13 kilomètres en enfer : pourquoi l'Alto de l'Angliru est considéré comme la montée la plus redoutable de la Vuelta
Un vélo, une montagne, une arrivée presque impossible à gravir
Imaginez la scène : les coureurs professionnels ont déjà parcouru plus d’une centaine de kilomètres sur le plat et les collines, les jambes déjà lourdes et douloureuses, quand soudain le parcours bifurque vers une route départementale si étroite dans les montagnes des Asturies (Asturias) qu’à peine un bus et demi pourrait y passer. La chaussée commence impitoyablement à s’élever, et pendant les dix kilomètres suivants, la pente n’offre presque aucun répit — c’est l’Alto de l’Angliru. Parmi toutes les ascensions classiques du Tour d’Espagne (Vuelta a España), l’Angliru est souvent décrite par les coureurs et les médias comme « la pente qui n’a pas sa place dans une course sur route », car elle est plus raide qu’un sentier de randonnée en montagne, plutôt qu’une route bitumée à double sens.
Pour les cyclistes taïwanais, Wuling (route provinciale 14A) est déjà synonyme de « défi ultime sur terre » : une montée depuis Puli jusqu’à environ 3 275 mètres d’altitude, avec un dénivelé cumulé qui dépasse souvent les deux mille mètres. Mais la pente moyenne de Wuling est en réalité relativement douce ; ce qui est vraiment éprouvant, c’est la « longue distance, la haute altitude et les grands écarts de température ». L’Angliru suit une logique complètement différente : la distance n’est pas particulièrement longue, mais la pente en elle-même est un supplice — la route maintient constamment un pourcentage à deux chiffres, et au milieu, on trouve même des murs si raides qu’ils frôlent les limites physiques du vélo. Ce type d’ascension « courte mais féroce » peut d’ailleurs se retrouver à Taïwan, par exemple sur certains tronçons de la route Yangjin en forme de P, ou sur des routes départementales où surgissent soudain des pentes à plus de 15 %, sauf que l’Angliru prolonge ce supplice sur plus de dix kilomètres, sans jamais offrir de replat pour reprendre son souffle.
Fiche technique du parcours
| Élément | Détail |
|---|---|
| Pays / Massif | Communauté autonome des Asturies (Asturias), Espagne, au sud-ouest de Cangas de Onís |
| Départ → Arrivée | La Vega → Belvédère au sommet de l’Angliru |
| Longueur | Environ 12 à 13 km (les points de départ varient, la valeur couramment citée est d’environ 12,5 km) |
| Dénivelé total | Environ 1 250 à 1 270 mètres |
| Pente moyenne | Environ 9,7 à 10,1 % (si l’on exclut les sections plus douces près du départ, la pente moyenne du tronçon principal est plus élevée) |
| Pente maximale | Le secteur « Cuitu Negru » dans la partie médiane-finale est souvent cité comme le plus raide de toute l’ascension ; les chiffres varient selon les sources, autour de 20 % voire plus. Se référer aux panneaux sur place et aux données officielles |
| Altitude départ / arrivée | Départ à environ une centaine de mètres d’altitude, sommet à environ 1 570 mètres |
| Origine de la notoriété | Utilisée à plusieurs reprises comme arrivée d’étape clé du Tour d’Espagne ; depuis sa première inclusion en 1999, elle est progressivement devenue « l’ascension la plus impitoyable de la Vuelta » |
Il faut préciser que l’Angliru n’est pas comme les ascensions des Alpes, historiques et cartographiées en détail depuis plus d’un siècle. C’est une « légende artificielle » relativement jeune — cette route n’était à l’origine qu’un chemin rural reliant des villages de montagne. La qualité de la chaussée, la largeur, et même la définition exacte de la longueur varient selon le village choisi comme point de départ. Les différentes bases de données d’ascensions et les communiqués des différentes éditions de la course donnent souvent des chiffres qui ne concordent pas. C’est la normalité à l’Angliru, pas une erreur de données. Les lecteurs qui consultent d’autres sources et constatent de légères différences dans les chiffres ne doivent pas s’en étonner.
Découpage par sections : de l’échauffement à l’enfer
Décomposer l’Angliru en quatre sections est plus utile que de mémoriser un tableau de pourcentages.
