La boule blanche géante dans les nuages : récit d'une ascension à travers le brouillard sur la crête de Wufen Mountain à Pingxi

Ce jour-là, je suis parti du centre-ville de Ruifang, le guidon pointé vers la montagne. Avant même d’atteindre le début de la montée officielle, une bruine fine commençait déjà à tomber du ciel. Le temps dans la pointe nord-est est toujours comme ça : il change sans prévenir. Un instant, la visibilité est encore dégagée, l’instant d’après, une fine brume avale tout silencieusement. Je savais que je m’apprêtais à gravir une route de montagne en direction de Wufen Mountain, à Pingxi — un peu plus de quatre kilomètres, avec un dénivelé de plus de deux cents mètres, une pente qui n’a rien de facile. Mais ce qui m’excitait vraiment, ce n’était pas le chiffre du dénivelé, c’était cette fameuse « boule blanche géante » cachée au plus profond des nuages et de la brume.
1. La texture géographique de la région montagneuse de Ruifang
Pour comprendre cette route, il faut d’abord comprendre le contexte géographique dans lequel elle s’inscrit. Le district de Ruifang, à New Taipei City, se trouve à la pointe nord-est de Taïwan, bordant l’océan Pacifique. C’est l’une des rares zones montagneuses du nord de Taïwan directement exposées au vent de mousson du nord-est. Wufen Mountain elle-même est un repère important de cette région de collines, avec une altitude d’environ 757 mètres. Administrativement, elle se situe à la frontière entre Ruifang et Pingxi. C’est pourquoi cette route, qui porte le nom de « Pingxi » mais est officiellement enregistrée dans le district de Ruifang, illustre parfaitement le chevauchement subtil et la confusion entre les limites administratives et la perception géographique de cette zone montagneuse — les habitants ont l’habitude de nommer une route d’après un sommet ou un hameau, sans forcément respecter strictement les découpages administratifs.
Cette région de collines est une extension des contreforts de la chaîne des Montagnes de Neige. La géologie est principalement composée de grès et de schiste. Après des années d’érosion par les pluies, elle a formé de nombreux sommets escarpés mais peu élevés. Combinée aux pluies orographiques apportées toute l’année par la mousson du nord-est, toute la région reste humide en permanence, avec une végétation dense — un paysage typique de montagne subtropicale du nord de Taïwan. En pédalant dans un tel terrain, on ressent clairement la densité des variations d’altitude — contrairement à la chaîne centrale où les montées s’étendent sur des dizaines de kilomètres, ici les pentes sont courtes et rapprochées, l’une après l’autre, comme des blocs de construction empilés en version colline.
2. La boule blanche géante : un repère emblématique
Si Wufen Mountain jouit d’une notoriété considérable dans les communautés de randonneurs et de cyclistes, c’est en grande partie grâce à ce bâtiment blanc à dôme visible près du sommet — la station radar météorologique de Wufen Mountain du Bureau central de météorologie. Ce radôme, dont l’apparence évoque une immense sphère blanche, est visible de très loin par temps clair. Il est devenu la « boule blanche géante » dont parlent les randonneurs et les cyclistes locaux, et constitue un repère visuel essentiel pour s’orienter dans cette région de collines.
Il faut toutefois préciser que cette section de quatre kilomètres avec 257 mètres de dénivelé que j’ai parcourue ce jour-là se termine à une altitude encore bien inférieure au sommet principal de 757 mètres. Par conséquent, si ce n’est pas le terminus de cette route elle-même, il s’agit très probablement d’une montée centrale sur le chemin menant à la station radar au sommet de Wufen Mountain — la boule blanche géante se dresse toujours plus haut, symbole de la renommée de cette région montagneuse, mais pas nécessairement le point d’arrivée direct de cette route. Ce jour-là, le brouillard était si épais que même en approchant de la fin du parcours, je ne pouvais qu’apercevoir par intermittence, dans les éclaircies entre les nuages, la silhouette blanche du sommet lointain, à peine visible. Cette sensation de distance — « on la voit mais on ne peut pas la toucher » — ajoutait une couche de mystère supplémentaire à ce repère.
