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Analyse complète du phénomène du mur à 30 kilomètres en marathon : mécanismes physiologiques de l'épuisement du glycogène, stratégies de prévention et solutions

訓練科學

Le mur n’est pas un problème de volonté, mais un dérèglement du système énergétique

Presque tous ceux qui ont couru un marathon complet ont entendu parler du « mur » (the wall), qui survient généralement autour du trentième kilomètre. Les symptômes incluent des jambes soudainement anormalement lourdes, une chute brutale de l’allure, une pensée ralentie, voire une humeur dépressive et l’envie d’abandonner. Beaucoup de coureurs qui rencontrent le mur pour la première fois l’attribuent à un « entraînement insuffisant » ou à un « manque de volonté ». Mais d’un point de vue physiologique, le phénomène du mur a un contexte métabolique énergétique très clair. En comprenant ce mécanisme, vous découvrirez que le mur peut être largement prévenu, voire complètement évité.

Cet article est divisé en trois parties : la première explique comment le corps utilise l’énergie sur la distance d’un marathon et pourquoi l’épuisement du glycogène survient particulièrement autour du trentième kilomètre ; la deuxième aborde les stratégies de prévention concrètes à adopter pendant la période d’entraînement et le jour de la course ; la troisième traite de la conduite à tenir si vous ressentez réellement les signes du mur sur le parcours, afin de minimiser les dégâts et de terminer la course du mieux possible.

I. Les deux systèmes énergétiques du corps : les graisses et le glycogène

Pendant l’effort, le corps humain dépend principalement de deux carburants : le glycogène (glycogen, c’est-à-dire la forme sous laquelle les glucides sont stockés dans l’organisme), stocké dans les muscles et le foie, et les graisses, stockées dans le tissu adipeux et les muscles. Ces deux carburants ont des caractéristiques très différentes, et comprendre cette différence est la base pour comprendre le phénomène du mur.

Les réserves de graisses sont presque « inépuisables ». Même chez un coureur d’élite avec un faible pourcentage de graisse corporelle, l’énergie théoriquement disponible dans les graisses pourrait soutenir plusieurs marathons complets. Le problème des graisses ne réside pas dans la quantité stockée, mais dans la « vitesse d’approvisionnement » : le taux de production d’énergie par oxydation des graisses est bien inférieur à celui de la dégradation du glycogène, surtout à intensité relativement élevée (comme l’effort d’intensité moyenne à élevée maintenu pendant plusieurs heures qu’est l’allure marathon). À cette intensité, la vitesse d’oxydation des graisses est insuffisante pour soutenir seule la puissance énergétique requise.

Le glycogène, à l’inverse, a une vitesse d’approvisionnement rapide et peut répondre aux besoins énergétiques d’intensités plus élevées, mais sa capacité de stockage est très limitée. Le glycogène musculaire est principalement stocké dans les groupes musculaires que vous utilisez (c’est-à-dire les muscles des membres inférieurs pendant la course), tandis que le glycogène hépatique maintient la stabilité de la glycémie, alimentant tous les organes du corps, y compris le cerveau. En général, chez un adulte ayant une alimentation et un entraînement normaux, la quantité totale de glycogène pouvant être stockée dans les muscles et le foie a une limite physiologique. Cette limite varie d’une personne à l’autre en fonction de la masse musculaire, de l’état d’entraînement et des habitudes alimentaires, mais globalement, « la capacité de stockage du glycogène est limitée » est une contrainte physiologique commune à tous les coureurs.

Lors d’un exercice de faible intensité (comme une marche facile ou un jogging très lent), le corps a tendance à utiliser davantage de graisses et moins de glycogène. C’est pourquoi l’« entraînement de base aérobie » met l’accent sur l’accumulation de kilométrage à une allure relativement facile : l’un des objectifs est d’entraîner le corps à utiliser les graisses plus efficacement à la même allure, économisant ainsi les précieuses réserves de glycogène. Mais l’allure de course d’un marathon n’est pas une intensité « facile » pour la plupart des coureurs ; c’est un effort d’intensité moyenne à élevée à maintenir pendant plusieurs heures, et à cette intensité, la proportion de glycogène utilisée augmente nettement.

