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Café, sources chaudes et le souvenir d'un séisme : un voyage lent et profond à vélo sur la pente du Démon de Guoxing

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Café, sources chaudes et le souvenir d'un séisme : un voyage lent à vélo sur la pente du Démon de Guoxing

Café, sources chaudes et le souvenir d’un séisme : un voyage lent à vélo sur la pente du Démon de Guoxing

On me demande parfois pourquoi une pente aussi rude, surnommée « la pente du Démon » par les cyclistes, mérite qu’on vienne spécialement d’un autre comté pour la gravir. Ma réponse est la suivante : le canton de Guoxing, à Nantou, où elle se trouve, est bien plus qu’une simple pente à 8,1 %.

C’est ici l’un des berceaux du café taïwanais, le lieu des sources chaudes faiblement alcalines dites « bain de beauté », et l’endroit où le séisme du 21 septembre 1999, qui a bouleversé Taïwan, a laissé les traces paysagères les plus profondes. Lorsque vous enfourchez votre vélo dans les montagnes de Guoxing, chaque tour de pédale traverse en réalité une histoire de terre, de renaissance, et de la façon dont une bonne tasse de café a pu pousser sur les cicatrices. Cet article ne parle ni de puissance ni de braquet ; ce que je veux vous faire découvrir, c’est, sous le surnom de « pente du Démon », cette terre envoûtante imprégnée d’arômes de café, de vapeurs de sources chaudes et d’une histoire profonde.

Le berceau du café taïwanais

Si vous pensez que Taïwan ne produit pas de café, c’est que vous n’êtes jamais venu à Guoxing.

Le canton de Guoxing, à Nantou, est l’une des régions productrices de café les plus importantes de Taïwan. Sa latitude, son altitude, son ensoleillement et ses pentes bien drainées donnent naissance à des grains d’arabica d’une qualité exceptionnelle. Les quatre caractères « café de Guoxing » sont un nom qui compte dans le cercle du café de spécialité taïwanais. En pénétrant dans les montagnes de Guoxing, vous découvrirez des plantations de café qui s’étendent à perte de vue le long des pentes, leurs cerises d’un rouge éclatant accrochées aux branches, attendant la récolte.

Pour un cycliste, c’est une expérience très particulière. Après avoir péniblement gravi la pente du Démon, à bout de souffle et en sueur, une tasse de café infusé à la main avec des grains locaux, pleine d’arômes, vous attend peut-être en bas. Cette satisfaction de « gagner une bonne tasse de café à la sueur de son front » est la récompense exclusive de cette route.

La culture du café à Guoxing ne réside pas seulement dans la production des grains, mais aussi dans la « dégustation ». La région est parsemée de nombreux domaines caféiers, souvent gérés par les caféiculteurs locaux eux-mêmes, qui s’occupent de tout, de la plantation à la récolte, de la torréfaction à l’infusion. Assis dans un domaine, contemplant par la fenêtre les montagnes que vous venez de gravir, sirotant un café préparé de ses propres mains par le propriétaire, écoutant l’histoire de cette plantation, voilà le moment le plus chaleureux d’un voyage à vélo à Guoxing.

Nombreux sont ceux qui gravissent la pente du Démon non seulement pour conquérir cette pente à 8,1 %, mais aussi pour cette tasse de café infusé avec soin qui les attend en bas. La sueur et l’arôme du café composent le duo le plus envoûtant du voyage à vélo à Guoxing.

Le souvenir paysager laissé par un séisme

Pour comprendre cette terre de Guoxing, il est impossible de ne pas mentionner le séisme du 21 septembre 1999.

À la frontière entre le canton de Guoxing et le canton voisin de Zhongliao se dresse une montagne nommée « Mont Jiufen’er ». Avec ses 1 173 mètres d’altitude, c’est l’une des cent petites montagnes de Taïwan, mais elle est surtout connue du grand public à cause de ce séisme. Le 21 septembre 1999, cette zone fut l’une des plus durement touchées : la violente secousse a provoqué un glissement de terrain massif, la montagne entière s’est effondrée, ensevelissant les villages en contrebas et formant un lac de barrage naturel dans la zone d’éboulement.

