Quatre-vingt-dix kilomètres à vélo le long du Pacifique : de Zhonghua Bridge à Bawengweng, une longue traversée de la côte est pour retrouver la mémoire des lieux

Partir du pont Zhonghua, commençons par le nom d’un lieu
Au moment où la roue s’engage sur le pont Zhonghua, je ralentis toujours instinctivement pendant quelques secondes. Le tablier est rectiligne, la rivière Beinan coule paisiblement en contrebas, et au loin, les immeubles du centre-ville de Taitung disparaissent peu à peu du rétroviseur. Ce pont, long de 1 320 mètres et large de 13 mètres, a été ouvert à la circulation le 20 septembre 1991. Il fait partie de la route provinciale 11 et relie le centre-ville de Taitung à la zone de Fugang. Pour les habitants de Taitung, ce pont est des plus ordinaires, un passage quotidien sur le chemin du travail ou de l’école. Mais pour celui qui s’apprête à parcourir 90 kilomètres de route côtière, cette minute passée à traverser le pont tient de la cérémonie — une bascule officielle du rythme de la ville à celui du Pacifique.
J’aime, avant de partir, repenser à l’histoire de cet itinéraire. La route provinciale 11, cette route côtière, est l’une des artères de transport les plus importantes de l’est de Taïwan. Longeant le Pacifique, elle relie d’innombrables tribus Amis et villages de pêcheurs. Ce n’est pas une route touristique créée pour le paysage, mais une route qui assure concrètement les fonctions de transport de la vie locale — il se trouve simplement que les paysages qu’elle longe sont si beaux que les étrangers ne peuvent s’empêcher de vouloir y pédaler toute une journée.
Et le terminus de cet itinéraire, Bawengweng, cache une histoire souvent mal comprise. Beaucoup de gens, en entendant ce nom pour la première fois, pensent instinctivement qu’il se situe dans la région de Luye, car les deux caractères « wengweng » évoquent une atmosphère champêtre et montagnarde. En réalité, Bawengweng se trouve dans la communauté de Fengtian, dans le canton de Chenggong, dans le comté de Taitung, et constitue le hameau le plus au nord du village de Xinyi. Son ancien nom provient du nom traditionnel amis « Basungsung », retranscrit phonétiquement après la guerre en « Bawengweng ». Plus tard, les autorités ont officiellement renommé le lieu « Fengtian » — mais les habitants et les cyclistes familiers de cet itinéraire continuent d’utiliser son ancien nom, car la piste cyclable locale, longue d’environ 3,5 kilomètres, est conservée sous le nom de « Bawengweng » à ce jour.
J’aime cet état de « l’ancien nom qui ne meurt pas ». Sur la carte, c’est écrit Fengtian, sur les panneaux routiers peut-être aussi Fengtian, mais dans la communauté des cyclistes et la bouche des anciens du village, les trois caractères Bawengweng continuent de circuler, comme une résistance douce à la mémoire de la terre. Cette sortie à vélo est, d’une certaine manière, un voyage à la recherche de l’histoire d’un nom de lieu — du pont du centre-ville vers un village côtier qui conserve un ancien nom amis, traversant non seulement 90 kilomètres de distance, mais aussi une partie de l’histoire du développement de la côte est de Taïwan.
L’histoire de la route provinciale 11 : la genèse d’une route côtière
Pour comprendre l’importance de cette sortie, il faut d’abord comprendre la route provinciale 11 elle-même. C’est le principal réseau routier de la côte est de Taïwan. Elle part de Hualien au nord, descend vers Taitung au sud, serpentant au plus près du littoral du Pacifique. L’existence de cette route a permis aux communautés de la côte est, prises en tenaille entre la chaîne centrale et la chaîne côtière et relativement fermées aux échanges extérieurs, de se connecter au monde extérieur.