Première section : de La Vega au point de bascule (partie initiale)
Après avoir quitté le village de La Vega, la route s’élève d’abord doucement le long de la vallée, avec des pentes oscillant entre 5 % et 8 %. Cette section peut être considérée comme la zone d’échauffement « relativement clémente » de toute l’ascension. De part et d’autre de la route, on trouve les pâturages verdoyants typiques des montagnes asturiennes et quelques fermes isolées ; la visibilité est encore assez dégagée. La gestion du rythme est cruciale ici — beaucoup de cyclistes qui attaquent l’Angliru pour la première fois se laissent emporter parce qu’ils « arrivent encore à pédaler » et explosent complètement dans la suite. Ce que cette section vous fait croire est en réalité un leurre : elle vous donne l’illusion que l’Angliru n’est pas aussi terrifiante que sa légende.
Deuxième section : la pente commence à mordre (partie médiane initiale)
Après les faux-plats du début, la route se redresse nettement et on entre dans une section où la pente se maintient à deux chiffres. La chaussée se rétrécit, les forêts se referment de part et d’autre, la visibilité devient oppressante, et l’on ressent clairement cette impuissance : la cadence chute, le rythme cardiaque s’emballe, mais la vitesse ne suit pas. C’est ici que le « caractère » de l’Angliru se révèle vraiment : ce n’est pas une ascension qui vous offre de temps en temps un replat pour souffler, mais presque aucune occasion de s’étirer le dos ou de reprendre sa respiration.
Troisième section : Cuitu Negru — le tronçon de la mort (partie médiane finale)
C’est la section la plus commentée de toute l’ascension, et celle qui apparaît le plus souvent dans les images de la course. La route y présente les pourcentages les plus raides et les plus continus de tout le parcours. Les coureurs professionnels s’y lèvent visiblement sur les pédales pour balancer le vélo, et l’on voit même certains adopter une trajectoire en zigzag pour réduire la pente instantanée. Les cyclistes amateurs qui n’ont pas monté un braquet assez court risquent fort de « caler » ici — non pas par épuisement physique, mais parce que la cadence chute au point de ne plus pouvoir tenir le vélo droit, avec un risque de bascule latérale à tout moment. C’est aussi la raison fondamentale de la sinistre réputation de l’Angliru : elle place son tronçon le plus raide dans la partie médiane-finale de l’ascension, et non au départ ou à l’arrivée, qui seraient plus faciles à gérer.
Quatrième section : le sprint final vers le sommet (partie terminale)
Après avoir survécu à Cuitu Negru, la pente s’adoucit légèrement, mais « s’adoucir » dans le contexte de l’Angliru signifie toujours un pourcentage à deux chiffres soutenu, simplement plus proche de la limite qu’au milieu. Dans les derniers centaines de mètres, le parcours passe devant des monuments et une chaussée couverte de graffitis — les traces laissées par les supporters au fil des ans, qui ont peint des messages d’encouragement à la bombe pour les coureurs. C’est aussi ce qui donne à l’Angliru son sentiment unique de « pèlerinage ». En atteignant le belvédère de l’arrivée, la vue s’ouvre soudainement, offrant un panorama sur toute la vallée des Asturies. C’est pourquoi, malgré la souffrance, des cyclistes continuent d’affluer pour venir y goûter eux-mêmes.
Une histoire de course jeune mais féroce
Ce qui rend l’Angliru si particulière, c’est qu’elle n’est pas une ascension classique mesurée et remesurée par des générations de coureurs depuis des siècles, mais un parcours « inventé » relativement récemment. À la fin des années 1990, la Vuelta a intégré ce chemin rural de montagne à son parcours, avec une intention très claire : à l’époque, la Vuelta avait une réputation plus faible que les deux autres grands tours (Tour de France, Tour d’Italie), et il lui fallait un élément capable de créer le buzz, une image de coureurs en souffrance pour attirer les caméras et l’attention des médias. L’Angliru a parfaitement rempli cet objectif — elle est si raide que les professionnels luttent visiblement devant les caméras, certains s’accrochant aux spectateurs au bord de la route ou avançant presque à la vitesse d’un piéton. Cette image de « coureurs sur route poussés à leur limite » est impossible à obtenir avec une ascension douce.
