10,1 km, 11,9 % de moyenne, 22 % maximum : pourquoi le Monte Zoncolan en Italie est surnommé « César » par les coureurs
Dix kilomètres, ça n’a pas l’air long, n’est-ce pas ? Beaucoup de gens font plus de dix kilomètres en échauffement. Mais si sur ces dix kilomètres, plus de six sont en pente autour de 20 %, vous découvrirez que le mot « long » perd ici tout son sens. C’est le Monte Zoncolan — une montagne du Frioul, dans le nord-est de l’Italie, dont la renommée est telle qu’elle a son propre surnom : les coureurs l’appellent « Kaiser », c’est-à-dire « l’Empereur ». Dans le monde entier, on ne compte que quelques ascensions dignes d’un tel titre.
Une montagne que seuls les bergers empruntaient autrefois
Avant de devenir un lieu saint du cyclisme, le Zoncolan n’était longtemps qu’une route agricole reliant la vallée de Gorto aux villages environnants, dans le massif du Frioul. Son état était sommaire, et sa pente si raide que même les habitants locaux ne voyaient pas l’intérêt d’en faire une belle route. C’est en 2003, lors de sa première inscription au parcours du Tour d’Italie, qu’elle a véritablement fait son entrée sur la scène internationale — les organisateurs ont choisi cette route, dans une certaine mesure, pour créer délibérément un « test d’enfer ».
Depuis ses débuts, le Zoncolan est devenu un atout quasi systématique pour les étapes de montagne décisives du Giro, apparaissant à plusieurs reprises comme « point de bascule ». Il a vu s’imposer au sommet des coureurs comme Gilberto Simoni, Ivan Basso ou Igor Antón, et a aussi figuré au programme du Tour d’Italie féminin. Dans les comptes rendus récents du Giro, le Zoncolan est toujours classé par les médias cyclistes parmi les ascensions les plus impitoyables de la course, et le surnom de « Kaiser » s’est ancré dans l’esprit des tifosi au fil des retransmissions.
Fait intéressant : la route n’a été entièrement asphaltée que ces dernières décennies — avant cela, les derniers kilomètres n’étaient en réalité qu’un chemin de terre. Autrement dit, l’histoire « légendaire » du Zoncolan est relativement jeune. Il n’a pas les deux siècles d’histoire de route militaire du Stelvio, mais en un peu plus de vingt ans, il s’est imposé de force, par la pure brutalité de ses chiffres de pente, dans le club des ascensions les plus célèbres du monde.
Cela explique aussi pourquoi la « légende » du Zoncolan diffère de celle du Stelvio ou des ascensions des Dolomites — pas de bâtiments somptueux le long de la route, pas d’hôtel centenaire, pas d’héritage de villégiature aristocratique. Elle repose uniquement sur le fait d’être « difficile à un point irrationnel », et c’est cela qui lui a forgé, en peu de temps, un statut quasi mythique. Quand les médias cyclistes couvrent le Giro, ils le comparent régulièrement aux autres ascensions extrêmement raides d’Europe, et la conclusion de chaque comparaison pointe presque toujours dans la même direction : en matière de « cruauté de la pente soutenue », le Zoncolan a bien du mal à trouver un véritable rival.
Pourquoi la difficulté du Zoncolan diffère des autres ascensions
Si vous avez déjà lu les autres chapitres de cette série consacrés au Stelvio ou au Mortirolo, vous vous dites peut-être : « Ce ne sont pas toutes des pentes raides ? Quelle différence fondamentale ? » La différence est pourtant cruciale.
La difficulté du Stelvio vient de l’effet combiné « longueur + altitude » — il faut tenir plus de deux heures tout en gérant la pression en oxygène d’un air raréfié. Celle du Mortirolo vient de « l’impact répété de murs courts » — des sections raides alternent avec des sections plus douces, et le corps doit constamment basculer entre aérobie et anaérobie. Celle du Zoncolan, elle, est la plus simple et la plus directe : c’est une pente continue et implacable, sans aucun rythme. Dès que vous entrez dans le cœur de l’enfer, votre corps reste pratiquement dans la même zone d’intensité extrême, pendant cinq à six kilomètres sans interruption.
