Techniques et stratégies de trail running : montées, descentes, lecture du terrain, équipement, navigation et préparation à la sécurité — guide complet
Techniques et stratégies de trail : montée, descente, lecture du terrain, équipement, navigation et préparation à la sécurité — guide complet
Le trail (Trail Running) connaît une croissance rapide à Taïwan ces dernières années, des sentiers de collines familiers aux courses de traversée des cent sommets très difficiles, tous ont leurs adeptes. Par rapport à la course sur route, la différence de performance en trail ne dépend souvent pas uniquement de la capacité cardio-respiratoire, mais de « l’efficacité technique » — avec le même niveau de forme, les coureurs qui maîtrisent les techniques de montée et de descente, savent lire rapidement le terrain, sont bien équipés et ne se perdent pas en navigation, parviennent souvent à obtenir un meilleur temps de course avec une dépense énergétique moindre, tout en minimisant les risques de blessure et d’accident. Cet article aborde la stratégie à appliquer le jour J d’une course de trail sous quatre angles : la technique, le terrain, l’équipement et la navigation, et la sécurité.
I. Différences fondamentales entre le trail et la course sur route
Sur asphalte ou sur piste, le sol est prévisible, plat et offre une friction stable ; le coureur peut consacrer presque toute son attention à l’allure et au rythme respiratoire. Mais le terrain de trail est plein d’incertitudes : pierres, racines, boue, trous cachés sous les feuilles mortes, passerelles en bois glissantes — chaque pas peut nécessiter un ajustement en temps réel du centre de gravité et de l’angle d’atterrissage. Cette incertitude a deux conséquences directes :
- La nature de la dépense énergétique change : la course sur route sollicite principalement les capacités métaboliques aérobies et anaérobies. Le trail, en plus de cela, consomme énormément de ressources de « coordination neuromusculaire » — lire constamment le terrain, ajuster ses foulées, maintenir l’équilibre est en soi une charge cognitive et nerveuse qui accumule la fatigue.
- La signification de l’allure est redéfinie : en trail, « une allure stable » ne signifie pas « un temps similaire par kilomètre », mais « un effort (niveau d’intensité) maintenu stable ». Avec le même niveau d’effort, on peut courir vite sur une section plate, mais seulement marcher rapidement sur une montée raide. C’est aussi pourquoi les traileurs disent souvent « follow effort, not pace » (suivre l’effort, pas le tableau d’allure).
II. Technique de montée : l’efficacité avant tout, pas la vitesse
2.1 Quand courir, quand marcher
L’erreur la plus courante en montée en trail est de considérer la course comme le seul mode de déplacement valable. En réalité, au-delà d’un certain seuil de pente, le coût en puissance explosive supplémentaire de la course dépasse de loin le gain de vitesse qu’elle procure ; passer à une marche rapide devient alors plus efficace. Voici des critères concrets pour vous aider à décider :
- Estimation visuelle de la pente et sensation respiratoire : lorsque la montée devient si raide que vous devez vous pencher fortement vers l’avant, que votre foulée est forcément raccourcie et que votre fréquence cardiaque ou votre respiration s’emballe, c’est généralement le signal pour passer à la marche rapide.
- Durée : une montée courte et raide peut être franchie en courant sans trop de problème, mais pour une ascension continue longue et prolongée, passer tôt à la marche rapide permet de maintenir les muscles et le système cardio-respiratoire à une intensité soutenable, évitant une chute brutale d’énergie sur la fin.
- Distance totale de la course : plus la course est longue et plus le dénivelé est important, plus il faut être conservateur et privilégier la marche rapide, réservant l’option de « courir en montée » aux courses plus courtes et moins vallonnées.
2.2 Détails techniques de la marche rapide en montée
- Mains sur les genoux ou utilisation de bâtons pour s’aider : lors d’une marche rapide en pente raide, penchez légèrement le buste vers l’avant et posez les mains sur le haut des cuisses ou au-dessus des genoux pour vous propulser ; cela économise efficacement la force musculaire des jambes. Si le règlement de la course l’autorise et que vous vous êtes suffisamment entraîné, les bâtons sont également un outil courant pour répartir la charge entre le haut et le bas du corps.
- Raccourcir la foulée, augmenter la fréquence : sur une pente raide, une foulée trop longue surcharge le mollet et le tendon d’Achille. Une foulée plus courte avec une cadence plus élevée permet de maintenir l’élan tout en réduisant la charge instantanée sur un groupe musculaire unique.