II. Pourquoi le mur survient-il souvent autour du trentième kilomètre

Si l’on multiplie la distance du marathon par l’allure pour obtenir le temps, la plupart des coureurs amateurs mettent entre trois heures et demie et six heures pour terminer un marathon complet, et le trentième kilomètre se situe environ aux deux tiers ou trois quarts de la course. Plusieurs raisons se cumulent pour expliquer pourquoi ce point de distance est souvent le point critique du mur :

La capacité de stockage du glycogène est intrinsèquement limitée. En estimant le taux de consommation lors d’un exercice continu d’intensité moyenne à élevée, la plupart des coureurs n’ayant pas spécifiquement optimisé leurs stratégies de stockage des glucides ont un glycogène corporel qui peut soutenir environ deux heures d’effort à cette intensité. Converti en distance, ce moment tombe juste autour du trentième kilomètre pour de nombreux coureurs amateurs (pour les coureurs d’élite, qui passent le trentième kilomètre plus tôt en raison de leur allure plus rapide, le point du mur peut également survenir plus tôt ; pour les coureurs plus lents, il peut être retardé, mais le risque de heurter le mur existe toujours, simplement à une position différente en termes de distance).

La fatigue ressentie s’accumule progressivement, mais la baisse de performance est non linéaire. Le glycogène ne s’épuise pas d’un coup, mais diminue progressivement avec le kilométrage. Lorsque les réserves de glycogène sont encore suffisantes, le corps a la marge nécessaire pour maintenir l’allure ; mais lorsque les réserves approchent du seuil critique, le corps franchit un « point de bascule métabolique » : le glycogène ne suffisant plus à soutenir l’intensité initiale, le corps est contraint de dépendre davantage de l’oxydation des graisses, dont le taux ne suit pas la production d’énergie requise par l’allure initiale. L’allure chute alors brutalement sur une très courte distance, et cette sensation de « soudaineté » est précisément ce qui rend le mur si déstabilisant.

Le rôle du système nerveux central et de la glycémie. Le cerveau dépend presque entièrement du glucose sanguin comme source d’énergie. Lorsque la durée de l’effort s’allonge et que les réserves de glycogène diminuent, la capacité du foie à libérer du glucose pour maintenir la glycémie est également mise sous pression. Si la glycémie fluctue de manière significative, cela affecte directement la concentration, le jugement et la perception subjective de la fatigue. C’est pourquoi les personnes qui heurtent le mur décrivent souvent une « tête vide » ou « plus aucune envie de courir ». Ce n’est pas seulement un problème musculaire, mais aussi une tension sur l’approvisionnement énergétique au niveau du système nerveux central.

La stratégie d’allure est la variable clé qui accélère ou retarde le mur. Partir trop vite au début consomme le glycogène à une intensité et une vitesse plus élevées, ce qui revient à vider le « réservoir » plus tôt. À l’inverse, une stratégie d’allure régulière, voire légèrement négative (negative split, une seconde moitié plus rapide que la première), permet une courbe de consommation du glycogène plus douce, repoussant le point du mur, voire l’évitant complètement. C’est pourquoi de nombreux entraîneurs de marathon et coureurs expérimentés insistent sans cesse sur le fait qu’« il faut être prudent au début », car c’est après le trentième kilomètre que se joue réellement le résultat.

III. Facteurs personnels influençant le risque de heurter le mur

Outre la stratégie d’allure, plusieurs autres facteurs influencent la propension d’une personne à heurter le mur, et l’entraînement peut être ajusté en conséquence :

Base aérobie et efficacité du métabolisme des graisses. Un entraînement aérobie de faible intensité, long et volumineux, peut augmenter la proportion de graisses utilisées à la même allure, économisant ainsi le glycogène. C’est pourquoi un entraînement périodisé comprend généralement beaucoup de « sorties faciles » plutôt que des séances toutes à haute intensité : les sorties faciles entraînent la capacité à « économiser le carburant », et pas seulement la capacité cardiopulmonaire.

Capacité de stockage du glycogène musculaire. On considère généralement que les coureurs bien entraînés ont une meilleure capacité de stockage du glycogène musculaire que les personnes non entraînées. C’est aussi pourquoi les coureurs ayant suivi un entraînement systématique à long terme sont relativement moins sujets au mur, même si leur allure est plus rapide et leur consommation théoriquement plus élevée.

Stratégie de charge en glucides avant la course (carbohydrate loading). Ajuster son alimentation dans les jours précédant la course, en augmentant la proportion de glucides pour amener les réserves de glycogène proches de leur maximum avant le départ, est une pratique courante et éprouvée dans les sports d’endurance, dont le but est de repousser le point du mur. Le principe sous-jacent est simple : plus les réserves de glycogène sont proches de la limite physiologique, plus le temps avant l’effondrement est long.