Ce type de charge, « intensité unique, durée prolongée », sollicite en réalité davantage les muscles que le système cardiopulmonaire — vous ne luttez pas contre le souffle, mais contre la capacité de contraction continue des quadriceps et des fessiers. Beaucoup de cyclistes ayant gravi les trois itinéraires se souviennent, après coup, que le Zoncolan « essouffle moins », mais que c’est là que « les jambes lâchent en premier ».
Fiche technique de l’itinéraire
Le Zoncolan compte trois voies d’ascension principales. Celle qui part d’Ovaro est la plus utilisée par le Giro et la source officielle du surnom « Kaiser ». Attention : les points de départ et les méthodes de mesure varient souvent selon les bases de données. Les chiffres ci-dessous sont des « valeurs approximatives » ; seuls les panneaux sur le terrain font foi.
| Élément | Détail |
|---|---|
| Pays / massif | Italie, région Frioul-Vénétie Julienne, Alpes carniques (Carnic Alps) |
| Départ → arrivée (versant Ovaro) | Ovaro → sommet du Monte Zoncolan |
| Longueur | Environ 10,1 km |
| Dénivelé total | Environ 1 210 m |
| Pente moyenne | Environ 11,9 % |
| Pente maximale | Environ 22 % |
| Altitude départ / arrivée | Environ 560 m → environ 1 730 m |
| Source de notoriété | Étapes décisives à répétition au Giro, surnom « Kaiser » donné par les coureurs, reconnu comme l’une des ascensions asphaltées les plus raides d’Europe |
Comparaison des trois voies d’ascension :
| Itinéraire | Longueur | Dénivelé | Pente moyenne | Particularité |
|---|---|---|---|---|
| Versant Ovaro | Environ 10,1 km | Environ 1 210 m | Environ 11,9 % | Itinéraire officiel du Giro, enchaînement de pentes extrêmes dans la seconde moitié, source du surnom « Kaiser » |
| « La vraie ascension » du versant Ovaro (depuis Liariis) | Environ 8,5 km | Environ 1 150 m | Nettement supérieure à la moyenne totale, approchant les 20 % sur certaines sections | Considéré par les cyclistes comme le cœur de l’enfer ; la partie de village au début, plus douce, n’est pas comptée |
| Versant Sutrio | Légèrement plus long, estimé autour de 13 km | De l’ordre de 1 200 m | De l’ordre de 9 %, relativement « modéré » | Plus long mais avec une répartition de pente plus uniforme ; reste une ascension difficile |
| Versant Priola | Peu de données, longueur et pente entre les deux précédents | — | — | Moins emprunté ; pour l’état de la route, se référer au terrain ou aux plateformes d’itinéraires les plus récentes |
Les trois itinéraires convergent près du sommet. La plupart des cyclistes et des médias s’accordent à dire que le versant Ovaro est le « véritable » Zoncolan — car c’est celui que le Giro utilise le plus souvent, et celui dont la pente est la plus impressionnante.
Versant Ovaro : découpage en quatre sections
La particularité du Zoncolan tient au fait que sa « difficulté » est très concentrée sur la seconde moitié, la première étant relativement accueillante — ce contraste entre l’avant et l’arrière est précisément ce qu’il a de plus retors.
Première section : la fausse normalité (du départ au village de Liariis, environ 1,5 à 2 km)
Au départ d’Ovaro, cette première portion est relativement douce, la route est encore assez large et confortable, et l’on traverse quelques petits hameaux. Beaucoup de cyclistes de première venue se disent ici : « Le Kaiser légendaire, ce n’est que ça ? » — c’est précisément là que le danger commence.
Point clé du rythme : ne vous laissez pas berner par la facilité de ce passage. Maintenez votre fréquence cardiaque et votre puissance entre 85 % et 90 % de votre objectif, afin de préserver intégralement les réserves de glycogène de votre corps, et surtout de vos muscles, pour l’enfer qui suit.
Deuxième section : les portes de l’enfer s’ouvrent (après Liariis jusqu’à environ 5 km)
Passé Liariis, la route change d’humeur presque immédiatement. La pente se maintient ici au-dessus de 15 % en continu, et certaines sections approchent, voire atteignent, 20 % selon les récits. C’est ici que commence ce que les cyclistes du monde entier reconnaissent comme « le vrai Zoncolan » — la partie plus douce qui précède est d’ailleurs souvent négligée, voire ignorée, dans la plupart des chronométrages et des records, car ce qui décide de la vie ou de la mort commence à partir d’ici.
