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Brume et rails dans la ville montagnarde des lanternes célestes : pédaler vers la cascade de Shifen, entre pluie et lumière à Pingxi

單車生活

Brume et rails dans la ville-montagne aux lanternes célestes : pédaler vers la cascade de Shifen, entre pluie et lumière à Pingxi

Ce jour-là, j’ai tourné mon guidon vers Pingxi. La route de montagne serpentait vers le sommet tandis qu’une fine pluie tombait du ciel — un phénomène pourtant tout à fait normal à Pingxi. Cette région est l’une des villes-montagnes les plus pluvieuses de tout Taïwan ; les sommets y sont enveloppés d’une brume légère presque toute l’année. Et ma destination, c’était Shifen, et cette cascade surnommée « le Niagara de Taïwan » : la cascade de Shifen.

I. Une ville-montagne née de l’industrie minière

Pingxi, ce nom porte en lui-même une poésie géographique — là où les pentes s’adoucissent s’étend une vallée traversée par un ruisseau, formant un bassin tranquille dans les montagnes du nord-est de Nouvelle-Taipei. Mais l’histoire de Pingxi n’a pas toujours été paisible. De l’époque coloniale japonaise jusqu’à plusieurs décennies après la guerre, la région fut l’une des principales zones d’extraction de charbon de Taïwan. L’or noir enfoui dans les flancs de montagne soutenait tout l’économie du village et faisait vivre, génération après génération, des familles qui tiraient leur subsistance des mines. Pour transporter le charbon hors des montagnes, on construisit à l’époque une ligne ferroviaire dédiée — la ligne Pingxi — qui serpente le long d’un affluent de la rivière Keelung, reliant une série de petites gares de montagne : Houtong (Houdong), Wanggu, Lingjiao, Pingxi, Jingtong… Et Shifen est précisément la gare la plus emblématique de cette ligne.

À mesure que l’industrie minière taïwanaise déclinait à la fin du siècle dernier, le centre économique de Pingxi est passé peu à peu des profondeurs de la terre à la surface, de l’industrie au tourisme. Les voies ferrées qui transportaient autrefois le charbon sont devenues, aux yeux des voyageurs, le symbole du « petit voyage rétro » ; les sentiers de montagne autrefois foulés par les mineurs attirent désormais des cyclistes comme moi, qui gravissent la pente coup de pédale après coup de pédale. Cette transition d’identité donne à l’air de Pingxi une qualité à la fois contradictoire et fascinante — à la fois la quiétude et la simplicité d’une ville de montagne, et le poids de l’essor et du déclin industriel de toute une génération.

II. Sur la montée, une route tissée de pluie et de brume

La topographie de Pingxi en fait une zone typique de pluie orographique sur versant au vent — les montagnes soulèvent les courants d’air chauds et humides, l’humidité se condense en pluie. Cette pluie orographique (effet orographique) maintient Pingxi dans une humidité quasi permanente : même quand le soleil brille sur le centre de Taipei, il peut pleuvoir finement dans les montagnes de Pingxi. Ce jour-là, je roulais sur cette montée en direction de la cascade de Shifen. La pente était continue et soutenue, le vent de montagne chargé d’humidité me fouettait le visage, et la visière de mon casque s’est rapidement couverte d’une fine buée.

Par un temps pareil, la vitesse ne peut évidemment pas être élevée. La chaussée bitumée luisait sous la pluie ; je ralentissais délibérément mon rythme dans les virages, attentif aux feuilles mortes et à la mousse qui pouvaient s’accumuler sur la route. Mais ce qu’il y a d’étrange, c’est que cette expérience de pédalage enveloppée de pluie et de brume conférait à toute la montée une qualité de concentration presque méditative — ni la légèreté sèche d’une journée ensoleillée, seulement la respiration, la cadence, et le crépitement fin des gouttes sur le maillot. Arrivé au milieu de la montée, je me suis retourné vers la vallée : les nuages et la brume dérivaient lentement par-dessus le sommet d’en face. Ce tableau, aucune sortie sous le soleil ne pourrait jamais l’offrir.