3. Pédaler à travers la brume : l’expérience de la crête dans le brouillard épais
Une fois engagé dans la section de montée principale, le brouillard s’est nettement épaissi. La visibilité était réduite à une trentaine ou une quarantaine de mètres. La route devant moi s’enfonçait dans la brume, comme si son extrémité était masquée par un rideau gris-blanc. Cette expérience de montée dans un brouillard épais n’a, pour être honnête, rien de facile — une fois la vision largement privée, les autres sens du corps deviennent au contraire étrangement aiguisés : les oreilles perçoivent le son de sa propre respiration qui résonne à l’intérieur du casque, la peau sent les fines gouttelettes d’humidité qui mouillent lentement les joues et les bras, et même le rythme de la cadence de pédalage semble devenir plus concentré en raison de la limitation visuelle.
Ce type de conditions météorologiques augmente bien sûr les risques du cyclisme — chaussée glissante, distance de visibilité réduite — m’obligeant à ralentir et à aborder chaque virage avec une prudence particulière. Mais le brouillard épais apporte aussi une esthétique singulière, comme s’il enveloppait toute la route de montagne dans un espace calme et clos, isolant le vacarme de la ville et les pensées du quotidien. Parfois, une rafale de vent écarte brièvement la brume, laissant entrevoir un instant la silhouette des montagnes au loin. Cet impact visuel fugace marque davantage les esprits qu’une vue dégagée sous un ciel parfaitement bleu.
4. L’héritage des anciennes communautés minières : la mémoire commune de Pingxi et Ruifang
Bien que cette route elle-même soit située dans le district de Ruifang et ne passe pas directement par les sites touristiques célèbres de Pingxi, toute la région de Pingxi et Ruifang a historiquement fait partie de la ceinture industrielle du charbon du nord de Taïwan, partageant la même mémoire collective de l’essor et du déclin de l’industrie minière. Shifen et la vieille rue de Jingtong le long de la ligne ferroviaire secondaire de Pingxi, la coutume des lanternes célestes de Pingxi, ainsi que le village des chats de Houtong (Hou Tong) près de Ruifang — tous ces sites dispersés dans la région sont reliés à la même histoire industrielle de l’extraction du charbon, de l’époque coloniale japonaise à l’après-guerre (pour les installations et contenus d’exposition réels, veuillez vous référer aux annonces sur place).
Bien que ces sites célèbres ne se trouvent pas nécessairement directement le long de cette section de montée, en pédalant, on peut encore ressentir les réminiscences de cette histoire à travers les indices laissés dans le paysage — les bâtiments des anciens hameaux croisés au hasard, les vestiges d’installations industrielles subsistants, racontent silencieusement comment cette région montagneuse a prospéré grâce au charbon noir. Aujourd’hui, l’industrie minière a depuis longtemps décliné, ces collines ont retrouvé leur apparence forestière d’origine, ne laissant que les noms de lieux et quelques chemins de fer et vieilles rues préservés comme témoins de cette histoire. Pédaler sur une telle route, c’est aussi, d’une certaine manière, traverser une mémoire industrielle recouverte par le temps.
5. L’autre visage de Ruifang : la distance avec Jiufen
En parlant du district de Ruifang, beaucoup pensent immédiatement au paysage de la vieille rue de Jiufen, cette ville de montagne construite à flanc de colline, illuminée de mille feux. Mais Jiufen et cette route de montée cachée au plus profond des montagnes sont en réalité deux visages radicalement différents au sein du district de Ruifang — l’un est un site touristique bondé de visiteurs, l’autre une route secondaire si calme que seuls les habitants locaux et quelques passionnés de cyclisme s’y aventurent. Le fait que ces deux sites célèbres appartiennent au même district administratif ne signifie pas qu’ils sont géographiquement proches. Cette route ne passe d’ailleurs pas directement par Jiufen, mais ce contraste — « deux ambiances si différentes au sein d’un même district administratif » — est précisément ce qui rend Ruifang si fascinant.
6. Respiration et solitude sur la pente
La section de montée raide dans le brouillard épais est le moment de tout le parcours qui met le plus à l’épreuve la volonté. L’inclinaison est nettement supérieure à la moyenne de l’ensemble du trajet, et avec la visibilité réduite et la chaussée glissante, chaque coup de pédale exige une concentration particulière. Cet état de concentration intense m’a paradoxalement plongé dans un rythme psychologique quasi méditatif — le monde se réduit à quelques mètres de bitume devant moi, au son de ma propre respiration haletante à mes oreilles, et à la chaleur qui s’accumule progressivement dans les muscles de mes cuisses. Les pensées habituelles sur le travail, sur les relations humaines qui m’occupent l’esprit quand je roule normalement, sont presque entièrement repoussées aux marges de ma conscience dans cet état de haute intensité et de vision limitée.
