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Le murmure de l'eau de la tribu Lilen et les glaces de Baileng : un souvenir à vélo dans le creux de la rivière Dajia

單車生活

Le bruit de l'eau de Lilen et les glaces de Baileng : un souvenir à vélo dans le creux du bras de la rivière Dajia

Certains tronçons ne figurent pas en couverture des guides touristiques, mais occupent une place douce dans la mémoire des cyclistes. Lilen est de ceux-là.

Il se niche dans le bras de la rivière Dajia, sur la section ouest de la route provinciale 8 (l’axe transversal central), avec des chiffres froidement affichés sur Strava : 7,98 kilomètres, 562 mètres de dénivelé, 7 % de pente moyenne. Mais ceux qui l’ont vraiment parcourue le savent : cette route ne demande pas un capteur de puissance, mais des yeux et une respiration. Vous serez saisi par le bruit de l’eau de la Dajia dans les virages, vous ralentirez devant le pont rouge du village, vous vous arrêterez pour prendre une photo devant les maisons en bois de cyprès de Songhe. Cet article ne parle pas d’allure, mais de ce que cette route offre à ceux qui la parcourent.

Un tronçon dans le creux du bras de la rivière Dajia

Le village de Lilen est situé dans le district de Heping, à Taichung, à environ 26 kilomètres de la route transversale centrale, à une dizaine de kilomètres de la station thermale de Guguan. Vous verrez d’abord un imposant pont rouge vif, le pont de Lilen, sous lequel se rejoignent la rivière Dajia et le ruisseau Lilen. Adossé à la montagne et face à la rivière, l’air y est toujours frais grâce à la vallée ; même en plein été, on dirait que l’eau de la rivière a rafraîchi l’atmosphère.

Sur ce tronçon de la route provinciale 8, d’un côté s’étend le lit de la rivière Dajia, paisible en temps normal, impétueux en saison des pluies ; de l’autre se dresse le mont Basianshan, à plus de mille mètres d’altitude. L’ancienne route transversale reliant Yilan et Hualien a été taillée centimètre par centimètre, épousant le lit de la rivière et la paroi rocheuse. Lorsque vous pédalez en remontant la rivière, vous refaites en réalité un chemin gravé par le sang et la sueur de vos prédécesseurs. Cette épaisseur, aucun home-trainer ne peut la donner.

Deux villages atayal : Lilen et Songhe

En suivant la route provinciale 8 vers Guguan, vous traversez successivement les deux villages atayal de Lilen et Songhe. Ces deux villages sont ce que cette route a de plus chaleureux.

Le village de Lilen, adossé à la montagne et face à la rivière, jouit d’un climat agréable. Ces dernières années, la découverte de sources chaudes au bord du ruisseau Lilen a donné à ce petit village une touche de villégiature. On y trouve des commerces et des maisons d’hôtes, et les rues sont ornées de motifs et de symboles atayal, signalant d’emblée qu’on est ailleurs.

L’histoire du village de Songhe est plus intéressante encore. Il s’appelait autrefois « Gilas » ou « Chiuragisu » ; après la rétrocession, comme les aigrettes venaient souvent se nourrir dans le lit de la rivière Dajia, il fut rebaptisé « Songhe » — pin et grue, un nom qui est déjà un tableau. Le plus précieux à Songhe, ce sont les maisons en bois de cyprès centenaires et les vestiges de la gare de Chiuragisu du chemin de fer forestier du mont Basianshan. Après Songhe, on entre dans la zone du parc forestier national du mont Basianshan, à environ 4 kilomètres de Guguan.

Devant les vieilles maisons en cyprès de Songhe, on en oublie qu’on est venu s’entraîner. Les veines du bois, l’artisanat atayal, le linge étendu devant les maisons du village : ces détails du quotidien sont le vrai paysage de cette route.