Stratégie de ravitaillement pendant la course. Continuer à consommer des glucides pendant la course (boissons isotoniques, gels énergétiques, etc.) peut retarder le moment de l’épuisement complet du glycogène. C’est pourquoi l’entraînement et la course modernes au marathon mettent fortement l’accent sur la planification du « ravitaillement en course », et pas seulement sur le stockage d’avant-course.

Température ressentie et facteurs environnementaux. De nombreux marathons à Taïwan ont lieu en automne et en hiver, mais l’humidité est élevée et la température sur le parcours remonte rapidement après le lever du soleil. La charge supplémentaire de la thermorégulation fait consommer plus d’énergie et d’eau au corps, accélérant indirectement la consommation de glycogène, et peut également se superposer aux risques de déshydratation et de déséquilibre électrolytique, rendant les symptômes plus complexes et plus difficiles à identifier.

IV. Stratégies de prévention pendant la période d’entraînement

1. Établir une base aérobie solide

C’est le travail le plus fondamental pour toute discipline d’endurance. L’accumulation de volume d’entraînement sur plusieurs mois, principalement à allure facile, peut renforcer la densité mitochondriale et le réseau capillaire, améliorer l’efficacité de l’oxydation des graisses, et permettre au corps d’économiser relativement plus de glycogène à la même allure marathon. L’intensité des sorties faciles devrait être approximativement celle où l’on peut « tenir une conversation naturelle en courant ». Si chaque sortie est faite en étant essoufflé, incapable de parler, l’intensité est probablement trop élevée et l’occasion d’entraîner l’efficacité du métabolisme des graisses est manquée.

2. Planifier des sorties longues, en particulier des séances simulant la phase finale

La sortie longue (long run) ne sert pas seulement à entraîner la tolérance cardiopulmonaire et musculaire ; un objectif très important est d’« apprendre au corps à fonctionner lorsque les réserves de glycogène sont faibles » et de permettre au coureur de ressentir à l’avance les sensations proches du mur, accumulant ainsi de l’expérience. Certains entraîneurs planifient des « séances à faible stock de glycogène », par exemple en effectuant délibérément une partie des sorties longues dans un état de faible apport en glucides. Ces approches sont des stratégies avancées, dont les effets varient selon les individus, et elles doivent être progressives, en évitant de mettre trop de pression sur le corps. Elles ne conviennent pas à tout le monde ; il est recommandé de consulter un entraîneur expérimenté avant de les mettre en œuvre.

3. Charge en glucides avant la course (Carbo-loading)

Dans les trois à sept jours précédant la course, augmenter progressivement la proportion de glucides dans l’alimentation tout en réduisant l’intensité et le volume de l’entraînement (période d’affûtage, taper) est une pratique éprouvée, dont le but est d’amener les réserves de glycogène musculaire et hépatique aussi près que possible de leur limite physiologique. En pratique, il n’est pas nécessaire de viser des chiffres extrêmement précis ; l’essentiel est d’augmenter légèrement les portions d’aliments de base (riz, nouilles, tubercules) par rapport à l’habitude, et de veiller à un sommeil et une hydratation suffisants.

4. Entraîner la tolérance gastro-intestinale au ravitaillement en course

Beaucoup de coureurs savent qu’il faut consommer des gels énergétiques ou des boissons isotoniques, mais ne l’ont jamais répété à l’entraînement. Résultat : le jour de la course, l’estomac ne supporte pas, provoquant ballonnements, diarrhées, etc., et la stratégie de ravitaillement est réduite à néant. Il est recommandé de simuler pendant les sorties longues la fréquence et les produits de ravitaillement prévus pour le jour J, afin de déterminer les types, concentrations et intervalles que votre estomac peut tolérer.

