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Quand un secteur de gravier porte son nom : Colle Pinzuto et le Strade Bianche de Pogačar

單車生活

La plupart des sports offrent des gloires que l’on peut emporter : les trophées rentrent à la maison, les médailles trouvent leur place dans une vitrine, les records sont consignés dans des bases de données. Le cyclisme est différent — l’un de ses plus grands honneurs est que votre nom soit gravé sur une route, et que cette route soit encore empruntée demain.

Avant le Strade Bianche du 7 mars 2026, les organisateurs ont dédié le secteur de gravier Colle Pinzuto à Tadej Pogačar.

Et puis il a encore gagné, le jour même

Le fait d’avoir une route à son nom était déjà une image forte, mais la suite fut encore plus dramatique : lors de cette course, Pogačar a décroché sa 4e victoire sur le Strade Bianche, un record pour l’épreuve.

Et il l’a fait sans la moindre retenue. Il a attaqué dans le secteur de gravier Monte Sante Marie, à 78 kilomètres de l’arrivée, lâchant tout le monde pour s’envoler seul jusqu’à la ligne.

78 kilomètres en solitaire. Pour donner une échelle taïwanaise, c’est à peu près la distance entre Taipei et Hsinchu — et ce, sur des chemins de gravier, vallonnés, avec les meilleurs cyclistes du monde à ses trousses, parcourus seul de bout en bout.

Une route porte votre nom, puis vous démantélez toute la course le même jour. Même dans un scénario de film, cela semblerait trop invraisemblable.

Pourquoi « s’inscrire dans le paysage » est un honneur propre au cyclisme

Imaginez comment d’autres sports pourraient accomplir la même chose. Un terrain de basket peut retirer un maillot, un stade de baseball peut ériger une statue, mais ce sont des cérémonies qui se déroulent dans des enceintes dédiées, dont le public est composé de spectateurs ayant payé leur billet.

Le cyclisme est différent. La scène des courses cyclistes est la route publique.

Cela entraîne trois conséquences très particulières :

1. Vous pouvez aller rouler sur ce secteur vous-même

Le Colle Pinzuto ne sera pas démonté ni verrouillé après la course. Il sera toujours là demain, et n’importe qui peut y monter. Un spectateur peut, sur le même asphalte ou le même gravier, ressentir avec ses propres jambes à quel virage le champion a commencé à accélérer — cela est presque impossible dans d’autres sports.

2. La gloire devient une mémoire locale

Lorsqu’une route reçoit un nom, elle passe du statut de « ligne sur une carte » à celui de « lieu avec une histoire ». Les habitants s’en souviennent, les cyclistes viennent en pèlerinage, le tourisme suit. C’est aussi pour cela qu’en Europe, tant de pavés, de cols et de secteurs de gravier sont eux-mêmes des biens culturels.

3. C’est un hommage qui ne peut pas tricher

Une statue peut être déplacée, un prix peut être contesté, mais la pente et la surface d’une route ne mentent pas. La signification de cette dédicace vient du fait que « cette route a été parcourue de cette manière par cet homme », et cela peut être vérifié encore et encore par les générations futures.

La relation de Pogačar avec les « lieux » est en réalité le fil conducteur de sa carrière

En parcourant son palmarès, on remarque que ses moments emblématiques sont presque tous liés à un lieu précis :

Course / Année Lieu clé Ce qui s’est passé
Strade Bianche 2026 Monte Sante Marie Attaque à 78 km de l’arrivée, victoire en solitaire (4e titre sur l’épreuve)
Milan-San Remo 2026 Cipressa/Poggio/Via Roma Reprise après une chute, victoire d’une demi-roue dans les 200 derniers mètres
Tour des Flandres 2026 Oude Kwaremont/Paterberg Trois passages sur le Kwaremont, lâche van der Poel lors du dernier
Liège-Bastogne-Liège 2026 La Redoute/Roche-aux-Faucons Attaque à La Redoute, lâche Paul Seixas dans la dernière ascension, victoire avec 45 secondes d’avance
Tour de France 2026, étape 19 Alpe d’Huez Temps chronométré par Reuters de 35 min 27 s, décrit comme record
Tour de France 2026, étape 14 Col du Glandon Échappée en solitaire dans les 7,2 derniers kilomètres

Vous voyez ? Les fans de cyclisme sur route ne se souviennent jamais de « combien de courses il a gagnées », mais de « il a gagné ». Kwaremont, Poggio, La Redoute, l’Alpe d’Huez — ces noms ont pour les cyclistes une température, une pente, une mémoire.

Taïwan a-t-elle de tels paysages ?

En réalité, oui, mais nous n’avons pas encore raconté leurs histoires.

Wuling est déjà la montagne sacrée des cyclistes asiatiques, mais combien de moments décisifs de nos courses sont-ils précisément mémorisés à un virage ou sur une montée précise ? Les Neuf virages et dix-huit tours de Beiyi, chaque lacet de Fengguizui, les ondulations de la route en P de Yangjin — la difficulté et la beauté de ces routes sont largement à la hauteur, ce qui manque, c’est l’accumulation de récits.

Si les routes légendaires d’Europe sont devenues légendaires, ce n’est pas parce qu’elles sont particulièrement raides, mais parce que depuis cent ans, des gens s’y donnent à fond chaque année au même endroit, et que quelqu’un transmet ces histoires de génération en génération.

Cela n’exige pas d’attendre — chaque ascension de Wuling, chaque course locale, chaque compte-rendu de sortie contribue à accumuler des histoires pour le paysage taïwanais. La route a toujours été là, il ne manque que quelqu’un qui veuille s’en souvenir.

Résumé

  • Avant le Strade Bianche 2026, les organisateurs ont dédié le secteur de gravier Colle Pinzuto à Pogačar
  • Lors de cette même course, il a attaqué à Monte Sante Marie à 78 km de l’arrivée, s’envolant seul pour remporter son 4e titre sur l’épreuve (record)
  • La scène du cyclisme étant la route publique, la gloire peut être préservée de façon permanente sous forme de « lieux », que chacun peut vérifier en allant rouler
  • Taïwan ne manque pas de paysages dignes de ce nom, il lui manque l’accumulation de récits, le fait de raconter et de transmettre ces histoires

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