À la première personne : un Lilen par un frais matin d’été

À six heures du matin, départ de Dongshi, direction Guguan par la route provinciale 8. Le soleil n’a pas encore complètement franchi la crête, et l’air de la vallée est d’une transparence chargée d’humidité. Le début du parcours monte et descend ; la rivière Dajia apparaît et disparaît sur la droite, son bruit d’eau comme un compagnon invisible qui vous accompagne tout du long.

En entrant dans le tronçon de Lilen, la pente commence à montrer son caractère. Ce n’est pas une pression continue comme à Wuling, mais de courtes montées raides suivies de relâchements, comme si la route vous parlait : « Allez, un effort — bon, repose-toi — encore. » On est contraint de lire chaque virage, chaque montée, plutôt que de fixer son compteur. Au moment où l’on relève la tête, la crête du mont Basianshan se dessine dans la brume matinale, et l’on comprend soudain pourquoi les anciens cyclistes reviennent ici sans cesse.

Arrivé au pont de Lilen, je m’arrête comme d’habitude. Le pont rouge se détache dans la vallée verte, deux ruisseaux se rejoignent en contrebas, le bruit de l’eau est plus fort qu’ailleurs. Il y a justement un petit stand de glaces de Baileng à côté ; j’en achète une et m’assieds au bord du pont. La fraîcheur glisse de la gorge jusqu’au corps échauffé par la montée — ce moment vaut plus que n’importe quel KOM.

Les saveurs du parcours : les glaces de Baileng et les spécialités du village

S’il fallait choisir un souvenir gustatif pour cette route, ce serait les glaces de Baileng. C’est le ravitaillement implicite des anciens de la route provinciale 8 : une glace à l’ancienne, la consolation la plus honnête contre la chaleur de la montagne. Fatigué, échauffé, on s’arrête pour se rafraîchir, puis on repart : c’est le rituel de cette route.

Par ailleurs, les villages de Lilen et Songhe comptent des commerces et des petites échoppes, et le tourisme autochtone y est bien développé. Certains établissements proposent des boissons à base de pin à cinq feuilles et des plats typiques atayal, pour allier ravitaillement et découverte des saveurs locales. En poussant un peu plus loin vers Guguan, on atteint la zone thermale : on retire tout son équipement et on se plonge dans les sources chaudes carbonatées faiblement alcalines, laissant les muscles tendus se détendre dans l’eau chaude — la conclusion la plus apaisante pour prolonger le tronçon de Lilen en une petite excursion d’une journée.

Ce que cette route signifie pour les cyclistes

Pour beaucoup de cyclistes de Taichung, le retour par Lilen est l’« avant-poste » menant à Guguan et aux profondeurs de la route transversale centrale. Ce n’est pas une destination, mais un tronçon qui sert à calibrer le corps et l’esprit avant chaque grande expédition en montagne.

Ce qu’elle vous apprend, c’est l’humilité de « lire la route ». Derrière les 7 % de pente moyenne se cache un rythme tantôt raide, tantôt doux ; il faut abandonner l’obsession des chiffres et apprendre à sentir la respiration de cette route de vallée avec son corps. Lorsqu’on cesse de lutter contre la pente et qu’on suit son rythme, on découvre que le vélo devient pur — il ne reste que vous, le vélo et le bruit de l’eau de la Dajia.

Un paysage propre à chaque saison

  • Printemps : les deux rives de la vallée verdissent, l’eau est limpide, c’est la saison la plus agréable pour pédaler.
  • Été : la vallée est étouffante, mais la fraîcheur du matin et les glaces de Baileng font bon ménage ; l’après-midi, pensez à éviter les orages.
  • Automne : ciel haut et air vif, la meilleure saison pour la visibilité, la crête du mont Basianshan est parfaitement dégagée.
  • Hiver : les matins sont froids, mais la tentation des sources chaudes est à son comble — idéal pour un circuit lent « vélo + thermalisme ».