En pédalant le long de cette route, on découvre des paysages en perpétuel changement : tantôt des reliefs d’érosion marine aux rochers escarpés, tantôt de larges baies de sable, tantôt une incursion entre collines basses et plantations de bétel. Cette diversité de paysages est précisément ce qui rend la route provinciale 11 si fascinante — elle ne s’étire pas de manière monotone comme les routes de l’ouest, mais raconte, au gré des ondulations du littoral, différentes histoires de terrain.
En roulant sur cette route, je pense souvent à ce à quoi cette côte ressemblait autrefois. Avant que la route ne soit entièrement asphaltée, les déplacements entre les communautés de la côte est dépendaient de sentiers plus primitifs et de voies maritimes. L’ouverture progressive de la route provinciale 11 a, dans une certaine mesure, réécrit le mode de vie de toute la côte est — les échanges entre communautés sont devenus plus faciles, les produits ont pu circuler, mais cette terre relativement fermée, préservant une culture autochtone plus complète, a aussi commencé à se synchroniser avec le rythme du monde extérieur. Cette tension entre « développement » et « préservation » reste encore subtilement perceptible dans les paysages des communautés riveraines.
Et pour le cycliste, ce que cette route a de plus précieux, c’est qu’elle conserve encore aujourd’hui un rythme de circulation relativement tranquille. Contrairement aux routes côtières de l’ouest, souvent marquées par un trafic de poids lourds et des paysages industriels, la plupart des sections de la route provinciale 11 offrent encore une image tissée de paysages marins, de tribus, de rizières et de petites épiceries occasionnelles. Cette « lenteur » est précisément la teinte de fond la plus envoûtante de ce voyage de 90 kilomètres.
Les rochers singuliers de Xiaoyeliu, le vent de Jialulan
À une dizaine de kilomètres du centre-ville de Taitung, on arrive à Xiaoyeliu. La première fois que j’ai vu ces formations rocheuses singulières, j’ai failli m’arrêter — l’érosion marine, après de longues années de sculpture, a laissé des rochers en forme de tofu, des rochers en champignon, des fossiles de traces, dispersés le long du rivage, comme une exposition de sculptures disposées au hasard par la nature. Ce paysage géologique rappelle par certains aspects le relief de Yehliu, au nord, d’où son nom « Xiaoyeliu » (Petit Yehliu), mais sans la foule touristique de Yehliu, avec en plus cette atmosphère de dégagement et de sérénité propre à la côte est.
En poursuivant, les installations artistiques de la zone de loisirs de Jialulan se dévoilent une à une. C’était à l’origine l’emplacement de l’ancien village de l’armée de l’air Jianye, réaménagé en espace ouvert accueillant des installations artistiques en bois flotté. Je me souviens d’une sortie où, passant par ici, j’ai justement croisé un coucher de soleil : la lumière dorée se répandait sur ces sculptures de bois flotté, projetant de longues ombres, tandis que le bruit des vagues frappait régulièrement le rivage — à cet instant, je me suis arrêté, j’ai posé le pied au sol, et je suis resté là à contempler un long moment. Cette beauté imprévisible est l’une des récompenses les plus précieuses du vélo : on ne sait jamais ce que le prochain virage réserve comme lumière et comme image.
Le vent dans la région de Jialulan a aussi une présence particulière. Le terrain y est un peu plus dégagé, la brise marine n’a presque aucun obstacle pour la freiner, et elle arrive souvent chargée d’embruns salés. Les cyclistes expérimentés vous le diront : le défi du vent latéral dans cette zone est, d’une certaine manière, plus éprouvant que la pente elle-même — il faut constamment ajuster son centre de gravité pour contrer cette force qui change d’angle sans cesse. Mais c’est précisément cette sensation de danser avec le vent qui rend ce tronçon si authentiquement « au bord de la mer », bien plus que de simplement pédaler en regardant le paysage marin.