V. Stratégies d’allure et de ravitaillement le jour de la course

Allure : la prudence au début est une règle d’or

Voici un cadre de référence courant pour la répartition de l’allure, afin d’aider le lecteur à comprendre la logique d’un « départ prudent ». L’allure réelle doit bien sûr être ajustée en fonction de ses capacités et de ses objectifs de course :

Section Stratégie suggérée Objectif
0–10 km Légèrement plus lent que l’allure cible, respiration facile Éviter une consommation trop rapide du glycogène en début de course, laisser le corps s’échauffer pleinement
10–21 km (mi-course) Se rapprocher progressivement de l’allure cible Trouver un rythme stable et tenable
21–30 km Maintenir l’allure cible, se concentrer sur le ravitaillement et l’état mental C’est la phase où les réserves de glycogène commencent à baisser nettement, zone à risque accru de heurter le mur
Après 30 km Ajuster selon l’état du corps, privilégier une fin de course stable plutôt que de chercher à dépasser l’allure précédente Si le glycogène est sur le point de s’épuiser, une accélération excessive risque d’accélérer l’effondrement

Beaucoup de coureurs pensent à tort qu’« accumuler un peu de temps au début permet d’être plus serein ensuite », mais cette logique se retourne souvent contre eux sur la distance d’un marathon : partir trop vite ne coûte pas seulement un écart de temps, mais surtout des réserves de glycogène. Une fois le mur atteint après le trentième kilomètre, la perte d’allure dépasse souvent de loin l’avantage gagné au début.

Ravitaillement : la régularité est plus importante que la spontanéité

Il n’est pas recommandé d’attendre d’avoir faim ou d’être fatigué pour se ravitailler en course, car à ce moment-là, le corps est déjà en situation de déficit énergétique et l’efficacité du ravitaillement est réduite. Une approche plus fiable consiste à établir un rythme de ravitaillement fixe (par exemple, à intervalles réguliers de distance ou de temps), accompagné d’un apport en eau et en électrolytes, afin de maintenir une courbe de glycémie et de consommation de glycogène aussi stable que possible, plutôt que d’attendre l’apparition de signes de fatigue évidents pour agir dans l’urgence.

La tolérance gastro-intestinale aux produits de ravitaillement varie d’une personne à l’autre ; c’est aussi la raison pour laquelle il a été mentionné plus haut qu’« il faut répéter le ravitaillement pendant l’entraînement » : le jour de la course, n’essayez pas de nouveaux produits jamais testés, pour éviter que des problèmes intestinaux ne se mêlent aux symptômes du mur et ne compliquent le diagnostic.

VI. Que faire si vous heurtez réellement le mur

Si vous ressentez déjà des jambes lourdes, une allure en chute libre, une tête embrumée et l’envie d’abandonner, essayer de maintenir de force l’allure initiale ne fera souvent qu’aggraver la situation. Voici quelques stratégies pratiques à tenter :

Réduire immédiatement l’allure, passer à l’alternance marche-course. Ce n’est pas un abandon, mais un ajustement stratégique. Une marche brève accompagnée d’un ravitaillement permet au corps de digérer l’énergie fraîchement ingérée et aux muscles trop tendus de récupérer légèrement. De nombreux coureurs, après avoir heurté le mur, atteignent le finish plus rapidement en alternant marche et course qu’en s’obstinant à courir péniblement, car l’effort douloureux prolongé perturbe la foulée et augmente les risques de crampes et de blessures.

Consommer des glucides à absorption rapide. Les gels énergétiques, les boissons isotoniques, les bananes fournies sur le parcours, etc., peuvent fournir un soutien glycémique rapide à court terme. Cela ne peut pas inverser immédiatement l’épuisement du glycogène, mais peut atténuer les symptômes les plus directs de l’hypoglycémie (vertiges, perte de concentration).

Ajuster la respiration et l’état mental. La frustration et l’envie d’abandonner lors du mur sont normales ; cela ne signifie pas que votre entraînement a échoué, mais que la limite physiologique est atteinte. Déplacez votre attention de « combien de kilomètres reste-t-il ? » vers des objectifs à très court terme comme « le prochain poste de ravitaillement » ou « le prochain poteau électrique », ce qui aide à maintenir la motivation pour avancer.

Être attentif aux signes d’alerte, arrêter la course si nécessaire. Les symptômes du mur peuvent parfois se chevaucher avec ceux d’affections plus graves (comme l’épuisement dû à la chaleur, l’hyponatrémie, les urgences cardiovasculaires). Si l’un des symptômes suivants apparaît, il faut immédiatement demander de l’aide médicale sur le parcours et ne pas insister pour continuer : confusion mentale ou réponses incohérentes, incapacité à se tenir debout ou à marcher de façon autonome, vomissements persistants, douleur ou oppression thoracique, rythme cardiaque anormalement rapide ou irrégulier, peau anormalement froide et moite ou absence totale de transpiration avec température corporelle élevée, convulsions. Ces signes nécessitent une évaluation médicale professionnelle. Le contenu de cet article est un partage de connaissances générales et ne peut se substituer au jugement professionnel du personnel médical sur place ou d’un médecin. En cas de survenue de ces symptômes, la sécurité prime toujours sur le temps de course.

