La valeur de l'entraînement croisé entre la brasse et le crawl : pourquoi les triathlètes devraient aussi prendre la brasse au sérieux
Ne considérez pas la brasse comme « une nage réservée à ceux qui ne savent pas nager le crawl »
Dans le milieu du triathlon et de la nage en eau libre, on privilégie généralement le crawl et on néglige la brasse, souvent reléguée au rang de « nage de récupération quand on est fatigué ». C’est pourtant un gaspillage d’un atout tactique. Pour les nageurs en eau libre, travailler sérieusement la brasse offre trois valeurs pratiques que le crawl ne peut pas apporter.
Valeur n°1 : la brasse tête hors de l’eau est le « mode observation et régulation » en eau libre
En eau libre, il est souvent nécessaire de « lever la tête pour voir ce qui se passe » brièvement lors des batailles de position, pour s’orienter ou pour ajuster sa respiration. Le crawl tête hors de l’eau est très éprouvant et difficile à maintenir, mais la brasse tête hors de l’eau permet d’avancer tout en voyant clairement devant et autour de soi, tout en régulant sa respiration. Pouvoir basculer en douceur sur quelques mouvements de brasse en cas de panique ou de perturbation, se stabiliser puis revenir au crawl, est une compétence essentielle d’auto-sauvetage et de régulation en eau libre — à condition de l’avoir travaillée à l’entraînement, pas de l’apprendre le jour de la course.
Valeur n°2 : flexibilité respiratoire et tampon psychologique
La respiration en brasse est naturelle, ne nécessite pas de tourner la tête et son rythme est posé. Lorsque la respiration en crawl est perturbée par les vagues, qu’on avale de l’eau ou que le rythme cardiaque s’emballe, la brasse offre un palier de décélération physiologique et psychologique. Ceux qui savent « rétrograder » en brasse ont une issue de secours face aux imprévus et ne s’effondrent pas complètement ; ceux qui ne savent que le crawl, une fois que le crawl lâche, n’ont pas de Plan B.
Valeur n°3 : répartition des groupes musculaires et récupération
La brasse sollicite des groupes musculaires et des schémas de force différents du crawl (plus d’adducteurs, une charge sur les épaules différente). Insérer quelques longueurs de brasse dans une séance longue permet aux muscles principaux du crawl et aux épaules de respirer partiellement, ce qui favorise la gestion de l’endurance sur longue distance. Utiliser une brasse tranquille pour les longueurs de récupération en séance longue est également un choix pertinent.
Mais il faut travailler la « bonne » brasse
Considérer la brasse comme un atout suppose que la technique ne soit pas trop déficiente, sinon elle est à la fois fatigante et traumatisante pour le dos (voir le risque de lombalgie en brasse). Points clés :
| Point clé | Pratique |
|---|---|
| Respiration basse | Même en brasse tête hors de l’eau, garder la tête aussi basse que possible, ne pas la sortir brusquement (protection des lombaires) |
| Timing correct | Tirage des bras → flexion des jambes → poussée des jambes + extension des bras → glisse, jamais bras et jambes simultanément |
| Plante des pieds | La propulsion vient de la poussée des plantes de pieds vers l’extérieur, pas de coups de cuisses aléatoires |
| Glisse suffisante | Après la poussée des jambes, maintenir une position profilée et glisser pour une efficacité optimale |
Suggestions d’entraînement pour les triathlètes
- Intégrer un peu de brasse chaque semaine : dans les séances longues, prévoir 2 à 4 longueurs de brasse en récupération/technique pour entretenir la sensation, ne pas attendre la course pour l’utiliser.
- Travailler spécifiquement la brasse tête hors de l’eau : 6 × 50 mètres de brasse tête hors de l’eau, en simulant les situations d’observation/régulation en eau libre, en exigeant une tête basse et sans risque pour le dos.
- Exercices de transition : travailler la transition fluide « crawl → 3 mouvements de brasse pour réguler → retour au crawl » pour en faire un réflexe.
- Renforcement du tronc : la brasse sollicitant les lombaires, associer un travail de gainage anti-extension (dead bug, bird dog).
Note du coach : vous ne travaillez pas la brasse pour nager la brasse en compétition de triathlon, mais pour avoir un palier qui peut vous sauver « pendant les 30 secondes où le crawl pose problème ». Une nage supplémentaire maîtrisée, c’est une sérénité supplémentaire en eau libre.
Faites de la brasse votre filet de sécurité, pas votre point faible.
Lectures complémentaires
- Indispensable pour les nageurs en triathlon : la valeur de l’entraînement croisé dos et brasse
- L’entraînement en 4 nages : les bénéfices d’un travail équilibré des quatre nages sur une nage unique
- Reconstruction technique de la brasse : comment le timing des trois phases — position profilée, appui, flexion des jambes — détermine votre efficacité
- Perfectionnement technique en natation triathlon : les cinq clés pour améliorer l’efficacité du crawl
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