Suggestions d’excursions

Pour intégrer le tronçon de Lilen au milieu d’une journée, voici une suggestion :

  1. Matin : départ de Dongshi, remontez tranquillement la route provinciale 8 vers Guguan, en passant par Lilen et Songhe, avec des arrêts fréquents.
  2. Midi : déjeunez à Songhe ou à Guguan, visitez les maisons en cyprès et les vestiges de la gare de Chiuragisu.
  3. Après-midi : détente aux sources chaudes de Guguan, balade dans le parc forestier national du mont Basianshan.
  4. Soir : retour en descente le long de la rivière Dajia, en laissant le coucher de soleil sceller cette journée dans la mémoire.

Lilen ne fait pas de bruit, mais on y revient sans cesse. Elle nous rappelle que le vélo n’est pas seulement une affaire de performances et de kilomètres, mais aussi de retrouver, dans le creux du bras de la rivière Dajia, ce soi qui accepte de s’arrêter et d’écouter le bruit de l’eau. La prochaine fois que vous irez vers Guguan, ne vous pressez pas — arrêtez-vous au pont de Lilen, achetez une glace de Baileng, vous comprendrez.

L’histoire de la route transversale centrale : une route gravée par le sang et la sueur

Pour vraiment comprendre Lilen, il faut parler de la route provinciale 8 — la route transversale centrale. Cette route qui traverse la chaîne centrale de Taïwan est l’un des projets les plus difficiles de l’histoire routière taïwanaise. À l’époque, pour relier l’est et l’ouest, les ouvriers ont dû tailler la route centimètre par centimètre dans des parois abruptes et des gorges torrentueuses. D’innombrables sueurs, et même des vies, sont restées sur cette route.

La section ouest de la route provinciale 8, où se trouve Lilen, fait partie de cette route légendaire. Lorsque vous y pédalez, le grondement de la rivière Dajia à droite, la paroi imposante du mont Basianshan à gauche, vous prenez conscience que chaque centimètre d’asphalte sous vos roues repose sur une épaisse couche d’histoire. Cette sensation de « rouler avec l’histoire », aucun home-trainer, aucune route plate ne peut la donner. C’est précisément cette épaisseur qui donne à Lilen, au-delà du simple exercice, un poids difficile à exprimer. La rivière Dajia elle-même est une rivière chargée d’histoires. Elle prend sa source entre la chaîne des neiges et la chaîne centrale, dévale en creusant une vallée profonde, nourrissant les villages et les communautés de ses rives. Ses eaux ont fait vivre la plaine de Taichung et ont formé en amont des havres entre montagne et eau comme Guguan et Lilen. En pédalant à Lilen, vous longez en réalité le bras de cette rivière mère, en remontant vers sa source.

La sagesse atayal : une vie en harmonie avec la montagne

Les deux villages atayal de Lilen et Songhe sont ce que cette route a de plus chaleureux. Les Atayal sont l’un des groupes autochtones les plus répandus de Taïwan, vivant depuis des générations dans les montagnes du centre et du nord. Leur compréhension de la forêt est bien plus profonde que n’importe quel manuel.

Dans la tradition atayal, la montagne n’est pas un objet à conquérir, mais un partenaire avec lequel on coexiste. Chasse, culture, cueillette : tout obéit à une sagesse d’harmonie avec la nature — prendre ce dont on a besoin, sans cupidité. Cette philosophie de vie en coexistence avec la montagne fait étrangement écho à ce que recherchent les cyclistes. Lorsque nous gravissons les pentes raides de Lilen, apprenant à ne pas lutter contre la pente et à suivre le rythme de la route, nous nous approchons en quelque sorte de cette sagesse atayal d’adaptation à la nature. Les maisons en bois de cyprès du village sont le témoignage concret de la relation entre les Atayal et la forêt. Bâties avec le précieux cyprès de Taïwan, elles tiennent toujours après cent ans de vents et de pluies, dégageant la chaleur caractéristique du bois. Devant les vieilles maisons de Songhe, on est touché par la sérénité que le temps a déposée — ici, pas d’agitation urbaine, seulement le vent de la montagne, le chant des oiseaux et la chaleur du bois au soleil.