III. La cascade de Shifen : imaginaire et réalité d’un surnom populaire

Alors que la route approchait de sa fin, le terrain s’ouvrait progressivement en direction de la cascade de Shifen, et un grondement d’eau lointain commençait à se faire entendre dans l’air. La cascade de Shifen, ce site situé dans le parc de la cascade de Shifen et souvent qualifié de « plus large cascade de Taïwan », porte depuis longtemps un surnom populaire largement répandu — « le Niagara de Taïwan », ou « la version taïwanaise du Niagara ». Cette comparaison, bien sûr, ne s’appuie que sur une ressemblance de forme — un rideau d’eau large et qui s’écoule en pente douce — et l’échelle n’a rien à voir avec le véritable Niagara. Mais cette expression populaire et vivante est devenue au fil des ans la phrase la plus spontanée pour présenter la cascade de Shifen, attirant de nombreux voyageurs nationaux et étrangers venus sur la foi de ce surnom.

Je n’ai pas pédalé jusqu’à la plateforme d’observation de la cascade elle-même — cette portion relève davantage de la promenade piétonne. Mon parcours à vélo suivait les routes de montagne en direction de ce secteur, et tout au long du chemin, je sentais l’humidité s’épaissir et le terrain s’incliner vers la vallée où se trouve la cascade. Pour les cyclistes qui aiment aussi explorer les sites locaux en cours de route, garer son vélo à un endroit approprié puis marcher jusqu’au parc de la cascade pour ressentir de près la fraîcheur de l’eau pulvérisée est un prolongement d’itinéraire qui vaut vraiment la peine d’être planifié (pour les itinéraires de randonnée précis et les horaires d’ouverture, il est recommandé de se référer aux annonces sur place et aux informations officielles).

IV. Lanternes célestes et rails : le paysage unique de la vieille rue de Shifen

Outre la cascade, l’image la plus connue de Pingxi est sans doute celle des lanternes célestes. Chaque année, autour du Nouvel An lunaire et de la fête des Lanternes, le festival des lanternes célestes de Pingxi attire une foule de touristes et de photographes amateurs dans la ville-montagne. Les lanternes couvertes de vœux s’élèvent une à une dans le ciel nocturne, leurs points de lumière orange s’élevant lentement pour former un fleuve — c’est l’un des rares événements festifs taïwanais de renommée internationale (les dates et lieux précis varient légèrement chaque année ; se référer aux annonces officielles). Et la vieille rue de Shifen est précisément l’un des endroits les plus emblématiques pour lâcher des lanternes — ce qui rend cette rue si particulière, c’est qu’elle est construite de part et d’autre des rails de la ligne Pingxi, toujours en service. Les visiteurs se tiennent au beau milieu des voies pour écrire leurs vœux et lâcher leurs lanternes ; quand un train approche, les commerçants préviennent pour qu’on range les lanternes et laisse passer. Cette image de « vieille rue et voie ferrée vivant en symbiose » est depuis longtemps devenue l’un des symboles les plus représentatifs de la photographie touristique taïwanaise.

Ce jour-là, la pluie s’étant un peu calmée, j’ai garé mon vélo au bord de la route et j’ai regardé au loin le contour à peine visible de la vieille rue. Dans mon esprit défilaient ces images de lanternes que j’avais vues d’innombrables fois en photos et en vidéos. Même sans entrer réellement dans la vieille rue, rien qu’en imaginant ces lanternes de vœux suspendues de part et d’autre des rails, on comprend pourquoi cette ville-montagne a su, après le déclin de l’industrie minière, trouver sa propre seconde identité.