- Utiliser la sangle abdominale pour stabiliser le tronc : en montée, l’inclinaison du buste doit être modérée ; se pencher trop comprime l’espace respiratoire. Un gainage modéré aide à maintenir une position inclinée stable et une respiration efficace.
- Anticiper le point de regard : en montée, le regard doit se porter sur le terrain quelques pas devant, pour anticiper les points d’appui, plutôt que de baisser les yeux uniquement sur ses pieds. Cela réduit les interruptions de rythme dues aux freinages ou hésitations de dernière minute.
III. Technique de descente : une opportunité de vitesse, mais aussi une zone à haut risque de blessure
3.1 Pourquoi la descente est la section la plus propice aux blessures en trail
La descente semble économique, mais elle impose en réalité une charge excentrique (contraction excentrique) très élevée sur le corps — les quadriceps doivent « freiner » à chaque pas la force de chute du corps accélérée par la gravité. Les micro-lésions musculaires causées par ces contractions excentriques sont l’une des principales sources de courbatures et de douleurs musculaires retardées après un trail. De plus, le temps de réaction est compressé en descente ; dès que l’on pose le pied sur une pierre instable, des feuilles mortes glissantes ou des graviers meubles, le risque d’entorse, d’écorchure, voire de chute plus grave, augmente considérablement.
3.2 Points clés de la technique de descente
- Centre de gravité légèrement reculé mais sans freinage excessif : beaucoup de débutants, par peur de tomber, se penchent instinctivement trop en arrière et freinent fort en descente. Cette façon de courir soumet les genoux et les hanches à des forces de cisaillement plus anormales. Une approche plus efficace consiste à garder le centre de gravité au-dessus ou légèrement derrière le corps, avec une cadence plus élevée et une foulée plus courte, en « suivant » naturellement la gravité plutôt que de freiner délibérément à chaque pas.
- Choix des points d’appui : choisissez des points d’appui relativement stables, secs et non meubles ; évitez de poser le pied au centre des tas de feuilles glissantes, des graviers instables ou des racines nues (le bord des racines offre généralement une meilleure adhérence).
- Les bras pour l’équilibre, pas pour la propulsion : en descente, le rôle principal des bras est de maintenir l’équilibre latéral ; écartez-les légèrement, prêts à réagir à tout déplacement du centre de gravité, plutôt que de les balancer amplement comme lors d’un sprint sur le plat.
- Anticiper la trajectoire de 2 à 4 pas : la lecture du terrain en descente nécessite une anticipation plus précoce qu’en montée, car la vitesse y est plus élevée et le temps de réaction du corps plus court. Le regard doit balayer le sol à l’avance pour identifier un chemin de points d’appui relativement sûr.
- Réduire la vitesse sur les descentes techniques (pierres, virages serrés) : sur les sections à visibilité limitée, très raides ou au terrain très irrégulier, mieux vaut sacrifier un peu de vitesse pour gagner en stabilité, afin d’éviter une chute due à la recherche de vitesse qui entraînerait une perte de temps ou une blessure plus grave.
