Ce que la période d’affûtage cherche à résoudre
Presque tous les passionnés de sports d’endurance qui préparent sérieusement une compétition ont déjà entendu le conseil « il faut s’affûter avant une course », mais rares sont ceux qui comprennent réellement ce que la période d’affûtage cherche à résoudre. De nombreux amateurs adoptent deux attitudes extrêmes vis-à-vis de l’affûtage : certains ne réduisent pas du tout leur volume, pensant que « s’entraîner jusqu’au dernier moment permet d’atteindre la meilleure forme possible », et se présentent le jour de la course avec un corps fatigué ; d’autres s’affûtent de manière excessive, cessant presque complètement l’entraînement une à deux semaines avant la course, pour finalement se sentir « engourdis » le jour J, avec une puissance et un sens du rythme inférieurs aux attentes. Ces deux extrêmes reflètent une méconnaissance de la logique physiologique qui sous-tend l’affûtage.
Le problème central que la période d’affûtage cherche à résoudre est le décalage temporel entre la « fatigue » accumulée par la charge d’entraînement et les « adaptations physiologiques » induites par cette même charge. Un entraînement régulier sur le long terme accumule simultanément deux choses : d’une part, les adaptations physiologiques réelles du corps, comme l’augmentation de la densité mitochondriale, l’expansion du réseau capillaire, l’augmentation du débit cardiaque à chaque battement, ou l’amélioration de l’efficacité du recrutement neuromusculaire. Une fois établies, ces adaptations se maintiennent de manière relativement stable pendant un certain temps et ne disparaissent pas rapidement en raison d’une baisse temporaire du volume d’entraînement. D’autre part, il y a l’accumulation de fatigue à court terme, notamment les micro-lésions musculaires pas encore totalement réparées, les réserves de glycogène pas encore complètement reconstituées, un système nerveux dans un état de fatigue relative, et des marqueurs hormonaux et inflammatoires en déséquilibre sous l’effet de l’accumulation de la charge d’entraînement. Cette fatigue à court terme s’estompe progressivement avec le repos et la récupération, et sa disparition est généralement beaucoup plus rapide que la perte des adaptations physiologiques.
Cette asymétrie — « les adaptations persistent plus longtemps, la fatigue disparaît plus vite » — est précisément le fondement théorique de la période d’affûtage : si le coureur parvient, dans la période précédant la compétition, à réduire stratégiquement le volume d’entraînement pour laisser la fatigue à court terme se dissiper pleinement tout en préservant au maximum les adaptations déjà acquises, le corps peut théoriquement se présenter le jour de la course dans un état idéal, avec « un niveau de forme proche du pic d’entraînement, mais une fatigue réduite au minimum ». C’est aussi pourquoi de nombreux athlètes, après un affûtage bien exécuté, ont l’impression que leur performance en course est nettement supérieure à celle de n’importe quelle séance d’intensité comparable réalisée pendant l’entraînement. Ce phénomène est parfois appelé « surcompensation » ; il s’agit essentiellement de l’effet net produit par le fait que la fatigue disparaît plus vite que la forme ne se dégrade.
Pourquoi s’affûter : le décalage entre fatigue et forme
La clé pour comprendre le « pourquoi » de l’affûtage est de saisir que la charge d’entraînement fait simultanément deux choses contradictoires : d’un côté, elle stimule le corps pour produire des adaptations (elle vous rend plus fort), et de l’autre, elle accumule de la fatigue (elle vous épuise). Pendant la période d’entraînement, ces deux effets se superposent, et le corps se trouve généralement dans un état où « la fatigue s’accumule, la forme progresse, mais comme la fatigue masque une partie des progrès, on ne sent pas à quel point on est fort ». C’est aussi pourquoi de nombreux athlètes, au moment où le volume d’entraînement est le plus élevé, ont l’impression que leurs sensations sont moins bonnes que prévu. Ce phénomène ne signifie pas que l’entraînement est inefficace, mais que la fatigue masque temporairement le véritable niveau de forme.
Le rôle de la période d’affûtage est de retirer délibérément la couche de fatigue superposée à la forme, afin de laisser apparaître le véritable niveau de condition physique. Cela explique aussi pourquoi « s’entraîner jusqu’à la veille de la course » n’est généralement pas une bonne stratégie : même si le coureur sent que sa « forme monte » dans les derniers jours précédant la compétition, son corps porte encore la fatigue accumulée par les entraînements récents. Cette fatigue se manifestera le jour de la course sous forme de jambes lourdes, de temps de réaction ralenti, d’endurance qui s’épuise prématurément, annulant ainsi une partie de la performance attendue.