La route est presque rectiligne sur cette portion, sans trop d’épingles à cheveux pour adoucir la courbure de la pente (contrairement au relief sinueux du Stelvio ou du Mortirolo). Cela signifie qu’il n’y a pas de « répit dans le virage » : la pente est continue et directe.
Point clé du rythme : c’est un pur concours de force musculaire et de tolérance mentale. Utilisez absolument le braquet le plus léger, maintenez votre cadence au minimum que vous pouvez contrôler, et n’essayez pas de « passer en force » avec de la vitesse — sur une pente proche de 20 %, la vitesse maximale de la plupart des gens n’est de toute façon que de quelques kilomètres-heure ; on ne gagne pas grand-chose à forcer, mais on épuise ses forces bien plus vite.
Troisième section : tunnels et parois abruptes (environ 5 à 8 km)
Ce tronçon traverse plusieurs courts tunnels creusés à la main ou des galeries dans la roche — c’est une caractéristique très particulière du Zoncolan, la route étant littéralement encastrée dans la paroi. La lumière y est faible, la chaussée peut être humide, et comme la pente reste dans les hauts pourcentages à deux chiffres, c’est le passage où la pression psychologique est la plus forte de toute l’ascension.
Point clé du rythme : avant d’entrer dans un tunnel, ralentissez pour laisser vos yeux s’adapter au changement de lumière. La visibilité y est limitée ; gardez absolument un rythme de pédalage stable et ne modifiez pas brusquement votre force d’appui parce que vous distinguez mal la route — cela risquerait de faire patiner la roue arrière ou de vous faire perdre l’équilibre.
Quatrième section : les derniers souvenirs de gravier (environ 8 km jusqu’au sommet)
En approchant du sommet, la pente s’adoucit légèrement et la vue s’élargit progressivement, permettant d’apercevoir les crêtes des Alpes carniques environnantes. Ce tronçon était encore, il y a quelques décennies, une route forestière en gravier ; aujourd’hui, il est entièrement revêtu, mais on ressent toujours l’aspect brut du terrain — peu d’installations commerciales, le sommet ne comportant généralement qu’un simple panneau et quelques équipements pour les visiteurs.
L’impact psychologique à l’arrivée au sommet est particulier : comme l’enfer à près de 20 % qui précède a déjà épuisé l’essentiel des émotions, atteindre le sommet procure souvent une sorte de « soulagement engourdi », plutôt que la sensation de joie exubérante que l’on ressent au Stelvio.
Estimation de la puissance et de l’allure : traduire le « Kaiser » en chiffres
Voici un calcul basé sur un modèle physique standard, dont les paramètres sont les suivants :
P = (Fg + Fr + Fa) × v / efficacité de transmission
Fg = m × g × sin(arctan(pente)) composante gravitationnelle
Fr = m × g × cos(arctan(pente)) × Crr résistance au roulement
Fa = 0,5 × ρ × CdA × v² résistance de l'air
Paramètres supposés :
- Poids du cycliste : 70 kg + vélo et équipement : 9 kg = poids total de 79 kg
- Accélération gravitationnelle g = 9,81 m/s²
- Coefficient de résistance au roulement Crr ≈ 0,005
- Surface frontale × coefficient de traînée CdA ≈ 0,32 m² (position de montée ; à des vitesses aussi faibles que sur le Zoncolan, l’influence de la résistance de l’air sur la puissance totale requise est très limitée, la composante gravitationnelle dominant presque tout)
- Efficacité de transmission ≈ 0,975
- Densité de l’air calculée selon l’altitude (plage d’environ 560 m à 1 730 m), avec un impact modéré, bien inférieur à celui de la pente elle-même