Je pense souvent que grimper seul dans un brouillard épais est une expérience étrange, à mi-chemin entre le défi et la méditation. Pas de conversations entre compagnons pour distraire l’attention, pas de panoramas dégagés pour détourner le regard vers le paysage — il ne reste que les sensations corporelles les plus primitives et le rythme de la respiration. Cette forme de solitude est difficile à trouver en ville, mais sur une route de montagne enveloppée de nuages et de brume, elle devient par surprise un précieux moment de recentrage psychologique.
7. Le cycle des saisons : l’humidité froide et les éclaircies occasionnelles de la pointe nord-est
Le climat de la pointe nord-est est capricieux : la majeure partie de l’année, il est plutôt humide et froid, en particulier pendant la saison de la mousson du nord-est en automne et en hiver, où le brouillard épais et la bruine sont presque monnaie courante — c’est d’ailleurs pour cela que j’ai rencontré ce temps lors de cette sortie. Mais cette région montagneuse n’est pas éternellement enveloppée de nuages — à la transition entre le printemps et l’été, il arrive parfois qu’il y ait plusieurs jours consécutifs de temps stable avec une excellente visibilité. À ce moment-là, grimper sur la crête, voir les montagnes se superposer au loin, et même apercevoir la ligne côtière, offre un contraste saisissant avec l’expérience de pédaler dans le brouillard, au point qu’on croirait presque qu’il s’agit de deux routes complètement différentes.
Si vous préférez les conditions dégagées pour la vue et la photographie, je vous recommande de planifier votre sortie pendant la fenêtre précédant le plein déploiement de la mousson du nord-est en automne, ou de partir tôt le matin avant la formation des systèmes nuageux convectifs de l’après-midi. Mais si, comme moi, vous vous trouvez là par un jour de brouillard épais, considérez cela comme une expérience unique — après tout, pouvoir ressentir de ses propres sens ce caractère météorologique imprévisible mais profondément poétique des montagnes de la pointe nord-est est en soi un souvenir unique que seule la visite de cette région peut offrir.
8. Le dernier tronçon avant l’arrivée : attente et retenue
En approchant de la fin du parcours, la pluie s’est légèrement calmée et le brouillard s’est un peu dissipé. Je me suis arrêté, j’ai fait demi-tour pour regarder la crête brumeuse que je venais de gravir, et cette fatigue mêlée de satisfaction après avoir accompli une montée solide a surgi en moi. En levant les yeux vers plus haut, je sentais confusément que la boule blanche géante devait se dresser plus profondément dans les nuages, mais la visibilité de ce jour-là ne m’a finalement pas permis de confirmer sa silhouette de mes propres yeux. Cette frustration — « savoir qu’elle est là sans pouvoir la voir » — est devenue la raison qui me donnera envie de revenir dans cette région montagneuse.
Je pense que c’est peut-être là tout le charme des repères montagnards — ils n’ont pas besoin de se révéler entièrement à chaque visite. Parfois, lorsque les nuages masquent la vue, c’est précisément cette attente inachevée qui se préserve d’autant plus intacte.
IX. Conseils pour les prochains visiteurs
Si vous prévoyez également de parcourir ces routes de montagne dans la région de Ruifang, il est recommandé de consulter au préalable les prévisions météorologiques et de visibilité récentes. Les conditions météo dans la région du Cap Nord-Est changent souvent bien plus rapidement qu’en ville : un ciel dégagé au départ ne garantit pas qu’il le sera encore à l’arrivée en montagne. Emporter des vêtements chauds et imperméables suffisants est un équipement de base. Même en été, l’humidité et les dénivelés de la montagne peuvent rendre la température ressentie nettement inférieure à celle de la ville.
Si votre itinéraire est flexible, n’hésitez pas à intégrer cette route dans un circuit plus large autour de Ruifang et de Pingxi — en profitant de l’occasion pour visiter le village des chats de Houtong, également situé dans le district de Ruifang, ou les vieux quartiers le long de la ligne ferroviaire secondaire de Pingxi, pour découvrir la transformation de cette région montagneuse, passée des communautés minières aux petites villes touristiques (veuillez vous référer aux annonces officielles pour les horaires d’ouverture des attractions et les moyens de transport). Un tel itinéraire ajoute une dimension humaine et historique à ce qui n’était au départ qu’un défi purement physique.