Un autre argument en faveur de l’affûtage est que, après une récupération complète, le corps connaît une amélioration temporaire de l’efficacité du recrutement neuromusculaire et de la vitesse de contraction des fibres musculaires. Ce phénomène n’est pas exactement identique au mécanisme des adaptations à long terme ; il s’agit plutôt du fait que « le repos permet au système nerveux de revenir à son état de fonctionnement optimal ». C’est pourquoi de nombreux athlètes, après un affûtage, non seulement ne se sentent pas fatigués, mais ressentent au contraire une meilleure puissance et une meilleure explosivité dans les jambes que pendant l’entraînement. Cette sensation de mordant est précisément l’effet que l’affûtage cherche à créer.
Combien réduire : l’ampleur de la baisse de volume
La question du « combien réduire » est la plus discutée — et la plus mal comprise — dans la planification de l’affûtage. Posons d’abord un principe fondamental : l’affûtage doit principalement réduire le « volume d’entraînement » (c’est-à-dire le temps total ou la charge totale), et non « l’intensité ». La logique derrière ce principe est que la forte accumulation de volume est la principale source de fatigue à court terme ; réduire le volume permet au corps de récupérer efficacement. En revanche, le maintien de l’intensité est crucial, car le fait de conserver un certain niveau de stimulation à haute intensité permet au système neuromusculaire de rester « prêt à produire une puissance élevée à tout moment ». Si l’on réduit également l’intensité de manière drastique pendant l’affûtage, le corps se sentira certes très reposé, mais le système neuromusculaire « oubliera » progressivement comment produire une puissance élevée, ce qui donnera le jour de la course une sensation de corps « engourdi » et une explosivité inférieure aux attentes — c’est précisément l’échec le plus courant de l’affûtage excessif mentionné plus haut.
En ce qui concerne l’ampleur concrète de la réduction du volume, la fourchette de référence couramment évoquée dans les discussions professionnelles se situe approximativement entre 30 % et 60 % du volume initial, ce qui signifie que le volume d’entraînement pendant l’affûtage pourrait ne représenter qu’environ 40 % à 70 % du volume habituel. Mais cette fourchette n’est qu’un point de départ approximatif ; en réalité, elle doit être ajustée avec souplesse en fonction du bagage d’entraînement du coureur, du degré de fatigue accumulée avant la course et de l’importance de la compétition. Il ne faut pas appliquer mécaniquement un pourcentage fixe. Les athlètes ayant un volume d’entraînement plus important et une plus grande expérience peuvent généralement supporter — et ont besoin — d’une réduction de volume plus marquée ; les amateurs dont le volume d’entraînement est déjà modeste n’ont peut-être besoin que d’une réduction relativement douce pour obtenir une récupération suffisante. Si la baisse est trop importante, le corps risque de perdre, faute de sollicitation, le sens du rythme et le mordant nécessaires à la compétition.
En ce qui concerne le maintien de l’intensité, le contenu de l’affûtage comprend généralement quelques blocs de haute intensité, courts mais de qualité, comme de brèves séries de seuil ou des sprints, mais avec une durée totale et un volume global fortement réduits à chaque séance. Le corps reçoit ainsi le signal que « l’intensité reste importante » sans pour autant accumuler trop de fatigue. Ce principe de « volume réduit, qualité maintenue » est l’élément le plus central — et le plus souvent mal compris — de la plupart des plans d’affûtage.
Combien de temps : la durée de l’affûtage
La durée de l’affûtage n’a pas non plus de réponse universelle ; elle dépend de l’importance de la compétition, de la charge d’entraînement totale accumulée avant la course et de la vitesse de récupération individuelle du coureur. La fourchette de référence couramment évoquée dans les discussions sur ce sujet va d’une semaine à deux ou trois semaines. Les affûtages plus courts sont fréquents chez les amateurs dont l’intensité et le volume d’entraînement ne sont pas très élevés, ou pour des compétitions d’entraînement secondaires ; les affûtages plus longs sont plus courants chez les athlètes qui sortent d’un long cycle d’entraînement à haute intensité et préparent la compétition la plus importante de l’année.