V. La respiration sur la pente et l’ombre des mineurs

En pédalant sur cette montée continue et soutenue, je ne pouvais m’empêcher de penser à l’histoire minière de cette région. Les mineurs d’autrefois parcouraient le même relief, mais ils ne portaient pas de bidons d’eau ni de barres énergétiques — ils tiraient de lourds wagonnets et des outils, et ils ne marchaient pas pour la forme ou pour le paysage, mais pour gagner leur vie au quotidien. Cette pensée m’a fait ralentir inconsciemment le rythme de mes coups de pédale — non pas parce que la pente était trop raide, mais par une forme de respect pour le passé de cette terre, qui m’interdisait de la traverser trop vite.

Le long de la ligne Pingxi, de nombreuses traces des anciens villages miniers subsistent encore aujourd’hui — de vieilles maisons, des vestiges d’entrées de galeries abandonnées, dispersés en silence entre montagnes verdoyantes et eaux claires, formant la trame culturelle unique de cette ville-montagne. Quand on passe à vélo devant ces endroits, si l’on ralentit et que l’on prend le temps de regarder, on ressent souvent un poids plus profond que le simple paysage. Cette expérience de « lire l’histoire locale en faisant du sport » est, à mon sens, ce qui fait que le vélo est infiniment supérieur à la voiture ou au train pour visiter — la fatigue du corps et la concentration rapprochent au contraire de la respiration même de la terre.

VI. Les quatre saisons d’une ville-montagne pluvieuse

La pluie de Pingxi fait presque partie du caractère de cette ville-montagne. En hiver, la mousson du nord-est frappe directement la région ; les pluies fines et froides qui s’étirent sur des semaines sont monnaie courante, les sommets restent enveloppés de brume presque toute l’année, et toute sortie à vélo ou à pied exige un équipement de pluie complet et des vêtements chauds. Au printemps, la fréquence des précipitations reste élevée, mais les températures remontent et, avec l’ambiance festive du festival des lanternes autour du Nouvel An lunaire, c’est l’une des saisons où la fréquentation touristique et cycliste est la plus forte. En été, les averses orageuses de l’après-midi sont courantes dans les reliefs montagneux, et la nature naturellement pluvieuse de Pingxi amplifie encore ce phénomène — il est impératif de consulter les informations météorologiques en temps réel avant de partir. L’automne, en revanche, est relativement moins pluvieux et l’air plus limpide — c’est, à mon avis, la saison idéale pour planifier un tour complet de la ville-montagne de Pingxi : le débit de la cascade n’est certes pas aussi abondant qu’en saison des pluies, mais la visibilité et la clarté sont souvent les meilleures de l’année.

Quelle que soit la saison, Pingxi conserve cette qualité particulière imprégnée d’humidité — humide, silencieuse, avec une pointe de mélancolie héritée de l’ère minière, mais toujours animée d’une vitalité débordante grâce à l’attrait touristique des lanternes et de la cascade.

VII. Conseils pour une balade tranquille autour de la vieille rue de Shifen

Si vous avez encore de l’énergie après avoir gravi cette montée, il vaut vraiment la peine de garer votre vélo et de continuer à pied, en flânant lentement dans la vieille rue de Shifen et autour du parc de la cascade de Shifen. La vieille rue elle-même n’est pas longue ; les boutiques de lanternes célestes, de spécialités locales et de souvenirs s’y succèdent (pour les commerces précis et leur état d’ouverture, se référer à ce que vous verrez sur place). Déambuler au milieu des rails et des vieilles maisons est une autre façon de découvrir Pingxi, différente du vélo. Le parc de la cascade dispose de sentiers d’observation permettant d’admirer sous différents angles le rideau d’eau qui se déverse en majesté ; il est conseillé d’adapter la durée de votre visite en fonction des conditions météorologiques et de l’ouverture des sentiers.

