle monte simplement, doucement, régulièrement — cette ascension « sans violence mais sans répit » est en réalité plus proche de la vraie vie que n’importe quelle pente spectaculaire. La plupart des difficultés de l’existence ne sont pas un défi fracassant, mais cette « continuité » qui, jour après jour, paraît anodine et pourtant ne vous lâche jamais.
Et cette route vous apprend aussi que pour tenir dans la durée, il ne faut pas serrer les dents, mais trouver le rythme que l’on peut maintenir longtemps, puis lui faire confiance. Comme lorsqu’on roule dans le brouillard : vous ne voyez pas le bout, tout ce que vous pouvez faire, c’est bien poser le pied sur la pédale, bien respirer. Quand vous apprenez à cohabiter avec la « continuité », à avancer sereinement sans voir la fin, alors à un virage, vous entendez soudain le bruit de l’eau de Songlong Rock — et vous comprenez que vous êtes déjà monté bien plus haut, bien plus loin que vous ne le pensiez.
Escapades et conseils
- Étang universitaire, passerelle suspendue : les incontournables du parc de Xitou, à parcourir au ralenti.
- Village des monstres : quartier commerçant de style japonais et légende du « Kuma », une halte qui plaît à tous les âges.
- Cascade de Songlong Rock : le joyau de Shanlinxi, la fraîcheur saisissante d’une cascade de haute montagne.
- Oolong Dongding et thé de haute montagne : avant de repartir, emportez un paquet pour ramener chez vous le goût de ces pentes.
- Tenue chaude et vigilance face au brouillard : les écarts de température sont importants en altitude et le brouillard s’installe souvent l’après-midi ; vêtements chauds et prudence sont indispensables.
- Ginkgos et saison des fleurs : en fin d’automne, les ginkgos de Xitou jaunissent et le parc de Shanlinxi fait défiler ses floraisons toute l’année ; éviter l’affluence du week-end permet d’en profiter en toute quiétude.
- Le temps d’une tasse de thé : avant de partir, accordez-vous une pause thé pour clore cette sortie par une note gustative, et emportez un paquet de thé local pour prolonger le voyage.
Une forêt pour soi, des souvenirs pour tous
Chose curieuse, j’ai parcouru cette route en solitaire, et aussi en groupe, dans une joyeuse animation. Les deux expériences sont radicalement différentes, et pourtant tout aussi belles.
Seul, la forêt est introvertie — on entend sa propre respiration, on voit le brouillard se déplacer, c’est un long dialogue avec soi-même. Avec des amis, la forêt devient bruyante — quelqu’un crie des encouragements dans les raidillons, d’autres se précipitent pour se prendre en photo devant les pains façonnés du Village des monstres, d’autres encore ouvrent les bras devant Songlong Rock en criant « quel bonheur ! ». Une fois en haut à Shanlinxi, on se retrouve autour d’une tasse de thé chaud, chacun raconte ses moments de doute et de révélation, et toute cette sueur partagée se transforme en histoires que l’on savoure en redescendant.
J’ai fini par comprendre qu’une grande route sait accueillir ces deux façons de la pratiquer. Elle peut être un refuge pour fuir le monde et se retrouver, ou un creuset où l’amitié se soude entre passionnés. De Xitou à Shanlinxi, c’est exactement cela : elle offre le silence aux solitaires, des souvenirs aux groupes, et elle, de son côté, se tient simplement là, avec douceur, laissant chacun repartir avec sa propre part de forêt.
La saison des lucioles dans la vallée
Outre la brume et les ginkgos, cette forêt de haute altitude recèle une autre saisonnalité, plus discrète et facile à manquer — au début de l’été, dans les recoins humides et ombragés autour de Xitou, on peut parfois apercevoir la lueur vacillante des lucioles dans l’obscurité. Ce n’est pas un spectacle organisé, mais la réponse naturelle d’un écosystème forestier en bonne santé : un air suffisamment humide, une eau suffisamment pure, une pollution lumineuse suffisamment faible — il ne manque rien.
Si vous choisissez de terminer votre sortie en fin d’après-midi et de vous attarder autour de Xitou, vous pourrez, avec un peu de chance, surprendre ces points de lumière ténus flottant entre les ombres des arbres. Comparée à la douceur de l’étang universitaire ou à l’immensité de la passerelle suspendue en journée, c’est une autre facette de Xitou qui ne se révèle que la nuit — silencieuse, minuscule, et pourtant tout aussi captivante. C’est aussi ce que cette forêt m’a appris : la splendeur du jour mérite d’être poursuivie, mais la finesse de la nuit mérite tout autant qu’on s’arrête pour l’attendre.
