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Le voyage et la destination : la philosophie du processus dans les sports d'endurance

單車生活

Voyage et destination : la philosophie du processus dans les sports d’endurance

Nous nous sommes tous trompés sur l’essentiel

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Ouvrez n’importe quel forum de cyclisme, et vous verrez des discussions sans fin : quel est ton FTP ? Combien d’heures pour Wuling la dernière fois ? As-tu décroché le KOM ? Nous définissons notre vie de cycliste par des chiffres, tout comme nous définissons notre carrière par un salaire.

Ces chiffres ont bien sûr leur importance. Les objectifs nous donnent une direction, les données nous aident à progresser. Mais si vous y réfléchissez bien, vous souvenez-vous de votre temps d’arrivée sur une course il y a cinq ans ? Vous souvenez-vous de la puissance moyenne de votre sortie d’entraînement le mois dernier ?

Ce dont vous vous souvenez, c’est bien plus probablement : la couleur du ciel au départ à cinq heures du matin. La pluie qui s’est mise à tomber au milieu d’une montée, et les rires partagés avec vos coéquipiers à l’abri sous un grand arbre. Ce moment où, lors d’une sortie en solitaire sur une route côtière, le coucher de soleil a teinté toute la route en or.

Ce dont vous vous souvenez, c’est du voyage, pas de la destination.

Le piège de l’orientation vers les résultats

Le piège du « jamais assez »

Lorsque vous placez tout votre sens dans le résultat, vous tombez dans un cycle du « jamais assez » :

Terminer son premier 100 km → trois jours de joie → avoir envie de faire le double
Terminer le double → une semaine de joie → avoir envie de défier Wuling
Terminer Wuling → deux jours de joie → vouloir passer sous les trois heures
Passer sous les trois heures → un jour de joie → vouloir passer sous 2:50

Chaque objectif atteint n’apporte qu’une satisfaction éphémère, immédiatement remplacée par l’objectif suivant. C’est ce que la psychologie appelle l’« adaptation hédonique » (Hedonic Adaptation) — notre ressenti du bonheur revient rapidement à son niveau de base, quelle que soit la réussite accomplie.

Si votre bonheur n’existe qu’à l’instant précis où vous atteignez un objectif, alors vous êtes malheureux 364 jours par an.

La fragilité de l’identité

Lorsque vous vous définissez par le résultat (« je suis un cycliste capable de passer sous les trois heures à Wuling »), votre identité devient très fragile. Dès qu’une blessure survient, que vos performances déclinent, ou qu’un jour vous ne passez simplement plus sous les trois heures, tout votre édifice identitaire s’effondre.

Mais si vous vous définissez par le processus (« je suis quelqu’un qui aime le vélo, qui apprend en continu et qui aime les défis »), alors votre identité est solide — quel que soit votre FTP, quelle que soit votre vitesse aujourd’hui, rapide ou lente.

Les idées centrales de la philosophie du processus

Savourer chaque tour de pédale

Si vous effectuez dix millions de tours de pédale dans votre vie, et que vous ne ressentez de satisfaction qu’au moment d’atteindre la ligne d’arrivée, alors vous gaspillez neuf millions neuf cent quatre-vingt-dix-neuf mille neuf cent quatre-vingt-dix-neuf occasions de ressentir du bonheur.

L’idée centrale de la philosophie du processus est simple : déplacer votre attention de « où vais-je ? » vers « que suis-je en train de faire ? ». Chaque tour de pédale peut être une expérience complète — ressentir la puissance qui se transmet de la jambe à la pédale, ressentir les subtiles variations de vitesse, ressentir le son du vent à vos oreilles.

Cela ne signifie pas qu’il ne faut pas avoir d’objectifs. Les objectifs sont des repères sur la carte, ils vous aident à planifier votre itinéraire. Mais le plaisir du voyage ne se trouve pas sur les repères, il se trouve sur chaque portion de route qui les sépare.