Aujourd’hui, le Mont Jiufen’er est devenu un mémorial du séisme. Lorsque vous vous tenez là, face à l’immense cicatrice déchirée par le séisme, face au lac formé par l’éboulement, vous êtes profondément saisi par la force destructrice de la nature, et vous ressentez un respect encore plus grand pour la reconstruction et la résilience des habitants de cette terre.

Cette histoire donne au cyclisme à Guoxing une tout autre dimension. Ces montagnes que vous traversez ont été bouleversées en quelques dizaines de secondes ; aujourd’hui, les pentes sont à nouveau plantées de caféiers et d’arbres fruitiers, les villages ont retrouvé leur fumée de cheminée, et des tasses de café infusé à la main embaument au-dessus des cicatrices. Cette force vitale, ce passage de l’effondrement à la renaissance, est la teinte la plus émouvante de cette terre de Guoxing. Lorsque vous grimpez péniblement la pente du Démon, pensez à tout ce que cette terre a traversé : vous découvrirez alors que la difficulté de votre ascension est en réalité bien dérisoire.

Le bain de beauté : la guérison des sources chaudes de Beigang

Après avoir gravi la rude pente du Démon, tout votre corps est endolori. Quoi de plus réparateur qu’un bon bain de source chaude ?

La région de Guoxing possède le célèbre district de sources chaudes de Beigang. L’eau y est une source de bicarbonate de sodium faiblement alcaline, claire et au toucher soyeux. On dit qu’elle est particulièrement bénéfique pour la peau, d’où son surnom de « bain de beauté ». Imaginez : à l’aube, vous conquérez la pente du Démon ; à midi, vous savourez un café infusé dans un domaine ; au soir, vous vous détendez dans un bain chaud au bord de la rivière Beigang, laissant vos muscles tendus et fatigués se relâcher complètement dans l’eau thermale. Un tel périple en trois temps — « montée, café, sources chaudes » — est le summum du voyage à vélo lent à Nantou.

Pour un cycliste, les sources chaudes ne sont pas qu’un plaisir, c’est une véritable récupération. L’eau chaude favorise la circulation sanguine, accélère l’élimination des déchets métaboliques accumulés dans les muscles après l’ascension, soulage les courbatures et vous permet de repartir du bon pied le lendemain. Ce rythme, « pousser à l’extrême, puis guérir à l’extrême », est ce qui rend le voyage à vélo profond si fascinant.

La forêt de Huisun : un havre secret entre café et forêt

Si votre itinéraire vous laisse un peu de marge, je vous recommande vivement d’inclure la « forêt de Huisun » dans votre voyage à Guoxing.

La forêt de Huisun est une forêt expérimentale de l’Université nationale Chung Hsing. Vaste et riche en essences variées, c’est un havre de montagne que l’on rejoint depuis le canton de Guoxing. Elle est surtout célèbre pour ses vastes plantations de café. En réalité, la forêt de Huisun entretient des liens historiques très profonds avec le café taïwanais ; c’est l’un des principaux centres de culture et de recherche sur le café à Taïwan.

Dans la forêt de Huisun se trouve la célèbre « école du café », où les visiteurs peuvent déguster un café infusé à la main avec les grains produits sur place. Cette fraîcheur et cette pureté « directement du producteur » sont introuvables dans les cafés urbains. Si votre emploi du temps le permet, une visite à la forêt de Huisun, pour infuser une tasse de café entre les arbres majestueux et les arômes de café, sera l’un des moments les plus apaisants de tout le voyage. Les sentiers y sont doux, l’air pur, et c’est l’endroit idéal pour, après la rude pente du Démon, marcher à un rythme totalement détendu, respirer profondément et dialoguer avec la nature.

À la première personne : cette aube où j’ai affronté le Démon

Laissez-moi vous faire revivre, à la première personne, cette aube où j’ai affronté le « Démon ».

Le jour n’était pas encore tout à fait levé que je terminais mes dernières vérifications au pied des montagnes de Guoxing. L’air avait cette odeur légèrement humide, propre aux matins de montagne, et les plantations de café au loin étaient encore enveloppées d’une fine brume. J’ai pris une profonde inspiration, vérifié que ma cassette était bien sur le plus petit pignon, le 34T, et je suis monté en selle.