Le murmure d’un cycliste
Un jour, à l’aire de repos de Shanlinxi, j’ai rencontré un cycliste d’âge mûr qui était monté seul. Nous avons échangé quelques mots. Il m’a dit qu’il venait rouler sur cette route un jour par an, sans raison particulière, juste pour « vérifier qu’il pouvait encore grimper ». Il disait que la vie en plaine allait trop vite, si vite qu’on en oubliait le rythme de son propre corps ; et que cette route, elle, était honnête — si tu pédales trop vite, elle te fait souffler ; si tu pédales régulièrement, elle t’offre un paysage tout du long. Sur ces mots, il a souri, remis son casque pour redescendre, et m’a laissé cette phrase : « Cette route ne te ment pas, elle reflète simplement qui tu es aujourd’hui. »
Je n’ai jamais oublié cette phrase. C’est peut-être là toute la beauté du parcours de Xitou à Shanlinxi — il ne promet jamais de raccourci, ne récompense pas la brutalité, il est simplement là, en silence, attendant que chacun, prêt à se confronter honnêtement à lui-même, grimpe lentement.
Depuis, à chaque fois que j’emprunte cette route et que la fatigue me gagne, je repense aux paroles de ce cycliste. La fatigue, c’est le corps qui rend compte honnêtement de ton état du jour ; et la montée, d’une certaine manière, est une pratique de la franchise envers soi-même. La montagne ne te console pas, ne te fait pas de rabais, mais elle t’accueille avec la fragrance des cryptomérias et le murmure de l’eau de Songlong, enveloppant doucement chacun de ceux qui osent se regarder en face.
Conclusion
Ces 12,3 kilomètres de Xitou à Shanlinxi sont une route de montagne qui mêle « forêt, légendes, parfum de thé, cascades et histoire » dans la brume. Elle récompense chaque coup de pédale régulier par la fraîcheur des cryptomérias et des bambouseraies ; elle transforme une simple montée en un baptême forestier, avec le pont voûté de Daxuechi, les lanternes du village des monstres et le murmure de l’eau de Songlong. Lorsque tu pédales enfin dans les nuages, tu comprends — certaines routes se grimpent en dénivelé, mais ce que tu en rapportes, c’est le silence d’une forêt entière. Voilà, c’est ça, Xitou Shanlinxi.
Si un jour la ville t’a trop épuisé, si les chiffres et les comparaisons te coupent le souffle, je te recommande de venir grimper cette route. Pas besoin de viser la vitesse, pas besoin de te soucier du classement, laisse-toi simplement monter doucement, régulièrement. Traverse les cryptomérias qui respirent à Xitou, les lanternes rouges du village des monstres, les rangées de champs de thé dans la brume, lis un passage de l’histoire des câbles et du bois à Liulongtou, et pour finir, laisse-toi totalement vider l’esprit au son de l’eau de Songlong. Quand tu redescendras, tu découvriras que tu ramènes avec toi, non seulement la fatigue de tes jambes et la légèreté du cœur, mais aussi le silence qu’une forêt entière a gardé pour toi. Ce silence, dans les nombreux jours de fatigue à venir, te soutiendra discrètement. Voilà, c’est ça, le plus tendre des remerciements que Xitou Shanlinxi offre à tous ceux qui acceptent de transpirer pour grimper.
Lectures associées
- Pédaler dans la petite Xitou du sud de Taïwan : la brume, l’histoire forestière et la reconstruction après les typhons de la route forestière de Tengzhi
- Guide de la montée de Xitou Shanlinxi : la difficulté cachée de 5 % sous 1 600 mètres d’altitude
- Rouler là où la brume se lève : les mers de nuages, les sources sacrées et la mémoire de Wushe, de Lushan à la route provinciale 14
- Entre le parfum du thé et la mer de nuages : pédaler sur la route 101 jusqu’au secret des forêts de ginkgos de Dalunshan, à Lugu
觀霧 變好騎了! | 北高車友爆笑大會師 | 公路車 | 單車旅遊 Taiwan Cycling Route GuanWu
6 年前
台北闊瀨陡坡 騎旅 / 日本單車雜誌編輯車友臨時加入!/ 髮香才是最強的 / feat. 北迴歸線小隊 / 公路車 CT Yeh
6 個月前
新竹羅平 x 天湖部落 大禹嶺級變態陡坡! 4K超高畫質 空拍 | 公路車
5 年前
一定要騎一次!阿里山最深處:里佳部落!單車旅行 | 2800m爬升 | 深度部落體驗:嗨翻晚會、螢火蟲、銀河 | feat. JJSC & 廢物伙伴 | 公路車 CT Yeh
9 個月前
#北橫 + #北進武嶺 最硬的員工旅遊 EP1 | #公路車 #拉拉山 | 明池 | 武嶺 | 武陵農場 | 雲海 | Taiwan Cycling Route Wulin
6 年前
大武山20%魔王陡坡【JJSC南台灣遊騎Day2】!屁股真的要裂開了...凡士林抹滿也沒用?神秘金教堂還有超便宜夜市
3 個月前
嘉義大埔、阿婆灣挑戰賽,美到以為在日本!ft. 環騎5 Cool 西拉雅188 / 公路車 / CT Yeh
7 個月前
5 ℃ 櫻花之旅 / 75萬單車直接雨中洗車.../ 平菁街 / 北迴歸小隊 / 公路車 / CT Yeh
5 個月前