Estimation pour l’intégralité du versant d’Ovaro (10,1 km, 1 210 m de dénivelé positif, pente moyenne d’environ 11,9 %)
| Rapport puissance/poids | Puissance correspondante pour un cycliste de 70 kg | Temps de montée estimé | Vitesse moyenne | VAM (vitesse verticale moyenne) |
|---|---|---|---|---|
| 2,0 W/kg | 140 W | environ 1 h 59 min | environ 5,1 km/h | environ 611 m/h |
| 2,5 W/kg | 175 W | environ 1 h 35 min | environ 6,4 km/h | environ 762 m/h |
| 3,0 W/kg | 210 W | environ 1 h 20 min | environ 7,6 km/h | environ 912 m/h |
| 3,5 W/kg | 245 W | environ 1 h 08 min | environ 8,9 km/h | environ 1 061 m/h |
| 4,0 W/kg | 280 W | environ 1 h 00 min | environ 10,1 km/h | environ 1 209 m/h |
| 4,5 W/kg | 315 W | environ 54 min | environ 11,3 km/h | environ 1 355 m/h |
| 5,0 W/kg | 350 W | environ 48 min | environ 12,5 km/h | environ 1 499 m/h |
Estimation pour le « véritable enfer » à partir de Liariis (environ 8,5 km, dénivelé estimé à environ 1 150 m, pente moyenne nettement supérieure à celle de l’ensemble du parcours)
| Rapport puissance/poids | Temps de passage estimé | Vitesse moyenne |
|---|---|---|
| 2,0 W/kg | environ 1 h 52 min | environ 4,5 km/h |
| 2,5 W/kg | environ 1 h 30 min | environ 5,7 km/h |
| 3,0 W/kg | environ 1 h 15 min | environ 6,8 km/h |
| 3,5 W/kg | environ 1 h 04 min | environ 7,9 km/h |
| 4,0 W/kg | environ 56 min | environ 9,0 km/h |
| 5,0 W/kg | environ 45 min | environ 11,2 km/h |
Estimation pour le versant de Sutrio (environ 13,5 km, dénivelé d’environ 1 200 m, pente moyenne d’environ 9 %, plus long mais relativement régulier)
| Rapport puissance/poids | Temps de montée estimé | Vitesse moyenne |
|---|---|---|
| 2,0 W/kg | environ 2 h 00 min | environ 6,7 km/h |
| 2,5 W/kg | environ 1 h 37 min | environ 8,4 km/h |
| 3,0 W/kg | environ 1 h 21 min | environ 10,0 km/h |
| 3,5 W/kg | environ 1 h 10 min | environ 11,6 km/h |
| 4,0 W/kg | environ 1 h 02 min | environ 13,1 km/h |
| 5,0 W/kg | environ 50 min | environ 16,2 km/h |
Il s’agit d’estimations issues d’un modèle physique, sans prise en compte du vent, de l’état de la route, des différences morphologiques, des arrêts pour se ravitailler ou des à-coups de pente ; les valeurs réelles peuvent varier. Attention particulière : la distance et la pente du versant de Sutrio sont des « valeurs estimées », les données variant considérablement selon les sources ; veuillez vous référer aux panneaux sur place et aux données des plateformes d’itinéraires les plus récentes.
Le coût réel du mur à 22 % : l’exemple de 500 mètres
Ce qui fait le plus peur sur le Zoncolan, ce n’est pas la pente moyenne, mais l’enchaînement de sections extrêmement raides, sans répit, au milieu du parcours. En utilisant le même modèle pour calculer isolément une section de 22 % de pente sur 500 mètres :
| Rapport puissance/poids | Temps pour parcourir ces 500 mètres | Vitesse moyenne |
|---|---|---|
| 2,5 W/kg | environ 8 min | environ 3,6 km/h |
| 3,0 W/kg | environ 7 min | environ 4,3 km/h |
| 3,5 W/kg | environ 6 min | environ 5,0 km/h |
Cette vitesse est proche de celle d’un adulte marchant d’un bon pas. En d’autres termes, même avec une puissance de sortie de niveau « cycliste confirmé », sur les sections les plus raides du Zoncolan, tout ce que vous pouvez faire, c’est « pédaler fort, à peine plus vite qu’en marchant » — c’est précisément pour cela que de nombreux cyclistes professionnels, après l’avoir gravi, le décrivent comme un « pur test de volonté », une montée que ni la technique ni la tactique ne peuvent influencer.