IV. Lecture du terrain : transformer le terrain en base de décision pour l’allure
4.1 Types de terrain courants et stratégies adaptées
| Type de terrain | Risque principal | Stratégie adaptée |
|---|---|---|
| Passerelles en bois / ponts en bois glissants | Friction extrêmement faible, particulièrement dangereux après la pluie ou avec la rosée | Réduire la vitesse, raccourcir la foulée, éviter toute accélération ou changement de direction sur ces surfaces |
| Sections de pierres concassées continues | Entorse de la cheville, appuis instables | Planifier les points d’appui à l’avance, foulée légère, éviter de concentrer tout le poids sur une seule pierre instable |
| Sections boueuses | Glissades, chaussures s’enfonçant dans la boue et dépense d’énergie supplémentaire | Chercher les bords du sentier ou les zones herbeuses pour une meilleure adhérence, accepter de salir ses chaussures si nécessaire, éviter de s’obstiner à maintenir l’allure |
| Ruisseaux ou sections de gué | Courant de l’eau, terrain sous-marin invisible, risque d’hypothermie | Vérifier les conditions du courant, traverser de côté face au courant pour plus de stabilité si nécessaire, vider l’eau des chaussures et chaussettes rapidement après la traversée et veiller à rester au chaud |
| Sections de forêt dense ou de végétation haute | Visibilité réduite, trous ou racines cachés | Ralentir, rester vigilant, ne pas foncer à pleine vitesse sur un terrain que l’on ne voit pas clairement |
| Crêtes ou sections rocheuses exposées | Vent fort, pression psychologique due à l’exposition, risque de chute | Priorité à un centre de gravité bas et à des pas assurés ; en cas de mauvais temps, évaluer la nécessité d’une approche plus prudente, voire d’un repli |
4.2 Caractéristiques courantes des terrains des courses de trail à Taïwan
Les parcours des courses de trail à Taïwan combinent souvent des sentiers de collines, des chemins agricoles et certaines sections de haute montagne. Le terrain est très varié, mais cela teste aussi la capacité d’adaptation des coureurs. Par rapport aux courses de trail en Europe ou en Amérique, où le terrain est souvent plus homogène (par exemple de vastes sentiers de gravier ou des prairies), les parcours taïwanais présentent souvent la particularité de « changements radicaux de terrain sur de courtes distances » — on peut être sur un chemin agricole plat l’instant d’avant, puis basculer dans un sentier forestier humide et technique l’instant d’après. Cette caractéristique signifie que le coureur ne peut pas se contenter de s’entraîner sur un seul type de terrain, mais doit être capable de changer rapidement de mode de course, tout en restant très vigilant face aux orages d’après-midi fréquents en été à Taïwan et au sol glissant causé par l’humidité en montagne.
4.3 Intégration de la lecture du terrain et de la stratégie d’allure
Les traileurs expérimentés intègrent directement la lecture du terrain dans leur prise de décision sur l’allure, non pas en regardant d’abord leur montre puis le terrain, mais l’inverse — ils regardent d’abord le terrain devant eux et un peu plus loin, puis décident du niveau d’effort à fournir. Cette façon de penser, qui consiste à « définir l’effort par le terrain », combinée au principe mentionné précédemment de « suivre l’effort, pas le tableau d’allure », est une intuition qui se développe avec l’expérience chez le traileur.
V. Équipement et navigation : ne pas laisser la préparation hors du corps vous freiner
5.1 Logique de choix de l’équipement de base
- Adhérence et protection des chaussures de trail : les crampons de la semelle (outsole lug) des chaussures de trail sont conçus pour offrir une meilleure adhérence sur les sols meubles ou glissants, et l’avant de la chaussure ainsi que la semelle intermédiaire comportent généralement des renforts supplémentaires pour réduire les blessures causées par les chocs contre les pierres ou les racines. Le choix des chaussures doit tenir compte du terrain principal de la course (pierres, boue, rocher) pour sélectionner la profondeur et le motif de crampons adaptés.
- Équilibre entre respirabilité et protection des vêtements : les vêtements de trail doivent à la fois assurer la respirabilité et l’évacuation de la transpiration, et offrir une protection de base contre les branches et les ronces. Pour les courses longues ou de type alpin, une veste coupe-vent et imperméable est généralement exigée comme équipement obligatoire, même si les prévisions météo semblent bonnes.
- Système de ravitaillement et poche à eau : le sac de trail avec poche à eau ou gourdes permet de s’hydrater en mouvement, tout en offrant un espace pour ranger l’équipement de sécurité obligatoire, la nourriture et des vêtements chauds de secours.
5.2 Capacité de navigation : ne pas dépendre entièrement du balisage de la course
Les courses de trail sont généralement balisées par des rubans ou des marquages, mais ceux-ci peuvent être perdus, endommagés par le vent, la pluie, les animaux ou des facteurs humains. Un coureur qui dépend entièrement du balisage et n’a pas de compétences de base en lecture de carte risque, s’il ne trouve pas de marquage à une intersection clé, de se perdre, voire de dévier du parcours vers un terrain dangereux. Voici les mesures de base à prendre :
- Se familiariser avec la carte du parcours et le barème des temps de coupure fournis par l’organisation avant la course, et avoir une idée générale des intersections principales, des points d’eau et des postes de ravitaillement.
- Développer un sens de l’orientation de base, par exemple en prêtant attention à la position du soleil, à l’orientation des crêtes, comme repères naturels de secours lorsque le balisage n’est pas clair.