X. Repenser la notion d’« arrivée »
Cette sortie m’a amené à repenser le sens de l’« arrivée ». Ce tronçon de quatre kilomètres n’est peut-être pas le moment où l’on atteint le point culminant du mont Wufen, où l’on touche la grande sphère blanche, mais il constitue néanmoins une expérience de montée complète, solide et digne d’être prise au sérieux. Le réseau routier de nombreuses montagnes de moyenne altitude à Taïwan est précisément composé de nombreux segments de ce type — chaque portion de route n’a pas besoin de mener directement au sommet pour constituer une sortie à vélo pleine de sens.
Cette prise de conscience — « ne pas nécessairement atteindre le point le plus haut, mais pédaler sérieusement quand même » — reflète d’une certaine manière de nombreuses choses dans la vie qui méritent qu’on s’y investisse : tous les efforts n’ont pas besoin de produire un résultat ultime visible. La concentration et l’engagement dans le processus lui-même sont souvent ce qui nourrit véritablement l’esprit.
XI. L’apaisement après la dissipation du brouillard
Sur le chemin du retour, en descente, la pluie s’était complètement arrêtée. Le ciel laissait filtrer quelques rais de lumière ténue qui, à travers les interstices des nuages, se répandaient sur l’asphalte humide, produisant un reflet presque métallique. Ces brefs instants d’éclaircie après la pluie sont particulièrement fréquents dans les montagnes du Cap Nord-Est, et particulièrement beaux — comme si toute la forêt venait de prendre un bain, l’air chargé d’une odeur de terre humide et de végétation, d’une fraîcheur remarquable.
Je me suis arrêté au bord de la route à un endroit offrant une vue plus dégagée, observant les lambeaux de brume qui s’écoulaient lentement dans la vallée, songeant à toutes les histoires que cette région montagneuse du Cap Nord-Est a dû porter — des histoires enveloppées de nuages et de brouillard, puis s’ouvrant soudainement sur une vue dégagée. Cette théâtralité offerte par la météo est peut-être ce qui constitue le caractère le plus fascinant de cette région.
XII. Aux cyclistes en quête d’un « chemin différent »
Si vous avez déjà parcouru la plupart des montées classiques et célèbres de Taïwan et que vous cherchez un tronçon court, intense et empreint d’une atmosphère un peu mystérieuse pour agrémenter votre programme d’entraînement, cette route cachée dans les montagnes de Ruifang, en direction du mont Wufen, mérite peut-être d’être ajoutée à votre liste. Elle n’exige pas une journée entière comme le Wuling ou la route transversale Nord, mais elle condense en seulement quatre kilomètres le climat humide caractéristique des montagnes du Cap Nord-Est, son relief vallonné et ses paysages emblématiques qui apparaissent et disparaissent au gré des nuages.
XIII. Épilogue : la grande sphère blanche est toujours là
Sur le chemin du retour, je pensais que même si je n’avais pas pu distinguer clairement les contours complets de la grande sphère blanche cette fois-ci, elle se tenait toujours là, silencieuse, plus loin dans les nuages et le brouillard, accomplissant jour après jour sa mission de station radar météorologique, veillant sur ce ciel du Cap Nord-Est si souvent enveloppé de brume. C’est peut-être précisément cette présence — « tu ne la vois pas, mais tu sais qu’elle est toujours là » — qui confère au mont Wufen, parmi les nombreux sites montagneux de Taïwan, une personnalité discrète mais résolument singulière.
Si l’occasion se présente à nouveau, j’espère choisir un jour où la visibilité sera meilleure pour vérifier de mes propres yeux l’apparence réelle de la grande sphère blanche sous la lumière du soleil. Mais même si le ciel n’en décide pas ainsi, je pense que je serai toujours heureux de pédaler à nouveau dans l’épais brouillard de ces montagnes — après tout, certains paysages n’existent pas pour être facilement discernés.
XIV. Deux états d’esprit : affronter seul le brouillard ou pédaler accompagné
Cette sortie, je l’ai faite seul, ce qui a rendu la sensation de solitude apportée par le brouillard particulièrement pure. Seul à grimper dans la brume, on dépend davantage de son propre jugement concernant l’état de la route et ses forces. Sans compagnon pour confirmer la direction ou partager la tension, cet état est à la fois légèrement angoissant et porteur d’une concentration presque pure. J’ai ensuite refait cette région avec des amis, par une journée au temps plus stable, et j’ai découvert que rouler accompagné offre une expérience complètement différente — on s’encourage mutuellement dans les pentes raides, on échange ses observations sur la météo et les paysages en arrivant au bout du tronçon. Cette forme d’échange est une chaleur qui n’apparaît pas lorsqu’on roule seul.