Le début de la pente n’était pas trop violent. Je forçais volontairement un rythme régulier, me répétant « ne fonce pas, ne fonce pas ». La chaîne tournait avec régularité, ma respiration s’accordait peu à peu à la cadence. De chaque côté, des plantations de café et des arbres fruitiers ; la brume matinale glissait entre les branches, et le monde entier était silencieux, à l’exception de ma respiration et des battements de mon cœur.

Puis, le Démon apparut. La pente se raidit soudainement, je sentis nettement les pédales devenir plus lourdes, la vitesse chuter. Je passai sur le braquet le plus léger, mais la cadence continuait de dégringoler. La sueur commençait à tomber sans discontinuer sur le tube horizontal, les muscles de mes cuisses brûlaient, ma respiration devenait rapide et saccadée. À cet instant, j’ai compris, avec toute la douleur de mon corps, le poids de ce surnom de « pente du Démon ».

Je fixais la route à quelques mètres devant moi, n’osant pas regarder trop loin, de peur que cette pente sans fin ne brise mon moral. Un tour de pédale, puis un autre, je faisais avancer le vélo à la force de ma volonté. Je pensais au séisme et à la reconstruction qu’avait connus cette terre, à cette tasse de café qui m’attendait en bas, et ainsi, petit à petit, je me hissai au sommet.

Lorsque la pente se stabilisa enfin, je m’arrêtai, m’affalai sur le guidon, haletant. En me retournant, je vis les montagnes de Guoxing qui s’étageaient à l’infini, les plantations de café verdoyant dans la lumière du matin. À cet instant, le sentiment d’accomplissement était aussi intense qu’une tasse de café tout juste infusé, au torréfaction la plus profonde. L’amertume s’achève, puis vient la douceur.

Le sens de l’itinéraire : entre l’amertume et la douceur

Ce qui fait le charme du café, c’est sa progression de l’amertume vers la douceur ; ce qui fait le charme de la pente du Démon, c’est exactement la même chose.

La montée est amère — on manque de souffle, les cuisses brûlent, le moral vacille. Mais lorsque vous surmontez la section la plus raide du Démon et atteignez le sommet, la douceur et la satisfaction qui s’ensuivent sont ce qu’aucun itinéraire plat et facile ne pourra jamais offrir. Cette expérience de « l’amertume d’abord, la douceur ensuite » entre en résonance étrange avec la culture du café de cette terre et avec son histoire de renaissance après le séisme.

Ce que la pente du Démon de Guoxing nous apprend, c’est peut-être ceci : une satisfaction véritablement profonde se gagne souvent au prix d’un effort suffisant. Qu’il s’agisse d’une bonne tasse de café, d’une montée exigeante ou d’une terre reconstruite depuis les ruines, il en va toujours ainsi. Lorsque vous comprenez cela, vous ne roulez plus seulement sur une pente raide, mais vous vivez une expérience de vie sur le thème « l’amertume s’achève, la douceur vient ».

Suggestions d’itinéraire : transformez votre voyage à Guoxing en une lente immersion

Si vous décidez de vous rendre spécialement à Guoxing pour affronter le « Col du Démon », je vous recommande vivement de ne pas faire l’aller-retour dans la journée, mais d’organiser plutôt une lente immersion de deux jours et une nuit pour vivre pleinement la beauté de cette terre.

Premier jour, matin : affrontez le Col du Démon. Profitez de la fraîcheur matinale pour aller à la rencontre de ce « démon » avec toute votre énergie. Pensez à préparer un petit braquet, ralentissez le rythme et savourez le moment de l’arrivée au sommet, après la peine, la récompense.

Premier jour, midi : café de spécialité dans une plantation. Après la descente, trouvez une plantation de café locale et offrez-vous une tasse de café de Guoxing pour vous récompenser. Écoutez le propriétaire raconter l’histoire du café et imprégnez-vous de la culture caféière de cette terre.

Premier jour, après-midi : explorez le mont Jiufen Er. Prenez le temps de visiter le mémorial du séisme du mont Jiufen Er, voyez de vos propres yeux l’immense cicatrice laissée par la nature et le lac de barrage, et laissez ce voyage vous offrir une compréhension plus profonde de cette terre.

Premier jour, en fin d’après-midi : bain thermal à Beigangxi. Rendez-vous dans la zone thermale de Beigangxi pour un bain dans une eau faiblement alcaline, le fameux « bain de beauté », afin de détendre complètement vos muscles tendus par la montée et d’accélérer votre récupération.