La vérité sur le poids : sur les pentes extrêmes, les différences de poids sont presque négligeables
Toujours à 3,0 W/kg sur le versant d’Ovaro :
| Poids du cycliste | Puissance correspondante | Temps estimé |
|---|---|---|
| 55 kg | 165 W | environ 1 h 22 min |
| 65 kg | 195 W | environ 1 h 20 min |
| 70 kg | 210 W | environ 1 h 20 min |
| 80 kg | 240 W | environ 1 h 18 min |
Sur des pentes extrêmes, à très faible vitesse, la résistance de l’air est quasi inexistante ; la puissance requise est presque entièrement déterminée par la « composante gravitationnelle », qui est elle-même proportionnelle au poids — cela signifie que, quel que soit votre poids, tant que le rapport W/kg est identique, le temps de montée est presque le même (les cyclistes plus lourds bénéficiant même d’un léger « avantage » grâce à la part fixe du poids du vélo). Le Zoncolan est l’une des montées au monde qui illustre le mieux le vieil adage selon lequel « le W/kg est la seule vérité ». »
Développement : sans le bon braquet, vous n’avez même pas le droit de partir
Si le Mortirolo exige un « petit braquet », le Zoncolan exige un « braquet extrêmement petit ». Avec des pentes soutenues de 15 % à 20 % et plus, et pratiquement aucun replat pour récupérer, l’équipement standard d’un vélo de route vous condamne presque à coup sûr à pousser le vélo pour le reste du parcours.
Avec une roue en 700×25c (circonférence d’environ 2,105 mètres), voici la cadence correspondant à chaque braquet à différentes vitesses :
| Braquet plateau×pignon | Cadence à 4 km/h | Cadence à 5 km/h | Cadence à 6 km/h |
|---|---|---|---|
| 34×32 | environ 30 tr/min | environ 37 tr/min | environ 45 tr/min |
| 34×34 | environ 32 tr/min | environ 40 tr/min | environ 48 tr/min |
| 30×34 | environ 36 tr/min | environ 45 tr/min | environ 54 tr/min |
| 24×36 (plateau compact VTT avec grande cassette) | environ 46 tr/min | environ 57 tr/min | environ 68 tr/min |
| 24×42 (grande cassette de niveau VTT) | environ 39 tr/min | environ 49 tr/min | environ 58 tr/min |
Dans la pratique, de plus en plus d’amateurs en course choisissent d’utiliser sur le Zoncolan une transmission avec un développement de niveau VTT (par exemple une grande cassette de 40 dents ou plus), afin de faire descendre le plus petit braquet bien en dessous de 1:1, voire jusqu’à un rapport de 0,6 à 0,7. Ce n’est pas une exagération : sur des pentes qui approchent constamment les 20 %, même un cycliste amateur assez fort aura beaucoup de mal à maintenir une cadence supérieure à 50 tr/min avec un braquet de vélo de route traditionnel.
Règle générale : il n’y a qu’un seul principe pour préparer son braquet sur cette route — si vous pensez que c’est déjà assez léger, c’est généralement que ce n’est pas encore assez léger.
Le point de vue des cyclistes taïwanais : le Zoncolan n’a pas de véritable équivalent
Honnêtement, il est difficile de trouver sur les routes taïwanaises une section véritablement comparable au Zoncolan — une route goudronnée de plus de six kilomètres continus avec des pentes collées à 20 % n’existe pratiquement pas à Taïwan. Mais cela ne signifie pas qu’il est impossible de s’entraîner ou de comprendre son intensité.
Référence approximative : certains chemins agricoles à côté de sentiers de randonnée, ou certaines sections très raides (celles qui atteignent brièvement 15 % à 18 % ne sont pas rares à Taïwan), peuvent être utilisés pour simuler la sensation musculaire du Zoncolan, celle d’une « pente extrême et continue ». Mais pendant l’entraînement, il faut bien avoir conscience que le Zoncolan est « une pente qui ne s’arrête pas pendant plusieurs kilomètres », alors que la plupart des pentes raides à Taïwan « s’adoucissent après une courte section ». La façon dont l’intensité s’accumule est complètement différente.
La préparation mentale est plus importante que la préparation physique. Wuling vous apprend la « gestion de l’endurance sur la durée », le Mortirolo vous apprend « l’impact répété d’efforts extrêmes sur courte distance », et le Zoncolan vous apprend quelque chose de totalement différent — accepter que vous serez lent, accepter que le compteur de vitesse affiche un chiffre à un seul digit, accepter que tout ce que vous pouvez faire, c’est tourner les pédales mécaniquement, tour après tour. Toute envie de « vouloir aller plus vite » est ici un luxe, et un piège qui gaspille vos forces.