Plus au nord, la côte de Shanyuan déploie une large plage de sable et une mer d’un bleu profond. C’est l’une des plages les plus connues de Taitung, où l’on vient souvent se baigner et surfer en été. Depuis la route, en regardant vers le rivage, ce bleu semble sans limite — le bleu du Pacifique et celui du ciel se fondent en une seule ligne au loin. Cette image de « mer et ciel ne faisant qu’un » est la mémoire visuelle la plus classique de l’été sur la côte est.
Le phénomène de l’eau qui coule vers le haut et le temps d’antan de Donghe
En poursuivant vers le nord, on passe par Duli et Donghe. En chemin, « l’eau qui coule vers le haut » est l’étape la plus intrigante de cet itinéraire. C’est un phénomène étrange dû au relief et à une illusion d’optique — l’eau semble couler vers le haut, défiant la gravité, alors qu’il s’agit en réalité d’une erreur de perception causée par la différence de pente du terrain environnant. Chaque fois que j’y arrive, je mets pied à terre et parcours un petit bout, me laissant à nouveau « tromper » par mes yeux. Cette sensation de savoir que c’est une illusion tout en trouvant cela toujours aussi magique est l’un des rares passages de ce voyage qui mérite qu’on s’arrête pour le savourer.
Dans la région de Donghe, l’ancien pont enjambe la rivière Mawuku, et c’est l’un des endroits les plus chargés d’histoire de cette route côtière. Les piliers et le tablier de l’ancien pont portent les marques patinées du temps, formant un contraste intéressant avec le nouveau pont voisin — l’un ancien, l’autre nouveau, comme un condensé de l’histoire du développement de cette route côtière. J’aime ralentir légèrement en passant sur l’ancien pont de Donghe, imaginant à quoi pouvait ressembler le rythme de vie de la côte est à l’époque où il n’y avait pas de nouveau pont et où l’ancien était le seul lien entre les deux rives.
Cette zone est aussi celle où l’on ressent le plus fortement le rythme de « vie lente » de la côte est. Au bord de la route, on voit parfois des habitants assis tranquillement sous les auvents, à l’ombre, discutant ; le temps semble s’étirer. L’anxiété de « courir après le temps » habituelle en ville n’a presque pas de prise ici. En tant que cycliste vivant en ville depuis longtemps, chaque fois que je passe sur ce tronçon, je ralentis involontairement ma cadence, non par manque d’énergie, mais parce que mon état d’esprit se laisse assimiler par le rythme de cette terre.
En continuant vers le nord en direction du point de demi-tour, on traverse plusieurs petites communautés amis. Maisons basses, potagers, filets de pêche parfois étendus à sécher, composent un tableau simple et authentique de la vie sur la côte est. Ces communautés n’ont pas cherché à créer une atmosphère touristique ; elles offrent le visage le plus réel du quotidien — c’est aussi l’une des raisons pour lesquelles j’apprécie particulièrement cet itinéraire : il permet au cycliste d’entrevoir la texture de vie la plus authentique de la côte est taïwanaise, et non pas seulement un paysage touristique emballé.
Accompagné du Pacifique : le rythme des 90 kilomètres
Ce qu’il y a de plus fascinant et de plus exigeant dans une longue sortie à vélo, c’est qu’elle vous force à affronter une perception particulière du temps. 90 kilomètres, ce n’est pas court, surtout sur des sections où l’on voit presque constamment la mer ; cette sensation d’« avoir la mer toujours là » qui vous accompagne modifie peu à peu votre façon de ressentir la distance et le temps.
Au début, au départ du pont Zhonghua, le corps est encore porté par l’excitation du départ, la cadence est naturelle et légère. En passant par les montées et descentes de Xiaoyeliu et Jialulan, l’attention est sans cesse captée par les paysages et le vent, et le temps semble filer particulièrement vite. Mais une fois entré dans la longue portion relativement droite et monotone entre l’eau qui coule vers le haut et Donghe, le corps entre dans un état proche de la méditation — la cadence, la respiration, le bruit des vagues, le vent, se fondent peu à peu en un rythme stable, et les pensées, paradoxalement, deviennent d’une clarté singulière dans cette répétition des gestes.