Lilen au fil de la journée : des visages différents du matin au soir

Ce tronçon de Lilen offre des visages radicalement différents selon l’heure de la journée. Le Lilen du petit matin est le plus enchanteur — le soleil n’a pas encore franchi la crête du mont Basianshan, une fine brume d’eau flotte dans la vallée, l’air est transparent et frais. Le bruit de la rivière Dajia est d’une clarté saisissante dans le silence, comme si le monde entier se réduisait à vous, votre vélo et cette rivière qui ne cesse de couler. C’est le moment idéal pour pédaler : frais, calme, et les orages de l’après-midi ne sont pas encore en préparation.

Le Lilen de l’après-midi a une nonchalance supplémentaire. Le soleil inonde la vallée, les commerces du village s’animent, les touristes s’attardent devant le stand de glaces de Baileng. Ce Lilen-là appartient aux voyageurs : on peut ralentir, s’arrêter, se fondre dans le rythme de vie du village. Attention toutefois : dans la zone de la route transversale centrale, le brouillard et le changement de temps arrivent souvent l’après-midi ; si vous voulez pousser vers Guguan, mieux vaut l’avoir fait avant midi. Le Lilen du soir, c’est l’heure de la conclusion. Le coucher de soleil teinte la vallée d’or, la crête du mont Basianshan s’estompe dans le crépuscule. Si vous choisissez de redescendre à ce moment-là, en suivant la rivière Dajia vers la plaine, la brise fraîche sur le visage, la fatigue de la journée semble se dissiper avec la vitesse de la descente. C’est l’adieu le plus doux que Lilen puisse offrir.

Le mont Basianshan : le gardien silencieux

En pédalant à Lilen, levez les yeux vers la gauche : cette montagne imposante, c’est le mont Basianshan. Il culmine à plus de deux mille mètres, l’une des huit grandes montagnes de Taïwan, et le gardien silencieux de cette route. Sous l’occupation japonaise, le mont Basianshan fut l’un des trois grands domaines forestiers de Taïwan, riche en cyprès précieux. Pour transporter ce bois, on construisit un chemin de fer forestier en montagne ; la gare de Chiuragisu (aujourd’hui Songhe) en est le témoin.

Aujourd’hui, le mont Basianshan fait partie du parc forestier national, et les anciennes zones d’exploitation sont devenues des sentiers forestiers verdoyants. Lorsque vous traversez Lilen et Songhe, vous suivez en réalité la trace de cette histoire forestière. Les maisons en cyprès centenaires, les vestiges du chemin de fer : autant de marques d’une forêt qui fut prospère puis retourna au calme. Une fois cette histoire comprise, le mont Basianshan n’est plus seulement une montagne, mais un chapitre de l’histoire forestière taïwanaise écrit sur sa crête. La relation entre les cyclistes et le mont Basianshan est subtile. Il se dresse au loin, sans ostentation, sans bruit, mais il accompagne chaque cycliste qui passe à Lilen. Par temps clair, sa crête est nette comme taillée au couteau ; dans le brouillard, il se cache dans les nuages, ne laissant paraître qu’un contour flou. Que vous pédaliez vite ou lentement, dans le sens ou à contre-sens, il est là, tel un vieux sage silencieux, regardant passer les générations de cyclistes à ses pieds.

La philosophie d’une glace

Pour finir, laissez-moi conclure cet article avec une glace de Baileng. Cela peut sembler naïf, mais sur cette route de Lilen, cette glace renferme la philosophie la plus simple des cyclistes.

Elle nous rappelle : après l’effort, n’oublie pas de te récompenser. La montée est dure, la sueur est salée, mais il suffit de s’arrêter, d’acheter une glace bien froide et de s’asseoir au bord du pont pour que l’amertume se transforme en douceur. La vie est ainsi : nous nous acharnons souvent, oubliant de nous offrir une petite récompense entre les efforts. La glace de Baileng à Lilen est un rappel tout en douceur : savoir apprécier le chemin est plus important que de courir après le résultat. Elle nous rappelle aussi que les plus grandes joies sont souvent les plus simples. Pas besoin d’équipement coûteux, pas besoin de performances éclatantes : une glace à l’ancienne, une rivière qui coule, une montagne silencieuse suffisent à rendre un cycliste en sueur parfaitement heureux. Cette joie simple est le cadeau le plus précieux de Lilen, et ce que nous oublions le plus facilement dans un monde complexe.

