
Introduction
Presque tous les cyclistes qui ont fait le tour de l’île se souviennent de cette sensation : vers le matin du cinquième jour, vous regardez la distance restante sur la carte et vous trouvez soudainement que cette entreprise n’a aucun sens. Les jambes ont encore mal, les fesses sont engourdies, l’auberge d’hier soir n’avait pas d’eau chaude, et vous mangez depuis quatre jours dans des supérettes. C’est ce qu’on appelle « le mur », et c’est le moment psychologiquement le plus fragile de tout le tour de l’île.
Pourquoi les jours 5 à 6 sont-ils les plus difficiles ?
L’apparition du mur a des racines à la fois physiologiques et psychologiques :
Facteurs physiologiques :
- Accumulation de fatigue musculaire : malgré la récupération par le sommeil des 4 premiers jours, les micro-lésions continuent de s’accumuler, et au 5e jour, les jambes développent souvent une sensation de « lourdeur »
- Baisse des réserves de glucides : si les ravitaillements des jours précédents ont été insuffisants, les réserves de glycogène peuvent être au point critique
- Accumulation des irritations cutanées : les frottements de la selle et les problèmes de peau dus à une protection solaire insuffisante éclatent de façon concentrée au 5e jour
Facteurs psychologiques :
| État psychologique | Pensée typique | Situation réelle |
|---|---|---|
| La nouveauté s’estompe | « Encore le même paysage » | De Taitung à Pingtung, c’est l’un des tronçons les plus beaux du parcours |
| Perception erronée de la fin | « Il en reste encore la moitié, ça n’en finit jamais » | Au 5e jour, 40 à 50 % du kilométrage est généralement déjà parcouru |
| Mauvaise évaluation des forces | « Je n’en peux plus » | La fatigue physique est adaptative ; le 6e jour est généralement meilleur que le 5e |
| Esprit de comparaison | « Les autres n’ont pas l’air d’avoir de problème » | Tout le monde tient le coup, personne ne le dit à voix haute |
Stratégies concrètes pour surmonter le mur
Stratégie 1 : Réduire l’objectif, ne regarder qu’aujourd’hui
Quand vous regardez la carte et qu’il reste 500 kilomètres, ce qui vous semble désespérant, la méthode la plus efficace est d’arrêter de regarder la carte dans son ensemble et de ne regarder que « où je dois arriver aujourd’hui ». Le tour de l’île est composé de 9 « aujourd’hui », et non d’un monstre de 1 000 kilomètres.
Chaque matin avant de partir, ne fixez qu’un seul objectif d’arrivée, et en route, avancez en prenant comme plus petite unité « le prochain point de ravitaillement ». En partant de Taitung, votre objectif n’est pas « d’arriver à Kaohsiung », mais « d’abord rejoindre Chenggong pour me ravitailler », puis « d’abord arriver à Changbin pour déjeuner ».
Stratégie 2 : Offrir du réconfort au corps
Pendant le mur, le corps a besoin de petits rituels pour raviver la motivation :
- Tremper les pieds dans l’eau chaude : après l’hébergement, tremper les pieds dans l’eau chaude pendant 15 minutes pour favoriser la circulation sanguine ; le lendemain matin, la fatigue des jambes est nettement réduite
- Prendre un bon repas : le soir du 5e jour, ne lésinez pas sur le budget repas, allez déguster un plat local (le bento de Chishang à Taitung, la cuisine autochtone à Hualien), récompensez-vous avec de la nourriture
- 10 minutes d’étirements avant de dormir : trois séries d’étirements pour l’avant des cuisses, les fessiers et les mollets, pour réduire la raideur au réveil le lendemain
- Appeler famille et amis : un appel de 5 minutes vaut bien mieux que de faire défiler des photos sur les réseaux sociaux
Stratégie 3 : Recadrer ce qui est « déjà accompli »
La psychologie humaine a une tendance : on fait toujours plus attention à « ce qui reste » qu’à « ce qui est déjà fait ». Essayez de changer de perspective :
- Avoir parcouru 5 jours signifie que vous avez déjà terminé la route Suhua (l’une des routes les plus difficiles de Taïwan)
- Vous avez déjà vu la plus belle côte de la côte est
- Votre corps s’est déjà adapté au rythme de l’enchaînement des étapes
Si vous êtes au 5e jour en sens antihoraire, devant vous se trouvent les routes plates de Fangliao à Kaohsiung, puis les tronçons faciles de la côte ouest. Le plus dur est déjà derrière vous.
Stratégie 4 : Trouver un « compagnon de route »
Quand vous croisez d’autres cyclistes pendant le tour de l’île, ne vous séparez pas simplement parce que vos vitesses diffèrent. Même si ce n’est que 20 kilomètres ensemble, avoir quelqu’un à qui parler et partager les conditions de route allège considérablement le fardeau psychologique. Le tronçon de Taitung à Kaohsiung est la zone où la densité de cyclistes est la plus élevée. Saluez les autres spontanément, vous n’êtes pas seul.
Le tournant du 7e jour : la sensation de renaissance
Presque tous les cyclistes qui ont fait le tour de l’île décrivent la même chose : après avoir tenu bon pendant les jours 5 à 6, le 7e jour, on entre en « mode renaissance ». Le corps s’est complètement adapté au rythme des étapes enchaînées, le chemin restant est clairement visible, et on commence même à regretter que le voyage touche à sa fin. Ce tournant se produit généralement près de Tainan ou de Chiayi, et la plupart des gens décrivent qu’en se levant ce matin-là, « sans savoir pourquoi, soudainement, ils se sentaient moins fatigués ».
Ce n’est pas un miracle, c’est le mécanisme d’adaptation du corps qui agit. Le mur est une porte, pas une fin.
Conseils pratiques
- Sachez dès le départ que le mur existe : l’anticipation psychologique peut considérablement réduire son impact
- Préparez une « énergie d’urgence » : gardez toujours dans votre sac une collation ou un chocolat que vous aimez particulièrement, à manger au moment le plus dur du mur
- Fixez une « limite d’abandon » : dites-vous « aujourd’hui, je dois juste rouler jusqu’à XX, si vraiment je n’y arrive pas, on verra après » ; cette permission paradoxale pousse la plupart des gens à continuer
- Ne prenez aucune décision pendant le mur : si vous voulez abandonner au 5e jour, attendez le lendemain matin pour réévaluer
Conclusion
Le mur du tour de l’île est le rite de passage de chaque cycliste. Le poids psychologique de ces deux jours n’a rien à envier à la pente de la route Suhua. Mais une fois passé, vous découvrirez que votre perception de votre propre force de volonté a changé. Le plus grand cadeau que le tour de l’île vous offre n’est pas le paysage le long du chemin, mais ce vous qui choisissez de continuer au moment où vous êtes le plus épuisé.
Lectures complémentaires
- Le défi mental du tour de l’île : la phase d’effondrement de la volonté des jours 3 à 4 et les stratégies pour y faire face
- Les étapes psychologiques de la longue distance : stratégies mentales pour le mur des 100 km
- Après le tour de l’île : récupération physique et le sens de ce voyage
- Le défi mental du marathon : anatomie psychologique du mur des 35 kilomètres
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