Les petites victoires du processus

Lorsque vous portez votre attention sur le processus, vous commencez à remarquer une multitude de « petites victoires » :

  • L’échauffement d’aujourd’hui était plus fluide qu’hier
  • Vous avez pris ce virage avec plus de fluidité que la dernière fois
  • Vous avez réussi à maintenir une cadence stable dans la montée
  • Vous avez pris une décision intelligente en matière de ravitaillement malgré la fatigue
  • Vous avez choisi de continuer au moment où vous vouliez abandonner

Ces petites victoires n’apparaissent pas sur Strava, personne ne vous mettra un « like », mais ce sont elles qui constituent véritablement les briques de votre progression en tant qu’athlète.

Motivation intrinsèque vs motivation extrinsèque

La théorie de l’autodétermination (Self-Determination Theory) en psychologie nous enseigne que la motivation la plus durable provient de trois besoins intrinsèques : l’autonomie, la compétence et l’appartenance.

  • Autonomie : « Je choisis de faire du vélo parce que j’aime ça. »
  • Compétence : « Je sens que je progresse. »
  • Appartenance : « Je fais partie de cette communauté. »

Ces trois besoins sont processuels, pas liés aux résultats. Vous n’avez pas besoin de gagner une course pour les satisfaire — vous avez seulement besoin de vous engager dans ce processus de manière continue et consciente.

Comment passer d’une orientation « résultats » à une orientation « processus »

Repensez votre journal d’entraînement

En plus d’enregistrer la puissance, la fréquence cardiaque et la distance, essayez d’ajouter des éléments processuels :

  • Le ressenti de la sortie du jour : pas le niveau de fatigue physique, mais la qualité globale de l’expérience
  • Une nouvelle découverte : peut-être un nouveau chemin, une nouvelle technique, ou une prise de conscience sur vous-même
  • Une gratitude : qu’y a-t-il eu de gratifiant dans votre sortie d’aujourd’hui ?

Trois ans plus tard, ces notes auront bien plus de sens que n’importe quelle donnée de puissance.

Planifiez régulièrement des sorties « sans objectif »

Au moins une fois par mois, planifiez une sortie sans aucun objectif d’entraînement. Pas de compteur, pas d’allure imposée, pas d’itinéraire planifié. Sortez simplement et voyez où la route vous mène.

Vous découvrirez que ces « sorties sans objectif » sont souvent celles que vous appréciez le plus. Car lorsque vous retirez la pression de devoir accomplir quelque chose, vous pouvez enfin être vraiment « présent ».

Redéfinissez ce qu’est une « bonne journée »

Définition courante : aujourd’hui j’ai roulé vite / j’ai battu un record / ma puissance était élevée → bonne journée.

Définition orientée processus : aujourd’hui je me suis investi pleinement / j’ai pris de bonnes décisions dans la difficulté / j’ai apprécié tout le processus → bonne journée.

Avec cette seconde définition, vous aurez beaucoup plus de « bonnes journées ». Et plus de bonnes journées signifie une meilleure carrière cycliste, et une meilleure vie.

Le véritable sens de la destination

La philosophie du processus ne nie pas la valeur des objectifs. Les objectifs sont importants — ils fournissent une direction, créent des défis et donnent une structure au processus.

Mais la véritable valeur d’un objectif ne réside pas dans l’instant où il est atteint, mais dans le fait qu’il donne une direction au processus. Le sens de gravir Wuling n’est pas la minute passée à prendre une photo devant le panneau des 3275 mètres d’altitude. Son sens réside dans les trois mois d’entraînement qui ont précédé, dans chaque matin où vous avez choisi de vous lever plutôt que de dormir, dans chaque instant de la montée où vous avez choisi de persévérer plutôt que d’abandonner.

Le panneau n’est qu’un point final. Tout le texte, c’est cela, l’histoire.

« La vie n’est pas un problème à résoudre, mais une réalité à expérimenter. » — Soren Kierkegaard

Votre carrière cycliste est la même chose. Ce n’est pas une série d’objectifs à atteindre, mais un voyage à vivre pleinement.

La prochaine fois que vous sortez rouler, essayez ceci : regardez votre compteur une fois de moins, et levez les yeux vers le ciel une fois de plus.

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