La pente et la longueur de cette route se prêtent d’ailleurs très bien à ces deux façons de rouler. En solo, on peut suivre entièrement son propre rythme et s’immerger dans cet état de concentration quasi méditatif au cœur du brouillard. À plusieurs, même si le temps est mauvais, les conversations et les interactions entre compagnons atténuent la sensation d’oppression du brouillard. J’ai du mal à dire laquelle de ces deux façons de rouler est la meilleure ; chacune offre une expérience radicalement différente mais tout aussi précieuse. C’est peut-être cette flexibilité qui fait que cette région mérite d’être revisitée encore et encore.
XV. Conseils pratiques pour la préparation avant le départ
Avant de rouler sur ce type de tronçon montagneux sujet au brouillard, il est conseillé de prendre l’habitude de consulter les prévisions météorologiques et de visibilité en temps réel, surtout si vous prévoyez d’y aller pendant la saison de la mousson du nord-est, en automne et en hiver. Si les prévisions indiquent une forte probabilité de brouillard épais ou de fortes pluies, il est recommandé d’envisager de décaler la date de votre sortie, ou à tout le moins de vous préparer avec un équipement imperméable et chaud complet — notamment une veste coupe-vent et imperméable, des gants, et un traitement antibuée pour les lunettes. La buée sur les verres dans un brouillard épais réduit encore davantage un champ de vision déjà limité, un petit détail que beaucoup de cyclistes négligent.
La préparation des feux avant et arrière est tout aussi importante. Même en partant de jour, la visibilité dans un brouillard épais peut être comparable à celle d’une sortie nocturne. Un feu arrière suffisamment puissant augmente considérablement vos chances d’être repéré par les véhicules qui arrivent derrière vous. Il est également recommandé de télécharger à l’avance la navigation GPS et les cartes hors ligne : le signal est instable sur certaines portions de ces routes de montagne, et le brouillard épais peut facilement perturber le sens de l’orientation. Une couche de navigation supplémentaire permet d’éviter les risques inutiles de se perdre. Ces préparatifs peuvent sembler insignifiants, mais ils sont la clé pour parcourir une sortie en montagne potentiellement pleine d’imprévus, en toute sécurité et jusqu’au bout.
XVI. Lumière et sons : des détails sensoriels amplifiés par le brouillard
En repensant à cette sortie, outre la vision considérablement réduite, mes autres sens ont été paradoxalement amplifiés. Le bruit fin de l’eau projetée par les pneus sur l’asphalte humide, les chants occasionnels d’oiseaux inconnus au loin, le bruissement du vent dans la cime des arbres — ces bruits ambiants que l’on néglige facilement lors d’une sortie normale devenaient remarquablement nets dans cet état où le brouillard épais réduisait fortement les indices visuels. L’odorat aussi : la terre humide, la végétation trempée par la pluie, et parfois cette odeur végétale particulière propre à cette région montagneuse, tout cela se mêlait en une mémoire sensorielle que seule une expérience vécue peut comprendre.
Cette expérience de devoir s’appuyer sur d’autres sens parce que la vue est limitée m’a, d’une certaine manière, amené à repenser la définition du « contempler un paysage ». Nous avons l’habitude de « consommer » la beauté d’un voyage avec les yeux, de capturer avec un appareil photo les panoramas dégagés et les images grandioses. Mais ce jour-là, dans le brouillard, je n’ai presque pris aucune photo digne d’être qualifiée de « belle », et pourtant, en repensant à cette sortie par la suite, j’en ai gardé une impression plus profonde que bien des sorties sous un ciel dégagé. Peut-être que le paysage n’a jamais existé uniquement dans le visuel ; la mémoire qu’une route vous laisse est souvent tissée de sons, d’odeurs, de température ressentie et du rythme de la respiration.
XVII. Conclusion : le souvenir d’une montée courte mais profonde
4,045 kilomètres, 257,4 mètres de dénivelé positif — à vélo, cela prend peut-être moins d’une demi-heure, mais cet après-midi enveloppé d’un épais brouillard a laissé une impression particulièrement vive dans les nombreux moments où j’y ai repensé par la suite. C’est sans doute ce qui rend la pratique du vélo en montagne si fascinante : la distance et le temps ne sont jamais les seuls critères de mesure. La météo, l’atmosphère et cette attente inachevée sont souvent ce qui fait qu’une route mérite véritablement d’être mémorisée.