La logique pour déterminer la durée de l’affûtage revient essentiellement à répondre à une question : combien de temps faut-il pour que le corps libère pleinement la fatigue accumulée récemment, sans que la forme et le sens du rythme de course ne se dégradent parce que la période est trop longue ? Un affûtage trop court risque de laisser une fatigue résiduelle, et le coureur portera encore la lourdeur de la période d’entraînement le jour de la course ; un affûtage trop long peut entraîner un risque de « dégradation des mécanismes de maintien de la forme » : une réduction importante et prolongée du volume d’entraînement peut progressivement inverser les adaptations, et l’inactivité prolongée peut également faire baisser le sens du rythme de course et la concentration mentale. C’est l’une des causes les plus fréquentes de l’« affûtage excessif » évoqué plus haut.
En pratique, la durée de l’affûtage doit également tenir compte de la manière dont le volume est réduit : de façon progressive et linéaire, ou par paliers successifs. L’avantage d’une réduction linéaire progressive est que la variation de charge est plus douce pour le corps, ce qui évite des réactions d’adaptation brutales. La réduction par paliers est plus courante pour les affûtages plus longs : par exemple, réduire d’abord à 70 % du volume pendant quelques jours, puis à 50 %, et enfin à un niveau encore plus bas dans les derniers jours précédant la course. Cette approche par paliers donne au coureur davantage d’occasions d’ajuster le rythme en fonction de ses sensations de fatigue du moment, plutôt que de suivre une courbe de réduction unique et fixe du début à la fin.
Les modes d’échec courants de l’affûtage
L’affûtage semble être un concept aussi simple que « réduire le volume d’entraînement », mais en pratique, il existe de nombreux modes d’échec courants qu’il vaut la peine d’examiner un par un.
Le premier mode d’échec est de ne pas s’affûter du tout. On le rencontre souvent chez les athlètes très passionnés par l’entraînement, ou chez ceux qui manquent de confiance en leur condition physique et craignent qu’« une pause signifie une régression ». Résultat : ils se présentent en course avec la fatigue accumulée pendant l’entraînement. Même avec des bases d’entraînement solides, la fatigue résiduelle peut les empêcher d’exprimer leur véritable niveau.
Le deuxième mode d’échec est l’affûtage excessif mentionné plus haut : le volume et l’intensité chutent tous deux de manière drastique. Le corps se sent certes très reposé et bien récupéré, mais le mordant neuromusculaire et le sens du rythme de course se sont nettement émoussés. Le jour de la course, on a l’impression que « les jambes sont neuves, mais on ne sait plus comment pédaler ». Cet état est souvent décrit comme « trop frais », ce qui n’est pas favorable à la performance.
Le troisième mode d’échec consiste à modifier radicalement le type d’entraînement pendant l’affûtage, par exemple en s’imposant de longues périodes de repos total statique jamais pratiquées auparavant, ou en essayant soudainement des contenus d’entraînement totalement inconnus. Ces changements brutaux peuvent perturber le rythme physiologique existant du corps et accroître l’instabilité psychologique. Le contenu de l’affûtage devrait être une « version réduite de l’entraînement habituel », et non une nouvelle expérimentation.
Le quatrième mode d’échec consiste à négliger le fait que l’affûtage est aussi une phase importante d’ajustement psychologique. Lorsque le volume d’entraînement diminue, de nombreux athlètes ressentent une anxiété du type « est-ce que je suis en train de régresser ? ». Si cette pression psychologique n’est pas correctement gérée, elle peut annuler les bénéfices physiologiques de l’affûtage, voire pousser le coureur à ajouter secrètement des séances supplémentaires, brisant ainsi le rythme d’affûtage prévu. Comprendre la logique physiologique de l’affûtage et construire une confiance raisonnable envers la compétition à venir est un aspect tout aussi important de la dimension psychologique de l’affûtage.
Le cinquième mode d’échec consiste à appliquer par erreur les principes de l’affûtage à des situations hors compétition, par exemple en organisant chaque semaine d’entraînement comme un « mini-affûtage ». À long terme, la stimulation d’entraînement devient gravement insuffisante et la condition physique stagne. L’essence de l’affûtage est de « libérer stratégiquement la fatigue après avoir suffisamment accumulé la charge d’entraînement ». Si le volume d’entraînement habituel est déjà faible et qu’aucune phase solide d’accumulation de charge n’a été réalisée, appliquer prématurément la logique de l’affûtage ne fera que maintenir la stimulation d’entraînement à un niveau trop bas sur le long terme.
