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La mode durable pédale dans le monde du cyclisme : tour d'horizon des marques de maillots écologiques et des technologies textiles vertes

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La mode durable pédale dans le monde du cyclisme : tour d’horizon des marques de maillots éco-responsables et des technologies textiles vertes

Le vélo est considéré comme l’un des moyens de transport les plus respectueux de l’environnement, mais le processus de production des vêtements de cyclisme n’est, lui, pas toujours très « vert ». Le polyester traditionnel provient du pétrole, les procédés de teinture génèrent d’importantes quantités d’eaux usées, et le modèle de consommation de la fast fashion entraîne un gaspillage excessif. Heureusement, de plus en plus de marques de vêtements de cyclisme commencent à prendre au sérieux les enjeux de durabilité, en menant une transition écologique globale, de la source des matériaux jusqu’à la fin de vie des produits. Cet article vous fait découvrir ces marques et technologies pionnières du changement.

L’empreinte environnementale des vêtements de cyclisme

L’empreinte carbone d’un maillot

La fabrication d’un maillot de cyclisme typique en polyester (environ 150 g), de l’extraction du pétrole brut à l’expédition du produit fini, génère environ 5 à 8 kg d’émissions de CO₂. Les principales sources sont les suivantes :

  • Production des matières premières (40 %) : raffinage du pétrole et réactions de polymérisation
  • Filature et tissage (15 %) : consommation énergétique des procédés à haute température
  • Teinture et finition (25 %): produits chimiques et eau utilisés pour la teinture, l’impression et les traitements fonctionnels
  • Confection (5 %) : généralement réalisée dans les pays en développement
  • Transport (15 %) : émissions carbone liées à la logistique d’une chaîne d’approvisionnement mondialisée

Consommation en eau

L’industrie textile est le deuxième plus grand pollueur de l’eau au monde. Le processus de teinture traditionnel consomme environ 100 à 150 litres d’eau par kilogramme de tissu, contenant des résidus de colorants et d’auxiliaires chimiques non absorbés par les fibres. Si ces eaux usées sont rejetées sans traitement approprié, elles peuvent avoir de graves conséquences sur les écosystèmes aquatiques.

Le problème des microplastiques

Chaque lavage de vêtements en polyester libère des milliers de fibres microplastiques dans le système aquatique. Une étude estime qu’un maillot en polyester libère environ 1 500 à 3 000 microfibres à chaque lavage. Ces microplastiques finissent par atteindre les océans et entrer dans la chaîne alimentaire.

Technologies de matériaux durables

Polyester recyclé (rPET)

Le polyester recyclé est actuellement la technologie de tissu durable la plus mature et la plus largement adoptée. Les principales sources de matières premières sont :

Recyclage de bouteilles PET : les bouteilles PET usagées sont lavées, broyées, puis refondues pour être filées. Le recyclage de 8 à 12 bouteilles PET permet de produire la quantité nécessaire pour un maillot. Parmi les fournisseurs de matières premières représentatifs figure le taïwanais Far Eastern New Century (FENC), dont la fibre TopGreen rPET est adoptée par de nombreuses marques internationales.

Recyclage textile (Fiber-to-Fiber) : une technologie plus avancée qui consiste à décomposer les vêtements usagés en matière première polyester avant de les refiler. Cette approche a une signification plus forte en termes d’économie circulaire que le recyclage des bouteilles PET, mais elle est techniquement plus difficile. Des entreprises comme Renewcell et Worn Again Technologies travaillent actuellement à sa commercialisation.

Le polyester recyclé émet environ 30 à 50 % de carbone en moins que le polyester vierge et réduit la dépendance au pétrole. En termes de performance, les fibres rPET de haute qualité ne présentent quasiment aucune différence avec le polyester vierge — la respirabilité, la résistance et la capacité de teinture atteignent le même niveau.

Fibres biosourcées

Nylon à base d’huile de ricin (Bio-based Nylon) : la série EVO de Fulgar utilise de l’huile de ricin comme matière première pour produire des fibres de nylon. Le ricin est une plante qui ne nécessite pas d’irrigation et ne concurrence pas les cultures vivrières pour les terres ; son empreinte carbone est inférieure d’environ 40 % à celle du nylon à base de pétrole. Plusieurs marques de cyclisme ont déjà commencé à l’adopter.