VII. Risque de heurter le mur et conduite à tenir dans le contexte des courses à Taïwan

Les marathons à Taïwan présentent des particularités climatiques qui méritent d’être discutées spécifiquement. Prenons l’exemple de courses emblématiques comme le Marathon de Taipei, le Marathon Wan Jin Shi ou le Marathon de Tianzhong : même s’ils sont généralement organisés en automne et en hiver, avec une température fraîche au départ, à mesure que le soleil se lève et monte, ajouté à l’humidité élevée caractéristique du climat insulaire de Taïwan, la température ressentie augmente nettement dans la seconde partie de la course, en particulier sur les sections côtières ou les routes industrielles sans ombrage. Les coureurs, après le trentième kilomètre, sont alors confrontés à la double pression de la baisse des réserves de glycogène et de l’alourdissement de la charge de thermorégulation. Les manifestations du mur peuvent alors être plus complexes : au-delà de la simple baisse d’allure, peuvent s’y mêler des symptômes de vertiges, de nausées, similaires à une mauvaise adaptation à la chaleur.

Pour les coureurs amateurs qui s’entraînent principalement sur les pistes cyclables des berges de rivière ou les pistes d’athlétisme des écoles, la température d’entraînement ne correspond pas nécessairement à celle du jour de la course. Si la course tombe sur une matinée particulièrement chaude et humide, il est recommandé de revoir à la baisse son allure cible et de placer « terminer la course » et « protéger son corps » avant « réaliser un record personnel », surtout pour le premier marathon de la saison. Le corps est encore en phase d’adaptation à la charge métabolique énergétique sous une chaleur prolongée, et il faut aborder le risque du mur avec une prudence particulière.

Considérations particulières pour les coureuses et les phases physiologiques spécifiques

Chez les coureuses, l’efficacité d’utilisation des glucides et des graisses peut varier selon les phases du cycle menstruel. C’est un domaine où les variations individuelles sont très importantes ; cet article ne fera pas de déclarations chiffrées trop spécifiques, mais rappellera simplement aux lectrices : si vous constatez qu’à certains moments de votre cycle vous ressentez une fatigue précoce ou une baisse d’allure plus importante que d’habitude, vous pouvez noter ces observations et les utiliser comme référence pour ajuster l’intensité de l’entraînement, la fréquence des ravitaillements ou vos attentes psychologiques le jour de la course, sans vous remettre excessivement en question en pensant que votre entraînement régresse. En cas de saignements menstruels anormalement abondants, de douleurs abdominales intenses, de fatigue chronique ou d’autres symptômes associés, il convient de consulter un professionnel de santé (gynécologue ou médecin du sport) pour une évaluation, plutôt que de tenter de gérer cela uniquement par des ajustements d’entraînement.

Rappels supplémentaires pour les coureurs plus âgés et les débutants sur marathon

Les coureurs plus âgés (généralement 50 ans et plus) et les débutants qui se lancent leur premier marathon sont deux groupes à risque relativement plus élevé de heurter le mur, pour des raisons légèrement différentes. Chez les coureurs plus âgés, la capacité de stockage et d’utilisation du glycogène musculaire ainsi que la capacité de compensation cardiovasculaire sont généralement considérées comme diminuant avec l’âge, et le temps de récupération peut également s’allonger. Il est recommandé à ce groupe d’être encore plus prudent dans le réglage de l’allure et d’accorder une importance accrue au bilan de santé avant la course, en particulier pour ceux ayant des antécédents ou des facteurs de risque cardiovasculaires : il est impératif de consulter un médecin avant de commencer un programme d’entraînement à haute intensité. Les débutants sur marathon, quant à eux, manquent souvent d’expérience en compétition et peuvent être emportés par l’ambiance du parcours, partant trop vite avec la foule dans les premiers kilomètres. C’est précisément la raison pour laquelle cet article insiste tant sur la « prudence au départ ». Il est recommandé aux débutants d’utiliser des courses d’entraînement (comme des semi-marathons ou des courses sur route) pour répéter la discipline de l’allure et accumuler de l’expérience dans la lecture des signaux de leur corps, plutôt que de faire de leur premier marathon complet à la fois un « cobaye » pour leur stratégie d’allure et leur gestion du mur.