Le sixième mode d’échec consiste à négliger le fait que l’alimentation et le sommeil doivent également être ajustés pendant l’affûtage. Lorsque le volume d’entraînement diminue, les besoins du corps en calories et en glucides changent en conséquence. Si les habitudes alimentaires ne suivent pas et que l’on maintient les apports de la période de pic d’entraînement, on peut observer des variations imprévues de poids et de masse grasse en peu de temps. À l’inverse, l’affûtage est aussi une phase importante pour reconstituer les réserves de glycogène et réparer les micro-lésions ; un sommeil suffisant et un apport nutritionnel adapté sont des conditions nécessaires pour maximiser les effets de l’affûtage, et non pas simplement une réduction des heures d’entraînement.
| Mode d’échec courant | Problème principal | Conséquence typique |
|---|---|---|
| Pas d’affûtage du tout | Fatigue résiduelle avant la course | Performance inférieure au niveau d’entraînement, endurance qui s’épuise prématurément |
| Affûtage excessif (volume et intensité fortement réduits) | Perte du mordant neuromusculaire | Corps reposé mais mauvais sens du rythme, explosivité insuffisante |
| Changement brutal du type d’entraînement | Perturbation du rythme physiologique existant | Déséquilibre physique et mental, instabilité psychologique |
| Négligence de l’ajustement psychologique | Anxiété conduisant à des séances supplémentaires cachées | Rythme d’affûtage compromis, fatigue insuffisamment libérée |
| Application erronée de la logique d’affûtage à l’entraînement habituel | Stimulation d’entraînement insuffisante sur le long terme | Stagnation de la condition physique, progrès à long terme bloqués |
| Alimentation et sommeil non ajustés en parallèle | Récupération et ravitaillement insuffisants | Variations imprévues de poids et de masse grasse, effets de l’affûtage réduits |
Considérations sur l’affûtage selon le type de compétition
L’organisation concrète de l’affûtage doit également tenir compte des caractéristiques de la compétition elle-même. Les épreuves courtes et intenses (comme les contre-la-montre courts ou les courses de sprint en peloton sur route) exigent un niveau élevé d’explosivité neuromusculaire et de mordant ; pendant l’affûtage, il faut être d’autant plus prudent dans le maintien de la stimulation à haute intensité, afin d’éviter qu’une baisse trop importante de l’intensité n’entraîne une perte d’explosivité. Pour les épreuves d’endurance de longue durée (comme les courses sur route longues distances, l’ultra-marathon ou le triathlon longue distance), outre la préparation neuromusculaire, il faut également prendre en compte la reconstitution complète du glycogène et du système énergétique global. La durée de l’affûtage devra peut-être être allongée, et il faudra particulièrement veiller à ce que la stratégie de charge en glucides avant la course soit bien synchronisée avec le rythme de réduction du volume.
Pour les amateurs taïwanais, si l’épreuve cible est un parcours long et très vallonnné comme Wuling, l’affûtage doit, en plus de la réduction du volume, intégrer une stratégie de réserve en eau et en électrolytes adaptée aux conditions de forte chaleur ; dans les jours précédant la course, il faut éviter de se présenter en état de déshydratation ou de manque de sommeil. Si l’épreuve cible est un marathon sur route comme le Marathon de Taipei, le Marathon de Wanjinshi ou le Marathon de Tianzhong, l’affûtage doit, en plus de la réduction du kilométrage, veiller à ne pas tester de nouvelles chaussures, de nouveaux produits de ravitaillement ou de nouveaux équipements une à deux semaines avant la course. L’affûtage doit être la continuité d’un entraînement et d’un équipement familiers, et non l’occasion d’introduire de nouvelles variables.