TENCEL / Lyocell : une fibre cellulosique fabriquée à partir de pâte de bois. Le processus de production utilise un système en circuit fermé avec un taux de récupération du solvant supérieur à 99 %. Le TENCEL possède d’excellentes propriétés d’absorption de l’humidité et un toucher doux ; il est souvent mélangé au polyester pour les vêtements de cyclisme de style décontracté.

Fibre d’algue (SeaCell) : des extraits d’algues sont incorporés dans les fibres cellulosiques. La croissance des algues ne nécessite ni eau douce, ni pesticides, ni engrais, et leur empreinte carbone est extrêmement faible. Cette fibre est actuellement principalement utilisée pour les couches de base et les sous-vêtements.

Nylon recyclé

Econyl (Aquafil) : le système Econyl développé par la société italienne Aquafil recycle les filets de pêche abandonnés, les plastiques industriels et les chutes de tissus pour produire des fibres de nylon 6. Chaque 10 000 tonnes de déchets recyclés permet de réduire d’environ 70 000 tonnes les émissions de CO₂. La qualité des fibres Econyl est identique à celle du nylon 6 vierge et elles sont déjà adoptées par plusieurs marques haut de gamme de cyclisme.

Alternatives au caoutchouc naturel

Les coussinets de cuissard et les bandes antidérapantes en silicone sont généralement fabriqués à partir de caoutchouc synthétique ou de silicone. Certaines marques commencent à expérimenter des alternatives à base de caoutchouc naturel ou de silicone recyclé afin de réduire l’utilisation de matières premières pétrochimiques.

Technologies de production vertes

Teinture dans la masse (Dope Dyeing / Solution Dyeing)

La teinture traditionnelle consiste à immerger les fibres ou les tissus dans un bain de teinture après leur fabrication. La teinture dans la masse, quant à elle, consiste à ajouter des masterbatches de pigments au polymère en fusion dès l’étape de filage, de sorte que les fibres soient déjà colorées lors de leur formation.

Les bénéfices environnementaux de la teinture dans la masse sont impressionnants :

  • Réduction de la consommation d’eau d’environ 90 %
  • Réduction des émissions de carbone d’environ 60 %
  • Aucune production d’eaux usées contenant des colorants
  • Excellente solidité des couleurs (car la couleur est à l’intérieur de la fibre)

Les acteurs textiles taïwanais sont à la pointe mondiale en matière de technologie de teinture dans la masse. Les fibres de polyester teintées dans la masse d’Everest Textile sont déjà fournies à de nombreuses marques internationales.

Teinture sans eau

Teinture au CO₂ supercritique (ScCO₂ Dyeing) : utilise du dioxyde de carbone à l’état supercritique pour remplacer l’eau comme vecteur de teinture. Le CO₂ à l’état supercritique (au-delà de 31,1 °C et 73,8 atm) possède un pouvoir de dissolution semblable à celui d’un liquide et un pouvoir de pénétration semblable à celui d’un gaz, ce qui permet d’introduire les colorants à l’intérieur des fibres. À la fin du processus, le CO₂ est récupéré et réutilisé ; l’ensemble du procédé est totalement sans eau et sans eaux usées.

Impression numérique à jet d’encre : par rapport à l’impression au rouleau et à la sérigraphie traditionnelles, l’impression numérique à jet d’encre réduit considérablement le gaspillage d’encre (l’encre n’est pulvérisée qu’aux endroits nécessaires) et la consommation d’eau. De plus en plus de motifs de maillots sont réalisés grâce à la technologie d’impression numérique.

Tour d’horizon des marques pionnières

Rapha

Les efforts de la marque britannique Rapha dans le domaine de la durabilité méritent d’être salués. Ses engagements pour le développement durable à l’horizon 2025 comprennent : l’utilisation d’au moins 50 % de matériaux recyclés ou biologiques pour tous les produits, un emballage 100 % recyclable et une neutralité carbone totale de la chaîne d’approvisionnement. La gamme Core de Rapha utilise déjà massivement du polyester recyclé, et la marque a lancé un programme de reprise des vêtements usagés. Par ailleurs, le positionnement de Rapha sur la haute durabilité est en soi une stratégie de développement durable — un maillot porté pendant cinq ans est bien plus écologique que cinq maillots portés chacun pendant un an.