Pourquoi Lilen mérite qu’on y revienne sans cesse

On pourrait demander : Lilen n’est qu’une montée de 7,98 kilomètres, sans l’altitude de Wuling, sans notoriété, pourquoi y revenir sans cesse ? La réponse tient peut-être dans ces trois mots : « sans ostentation ». Wuling est une grande cérémonie, qui exige une préparation complète, du temps, un événement rare dans l’année. Lilen, elle, est un quotidien auquel on peut revenir à tout moment — un matin quelconque, en tenue légère, remonter cette route familière le long de la rivière Dajia, saluer le vendeur de glaces de Baileng, s’arrêter au pont de Lilen pour écouter l’eau, puis rentrer chez soi, le cœur comblé.

Cette « intimité du quotidien » est ce que Lilen a de plus précieux. Ce n’est pas un sommet à conquérir, mais un ami avec qui l’on vit. À chaque retour, on découvre quelque chose de nouveau — une fleur sauvage propre à une saison, une culture récemment plantée par une famille du village, un angle de lumière sur la vallée. Ces changements subtils, seuls ceux qui acceptent de ralentir et de revenir peuvent les voir. En vélo, au bout du compte, on ne cherche pas tant à aller plus vite, plus loin, plus haut, qu’une manière d’être avec soi-même, avec la terre, avec le temps. Lilen est précisément une route qui apprend à être. Elle vous apprend à ralentir, à ressentir, à chérir. Et ce sont justement ces choses que nous perdons le plus facilement dans nos vies trépidantes, et dont nous avons le plus besoin. La prochaine fois que vous en aurez assez de courir après les chiffres et les performances, faites un tour vers Guguan. Arrêtez-vous au pont de Lilen, achetez une glace de Baileng, laissez le bruit des deux ruisseaux qui se rejoignent diluer peu à peu le tumulte de votre esprit. À ce moment-là, vous comprendrez — le plus beau dans le vélo n’a jamais été d’arriver quelque part, mais de retrouver en chemin ce soi silencieux que l’on avait perdu de vue. Lilen, dans le creux du bras de la rivière Dajia, vous attend tranquillement.

Les gens que l’on rencontre à Lilen

Le plus beau dans le vélo, ce n’est souvent pas le paysage, mais les gens. À Lilen, vous croiserez toutes sortes de personnes. Des grand-mères du village qui poussent leur charrette de légumes et vous sourient ; le vendeur du stand de glaces de Baileng qui vous demande « pourquoi tu es parti si tôt aujourd’hui ? » ; d’autres cyclistes arrêtés au pont de Lilen, soufflant, échangeant un regard de connivence. Ces chaleurs de rencontres éphémères sont l’humanité propre à Lilen.

Je me souviens particulièrement d’une fois : dans la petite épicerie du village, en achetant de l’eau, la patronne, voyant ma sueur, m’a glissé en plus une mandarine de son jardin, en disant « pédaler en montagne, c’est dur, reprends des forces ». L’acidulé de cette mandarine, je ne l’ai jamais oublié. Cette bienveillance inattendue fait de Lilen non plus seulement une montée, mais un voyage chargé d’humanité. C’est aussi pourquoi le vélo permet de s’approcher d’un lieu mieux que la voiture ou le bus touristique : en avançant au rythme le plus lent, on se donne la chance de créer un lien véritable avec cette terre et ses habitants.

De Lilen vers les profondeurs de la route transversale centrale

Bien que Lilen ne soit qu’un tronçon de 7,98 kilomètres, sa position en fait une porte vers un monde plus vaste. Après Lilen et Songhe, on atteint Guguan ; au-delà, la route transversale centrale s’enfonce au cœur de la chaîne centrale. Pour beaucoup de cyclistes, Lilen est un test — tester sa condition, tester son état du jour, tester si l’on est prêt à affronter des routes plus longues et plus hautes.