VIII. Équipement et état d’esprit pour rouler sous la pluie

Ce jour-là, la quasi-totalité de ma sortie s’est déroulée sous une pluie fine et dans l’humidité. Un tel temps met sérieusement à l’épreuve l’équipement comme l’état d’esprit. Un maillot extérieur imperméable ou déperlant est l’équipement de base ; si vos lunettes ont tendance à s’embuer, optez pour des verres à traitement antibuée, ou retirez carrément les verres pour une vision plus nette. Côté mental, rouler sous la pluie exige d’abandonner toute obsession de vitesse ou de temps de parcours, et de concentrer son attention sur l’évaluation de l’état de la route et la sécurité dans les virages — c’est un état psychologique radicalement différent de la conduite par beau temps, mais qui offre une forme de concentration tout à fait singulière et précieuse.

IX. En écho au réseau routier des montagnes environnantes

Dans la région montagneuse du nord-est où se trouve Pingxi, le réseau routier se connecte aux villes-montagnes voisines de Shuangxi, Ruifang, Jingtong, etc. Cette montée en direction de la cascade de Shifen est souvent utilisée par les cyclistes locaux comme l’un des segments d’itinéraires plus longs. Pour les habitués qui connaissent bien le terrain, intégrer cette route à un parcours combiné couvrant Pingxi, Shifen et Jingtong, en découvrant au passage les vestiges des villages miniers, le charme du chemin de fer et les paysages de la cascade, constitue un petit voyage de montagne très riche.

X. L’éclaircie après la pluie

Alors que la route approchait de sa fin, la pluie s’est soudainement arrêtée. Les nuages se sont déchirés en une fente, et un rayon de soleil est venu frapper en oblique la chaussée humide, faisant monter une fine vapeur d’eau. Ce paysage de cet instant m’a marqué plus profondément que n’importe quelle scène en plein soleil — l’air humide portait une odeur fraîche de végétation, au loin parvenait un bruit d’eau à peine perceptible, comme si toute la ville-montagne, après cette pluie, avait repris une grande respiration.

XI. À moi-même, pour ma prochaine visite

Ce que Pingxi m’a appris, c’est une philosophie du vélo qui consiste à composer avec le temps. Ici, la pluie n’est pas un accident, c’est le caractère inné de cette terre. Plutôt que de maudire un ciel capricieux, autant y voir la manière dont cette ville-montagne accueille ses visiteurs — laver la poussière du monde avec son humidité, et rappeler par sa brume de ralentir le pas. La prochaine fois que je gravirai cette montée, je rencontrerai sans doute encore la pluie, mais je sais désormais que c’est précisément cela, le visage le plus authentique de Pingxi.

XII. L’imaginaire romantique du « Bassin de l’arc-en-ciel »

Selon une tradition locale, là où la brume d’eau de la cascade de Shifen se répand, lorsque le soleil traverse l’humidité par temps clair, un léger halo irisé peut parfois se refléter à la surface du bassin — c’est pourquoi certains désignent d’un surnom poétique de « Bassin de l’arc-en-ciel » l’étendue d’eau en contrebas de la cascade, enveloppée de brume (il s’agit d’une appellation élégante transmise localement ; la possibilité d’apercevoir réellement un arc-en-ciel dépend des conditions de lumière et de météo du moment). Cet imaginaire fait en quelque sorte écho à l’impression d’ensemble que laisse la ville-montagne de Pingxi — humide, vaporeuse, mais qui, à l’instant où les nuages se dissipent, laisse filtrer une lumière éclatante et surprenante.

XIII. Conclusion : une montée, les cent ans d’une ville-montagne

4,0 kilomètres, 264,2 mètres de dénivelé positif — il ne faut qu’une vingtaine de minutes pour la gravir, mais cette route porte en elle le basculement séculaire d’une ville-montagne, du charbon au tourisme, des pas des mineurs aux vœux des lanternes célestes. Ce jour-là, j’ai parcouru cette montée sous la pluie sans atteindre la plateforme d’observation la plus proche de la cascade, mais j’ai déjà ressenti, entre le vent de montagne et l’humidité, le caractère le plus authentique de Pingxi — pluvieux, silencieux, chargé de l’épaisseur laissée par l’ère minière, et pourtant sans cesse animé par la renommée de ses lanternes et de sa cascade, qui continue d’attirer des voyageurs du monde entier.