J’ai toujours pensé que le plus précieux dans une longue sortie, ce n’est souvent pas le sentiment d’accomplissement à l’arrivée, mais ce processus d’être sur la route, enveloppé par un rythme unique et régulier. Le Pacifique, sur la droite (ou sur la gauche, selon l’aller ou le retour), accompagne silencieusement ; le bruit des vagues se rapproche ou s’éloigne selon le relief, et parfois une brise marine chargée de sel vous fouette le visage, vous ramenant de la dérive de vos pensées au présent du corps. Cet état double de « corps en mouvement, esprit qui peut se déposer » est peut-être la raison centrale pour laquelle beaucoup choisissent la longue sortie à vélo comme moyen de décompresser.
Pendant la sortie, je repense souvent à une phrase qu’un aîné m’a dite lorsque j’ai découvert le cyclisme de longue distance : une sortie courte teste la puissance explosive, une sortie longue teste la capacité à cohabiter avec soi-même. 90 kilomètres, ni trop long ni trop court, se situe justement dans une fourchette de distance qui exige à la fois une réserve d’énergie et laisse suffisamment de temps à l’esprit pour se déposer. L’excitation du début, la concentration du milieu, la fatigue et la persévérance de la fin forment une courbe émotionnelle complète, et cette courbe est, d’une certaine manière, le reflet des variations de l’état intérieur de chacun face à un objectif de long terme. Lorsque le vent souffle de la mer, frappant les joues d’un rythme régulier, cette répétition devient une force apaisante, offrant aux pensées dispersées une fréquence à laquelle s’accrocher.
En arrivant au point de demi-tour de Bawengweng, ce sentiment de « enfin arrivé » se mêle à une émotion complexe à l’idée du retour qui s’annonce. La ligne de côte s’étire encore vers le nord, et je sais que je vais bientôt faire demi-tour, refaire face au vent et aux conditions de la route déjà rencontrés. Cette ritualité du demi-tour est, d’une certaine manière, une métaphore de la vie — nous atteignons rarement un point final absolu ; le plus souvent, après avoir atteint un repère intermédiaire, nous réajustons notre direction et poursuivons notre chemin. J’aime m’attarder un instant au point de demi-tour, sans me presser de faire volte-face, mais en cherchant un angle qui donne sur la mer, pour la contempler quelques minutes en silence. Cette mer, qui m’accompagnait déjà au départ du pont Zhonghua, est toujours aussi vaste après quatre-vingt-dix kilomètres, comme pour rappeler au cycliste que, quelle que soit la distance parcourue, ce Pacifique qui s’offre au regard demeure plus éternel que toute fatigue personnelle.
La richesse culturelle des communautés amis
La région de Chenggong, où se trouve Bawengweng, est l’une des principales zones de peuplement du peuple Amis. Les Amis sont la plus importante communauté parmi les peuples autochtones de Taïwan, principalement répartis dans la vallée du rift et le long de la côte est. Ils possèdent une riche culture maritime et des traditions de rituels calendaires, dont le plus connu est le festival de la récolte (Ilisin), célébré chaque été. Bien qu’il soit rare qu’un cycliste de passage ait la chance de tomber précisément sur une cérémonie tribale, les traces de vie visibles tout au long des communautés riveraines — filets de pêche étendus, éléments architecturaux des maisons traditionnelles, présence des maisons des jeunes — racontent silencieusement les fondations culturelles profondes de cette terre.
La vie traditionnelle des Amis est étroitement liée à la mer et aux rivières ; la pêche, la cueillette et l’agriculture constituent la trame de base de la vie tribale. Et le nom même de « Bawengweng » est un témoignage vivant de ce lien culturel — même si le nom officiel a changé à plusieurs reprises, les habitants et la communauté cycliste continuent de préserver cette ancienne appellation chargée de la mémoire tribale. Cette persistance de la langue et des noms de lieux est, d’une certaine manière, une pratique de préservation culturelle.