Deuxième jour : balade tranquille à la forêt de Huisun. Le lendemain, à un rythme totalement relaxé, parcourez la forêt de Huisun, promenez-vous entre les arbres majestueux et les vastes plantations de café, puis préparez-vous une tasse de café directement issu du terroir à l’école du café, pour conclure parfaitement cette lente immersion.

Des paysages uniques selon les saisons

Guoxing vous offrira une expérience de cyclisme différente à chaque saison. Voici quelques paysages « en édition limitée » à ne pas manquer.

Le rouge éclatant de la saison de la récolte du café. À chaque saison de maturation des cerises de café, les plantations de la région montagneuse de Guoxing se parent de grappes de cerises d’un rouge éclatant (communément appelées cerises de café), ponctuant les pentes d’un rouge animé. C’est l’image saisonnière la plus emblématique d’une balade à Guoxing.

Le vert émeraude des forêts au printemps. Au printemps, les forêts de Guoxing sont à leur plus belle verdure et le climat est des plus agréables ; c’est la saison dorée pour le cyclisme et les visites, à condition de faire attention aux averses orageuses occasionnelles de l’après-midi.

La clarté de l’automne. En automne, l’humidité diminue et l’air devient limpide, offrant la vue la plus dégagée sur les montagnes de Guoxing. C’est aussi la saison idéale pour relever le défi du Col du Démon et viser la meilleure forme.

La douceur des sources chaudes en hiver. En hiver, quand les températures baissent, c’est la saison la plus agréable pour profiter du « bain de beauté » de Beigangxi. Après avoir gravi le Col du Démon, se plonger dans une source chaude alors que le froid s’installe procure une sensation de bien-être particulièrement intense en hiver.

Des rencontres inoubliables sur la route

Après avoir roulé tant de fois à Guoxing, ce qui me marque le plus, ce ne sont souvent pas les moments au sommet, mais plutôt les rencontres fortuites et les histoires vécues en chemin.

Un jour, je me suis arrêté dans une plantation de café au pied de la montagne. Le propriétaire, un homme d’âge mûr à la peau bronzée et au rire franc, m’a vu arriver avec mon maillot de cycliste en piteux état. Sans hésiter, il m’a d’abord tendu un verre d’eau fraîche, puis s’est mis à préparer lentement un café filtre pour moi. Pendant qu’il préparait le café, il m’a raconté l’histoire de cette plantation — après le séisme, tout n’était que désolation ici, et c’est lui et sa famille qui ont replanté les caféiers un par un. Il racontait cela d’un ton très posé, comme s’il s’agissait de la chose la plus naturelle au monde, mais cette résilience, cette complicité avec la terre, cette obstination à ne jamais abandonner, m’ont profondément marqué. Dans cette tasse de café, j’ai goûté le sel de la sueur, l’amertume du café, et la douceur de toute une terre renaissante.

Une autre fois, en pleine montée, j’ai croisé une grand-mère qui travaillait dans une plantation de café. Je me suis arrêté pour lui demander mon chemin. Non seulement elle m’a indiqué la route avec gentillesse, mais elle a aussi sorti de son sac quelques cerises de café bien mûres pour me faire goûter, en souriant : « Ça se mange cru, c’est sucré ». À cet instant, j’ai soudain réalisé que ce qu’il y a de plus précieux à vélo, ce ne sont jamais les chiffres sur le compteur, mais ces liens réels et chaleureux avec la terre et avec les gens. Dans une campagne comme Guoxing, la convivialité est aussi intense qu’un café torréfié foncé : amère au début, sucrée ensuite, avec un long arrière-goût.

Le charme du cyclisme réside en grande partie dans cela. Vous vous déplacez à une vitesse au plus près de la terre, assez lentement pour distinguer les détails des plantations de café, assez lentement pour croiser les gens, échanger, être touché par leur bienveillance. C’est une expérience qu’on ne vit jamais en voiture. Le Col du Démon de Guoxing, cette route ancrée dans une terre profonde, est précisément l’endroit idéal pour créer ce lien entre l’homme, la terre et la chaleur humaine.

Pourquoi le « Col du Démon » mérite d’être gravi encore et encore

Ceux qui ont conquis le Col du Démon une fois ont souvent envie d’y revenir. Cela semble paradoxal — si c’est si dur, pourquoi y retourner ?