Si vous aussi vous projetez de gravir cette montée en direction de la cascade de Shifen, emportez de quoi vous protéger de la pluie et un cœur prêt à ralentir. Cette ville-montagne ne vous séduira pas par un ciel clément, mais elle vous laissera, à travers ses nuages, le bruit de l’eau et les lanternes posées sur les rails, un souvenir digne d’être savouré encore et encore.

XIV. Quelques conseils aux voyageurs qui s’apprêtent à partir

Que vous veniez pour le spectacle grandiose du festival des lanternes ou simplement pour gravir tranquillement cette montée un jour de semaine, il est recommandé de consulter à l’avance la météo du jour et l’état des routes de montagne, et de prévoir imperméable et couche chaude. La beauté de Pingxi repose en grande partie sur son climat changeant et humide — plutôt que de la combattre, apprenez à cohabiter paisiblement avec cette humidité. Vous découvrirez que c’est précisément cette humidité qui rend la verdure et les histoires de toute la ville-montagne particulièrement vivantes. Si vous envisagez de combiner un petit voyage ferroviaire et un parcours à vélo, prévoyez une marge de temps confortable : les intervalles entre les trains de la ligne Pingxi sont longs, et le temps en montagne change vite. Un programme trop serré risquerait de vous faire manquer les paysages qui méritent qu’on s’y attarde. Ce que cette ville-montagne cherche vraiment à enseigner aux voyageurs, c’est peut-être précisément ce mot : « ralentir ».

XV. La philosophie de lenteur de la ligne Pingxi

La ligne Pingxi est encore aujourd’hui l’une des lignes secondaires en service de la TRA. Les trains y sont peu nombreux et les intervalles souvent très longs ; ceux qui l’ont empruntée plaisantent souvent en disant que c’est une « lenteur délibérée ». Cette ligne serpente le long de la vallée ; à travers les vitres défilent tour à tour rivières, parois rocheuses, vieux villages et petites gares qui surgissent par intermittence. La sensation de vitesse n’a rien à voir avec le métro ou le train à grande vitesse des zones urbaines. Pendant que je pédalais sur la montée, j’entendais parfois au loin le bruit régulier des trains de la ligne Pingxi passant sur les joints de rails — un rythme qui faisait étrangement écho à ma propre fréquence respiratoire — une cadence qui ne cherche pas à courir après le temps, qui accepte de faire du déplacement lui-même une destination.

Cette « lenteur » est en réalité le reflet de l’atmosphère générale de Pingxi. Qu’on prenne le train, qu’on flâne dans la vieille rue, ou qu’on monte à vélo comme moi, ceux qui choisissent de venir à Pingxi choisissent aussi, d’une certaine manière, de déposer provisoirement leur obsession de l’efficacité. Les gares que relie cette ligne — Houtong, Wanggu, Lingjiao, Pingxi, Jingtong — conservent chacune des mémoires et des attraits touristiques différents issus des villages miniers. Si le temps le permet, combiner un parcours à vélo avec un petit voyage ferroviaire est la manière la plus complète de découvrir cette région montagneuse.

XVI. Les variations de lumière et d’ombre dans la ville-montagne

Ce jour-là, la pluie tombait tantôt fort, tantôt doucement, et la lumière en montagne changeait au gré d’un ciel incertain. Parfois les nuages étaient épais et toute la vallée baignait dans un bleu-gris presque monochrome ; parfois un faisceau de lumière s’échappait d’une déchirure des nuages, frappant en oblique les parois humides et les feuillages, faisant instantanément ressortir les couches du paysage. Cette incertitude de la lumière est l’une des choses les plus addictives du vélo dans les montagnes de Pingxi — on ne peut jamais prédire quelle lumière on trouvera au prochain virage, on ne peut que se concentrer sur chaque tour de pédale du moment présent.