Conception du type d’entraînement pendant l’affûtage : comprendre le « volume réduit, qualité maintenue » à travers la structure des séances
Pour traduire concrètement le principe du « volume réduit, qualité maintenue » dans la conception des séances, on peut l’examiner selon trois dimensions : la fréquence d’entraînement, la durée de chaque séance et l’intensité. La dimension la plus facile à ajuster — et celle qui devrait être prioritaire — est la durée de chaque séance : raccourcir une sortie longue habituelle de deux à trois heures à une heure, voire moins, permet de réduire considérablement le volume total tout en laissant au corps l’occasion de conserver la sensation du mouvement. La fréquence d’entraînement peut être ajustée de manière modérée, par exemple en passant de six séances par semaine à quatre ou cinq, afin de préserver un rythme d’entraînement suffisant et d’éviter que le corps ne devienne raide ou ne perde le sens du rythme en raison d’un arrêt complet. L’intensité, quant à elle, devrait être la dernière dimension à ajuster, et celle dont l’ampleur de modification devrait être la plus faible. Le plan d’affûtage peut toujours inclure de brèves séries de seuil ou des sprints, mais avec un nombre total de séries et un volume total fortement réduits, afin que le corps continue de recevoir des signaux de stimulation neuromusculaire à haute intensité sans accumuler trop de fatigue en raison d’un volume excessif.
Par exemple, un coureur qui, en période spécifique, programme habituellement trois séances d’intervalles à haute intensité par semaine, plus deux sorties longues d’endurance, peut, une fois en période d’affûtage, envisager de réduire les séances d’intervalles à une ou deux, avec un nombre de séries et une durée totale nettement raccourcis, tout en réduisant la sortie longue à une sortie de distance moyenne, à une intensité comprise entre facile et modérée, et en consacrant le reste du temps à un repos complet ou à des activités de récupération très légères. Cette structure de plan permet au corps de ressentir simultanément deux signaux : « le volume d’entraînement a nettement diminué » et « la stimulation à haute intensité est toujours présente ». C’est l’équilibre que la plupart des plans d’affûtage cherchent à atteindre.
Il convient également de mentionner que les derniers jours de l’affûtage (en particulier un à trois jours avant la course) incluent généralement une séance de « réveil » très brève, mais contenant quelques segments à l’intensité de course, dont le but est de permettre au corps de se réfamiliariser avec la sensation de l’intensité de course avant l’épreuve, afin d’éviter que plusieurs jours de faible intensité ou de repos complet n’émoussent la réactivité du corps aux efforts à haute intensité. Cette séance de réveil est généralement très courte ; l’accent est mis sur le « réveil qualitatif » et non sur la « stimulation d’entraînement ». Pendant son exécution, il faut particulièrement veiller à ne pas prolonger la durée ou augmenter l’intensité de manière inconsciente pour « se sentir plus en confiance », car cela irait à l’encontre de l’objectif de libération de la fatigue que l’affûtage cherche à atteindre.
États psychologiques courants pendant l’affûtage et stratégies d’adaptation
Au-delà des ajustements physiologiques, l’affûtage est aussi, pour de nombreux athlètes, une période psychologiquement difficile à traverser. Les coureurs habitués à un volume d’entraînement élevé ressentent souvent, après la baisse soudaine du volume, une sensation d’inconfort du type « quelque chose ne va pas », se demandant s’ils ne vont pas mal performer parce qu’ils ne s’entraînent pas assez. Si cette anxiété n’est pas correctement gérée, elle peut pousser le coureur à ajouter secrètement des séances pendant l’affûtage, ou à sombrer dans une nervosité excessive à la veille de la course, nuisant à la qualité du sommeil et annulant ainsi les bénéfices de récupération que l’affûtage était censé apporter.
Pour faire face à cet état psychologique, l’approche la plus efficace consiste à comprendre et accepter à l’avance la logique physiologique de l’affûtage : la baisse du volume d’entraînement ne signifie pas que la forme se dégrade, mais que le corps libère progressivement la fatigue accumulée pendant l’entraînement, permettant au véritable niveau de forme de se révéler pleinement. On peut également consulter ses propres journaux d’entraînement passés pour confirmer qu’une charge d’entraînement suffisamment solide a été accumulée avant l’affûtage, construisant ainsi un cadre de confiance du type « tout ce qui devait être fait a été fait, maintenant il s’agit de laisser le corps se préparer à exprimer son potentiel », plutôt que d’interpréter l’affûtage comme un « manque d’entraînement ». Pour les coureurs sujets à l’anxiété, on peut également envisager de planifier pendant l’affûtage des activités liées au rythme de la course mais de faible intensité, comme se familiariser avec le parcours, préparer le matériel ou planifier la stratégie de ravitaillement, afin de déplacer l’attention de « est-ce que je m’entraîne assez ? » vers « préparer les autres aspects de la course ». Cela ne perturbe pas le rythme d’entraînement de l’affûtage, tout en atténuant l’anxiété et en améliorant la préparation mentale globale avant la course.