Je pense que la réponse se trouve dans la richesse de cette terre. Le Col du Démon n’est pas une route qu’on « comprend en une seule fois ». La première fois, vous êtes peut-être obnubilé par la souffrance de ces 8,1 %, sans regarder ailleurs ; mais une fois que vous l’avez conquis et que vous n’avez plus peur de cette pente raide, vous avez le loisir d’admirer les plantations de café en chemin, de ressentir la forêt dans la brume matinale, de savourer l’histoire et la culture de cette terre. À chaque visite, ce que vous voyez et ressentez est différent.

Ajoutez à cela les nombreuses ressources touristiques autour de Guoxing — plantations de café, sources chaudes de Beigangxi, mont Jiufen Er, forêt de Huisun — et cet endroit n’est plus simplement un col qu’on « grimpe et qu’on quitte », mais une destination de tourisme profond qui mérite d’être revisitée, où l’on peut à chaque fois découvrir de nouvelles expériences. C’est précisément la plus grande différence entre le Col du Démon de Guoxing et de nombreuses routes qui « n’ont que la pente, sans histoire ». Ce qu’il vous offre, c’est toute une terre à découvrir et à aimer lentement.

Une tasse de café, une vie

Au fil de vos sorties à vélo, vous comprendrez peu à peu que les routes que vous choisissez reflètent aussi votre philosophie de vie.

Certains préfèrent les routes faciles, aux paysages agréables, où l’on peut prendre de belles photos ; d’autres affectionnent les routes comme le Col du Démon, où la douceur vient après l’amertume, où il faut payer de sa sueur pour obtenir la satisfaction. Ces deux choix n’ont ni tort ni raison, mais le Col du Démon représente une philosophie de vie : « être prêt à payer le prix de l’effort pour une satisfaction profonde ». C’est comme ce café filtre de Guoxing — il faut d’abord goûter cette amertume intense pour apprécier la douceur qui suit.

Cette terre natale du café, renaissante après le séisme, est elle-même la plus belle incarnation de cette philosophie. Les effondrements, les cicatrices, la reconstruction difficile — c’est l’amertume ; et aujourd’hui, les arômes de café sur les collines, les sources chaudes apaisantes, les rires des visiteurs — c’est la douceur. La terre nous enseigne à sa manière : la vraie douceur se cultive souvent à partir de la plus profonde amertume. Et lorsque vous pédalez, que vous mesurez cette terre avec vos jambes, que vous gagnez la satisfaction du sommet à la sueur de votre front, vous mettez en pratique cette leçon. C’est peut-être, la leçon de vie que ce col escarpé chargé d’histoire, le Col du Démon de Guoxing, veut enseigner à chaque cycliste.

Un caractère radicalement différent des routes de haute montagne

Si l’on comparait les routes de montagne de Taïwan à des boissons, alors Wuling serait peut-être un cocktail signature, spectaculaire et adulé, dont le seul nom impose le respect ; tandis que le Col du Démon de Guoxing serait plutôt un café de spécialité, sans fioritures, mais à la longueur en bouche profonde — il ne cherche pas à impressionner, mais dans son amertume qui laisse place à la douceur, il cache les couches les plus authentiques et les plus émouvantes.

Les routes de haute montagne vous offrent une satisfaction de type « étape marquante », tandis que le Col du Démon vous procure une satisfaction de type « connexion avec la terre ». Il n’y a pas de supériorité entre les deux, ils répondent simplement à des besoins différents selon les moments. Quand vous voulez un exploit à montrer, à inscrire dans votre palmarès, vous vous tournez vers les grandes montagnes ; mais quand vous voulez un voyage d’immersion profonde, un dialogue avec la terre, une guérison du corps et de l’esprit, le Col du Démon de Guoxing et les richesses environnantes — café, sources chaudes, histoire — seront un meilleur choix.