Debout sur le pont de Lilen, regardant vers l’amont de la rivière Dajia, on ressent un appel. Cette rivière, cette route s’étendent jusqu’au bout du regard, comme pour dire : « il y a encore des paysages, plus loin, qui t’attendent ». Ce sentiment d’inachevé est l’une des raisons pour lesquelles Lilen reste dans les mémoires. Ce n’est pas une fin, mais un point de départ plein de possibilités. C’est pourquoi chaque montée de Lilen est comme un échauffement pour un plus grand rêve. Peut-être un jour parcourir toute la route transversale centrale, peut-être relever le défi de Wuling, peut-être simplement mieux connaître cette forêt. Quel que soit ce rêve, Lilen est le meilleur premier pas — elle vous dit avec douceur : la montagne est là, la route est là, il suffit de vouloir pour partir. Et c’est peut-être là le plus fascinant du vélo : chaque route est le début d’une autre ; chaque arrivée recèle la graine d’un prochain départ. Lilen est une de ces graines, enfouie silencieusement dans le cœur de chaque cycliste qui passe, attendant le jour où elle germera en un voyage plus lointain.

Conclusion : se retrouver dans le bruit de l’eau

Le retour par Lilen est une route que l’on peut parcourir toute une vie. Elle ne vous donnera pas la gloire d’un KOM, ne vous permettra pas de vous vanter devant vos camarades, mais à chaque sortie, elle vous offrira discrètement quelque chose de plus important — le bruit de l’eau de la rivière Dajia, la chaleur humaine du village, la veille du mont Basianshan, et ce soi qui accepte de s’arrêter et de ressentir.

Au bout du compte, en vélo, on découvre que l’on ne cherche pas tant à aller plus vite, plus loin, plus haut, qu’une manière d’être avec soi-même, avec la terre, avec le temps. Lilen est précisément une route qui apprend à être. Tel un vieil ami silencieux, elle vous attend dans le creux du bras de la rivière Dajia. La prochaine fois que vous irez vers Guguan, ne vous pressez pas — arrêtez-vous au pont de Lilen, achetez une glace de Baileng, asseyez-vous au bord du pont, écoutez le bruit des deux ruisseaux qui se rejoignent. Vous comprendrez pourquoi certaines routes méritent qu’on y revienne, encore et encore.

Suivre l’eau, suivre son propre rythme

Ce que cette route de Lilen finit par enseigner, c’est une sagesse de suivre le courant. La rivière Dajia dévale des hautes montagnes, sans heurter de front les rochers : elle contourne les pierres, épouse les virages, mais avance toujours vers la mer. À Lilen, nous devrions apprendre à être comme l’eau — ne pas lutter contre la pente, ajuster son rythme aux ondulations de la route, forcer dans les montées raides, relâcher dans les sections douces. Cette adaptation n’est pas un compromis, mais une manière plus subtile d’avancer.

C’est aussi pourquoi tant d’anciens cyclistes reviennent à Lilen, encore et encore. Ils ne reviennent pas seulement pour les 7,98 kilomètres de dénivelé, mais pour ce rythme retrouvé dans le bruit de l’eau, en harmonie avec soi-même. En ville, nous sommes toujours poussés en avant, tirés par la vitesse, la performance, le regard des autres. À Lilen, on peut tout laisser derrière soi, et n’avancer qu’au son de la rivière Dajia, qu’au rythme de sa propre respiration, coup de pédale après coup de pédale. À ce moment-là, on n’est plus ce soi anxieux qui court, mais on revient à l’état le plus simple, le plus libre. Lilen, par son eau, sa montagne, son village, rappelle doucement à chacun : va plus lentement, sois plus souple, tu iras plus loin et tu vivras mieux. C’est peut-être là, sous les chiffres, le plus profond cadeau de cette petite route de vallée sans ostentation.

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