Depuis lors, l’Angliru est devenue presque l’arme signature de la Vuelta, réinscrite au programme tous les quelques années comme point d’orgue d’une étape clé. Sa notoriété ne vient pas d’une longue tradition, mais de sa « férocité » même — c’est une logique différente de celle des Alpes ou des Pyrénées, où les ascensions sont consacrées par l’histoire. L’Angliru, elle, raconte son histoire par la pente elle-même. Et parce que son histoire sportive est relativement jeune, elle n’a pas accumulé des siècles de légendes et de monuments comme le col du Tourmalet, mais elle a construit au fil de près de trois décennies, en faisant grimacer les coureurs professionnels devant les caméras, sa propre « esthétique de l’enfer ».
Il convient de noter que la météo à l’Angliru n’est souvent pas du côté des coureurs. Située dans les Asturies, une région montagneuse réputée pour sa pluie, l’ascension a connu à plusieurs reprises dans son histoire des chaussées glissantes, aggravant encore une pente qui met déjà à rude épreuve l’adhérence et le pilotage. Un bitume mouillé combiné à des pentes dépassant souvent 15 % représente un défi majeur pour la logistique des équipes et la gestion du matériel. C’est aussi l’une des raisons pour lesquelles l’Angliru est qualifiée d’« ascension la plus inhospitalière » — non seulement la pente est raide, mais en plus, le ciel refuse souvent de se montrer clément.
Préparation du matériel : braquets, pneus et préparation mentale
Face à une montée du calibre de l’Angliru, la préparation du matériel ne peut pas se raisonner avec la logique d’une ascension classique. Voici plusieurs points clés à surveiller de près :
Configuration des braquets : Les combinaisons de braquets les plus légères courantes sur les vélos de route modernes (par exemple un petit plateau de 34 dents associé à une grande cassette de 32 ou 34 dents) resteront insuffisantes pour la plupart des cyclistes amateurs sur les sections les plus raides de l’Angliru. Ces dernières années, de nombreux challengers choisissent d’élargir encore la plage de braquets, allant même jusqu’à utiliser de grandes cassettes de systèmes VTT, dans le but de maintenir une cadence de pédalage dans une plage relativement contrôlable, évitant ainsi de se retrouver contraint de se mettre en danseuse sur les pentes extrêmes avec un braquet trop lourd, tout en voyant la vitesse approcher de zéro. Il n’y a pas de réponse standard pour le choix des braquets, cela dépend des capacités personnelles en montée et du poids, mais le principe est : « Mieux vaut préparer un braquet trop léger que de découvrir sur le Cuitu Negru que le braquet n’est pas assez court ».
Pneus et pression : La qualité de la chaussée de l’Angliru n’est pas mauvaise, mais certaines sections présentent des nids-de-poule et des traces de réparations bien visibles. Ajouté à l’humidité importante en montagne, l’adhérence des pneus est cruciale. Choisissez des pneus de route résistants à l’usure et offrant une bonne adhérence ; la pression ne doit pas être trop élevée, une pression légèrement réduite aide à maintenir un contact stable avec le sol à basse vitesse sur les pentes raides.
Préparation mentale : Ce point est souvent négligé, mais il est particulièrement important pour une montée du niveau de l’Angliru. Beaucoup de cyclistes qui tentent l’aventure pour la première fois ressentent une forte frustration sur le Cuitu Negru lorsque « la vitesse chute au niveau de la marche à pied », allant jusqu’à douter de leurs capacités. En réalité, même les professionnels ralentissent nettement sur cette section, avec parfois des oscillations instables du cintre — c’est une limite physique imposée par la pente elle-même, et non une preuve d’un manque de capacité individuelle. Aborder avec l’attente mentale que « ici, ce sera forcément lent » rend plus facile de traverser ce passage le plus difficile.
Estimation de la puissance et de l’allure : combien de temps selon les différents niveaux de cyclistes ?