Je connais beaucoup de cyclistes chevronnés qui, dans leur jeunesse, ont poursuivi toutes les grandes montagnes, mais qui, passé un certain âge, se tournent de plus en plus vers ce type de routes « avec une histoire, de la chaleur, et des visites à faire ». Ils disent que jeunes, ils roulaient pour prouver leur force ; maintenant, ils roulent pour bien vivre et pour ressentir pleinement cette terre. Et le Col du Démon de Guoxing est précisément une route qui vous permet de « bien vivre ». Sa raideur est là pour vous apprendre à mieux savourer la douceur du café en bas de la montagne ; sa difficulté est là pour vous faire redécouvrir, entre l’amertume et la douceur, cette belle terre qui a connu l’épreuve avant la récompense.

Pour celles et ceux qui viennent pour la première fois

Si cet article vous a donné envie de venir tenter le Mont du Roi Démon à Guoxing, voici quelques rappels bienveillants.

Ne vous contentez pas de conquérir, savourez aussi. Le Mont du Roi Démon est certes le protagoniste de ce voyage, mais ne le laissez pas devenir l’unique raison. Le café, les sources chaudes, la forêt et la riche histoire de Guoxing méritent tout autant que vous preniez le temps de les apprécier. Ralentissez votre itinéraire, et vous repartirez avec bien plus qu’une « simple montée avalée ».

Respectez cette terre et son histoire. Là où vous roulez, un immense désastre naturel et une reconstruction éprouvante ont eu lieu. En traversant les villages et les terres agricoles, veuillez ralentir, faire preuve de respect et ne pas jeter de déchets. Chaque geste de bienveillance et de respect est la plus belle réponse que vous puissiez offrir à cette terre renaissante.

Préparez-vous correctement. Bien que cet article n’aborde pas la technique, le Mont du Roi Démon est une montée de montagne exigeante, où le ravitaillement et les secours sont difficiles d’accès. Avant de partir, vérifiez l’état de votre vélo, prévoyez un petit braquet et des outils de réparation de crevaison, emportez suffisamment d’eau et informez vos proches de votre itinéraire. La sécurité reste la condition première pour profiter de toutes ces beautés.

Gardez un cœur prêt à ralentir. Guoxing n’est pas un endroit que l’on « coche en trois heures ». Il faut prendre le temps d’y sentir l’arôme du café, la chaleur des sources chaudes, et le poids de cette terre. Lorsque vous acceptez de ralentir, ce berceau du café taïwanais vous offrira, de la manière la plus profonde et la plus chaleureuse, un voyage inoubliable. Ne vous pressez pas de suivre l’itinéraire, ne vous pressez pas de battre des records. Accordez-vous deux jours au cœur de ces montagnes, et vous découvrirez que les plus beaux paysages et les émotions les plus fortes se cachent souvent dans ces instants où vous acceptez de vous arrêter — l’arôme d’un café filtre, la chaleur d’un bain thermal, une phrase échangée avec un agriculteur au hasard. Ces détails, en apparence anodins, tissent ensemble un souvenir de cyclotourisme à Guoxing qui n’appartient qu’à vous, unique en son genre.

Conclusion : une montée chargée d’histoires

Nous croyons souvent que la valeur d’une route réside dans sa pente, sa longueur, ou la vitesse à laquelle on peut y battre un record. Mais le Mont du Roi Démon de Guoxing m’a appris autre chose : la véritable valeur d’une route réside dans les histoires qu’elle porte.

Cette montée que les cyclistes surnomment le « Roi Démon » est, en apparence, un défi physique et mental exigeant. Mais si vous élargissez votre regard, vous découvrirez qu’elle est enchâssée dans une terre d’une richesse inouïe — le berceau du café taïwanais, les sources chaudes aux eaux de beauté, la mémoire du séisme de Jiufen Ershan, le secret du café de la forêt de Huisun. Ces histoires donnent à chaque mètre de montée une signification plus profonde.

Alors, ne considérez pas le Mont du Roi Démon de Guoxing comme une simple donnée à conquérir. Préparez votre petit braquet, mais aussi un cœur prêt à écouter les histoires de cette terre, et partez pour une lente échappée de deux jours et une nuit. Laissez la sueur, le café, les sources chaudes et l’histoire se mêler sur cette terre où l’amertume précède la douceur, pour tisser un souvenir de cyclisme qui n’appartient qu’à vous, riche et profond. Après tout, la meilleure route n’est jamais la plus raide, mais celle qui porte le plus d’histoires et qui touche le plus votre cœur. Et le Mont du Roi Démon de Guoxing est précisément une de ces montées chargées d’histoires.

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