MAAP

La marque australienne MAAP est un représentant de la nouvelle génération de marques de cyclisme durables. Ses gammes de produits phares utilisent massivement les fibres de polyester recyclé REPREVE et des tissus certifiés Bluesign. Les emballages de MAAP utilisent du papier certifié FSC et des encres à base d’huile de soja, réduisant ainsi l’utilisation de produits pétrochimiques. La marque participe également activement à des programmes de nettoyage des océans : pour chaque produit vendu, elle finance une certaine surface d’actions de nettoyage marin.

Pas Normal Studios

La marque danoise PNS incarne la philosophie de conception durable nordique. Sa gamme Mechanism utilise du polyester recyclé et des tissus certifiés Bluesign, et la production se fait en petits lots en Europe afin de réduire les émissions carbone liées au transport. La philosophie de conception minimaliste de PNS — quelques pièces de qualité plutôt qu’une production massive à bas prix — est en soi une remise en question de la fast fashion.

7mesh

La marque canadienne 7mesh est réputée pour sa stratégie de durabilité axée sur la technologie. Ses produits utilisent massivement des tissus certifiés Bluesign et des matériaux recyclés, et la marque propose un service de réparation à vie — si un vêtement est endommagé, 7mesh s’efforce de le réparer plutôt que de recommander l’achat d’un produit neuf. Cette philosophie du « réparer plutôt que remplacer » est au cœur de l’économie circulaire.

Velocio

La marque américaine Velocio est l’une des pionnières des vêtements de cyclisme durables. Sa gamme Signature utilise du polyester 100 % recyclé, et sa gamme Ultralight utilise du nylon recyclé Econyl. Velocio est membre du mouvement 1 % for the Planet et reverse 1 % de son chiffre d’affaires à des organisations de protection de l’environnement.

Le rôle des marques taïwanaises

Bien que Taïwan ait une notoriété internationale moindre que l’Europe et les États-Unis dans le domaine des marques de vêtements de cyclisme, le pays joue un rôle clé dans la chaîne d’approvisionnement textile durable. Des entreprises taïwanaises comme Far Eastern New Century (TopGreen rPET), Everest Textile (teinture dans la masse) et Makalot Industrial (tissus haute performance) constituent le socle technologique de nombreuses marques de cyclisme durables dans le monde.

Que peut faire le consommateur ?

Choisir des produits durables

Recherchez les certifications et labels suivants :

  • Bluesign : certification de sécurité chimique et de gestion environnementale des tissus
  • OEKO-TEX Standard 100 : certification de contrôle des substances nocives
  • Global Recycled Standard (GRS) : vérification de la teneur en matériaux recyclés
  • Fair Trade : certification du commerce équitable

Prolonger la durée de vie

Le maillot le plus durable est celui que vous possédez déjà. Un entretien approprié peut considérablement prolonger la durée de vie des vêtements :

  • Réduire la fréquence de lavage (pas besoin de laver après chaque port)
  • Laver à l’eau froide et essorer à basse vitesse
  • Éviter le sèche-linge
  • Réparer rapidement les petits dommages afin d’éviter qu’ils ne s’aggravent

Utiliser un sac de lavage pour filtrer les microplastiques

L’utilisation d’un sac de lavage filtrant les microfibres, comme Guppyfriend, permet de retenir plus de 90 % des fibres microplastiques libérées pendant le lavage. C’est actuellement la mesure de réduction des microplastiques la plus pratique.

Participer aux programmes de reprise des vêtements usagés

De plus en plus de marques lancent des programmes de reprise de vêtements usagés. Le programme Trade In de Rapha, le Worn Wear de Patagonia, entre autres, offrent aux vêtements usagés une bien meilleure destination que la poubelle.

Perspectives d’avenir

La transition durable de l’industrie des vêtements de cyclisme n’en est encore qu’à ses débuts. Une économie circulaire complète — où les vêtements pourraient être recyclés à l’infini pour fabriquer de nouveaux vêtements — reste techniquement difficile à atteindre. Mais la tendance est claire : la prise de conscience des consommateurs, le durcissement des réglementations et les progrès technologiques sont trois forces qui poussent l’ensemble du secteur à accélérer vers la durabilité.

En tant que cyclistes, l’une des raisons qui nous poussent à choisir le vélo est précisément de réduire notre impact sur l’environnement. Faisons en sorte que le choix de nos maillots prolonge cette intention — chaque achat est un vote, un vote pour l’avenir que nous voulons.

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