- Utiliser les cartes hors ligne et l’enregistrement de trace sur sa montre ou son téléphone (si le règlement de la course l’autorise) ; sur les courses longues ou de type alpin, ces outils réduisent considérablement le risque de se perdre. Mais n’oubliez pas la gestion de la batterie et le téléchargement préalable des cartes hors ligne ; ne découvrez pas au dernier moment que vous n’avez ni signal ni batterie.
- Dès que vous soupçonnez un écart de parcours, arrêtez-vous immédiatement pour vérifier, plutôt que de continuer en espérant avoir raison — plus vous avancez, plus le coût pour revenir sur le bon chemin est élevé, en termes de temps et d’énergie.
VI. Préparation à la sécurité : la gestion des risques en trail n’est pas une option, c’est une obligation
6.1 Signification de l’équipement obligatoire
De nombreuses courses de trail imposent un « équipement obligatoire » en fonction de la distance et de la difficulté du terrain. Les articles courants comprennent une couche chaude, une veste coupe-vent et imperméable, une couverture de survie, un sifflet, une lampe frontale (si le parcours comporte des sections de nuit), suffisamment d’eau et de nourriture, un téléphone portable, etc. Ces exigences ne sont pas là pour alourdir inutilement le coureur, mais constituent la ligne de sécurité minimale établie à partir des cas passés d’accidents en montagne et d’hypothermie — le temps en montagne et sur les collines change extrêmement vite. Même si le départ se fait par un temps clair et chaud, une chute brutale des températures, du brouillard ou de la pluie en fin d’après-midi ou en soirée sont des phénomènes courants. Si un coureur, par souci de légèreté, réduit de lui-même l’équipement obligatoire et se retrouve confronté à une météo soudaine ou à une blessure nécessitant d’attendre les secours sur place, le manque de moyens de protection thermique et d’alerte peut transformer un petit incident en un risque médical grave.
6.2 Risques courants et principes de réponse
| Type de risque | Causes courantes | Principes de réponse |
|---|---|---|
| Hypothermie | Chute brutale de température en montagne, pluie et corps mouillé, effet du vent, épuisement réduisant la production de chaleur | Emporter suffisamment de couches chaudes et une veste coupe-vent et imperméable ; dès que vous ressentez des frissons persistants ou une baisse de jugement, arrêtez-vous pour vous réchauffer et envisagez de demander de l’aide |
| Entorses, blessures par chute | Erreur de lecture du terrain, foulées incontrôlées dues à la fatigue, mauvaise visibilité | Réduire volontairement l’allure en fin de course, éviter de s’obstiner sur les sections techniques, emporter de quoi traiter les blessures superficielles |
| Se perdre | Balisage manquant, mauvaise visibilité due aux intempéries, excès de confiance sans consulter la carte | Se familiariser avec le parcours avant la course, surveiller le balisage en permanence, s’arrêter immédiatement pour vérifier dès que l’on soupçonne un écart |
| Coup de chaleur ou hyperthermie | Chaleur et humidité élevées en été, hydratation insuffisante, sections exposées sans ombre | Adapter la fréquence d’hydratation à l’environnement, réduire l’allure sur les sections chaudes, surveiller les symptômes précoces comme les vertiges ou les nausées |
| Déséquilibre électrolytique | Transpiration prolongée avec uniquement de l’eau, sans apport en sodium | Inclure des aliments ou boissons contenant des électrolytes dans le plan de ravitaillement, éviter de ne boire que de l’eau plate |
Liste des signes d’alerte nécessitant une consultation médicale (liés à la sécurité en trail) : si pendant ou après la course vous présentez une douleur articulaire persistante et sévère accompagnée d’un gonflement ou d’une déformation (pouvant indiquer une fracture ou une lésion ligamentaire grave), une confusion mentale ou une perte de repères, une incapacité à marcher de façon autonome, une température corporelle nettement trop basse accompagnée de frissons persistants ou, à l’inverse, l’arrêt des frissons (pouvant être un signe d’hypothermie sévère), ou un saignement abondant que vous ne pouvez pas arrêter vous-même, arrêtez-vous immédiatement sur place pour attendre les secours et contactez le service médical ou de secours de la course. Ne continuez surtout pas à avancer en forçant. Dans les zones montagneuses où le signal téléphonique est mauvais, privilégiez les moyens de contact d’urgence prévus par la course (comme le sifflet de détresse ou le numéro d’urgence fourni par l’organisation). Cet article fournit des concepts généraux de gestion des risques et ne remplace en aucun cas un avis médical professionnel ou le jugement des secours en montagne.