Le temps d’ascension ne peut pas être deviné au hasard ; voici un calcul basé sur un modèle physique. La formule de base est la suivante :
P = (Fg + Fr + Fa) × v / efficacité de transmission
Fg = m × g × sin(arctan(pente)) Composante gravitationnelle
Fr = m × g × cos(arctan(pente)) × Crr Résistance au roulement
Fa = 0,5 × ρ × CdA × v² Résistance aérodynamique
Le calcul utilise les paramètres hypothétiques suivants (les lecteurs peuvent les remplacer selon leur propre poids) :
- Masse totale m = 70 kg de cycliste + 9 kg de vélo et équipement = 79 kg
- Accélération gravitationnelle g = 9,81 m/s²
- Coefficient de résistance au roulement Crr ≈ 0,005 (pneus de route sur asphalte)
- Surface frontale aérodynamique CdA ≈ 0,32 m² (position de montée)
- Densité de l’air ρ : selon l’altitude moyenne d’environ 800 mètres sur l’ensemble de l’Angliru, ajustée à environ 1,11 kg/m³ avec la formule barométrique (référence au niveau de la mer : 1,225 kg/m³)
- Efficacité de transmission ≈ 0,975
En intégrant dans le modèle les données d’environ 12,5 km de distance totale et environ 1 266 mètres de dénivelé positif total (pente moyenne d’environ 10,1 %), les résultats sont les suivants :
| Rapport puissance/poids | Profil correspondant | Temps d’ascension estimé | Vitesse moyenne |
|---|---|---|---|
| 2,0 W/kg | Débutant qui termine | Environ 2 h 05 | Environ 6,0 km/h |
| 2,5 W/kg | Amateur moyen | Environ 1 h 40 | Environ 7,4 km/h |
| 3,0 W/kg | Avancé | Environ 1 h 24 | Environ 8,9 km/h |
| 4,0 W/kg | Niveau compétition | Environ 1 h 03 | Environ 11,7 km/h |
| 5,0 W/kg | Niveau professionnel | Environ 51 min 47 s | Environ 14,5 km/h |
Ce qui précède est une estimation du modèle physique, sans tenir compte du vent, de la qualité de la chaussée, des différences morphologiques ni des variations réelles de pente ; le temps de parcours réel peut varier. Il est à noter que ce tableau utilise la « pente moyenne sur l’ensemble du parcours », mais la véritable difficulté de l’Angliru se cache dans les pentes locales comme celles du Cuitu Negru — là, la puissance instantanée requise est bien supérieure à la moyenne globale. Utilisons le même modèle physique pour quelques situations instantanées : supposons une pente à 18 %, pour maintenir une vitesse de 8 km/h, la puissance requise est d’environ 324 watts, soit un rapport puissance/poids (calculé pour un cycliste de 70 kg) d’environ 4,62 W/kg ; si la pente atteint 21,5 % à 8 km/h, la puissance requise monte à environ 382 watts, soit environ 5,46 W/kg ; et si l’on rencontre malheureusement une section extrême proche de 23,5 % en voulant toujours maintenir 8 km/h, la puissance requise approche les 415 watts, soit environ 5,92 W/kg. C’est aussi pourquoi, sur le Cuitu Negru, même les professionnels doivent souvent se lever et peser de tout leur poids sur les pédales, voire balancer le vélo pour contrer la pente — un pédalage purement assis rend très difficile de maintenir une puissance stable sur une telle déclivité.
L’enseignement pratique de ces chiffres pour les cyclistes amateurs est le suivant : si votre rapport FTP (puissance fonctionnelle seuil) par rapport au poids se situe entre 2,5 et 3,0 W/kg, vous devez absolument prévoir un braquet suffisamment léger (par exemple 34-32, voire un rapport VTT encore plus léger), sinon vous risquez fortement, sur le Cuitu Negru, de voir votre cadence chuter trop bas et d’être contraint de mettre pied à terre — ce qui n’est en réalité pas rare parmi les challengers de l’Angliru, et il n’y a aucune honte à cela ; cette route est précisément conçue pour repousser les limites de la capacité humaine en montée.
Le point de vue des cyclistes taïwanais : transposer vos capacités
Placer l’Angliru dans un système de coordonnées familier aux cyclistes taïwanais rend la chose plus parlante. La montée de Wuling par l’ouest (depuis Puli) est longue, avec un dénivelé important, mais la pente moyenne est relativement douce ; elle teste la capacité à maintenir une puissance stable sur la durée, ainsi que la gestion de l’adaptation à la chaleur et du mal d’altitude. L’Angliru est tout l’inverse — la distance ne représente qu’une fraction de Wuling, mais l’intensité de la pente y est concentrée sur tout le parcours ; elle teste la capacité à maintenir une puissance proche du seuil, voire au-delà, sur une courte durée, tout en gérant les problèmes de centre de gravité et d’adhérence imposés par des pentes à deux chiffres.