Comparés aux journées de vélo sous un ciel dégagé et une lumière plate, ces temps de brume et de lumière changeante laissent bien plus facilement des images mémorables gravées dans l’esprit. En regardant plus tard les quelques photos prises ce jour-là avec mon téléphone, même si la qualité n’avait rien de professionnel, ces couleurs de montagne adoucies par l’humidité restaient plus évocatrices que bien des photos nettes prises par beau temps.

XVII. Les mots d’une habitante

Pendant ma montée, je me suis arrêté pour reprendre mon souffle à un point de vue un peu dégagé au bord de la route, où j’ai rencontré une habitante qui tient un petit commerce dans le coin. Nous avons échangé quelques mots. Elle m’a dit que les étrangers se plaignent souvent de la pluie à Pingxi, mais que pour eux, qui y vivent de génération en génération, la pluie fait partie du quotidien le plus naturel — il y a même une familiarité dans cette idée que « sans pluie, ce n’est plus vraiment Pingxi ». Elle a aussi mentionné que ces dernières années, grâce à la notoriété du festival des lanternes et du tourisme de la cascade, la ville-montagne est bien plus animée que dans son enfance, mais qu’il suffit de s’éloigner de quelques minutes du cœur de la vieille rue, en remontant vers la montagne, pour retrouver ce rythme de vie calme et simple — comme sur cette montée que j’étais en train de gravir.

Cette brève conversation a ajouté une couche de plus à ma compréhension de Pingxi — ce n’est pas seulement un symbole touristique de lanternes et de cascade aux yeux des visiteurs, c’est aussi le cadre de vie réel, jour après jour, d’innombrables familles locales qui cohabitent avec la pluie.

XVIII. La rencontre du cyclisme solitaire et de la mémoire collective

Cette sortie, je l’ai faite seul. Pas de voix de navigation sur le vélo, pas de conversations avec un compagnon — seulement le rythme des gouttes sur le casque et le son entrelacé de ma cadence et de ma respiration. Mais ce qu’il y a d’étrange, c’est que même seul sur cette route de montagne, je ne me sentais pas seul — car chaque trace minière laissée au bord du chemin, chaque lanterne céleste décorative se balançant au vent, chaque section longeant les rails, tout me rappelait que cette terre porte la mémoire commune d’innombrables personnes. Le silence du cyclisme solitaire me rendait au contraire plus réceptif à ces signaux de mémoire collective ; lors d’une sortie de groupe animée, j’aurais sans doute manqué ces instants subtils mais profonds.

Je pense que c’est l’une des choses les plus précieuses du vélo — il peut être à la fois un pur défi physique et un voyage de dialogue avec la terre, selon l’état d’esprit que le cycliste choisit d’adopter face à la route qui s’offre à lui. Cette montée de Pingxi satisfait précisément ces deux besoins : pour ceux qui veulent se mesurer aux chiffres et au rythme, c’est une épreuve de niveau intermédiaire bien consistante ; pour ceux qui veulent ralentir et ressentir les coutumes et les gens, c’est une fenêtre ouverte sur l’histoire séculaire d’une ville-montagne. Les deux états d’esprit ne s’excluent pas mutuellement ; souvent, au cours d’une même sortie, au gré des pentes et des changements de temps, on passe naturellement de l’un à l’autre.

XIX-1. Les vœux dans les lanternes célestes : un rituel de dialogue avec le destin

Si la lanterne céleste a pu dépasser le simple attrape-touriste pour devenir le symbole spirituel de toute une ville-montagne, je pense que la clé réside dans ce qu’elle porte : un désir humain d’une simplicité extrême mais profonde — écrire sur du papier les prières qu’on n’ose pas dire à voix haute, les confier au vent et au feu, et les envoyer vers un ailleurs invisible. Qu’il s’agisse de réussite scolaire, de mariage, de sécurité, ou simplement d’écrire une pensée pour quelqu’un qui est parti, au moment où la lanterne s’élève dans le ciel, s’accomplit en quelque sorte une confession personnelle et silencieuse. Cela fait étrangement écho à ce que je ressentais, seul sur cette route de montagne — quand on gravit une pente à vélo, le corps supporte une charge continue et concrète, tandis que la lanterne céleste libère, elle, ces poids invisibles mais tout aussi lourds du cœur. Les deux exigent un peu de courage : confier quelque chose, puis croire que cela arrivera là où il doit aller.