6.3 Conscience du risque en groupe et sur les sections isolées
Les parcours de trail traversent souvent des zones peu fréquentées. Si un coureur se retrouve à la traîne ou choisit un départ moins fréquenté, il peut passer de longues périodes seul sur le sentier. Dans ce cas, il est particulièrement important de rester conscient de son propre état — surveillez si votre énergie ou votre état mental décline nettement, si le temps se dégrade. Dès que vous sentez que quelque chose ne va pas, ne vous forcez pas à continuer sous prétexte que « la fin est proche » ou que « vous ne voulez pas déranger ». Demander de l’aide à un bénévole ou à un autre coureur est un acte responsable, pas une honte.
VII. Calcul simplifié de l’allure basée sur l’effort : une démonstration avec des hypothèses clairement indiquées
Nous avons mentionné plus haut que les traileurs disent souvent « suivre l’effort, pas le tableau d’allure ». Cette phrase peut sembler abstraite pour un débutant. Voici un calcul simplifié pour illustrer la logique derrière cette idée, avec des hypothèses clairement indiquées, afin que le lecteur comprenne le concept plutôt que de prendre les chiffres pour une prescription précise.
Situation hypothétique : un coureur a une allure d’environ 6 min/km sur route (valeur hypothétique, uniquement à titre d’illustration), correspondant à un niveau d’effort perçu (RPE, selon le concept de l’échelle de Borg, sur une échelle de 0 à 10) d’environ 5, soit une intensité modérée. Ce coureur rencontre une longue montée lors d’une course de trail. S’il essaie de maintenir une « sensation de vitesse » similaire en courant cette montée, son RPE sera probablement poussé à plus de 8, soit une intensité élevée — car le coût mécanique du travail contre la pente est bien supérieur à celui du déplacement sur le plat.
Dans cette situation hypothétique, si le coureur choisit de « maintenir l’allure » plutôt que de « maintenir l’effort », il risque d’épuiser prématurément sur cette montée l’énergie qu’il devait réserver pour la suite du parcours. En revanche, s’il choisit de « maintenir l’effort » (en contrôlant son RPE autour de 5, correspondant à son allure sur le plat), sa vitesse de déplacement réelle sur cette montée diminuera nettement, et il devra peut-être même passer à la marche rapide. Mais globalement, il aura préservé plus d’énergie pour la suite de la course.
L’important dans ce calcul n’est pas les chiffres précis comme « 6 min/km » ou « RPE 5 » en eux-mêmes (chaque personne a des capacités et des conditions du jour différentes ; ce ne sont que des hypothèses d’illustration), mais d’expliquer un principe : dans une course de trail au terrain très varié, utiliser un seul standard d’allure pour mesurer toute la course n’est pas raisonnable ; l’effort est un indicateur relativement stable et digne de confiance pour guider l’allure. En pratique, le coureur peut, grâce à un entraînement à long terme, accumuler une sensation de son allure réelle sur différents terrains et à différents niveaux d’effort, et développer progressivement la capacité de contrôler stablement son intensité sans avoir à consulter constamment sa montre.
VIII. Méthodes d’entraînement spécifiques pour les terrains techniques
Pour être capable en course de « transformer instantanément la lecture du terrain en décision d’allure », il ne s’agit pas de réagir sur le moment le jour J, mais d’accumuler une mémoire corporelle grâce à un entraînement spécifique en amont. Voici quelques méthodes d’entraînement courantes sur terrains techniques, pour les lecteurs souhaitant améliorer systématiquement leurs compétences en trail :
- Répétitions en côte (hill repeats) : choisissez une pente représentative et répétez des cycles de montée en marche rapide ou en course lente, suivis d’une descente de récupération. L’objectif est de travailler le contrôle de la cadence et le rythme respiratoire en montée, pas de battre des records de vitesse à chaque répétition.
- Séance spécifique de descente technique : sur une pente en gravier ou en terre relativement sûre et familière, entraînez-vous délibérément à anticiper les points d’appui et à adopter une foulée plus courte avec une cadence plus élevée en descente. Au début, ralentissez volontairement et concentrez-vous sur l’établissement du schéma de mouvement ; la vitesse viendra naturellement une fois le geste stabilisé, ce n’est pas l’objectif direct de l’entraînement.