En tant que cycliste extérieur, je me rappelle constamment que cette terre n’est pas seulement un paysage et un terrain de sport, mais aussi un espace culturel vivant. Ralentir en traversant les villages, respecter la vie locale, ne pas déranger le quotidien des habitants, voilà la politesse élémentaire que tout cycliste visitant la côte est devrait avoir. Ce qui rend cet itinéraire particulier, ce n’est pas seulement la beauté de ses paysages géographiques, mais aussi le fait qu’il relie toute une trame culturelle autochtone bien vivante.
Lors d’une sortie, je me suis un jour arrêté un instant devant une maison des jeunes tribale sans prétention au bord de la route. Aucune cérémonie n’avait lieu, la maison se dressait là, silencieuse, mais la solennité qui émanait de cet espace m’a naturellement fait alléger le pas. En consultant ensuite quelques documents, j’ai compris que l’organisation tribale amis est réputée pour son système de classes d’âge (Kaput), et que la maison des jeunes est précisément le lieu où les jeunes apprennent les normes tribales et transmettent les savoirs culturels. Ce système, qui perdure dans certaines tribus malgré les changements d’époque, est une manifestation concrète de la résilience culturelle des peuples autochtones de Taïwan. En passant à vélo devant ces lieux, ce ne sont apparemment que quelques secondes de paysage, mais si l’on prend la peine de s’intéresser au contexte qui les sous-tend, le sens de ce voyage s’en trouve considérablement enrichi — ce n’est plus seulement un simple entraînement physique, mais une marche au plus près de la terre et de la mémoire des peuples.
La signification de cet itinéraire pour les cyclistes
Pour la communauté des cyclistes qui suit de près le triathlon et les sports d’endurance de longue distance, cet itinéraire a depuis longtemps dépassé le simple statut de « route panoramique » pour devenir un repère spirituel. Sa distance, son relief et sa situation géographique le font naturellement fortement recouper le parcours cycliste de l’épreuve de triathlon la plus emblématique de la côte est — le Challenge Taiwan. De nombreux athlètes préparant ce type d’épreuve prennent le temps de se rendre à Taitung pour parcourir réellement cette route côtière, non seulement pour s’entraîner physiquement, mais aussi pour se familiariser à l’avance avec les conditions de vent, la chaussée et le rythme mental qu’ils pourraient rencontrer le jour de la course.
Mais même en mettant de côté la fonctionnalité de l’entraînement à la compétition, cet itinéraire est depuis longtemps reconnu par le monde du cyclisme taïwanais comme l’une des « routes classiques de longue distance de la côte est ». Il n’exige pas de défier des pentes extrêmes, mais à travers 90 kilomètres de distance et les conditions de vent propres à la route côtière, il teste la maîtrise du cycliste en matière de gestion de l’endurance sur la durée. Cette caractéristique « d’apparence douce, mais en réalité éprouvante » attire à la fois les cyclistes de longue distance loisirs et les athlètes de compétition — les premiers viennent pour le paysage et la sérénité intérieure, les seconds pour un entraînement physique solide ; deux motivations radicalement différentes trouvent pourtant un sens commun sur cette même route.
Pour ma part, je refais régulièrement cet itinéraire, et chaque fois la sensation est différente — le vent, la saison, l’état physique et mental du jour ; même sur la même route, on dirait que l’on pédale des histoires différentes. C’est peut-être ce qui fait qu’une route classique est « classique » : elle est assez simple pour que l’état intérieur du cycliste devienne la plus grande variable de l’expérience de la sortie ; et elle a assez de substance pour mériter d’être revisitée et savourée à nouveau.
Les paysages côtiers saisonniers
Ce qui marque le plus lors d’une visite estivale de cet itinéraire, c’est ce bleu profond presque luxueux. Les jours de ciel dégagé, le bleu du Pacifique et celui du ciel ne font presque qu’un, surtout sur les sections les plus ouvertes près de la côte de Shanyuan, où cette image de « mer et ciel ne faisant qu’un » suffit à faire oublier un instant la fatigue de la longue sortie. En été, l’ensoleillement est intense sur la côte est ; la lumière du soleil se reflète en scintillements sur la mer, accompagnée de rafales de vent marin, composant une image estivale typiquement insulaire du Pacifique Sud.