Si, sur des ascensions classiques taïwanaises comme Fengguizui ou Beiyi, vous parvenez à rouler tout le parcours à un rythme stable avec encore de l’énergie pour accélérer à la fin, cela signifie que vos capacités de base en montée ne sont pas mauvaises ; mais ce que l’Angliru filtre véritablement, c’est votre capacité à maintenir une puissance proche de votre limite pendant plus de vingt minutes sans aucune rémission dans la pente, tout en gérant la stabilité de pilotage à basse vitesse. Cette expérience de « tension soutenue sans répit » en montée se rapproche, à Taïwan, des murs courts et raides qui surgissent soudainement sur certaines routes industrielles — sauf que l’Angliru prolonge cette intensité sur une très longue durée.
Concernant les aspects pratiques pour s’y rendre réellement, je ne traiterai ici que des principes généraux, sans inventer de chiffres précis : pour organiser un voyage à l’Angliru, il est conseillé d’éviter les mois les plus chauds du plein été européen ; les conditions météorologiques en montagne sont de toute façon bien plus changeantes qu’en plaine. Comme cette route est une voie industrielle relativement isolée, les points de ravitaillement sont rares par nature ; avant le départ, assurez-vous que la quantité d’eau et de ravitaillement énergétique que vous emportez est suffisante pour toute l’ascension plus le retour. Pour la location de vélo ou l’organisation du transfert, fiez-vous aux informations publiées par les opérateurs officiels ou locaux, et évitez de vous appuyer sur des tarifs et horaires obsolètes trouvés en ligne.
Par ailleurs, l’Angliru se trouve dans le nord-ouest de l’Espagne, avec un type de climat différent de celui des itinéraires de vacances méditerranéens que beaucoup de cyclistes connaissent bien (comme Majorque) — les Asturies relèvent d’un climat atlantique plus humide et pluvieux. Lors de l’organisation du voyage, il est conseillé d’intégrer un « plan B » : par exemple, si la météo est mauvaise le jour J, existe-t-il un itinéraire de remplacement ou la flexibilité de décaler d’un jour ? Les cyclistes taïwanais qui ont déjà l’expérience de longues ascensions en montagne comme Wuling ou Hehuanshan ne devraient pas être étrangers au fait que « la météo en montagne change en un instant » — l’Angliru ne fait que placer cette variable dans un scénario de pente encore plus extrême.
Ce que l’on peut apprendre des communautés et des récits de sortie
En parcourant les partages de première main sur l’Angliru dans les communautés de cyclistes et les récits personnels, plusieurs thèmes récurrents apparaissent. Le premier est la « mauvaise évaluation de l’allure » — presque tous les cyclistes qui s’y attaquent pour la première fois mentionnent que le relief relativement clément du début induit en erreur sur sa marge de manœuvre physique, pour finalement manquer de forces une fois vraiment entré dans le cœur des pentes raides. Cela rejoint le point clé évoqué dans le découpage par sections précédent : le début de l’Angliru est un piège, pas un échauffement.
Le deuxième thème récurrent est le « regret du braquet » — de nombreux cyclistes mentionnent dans leurs partages ultérieurs que s’ils devaient recommencer, ils choisiraient un braquet plus léger. Ce genre de retours d’expérience, bien que fortement subjectif et ne pouvant être cité comme donnée précise, mérite d’être pris en compte dans sa conclusion répétée : face à un niveau de pente comme celui de l’Angliru, mieux vaut préparer un braquet d’un cran plus léger que ce que l’on pense nécessaire.
Le troisième thème concerne le « sentiment d’accomplissement de l’arrivée ». Malgré la souffrance du processus, presque tous les partageurs évoquent le choc émotionnel du moment où l’on atteint le belvédère de l’arrivée — ce mélange de soulagement, de fierté et d’une fatigue indicible est la raison centrale pour laquelle l’Angliru continue d’attirer des cyclistes du monde entier, prêts à parcourir des milliers de kilomètres pour relever ce défi. Cette route a dépassé le simple test d’endurance physique pour devenir un rituel d’auto-affirmation à caractère quasi pèlerin.