Conseil pratique : si vous envisagez de relever le défi du Zoncolan, il est recommandé de vous entraîner d’abord sur n’importe quelle section en pente continue à Taïwan à la technique du « pédalage à très basse cadence, en alternant position assise et position debout », et surtout de tester réellement si votre braquet vous permet de maintenir le pédalage sans perdre l’équilibre dans les conditions les plus raides — beaucoup de gens ne découvrent sur place que leur configuration de braquet est totalement insuffisante.
Aspects pratiques pour s’y rendre
Saison : dans les Alpes carniques où se trouve le Zoncolan, la route est fermée ou enneigée en hiver. La période d’ouverture est similaire à celle du Stelvio et du Mortirolo, s’étendant généralement de la fin du printemps au début de l’automne. Les dates exactes d’ouverture et de fermeture varient chaque année ; renseignez-vous impérativement auprès des autorités routières locales avant le départ.
Avertissement sur la température : en raison de la chaleur étouffante de la vallée et de la pente extrêmement raide, la communauté cycliste recommande généralement d’éviter de s’attaquer à cette route aux heures de midi lorsque la température est trop élevée (par exemple au-delà de 30 °C). Sur une pente proche de 20 %, un effort intense et prolongé combiné à un environnement chaud et humide augmente considérablement les risques de coup de chaleur et d’épuisement thermique. Partir à l’aube est un choix plus sûr.
Choix de la base : vous pouvez combiner le Zoncolan avec d’autres itinéraires des Alpes carniques voisines. De nombreux cyclistes l’intègrent également dans un même voyage à vélo dans le nord de l’Italie avec le Stelvio et le Mortirolo. Attention toutefois : la distance en voiture entre le Zoncolan et les deux autres cols est assez importante, et les déplacements entre ces régions nécessitent un temps de planification supplémentaire.
Ravitaillement : il n’y a pratiquement aucun commerce le long du versant d’Ovaro. Préparez impérativement toute l’eau et l’énergie nécessaires pour la totalité du parcours avant de partir. En estimant une montée intense d’environ 1 h 30 à 2 h, la plupart des gens ont besoin de 500 à 800 ml d’eau et de 40 à 70 g de glucides par heure (avec de grandes variations individuelles). Mais attention : sur une pente aussi raide, il est très difficile de boire en pédalant. Il est conseillé de planifier les moments de ravitaillement sur la première section, légèrement moins raide, ou de faire une brève pause.
Vérification du matériel : testez impérativement avant le départ le fonctionnement de votre plus petit braquet sur une pente extrêmement raide, notamment la fluidité du changement de vitesse et le risque de voir la roue avant se soulever lorsque vous pédalez (ce n’est pas une vue de l’esprit avec une position où le centre de gravité est fortement reculé).
Rappels de sécurité (à lire attentivement)
Risque de roue avant qui se soulève : sur des pentes proches de 20 % ou plus, si votre centre de gravité est trop reculé (par exemple si vous vous penchez trop en arrière en montée en danseuse), la roue avant peut se soulever brièvement du sol, ce qui est particulièrement dangereux sur chaussée mouillée ou en virage. Il est recommandé de privilégier la position assise sur les sections extrêmement raides, de garder le centre de gravité légèrement avancé et de maintenir les mains légèrement posées sur le cintre pour conserver la capacité de diriger.
Épuisement thermique et coup de chaleur : la chaleur étouffante de la vallée en été, combinée à la pente extrêmement raide, fait monter rapidement la température corporelle centrale. Si des symptômes tels que vertiges, nausées, fatigue anormale ou arrêt de la transpiration apparaissent, arrêtez-vous immédiatement pour vous reposer, vous rafraîchir et vous hydrater. En cas de gravité, consultez un médecin au plus vite. Cet article ne remplace pas une évaluation médicale professionnelle. Les personnes souffrant de maladies cardiovasculaires, ayant des antécédents de coup de chaleur ou d’autres maladies chroniques doivent consulter un médecin avant le départ pour évaluer si l’intensité de l’effort est appropriée.
Sections en tunnel : la lumière est faible dans les tunnels ou les galeries rocheuses au milieu du parcours. Allumez vos feux avant et arrière à l’avance et ralentissez pour éviter tout accident dû à une mauvaise visibilité.
Risque en descente : certaines sections de descente du Zoncolan sont également extrêmement raides, ce qui sollicite énormément le système de freinage. Adoptez impérativement une technique de freinage fort et intermittent, et vérifiez avant la descente que le système de freinage (en particulier l’épaisseur des plaquettes de frein à disque) est en bon état.