- Entraînement proprioceptif sur terrain irrégulier : courir lentement ou faire un échauffement dynamique sur de l’herbe, du gravier ou du sable permet d’entraîner la réactivité des muscles autour de la cheville face aux surfaces instables, ce qui aide concrètement à réduire le risque d’entorse.
- Entraînement avec charge ou sac à dos simulé : si votre course cible nécessite de porter un sac à dos avec un équipement obligatoire lourd, entraînez-vous à l’avance à vous adapter à l’impact du poids du sac sur votre posture de course et votre équilibre. N’attendez pas le jour de la course pour porter pour la première fois un sac plein sur une longue distance.
- Entraînement à l’utilisation des bâtons : si vous prévoyez d’utiliser des bâtons en course, entraînez-vous suffisamment à les déplier et les replier, ainsi qu’au rythme d’appui en montée et en descente. Des bâtons mal maîtrisés peuvent au contraire perturber l’équilibre ou ralentir ; ce n’est pas parce qu’on les prend qu’on devient automatiquement plus rapide.
IX. Récapitulatif de la préparation avant course et du rythme pendant la course
| Phase de préparation | Points clés | Explications |
|---|---|---|
| Plusieurs semaines avant la course | Entraînement spécifique au terrain | En fonction des caractéristiques du parcours, ajouter des séances spécifiques de montée, descente et terrains techniques, plutôt que de ne travailler que l’allure sur le plat |
| Une semaine avant la course | Vérification de l’équipement et étude du parcours | Vérifier que l’équipement obligatoire est complet et réellement testé (ne pas utiliser des chaussures ou un sac neufs non testés le jour J), se familiariser avec la carte du parcours et les temps de coupure |
| Avant le départ | Confirmation de la météo et de l’état du terrain | Consulter les dernières prévisions météo et les annonces de la course, évaluer si un ajustement de l’équipement ou des attentes mentales est nécessaire |
| Pendant la course | Décision en temps réel : le terrain prime sur le tableau d’allure | Adapter de manière flexible le rapport course/marche en fonction du terrain et de l’état de forme du moment, plutôt que de s’en tenir rigidement à une allure prédéfinie |
| Fin de course | Priorité à la prudence, éviter de s’obstiner | Sur les sections techniques, réduire l’allure en état de fatigue, faire de la fin de course en sécurité la priorité absolue |
Conclusion et liste d’actions
La stratégie de course en trail est, par essence, une pratique de longue haleine qui consiste à « échanger l’efficacité technique contre des économies d’énergie, et la conscience du risque contre une fin de course en sécurité ». Voici quelques points clés à mettre en pratique immédiatement :
- En montée, évaluez d’abord l’efficacité plutôt que de vous obstiner à courir ; si la pente est raide et longue, passez résolument à la marche rapide.
- En descente, recherchez un centre de gravité stable et anticipez les points d’appui, en évitant la surcharge articulaire due à un freinage excessif.
- Remplacez « s’en tenir au tableau d’allure » par « suivre l’effort », et laissez le terrain décider de la technique à utiliser sur le moment.
- L’équipement et la capacité de navigation font partie intégrante de la course, ce ne sont pas des options ; l’équipement obligatoire doit être réellement emporté et son utilisation maîtrisée.
- Restez attentif en permanence aux changements météo, à votre niveau d’énergie et à votre état mental ; dès que vous soupçonnez un écart de parcours ou que des signes d’alerte corporels apparaissent, arrêtez-vous immédiatement pour vérifier ou demander de l’aide.
- Le temps en montagne à Taïwan est très changeant ; même si les prévisions sont bonnes avant la course, restez vigilant face aux orages d’après-midi et aux chutes de température.
Une grande partie du charme du trail réside dans son imprévisibilité, mais cette imprévisibilité exige aussi du coureur une préparation plus complète pour y faire face. C’est en accumulant continuellement de l’expérience du terrain, de la technique et de la conscience du risque que l’on peut profiter des joies de la montagne tout en réduisant au minimum la probabilité d’incidents.
Lectures complémentaires
- Guide des courses de trail : technique des sentiers, sac d’hydratation et calcul du dénivelé positif
- Guide du débutant en trail : la transition de la route au sentier
- Technique de montée en trail : foulée et mouvement des bras pour une montée efficace
- Débuter le trail : les différences techniques pour le coureur sur route qui se tourne vers les sentiers
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