Selon une tradition transmise de bouche à oreille par les anciens habitants de Pingxi, la lanterne céleste n’était pas à l’origine un simple outil de prière, mais un moyen pratique de transmettre des signaux de sécurité entre les villages de montagne — à une époque où les reliefs isolaient les communautés et où les déplacements étaient difficiles, élever une lanterne servait à faire savoir aux familles éloignées que « tout va bien ici ». C’est pourquoi la lanterne céleste, dans le contexte taïwanais, porte toujours une chaleur propre à la terre elle-même, au-delà de son symbole touristique (il s’agit d’une tradition populaire ; les origines exactes et les usages anciens font l’objet de plusieurs versions de recherche, et pour le contexte historique précis, il est recommandé de se référer aux documents historiques et aux explications officielles). Aujourd’hui, cette tradition s’est transformée en célébration touristique ; la forme a peut-être changé, mais ce sentiment de confier ses vœux au ciel, lui, n’a jamais changé.

XIX-2. La puissance de la cascade, et la puissance des jambes

Après avoir gravi cette montée, en entendant au loin le grondement sourd de la cascade de Shifen, une pensée m’est venue — ce qui rend une cascade si saisissante, c’est que l’eau, sous l’effet de la gravité, se déverse et frappe sans interruption, jour après jour, avec une constance inlassable. Et ces 4,0 kilomètres et 264,2 mètres de dénivelé que je venais de gravir, n’étaient-ils pas, en un sens, un exercice de force similaire ? Les jambes qui produisent un effort continu contre la pente, qui luttent contre la gravité — c’est aussi une accumulation ininterrompue, jour après jour. La cascade sculpte la vallée en contrebas depuis des centaines, voire des milliers d’années ; le cycliste, lui, sculpte peu à peu l’endurance et la volonté de son corps à force de montées répétées.

Cette analogie est peut-être un peu romantique, mais je crois sincèrement que face à une manifestation de force naturelle aussi immense et continue, on ne peut s’empêcher de la confronter à la fatigue et à la persévérance de son propre corps à cet instant. La cascade ne cesse pas de couler parce qu’il pleut ou qu’il fait beau, tout comme les habitants de cette ville-montagne ne cessent pas de vivre parce qu’il pleut ; et le cycliste ne devrait pas non plus abandonner facilement parce que la pente est difficile — c’est sans doute pour cela que cette montée d’entraînement, entreprise au départ simplement pour accumuler des kilomètres, a fini par laisser dans mon esprit bien plus que la signification de simples données d’entraînement.

XX. Postface : au bout de la route, le bruit de l’eau, et des histoires

En écrivant ces lignes, je me dis que ce que cet article veut laisser, ce n’est pas seulement le récit d’un itinéraire de montée, mais aussi un regard posé sur le destin de la ville-montagne de Pingxi. Du village minier à la petite ville touristique, du chemin de fer du charbon aux vœux des lanternes, de la pluie de montagne à la brume de la cascade — cette montée qui mène vers la cascade de Shifen ne relie pas seulement un dénivelé, elle relie aussi un temps que la terre et les hommes ont traversé ensemble. Puisse celui ou celle qui gravira cette route la prochaine fois entendre, entre les fils de pluie et le bruit de l’eau, l’histoire propre de Pingxi. Et puisse-t-il, au moment d’atteindre le sommet et de se retourner sur le chemin parcouru, ressentir la même chose que moi ce jour-là : cette plénitude et cette sérénité lavées par la pluie, et redescendre la montagne en toute sécurité, emportant paisiblement ces jours de ville-montagne dans sa mémoire de cycliste.

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