Auto-surveillance pendant l’affûtage
Le succès de l’affûtage ne dépend pas uniquement du respect du plan de réduction du volume ; il convient également de s’appuyer sur certains signaux d’auto-surveillance pour ajuster le plan, notamment : la fréquence cardiaque au repos le matin qui se stabilise progressivement, l’amélioration de la qualité du sommeil, la diminution progressive de la sensation subjective de fatigue à mesure que le volume diminue, et, lors des rares segments de test à haute intensité, une sensation corporelle plus légère et plus puissante qu’au pic de l’entraînement. Si, dans la phase avancée de l’affûtage, on ressent toujours une fatigue persistante, que la qualité du sommeil ne s’améliore pas, ou que l’on observe même une humeur dépressive ou une perte d’appétit, ces signes peuvent indiquer que le corps n’a pas suffisamment récupéré, voire qu’il existe d’autres problèmes de santé sous-jacents. Il faut alors envisager en priorité de réduire encore le volume d’entraînement, de garantir un sommeil et un apport nutritionnel suffisants, et, si nécessaire, de consulter un entraîneur ou un professionnel de santé, plutôt que de suivre mécaniquement le nombre de jours prévu au plan initial.
La planification de l’affûtage doit également tenir compte des différences individuelles. La même stratégie d’affûtage peut produire des effets radicalement différents selon les coureurs, en fonction de leur bagage d’entraînement, de leur capacité de récupération, de leur âge et de leur niveau de stress de vie. Il est recommandé au lecteur d’accumuler progressivement sa propre expérience de l’affûtage à travers plusieurs compétitions, en notant à chaque fois l’ampleur de la réduction du volume, le nombre de jours, ainsi que les sensations subjectives et la performance réelle le jour de la course. À long terme, il pourra ainsi trouver le rythme d’affûtage qui lui convient le mieux, plutôt que d’appliquer mécaniquement une formule générique.
Points clés et liste d’actions
- La logique centrale de l’affûtage repose sur le fait que la fatigue disparaît plus vite que les adaptations physiologiques ne se dégradent, permettant au corps d’atteindre avant la course l’état idéal de « forme préservée, fatigue minimale ».
- L’affûtage doit principalement réduire le « volume d’entraînement », et non « l’intensité » ; il faut conserver quelques stimulations à haute intensité de qualité pour maintenir le mordant neuromusculaire.
- Il n’existe pas de réponse fixe concernant l’ampleur de la réduction du volume ; la fourchette de référence courante se situe approximativement entre 30 % et 60 % du volume initial, à ajuster avec souplesse selon le bagage d’entraînement individuel et l’importance de la compétition.
- La durée de l’affûtage se situe généralement entre une semaine et deux à trois semaines ; trop court, la fatigue n’est pas dissipée, trop long, la forme et le sens du rythme peuvent se dégrader.
- Éviter les deux extrêmes que sont l’absence totale d’affûtage et l’affûtage excessif, et éviter également de tester de nouveaux types d’entraînement, de nouveaux équipements ou de nouveaux produits de ravitaillement pendant l’affûtage.
- L’affûtage doit s’accompagner d’un ajustement simultané de l’alimentation et du sommeil, et non pas seulement d’une réduction des heures d’entraînement.
- Surveiller les effets de l’affûtage à l’aide de signaux tels que la fréquence cardiaque au repos le matin, la qualité du sommeil et la sensation subjective de fatigue ; en cas de fatigue anormale persistante ou de baisse d’humeur, réduire en priorité le volume d’entraînement et envisager de consulter un professionnel.
- Accumuler des notes sur ses propres expériences d’affûtage passées pour déterminer progressivement l’ampleur et la durée de réduction les plus adaptées, plutôt que d’appliquer mécaniquement une formule unique.
Lectures complémentaires
- Plan d’affûtage avant une épreuve d’ultra-endurance
- La science de la semaine d’affûtage (Taper) : comment se débarrasser de la fatigue sans perdre la forme
- Conception de l’affûtage en natation : ajustement du volume d’entraînement deux semaines avant la course
- Conception de l’affûtage pour les nageurs : stratégies d’ajustement de l’entraînement deux semaines avant la course
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