VIII. Clarification des idées reçues

Idée reçue n°1 : Le mur n’est qu’une question de volonté. Comme expliqué précédemment, le mur a un contexte métabolique énergétique clair. La volonté peut vous aider à tenir un peu plus longtemps au bord du mur et à adopter les bonnes stratégies, mais elle ne peut pas ignorer les limites physiologiques. Attribuer entièrement le mur à la volonté risque d’amener le coureur à négliger les véritables problèmes d’entraînement et d’allure à corriger.

Idée reçue n°2 : Un volume d’entraînement suffisant suffit à éviter le mur. Le volume d’entraînement est une base, mais la stratégie d’allure, le stockage avant course et le ravitaillement en course sont tout aussi cruciaux. De nombreux coureurs très bien entraînés heurtent quand même le mur parce qu’ils sont partis trop vite. À l’inverse, des coureurs avec un volume d’entraînement moins impressionnant peuvent éviter le mur s’ils adoptent une allure prudente et un ravitaillement adéquat.

Idée reçue n°3 : Une fois le mur atteint, c’est fichu, le chrono est ruiné. Après avoir heurté le mur, en adoptant l’alternance marche-course et en ajustant son état d’esprit, il est encore possible de terminer dans un temps raisonnable. Plutôt que de s’obstiner à maintenir l’allure initiale dans un esprit de dépit jusqu’à la crampe ou la blessure, il est préférable de réduire stratégiquement l’allure et de terminer la course.

Idée reçue n°4 : Consommer assez de gels énergétiques suffit à éviter le mur. Le ravitaillement peut retarder le mur, mais si l’allure du début dépasse largement vos capacités, la vitesse de consommation du glycogène est si rapide que l’absorption des glucides du ravitaillement ne suit souvent pas le rythme de la consommation. Le ravitaillement est un moyen de retarder, pas une panacée ; la gestion de l’allure est la solution fondamentale.

Conclusion et liste d’actions

Le mur est un phénomène physiologique spécifique à la distance du marathon, issu d’une rupture énergétique causée par le stockage limité du glycogène et l’inadéquation entre la vitesse d’approvisionnement et l’intensité de l’effort. Une fois ce mécanisme compris, le mur n’est plus un obstacle mystérieux à surmonter uniquement par la volonté, mais un défi dont le risque peut être systématiquement réduit grâce à l’entraînement, à la stratégie d’allure et à la planification du ravitaillement.

Voici quelques points d’action à mettre en œuvre immédiatement :

  • Continuer à accumuler du volume de base aérobie à allure facile pendant la période d’entraînement, pour apprendre au corps à économiser le glycogène et à améliorer l’efficacité d’utilisation des graisses.
  • Planifier des sorties longues pour familiariser à l’avance le corps et l’esprit avec les sensations d’un faible stock de glycogène.
  • Avant la course, utiliser la période d’affûtage accompagnée d’une augmentation modérée de l’apport en glucides pour constituer des réserves de glycogène optimales.
  • Répéter à l’entraînement les produits et la fréquence de ravitaillement prévus pour le jour J, afin d’éviter les problèmes gastro-intestinaux le jour de la course.
  • Être impérativement prudent au début de la course, aplatir autant que possible la courbe de consommation du glycogène, repousser le point du mur, voire l’éviter complètement.
  • Ravitailler à intervalles réguliers pendant la course, ne pas attendre de ressentir la fatigue pour agir dans l’urgence.
  • En cas de mur effectif, réduire immédiatement l’allure, passer à l’alternance marche-course, et surveiller attentivement l’apparition de symptômes nécessitant une prise en charge médicale.

Chaque coureur a une condition physiologique, un historique d’entraînement et une tolérance gastro-intestinale différents. Les stratégies proposées dans cet article sont des recommandations générales ; les variations individuelles sont importantes. Lors de la mise en œuvre, il est recommandé de procéder progressivement et, si nécessaire, de consulter un entraîneur ou un professionnel de médecine du sport, afin de trouver progressivement le rythme et le plan de ravitaillement qui vous conviennent le mieux, pour continuer à avancer régulièrement vers la ligne d’arrivée après le trentième kilomètre.

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