Si vous cherchez vous aussi un itinéraire qui allie l’entraînement physique à la poésie humide caractéristique du Cap Nord-Est, n’hésitez pas à choisir un jour au temps changeant pour aller faire un tour dans les montagnes de Ruifang. Peut-être, comme moi, apercevrez-vous au loin, à l’instant où les nuages se dissipent, la légendaire grande sphère blanche. Ou peut-être ne verrez-vous rien du tout, ne gardant que l’humidité sur votre corps et le souvenir d’un pédalage qui vaut la peine d’être remémoré. Quel que soit le résultat, ces collines choyées par les nuages et le brouillard sont toujours là, attendant le prochain cycliste prêt à traverser la brume.
XVIII. Note annexe : les identités multiples derrière un nom de lieu
En finissant, je voudrais évoquer ce que le nom « Pingxi Wufen Shan » lui-même m’inspire. Cette route porte le nom de « Pingxi », mais sur le plan administratif, elle est enregistrée sous Ruifang, et le sommet lui-même chevauche la frontière de deux districts — ce décalage entre le nom du lieu et les limites administratives n’est en réalité pas rare dans les routes de montagne à Taïwan. Les habitants locaux ont l’habitude de désigner un endroit par le nom familier d’un sommet, d’un village ou d’une vieille route, sans nécessairement correspondre strictement à cette ligne administrative invisible sur la carte. Derrière cette logique de dénomination se reflète en réalité une manière de percevoir la géographie plus proche de l’expérience vécue — une montagne ne se coupe pas en deux à cause d’une limite administrative, et le territoire de vie partagé par les habitants locaux existe souvent plus tôt et plus durablement que le découpage administratif.
Cela me fait aussi penser que chaque route inscrite dans les bases de données d’itinéraires, à laquelle on attribue des kilométrages et des pourcentages de pente précis, porte en réalité un contexte bien plus riche que ces chiffres — la formation géologique, le modelage du climat, l’essor et le déclin des industries, les habitudes de dénomination des habitants, autant de facteurs entrelacés qui font qu’une route asphaltée en apparence banale accumule son propre caractère et ses propres histoires. La prochaine fois que vous consulterez les données d’un itinéraire inconnu, peut-être pourrez-vous aussi prendre un peu plus de temps pour découvrir ce que la terre derrière ces chiffres est vraiment.
XIX. Postface : une intrigue laissée pour la prochaine fois
Ce jour-là, après avoir roulé tout le parcours et être rentré en ville, mes vêtements étaient complètement trempés, impossible de distinguer la pluie de la sueur. Mais dans mon cœur, j’étais étrangement comblé — non pas parce que j’avais battu un record, mais parce que j’avais vécu pleinement un voyage traité avec sincérité par la météo de la côte nord-est. Cette sensation d’« être pris au sérieux par la météo » fait ressentir, d’une certaine manière, le vrai caractère de cette terre bien plus qu’une sortie sous un ciel dégagé sans le moindre obstacle.
J’ai rangé les photos et les enregistrements de cette sortie dans l’album de mon téléphone. La plupart des images sont enveloppées dans un brouillard gris-blanc, aux compositions floues et aux couleurs monotones ; jugées selon les seuls critères de l’esthétique photographique, elles ne méritent guère d’être exhibées. Mais à chaque fois que je les regarde, je me souviens clairement du rythme de ma respiration en roulant dans l’épais brouillard, des silhouettes d’arbres à peine visibles au bord de la route, et de cette grande boule blanche qui n’a jamais montré son visage mais dont le contour existait pourtant dans mon imagination. Ces images constituent un souvenir intime qui n’appartient qu’à moi et à cette région montagneuse, et deviennent le suspense que j’ai le plus hâte de vérifier lors de ma prochaine visite.
Lectures complémentaires
- La boule blanche à dix kilomètres : un voyage de nuages et de lumière vers Wufen Shan
- Guide de Wufen Shan : un manuel de cyclisme rythmé sur 10,28 kilomètres et 577 mètres de dénivelé
- Guide complet de Pingxi Wufen Shan : analyse d’une courte montée exigeante de 4 kilomètres, 257 mètres de dénivelé et 6,4 % de pente moyenne dans la région de Ruifang
- Route 162甲 Ruifeng : pédaler dans la mer de nuages de la région de thé d’Alishan, un long col en danse avec le brouillard matinal
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