La côte est pendant la saison de la mousson du nord-est (environ de novembre à février de l’année suivante) offre en revanche un visage radicalement différent. La mousson vigoureuse pousse des vagues hautes et rapides, dont l’impact sur le rivage est nettement plus violent qu’en été ; le ciel est souvent chargé de couches de nuages, et la lumière devient plus froide et plus tranchante. Rouler à cette saison présente un défi aérodynamique plus grand, mais cette immensité sauvage du paysage côtier possède une beauté grandiose qui lui est propre — les embruns blancs jaillissant des vagues contre les rochers, sur fond de mer et de ciel gris-bleu, constituent un autre paysage saisonnier de la côte est qui mérite d’être savouré.
Personnellement, je préfère visiter cet itinéraire au début de l’hiver, lorsque la mousson du nord-est commence à se renforcer mais n’a pas encore atteint son intensité maximale. Les vagues portent déjà une force saisonnière marquée, mais le temps reste agréable et confortable, ni la chaleur étouffante du plein été, ni la violence des vents du plein hiver qui rendent la sortie trop pénible. Cet interstice saisonnier entre deux extrêmes est souvent le moment le plus équilibré pour une longue sortie sur la côte est.
Suggestions d’escales : pour un voyage plus complet au-delà du vélo
Si le temps le permet, pourquoi ne pas organiser cette sortie en une petite excursion plus complète sur la côte est. La zone de l’ancienne sucrerie de Dulan s’est récemment transformée en un village artistique ; les anciens bâtiments de la sucrerie ont été préservés et réaménagés en espaces culturels et ateliers. Le week-end, on y trouve souvent des marchés et des expositions d’art, parfaits pour une promenade tranquille avant ou après la sortie, pour ressentir l’atmosphère unique du mélange entre patrimoine industriel et art contemporain.
La gastronomie traditionnelle de la région de Donghe est également un goût que de nombreux cyclistes prennent le temps de savourer en route — le célèbre stand de baozi local attire souvent des files d’attente ; la pâte est moelleuse, la garniture généreuse, un excellent choix pour recharger les batteries lors d’une longue sortie. Il est toutefois conseillé de vérifier les horaires d’ouverture à l’avance pour éviter de trouver porte close.
La zone de loisirs de Jialulan, en plus d’être un point de repos idéal en cours de route, est aussi un endroit parfait pour la photographie, surtout au coucher du soleil, lorsque les installations en bois flotté se marient au ciel doré pour composer une image très caractéristique de la côte est, qui mérite qu’on y consacre un peu de temps pour prendre son temps.
Et de retour au centre-ville de Taitung, le quartier de Tiehua (même si le site principal du Challenge Taiwan a déménagé en 2025 au stade du comté de Taitung) conserve toujours une atmosphère riche de musique locale et de marchés, idéal comme dernière étape pour se détendre après une journée complète de vélo le long de la côte et ressentir le rythme de la vie nocturne de Taitung.
Après avoir parcouru ces 90 kilomètres de route côtière, en repensant à cette journée entière, on se rend compte que ce que cet itinéraire offre au cycliste va bien au-delà de l’entraînement physique. C’est un voyage qui traverse la géographie, l’histoire, la culture et le paysage intérieur — du pont Zhonghua, en passant par les reliefs d’érosion marine, les villages d’installations artistiques, les phénomènes d’illusion d’optique, les communautés traditionnelles amis, jusqu’à ce village côtier qui conserve un ancien nom de lieu. Cette épaisseur d’expérience en couches successives est précisément la raison pour laquelle ce tronçon de route côtière de la provinciale 11 mérite que les cyclistes taïwanais viennent le redécouvrir encore et encore.
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