Ne faites pas la course sur route ouverte. La pente est déjà un test extrême de votre condition physique et de votre force mentale. Toute envie supplémentaire de compétition ne ferait qu’ajouter des risques inutiles.
Liste des erreurs courantes
- Se laisser tromper par la pente douce du début — la pente modérée des 1,5 à 2 premiers kilomètres peut vous faire sous-estimer la difficulté de toute la route, ce qui conduit à une gestion d’allure incontrôlée sur la seconde partie.
- Ne pas avoir emporté un braquet assez léger — c’est l’erreur de préparation la plus courante et la plus fatale sur le Zoncolan. Beaucoup de gens ne découvrent sur place que leur plus petit braquet est totalement insuffisant.
- Partir en pleine chaleur de midi — la combinaison de la chaleur étouffante de la vallée et de la pente extrêmement raide augmente nettement le risque de coup de chaleur.
- Se pencher trop en arrière en montée en danseuse — cela peut facilement faire décoller la roue avant sur les sections extrêmement raides et faire perdre le contrôle.
- Négliger le moment du ravitaillement — sur une pente aussi raide, il est très difficile de boire en pédalant. Planifier à l’avance les moments de ravitaillement est encore plus important que sur le Mortirolo ou le Stelvio.
- Avoir mentalement envie de « passer en force » — sur une pente proche de 20 %, vouloir aller plus vite ne fait pas gagner beaucoup de temps, mais épuise vos forces plus rapidement.
Liste d’actions : d’aujourd’hui à la conquête du « Kaiser »
Préparation physique (8 à 12 semaines avant le départ, à commencer plus tôt que pour les autres ascensions légendaires européennes)
- Planifier une à deux séances spécifiques par semaine sur des pentes très raides (plus de 15 %), en se concentrant sur le « maintien du pédalage sans perdre l’équilibre » plutôt que sur la vitesse
- Renforcer les muscles du tronc, la stabilité de la posture sur les pentes extrêmement raides dépendant fortement de la force du tronc
- S’entraîner à alterner le rythme en privilégiant la position assise, avec la position debout en appoint, et tester à plusieurs reprises combien de temps on peut maintenir une puissance stable à très basse cadence
- Les recommandations d’entraînement doivent toujours être progressives, les différences individuelles étant importantes ; en cas de douleur persistante ou de fatigue anormale, réduire la charge et consulter un professionnel
Liste de contrôle du matériel
- Développement : prévoir absolument un braquet le plus léger bien inférieur à 1:1, et tester sa maniabilité sur une pente raide avant le départ
- Freins : vérifier que l’épaisseur des plaquettes est suffisante, et revérifier avant les longues descentes
- Pneus : vérifier que l’adhérence est suffisante pour éviter de glisser sur chaussée mouillée
- Ravitaillement : prévoir en une seule fois toute l’eau et les glucides nécessaires pour le parcours, car il n’y a pratiquement aucun point de ravitaillement en chemin
Planification de l’itinéraire
- Choisir de partir tôt le matin ou pendant les heures les plus fraîches, en évitant la chaleur de midi
- Si le voyage comprend plusieurs ascensions légendaires, il est recommandé de consacrer une journée entière à Zoncolan, afin de laisser au corps le temps de récupérer pleinement
- Prévoir un plan B : si les conditions du jour sont mauvaises (chaleur excessive, orage, malaise physique), mieux vaut reporter que de s’obstiner
Liste d’exécution le jour J
- Réduire délibérément l’intensité sur les 2 premiers kilomètres pour préserver l’énergie pour l’enfer qui suit
- Une fois les sections à plus de 15 % abordées, accepter que la vitesse sera très lente et se concentrer sur le maintien de la cadence et du rythme respiratoire
- Allumer les feux et ralentir à l’avance dans les sections en tunnel
- Après le sommet, s’hydrater et manger avant d’envisager les photos de célébration
- En descente, freiner par intermittence et être attentif à la maniabilité sur les sections extrêmement raides
Dix kilomètres, mille deux cents mètres, vingt-deux pour cent — ces chiffres semblent abstraits, mais une fois qu’on y met les pieds, on comprend pourquoi les cyclistes l’appellent « l’Empereur ». Il n’a pas besoin de paysages grandioses ni d’histoire émouvante ; sa seule pente suffit à en faire une légende.
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