Rappels de sécurité
Les routes de l’Angliru sont étroites, et certaines sections n’ont presque pas d’accotement. En cas de croisement avec un véhicule, veillez à ralentir à l’avance et à vous ranger sur le côté par courtoisie. Le temps en montagne change rapidement ; même si le soleil brille en bas, du brouillard, une baisse de température, voire de la pluie peuvent survenir près du belvédère au sommet. Il est recommandé d’emporter une veste coupe-vent légère, surtout si vous prévoyez de redescendre par le même chemin — avec des pentes à deux chiffres et une sensation thermique en chute brutale, le risque d’hypothermie est bien plus élevé qu’on ne l’imagine en plaine. Lors de la descente, contrôlez impérativement votre vitesse : les variations de pente sur cette route sont violentes et la visibilité dans les virages est souvent masquée par le relief. Ne relâchez pas votre vigilance dans les descentes sous prétexte que « l’ascension est enfin terminée ». Par ailleurs, le code de la route et la logique du marquage au sol diffèrent entre l’Espagne et Taïwan ; avant de rouler, il est conseillé de se familiariser avec les règles de priorité applicables au vélo de route local. Pour une sortie en groupe, il est recommandé qu’au moins un membre connaisse les canaux d’urgence locaux et l’emplacement des structures médicales les plus proches. En cas d’accident en montagne, les délais de secours sont souvent bien plus longs qu’en zone urbaine — un point à intégrer dans la planification de toute sortie de col de haute montagne, et l’Angliru ne fait pas exception.
Il faut également rappeler la charge que représentent l’altitude et un effort intense prolongé sur le système cardiovasculaire. L’altitude d’arrivée de l’Angliru n’est certes pas exceptionnelle, mais le fait de maintenir une intensité proche ou supérieure à son seuil lactique pendant toute l’ascension constitue un véritable test de stress pour le système cardiovasculaire. Si vous avez des antécédents de maladie cardiovasculaire, une tension mal contrôlée, ou un état de forme récent dégradé (comme un rhume non guéri ou un manque de sommeil important), il est recommandé de reporter ce défi et de consulter un avis médical professionnel avant d’évaluer si ce type d’effort intense en montée est adapté. En cas de signes d’alerte médicale tels qu’une oppression thoracique, des palpitations anormales, une vision trouble ou une confusion, arrêtez immédiatement de pédaler et cherchez de l’aide à proximité. Le contenu de cet article n’est qu’un avis général et ne saurait remplacer une évaluation médicale professionnelle.
Points clés à retenir
- L’Angliru fait environ 12,5 km de long, avec un dénivelé total d’environ 1 266 m et une pente moyenne d’environ 9,7 à 10,1 % ; c’est l’ascension d’arrivée la plus représentative et la plus raide de la Vuelta. Les chiffres varient légèrement selon les sources, se référer aux panneaux sur place.
- Le parcours peut être découpé en quatre sections : une zone d’échauffement relativement douce au début, des pentes à deux chiffres qui commencent à mordre en début de milieu de parcours, la section extrêmement raide du Cuitu Negru en milieu de parcours, et enfin une section finale légèrement plus douce mais qui continue de grimper.
- Selon les estimations du modèle physique, un amateur moyen à 2,5 W/kg mettra environ 1 h 40 min pour terminer le parcours, tandis qu’un cycliste de niveau professionnel à 5,0 W/kg mettra environ 52 minutes ; mais le vrai défi se cache dans les pentes locales, où la puissance instantanée requise dans le Cuitu Negru peut approcher, voire dépasser, 6 W/kg.
- Avant le défi, préparez impérativement un braquet de montagne suffisamment léger pour éviter d’être contraint de poser pied à terre sur les sections les plus raides à cause d’une cadence trop basse.
- Les ravitaillements sont rares en montagne et le temps est changeant ; emportez suffisamment d’eau et de ravitaillement énergétique avant le départ, ainsi qu’un équipement coupe-vent léger pour parer au risque d’hypothermie en descente.
- Ce type d’ascension extrême varie énormément d’un individu à l’autre ; il est recommandé d’accumuler progressivement de l’expérience sur de longues montées avant de se lancer, et de ne jamais tenter le coup sans une préparation suffisante.
Lectures complémentaires
- 5,5 km, près de 12 % de moyenne : l’Alto de Hazallanas — l’enfer caché de l’Andalousie
- La courte pente que même les professionnels redoutent : Genting Highlands, la première épreuve de montée d’Asie du Sud-Est cachée à l’entrée du casino
- Wuling vs Alpe d’Huez : les différences de caractère entre deux ascensions de référence, et les points de préparation clés pour les cyclistes taïwanais
- Kitzbüheler Horn : 7,1 km, 12,5 % de moyenne, 22,3 % au maximum, la montée courte la plus redoutable d’Autriche
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