Comment les personnes malvoyantes peuvent-elles faire du vélo de route : principes du tandem, coordination avec le pilote et ressources d'entraînement à Taïwan
Préface : ne pas voir la route ne signifie pas qu’on ne peut pas faire de vélo de route
Pour la plupart des gens, une grande partie du plaisir du vélo de route repose sur le fait de « voir » — voir les ondulations de la route, voir les véhicules qui arrivent, voir la ligne de crête et les virages au loin. Mais les personnes malvoyantes peuvent elles aussi vivre la sensation de dévaler une descente en vélo de route, ou la fierté de voir la ligne de crête après avoir gravi une longue côte en haletant, grâce à un équipement et un mode de coopération déjà bien développés : le tandem.
Le tandem n’est pas une solution de compromis qui « pédale à la place de la personne malvoyante », mais une forme de sport qui exige une grande complicité entre deux personnes et des compétences techniques en réalité plus exigeantes. Le « pilote » à l’avant et le partenaire malvoyant à l’arrière (le stoker) doivent partager un même vélo, une même cadence de pédalage, et assumer ensemble l’équilibre et les décisions de vitesse. Toute erreur de l’un ou de l’autre se répercute immédiatement sur la dynamique de l’ensemble du vélo. Cet article commencera par les principes mécaniques, expliquera pourquoi le tandem permet aux personnes malvoyantes de rouler en toute sécurité, ce que le pilote et le stoker doivent faire chacun, et par où commencer pour s’entraîner à Taiwan.
Avant de poursuivre, une précision importante : cet article traite des principes généraux de pilotage et des règles générales d’entraînement. La condition visuelle, la capacité d’équilibre, les antécédents médicaux chroniques, etc. varient d’une personne à l’autre. La question de savoir si la pratique du tandem est adaptée, les aides nécessaires ou la nécessité de consulter au préalable des professionnels de santé et de réadaptation doivent être évaluées conjointement par la personne malvoyante elle-même, sa famille et les professionnels concernés (ophtalmologistes, médecins de réadaptation, kinésithérapeutes, etc.). Cet article ne saurait remplacer une prescription médicale ou sportive individualisée.
I. Principes mécaniques du tandem : pourquoi deux personnes peuvent partager un même vélo
1. Structure de base et différences avec un vélo de route classique
La caractéristique la plus évidente d’un tandem est « un cadre allongé, deux selles, deux guidons, deux paires de pédales », mais ce qui détermine réellement sa stabilité de pilotage, ce sont plusieurs éléments de conception clés :
- Les deux manivelles, avant et arrière, sont synchronisées par une chaîne : les manivelles avant et arrière du tandem sont verrouillées sur la même vitesse de rotation par une « chaîne de synchronisation » (timing chain). Les deux personnes doivent pédaler à exactement la même cadence, il est impossible de pédaler chacun à son rythme. C’est aussi pourquoi le tandem n’exige absolument pas que le stoker « décide quand pédaler » — tant que le pilote pédale, les manivelles arrière tournent passivement avec lui.
- Cadre allongé et renforcé : devant supporter le poids de deux personnes et un empattement plus long, les matériaux, les diamètres de tubes et la qualité de soudure du cadre d’un tandem sont de spécifications supérieures à celles d’un vélo de route classique. La rigidité du cadre influence directement la stabilité de pilotage à haute vitesse en descente.
- Un troisième frein (frein de résistance / frein à tambour) est généralement ajouté : le poids total d’un tandem étant élevé (deux cyclistes plus le cadre lui-même), lors de longues descentes, se fier uniquement aux deux freins classiques avant et arrière peut entraîner une diminution de la puissance de freinage due à la chaleur générée par le frottement prolongé (communément appelé « évanouissement des freins »). C’est pourquoi de nombreux tandems sont équipés d’un frein de résistance indépendant sur la roue arrière, utilisé pour contrôler la vitesse en continu lors des longues descentes, afin d’éviter la surchauffe et la défaillance des freins à main.
- Le pilote avant a le contrôle total : la direction, le freinage et le changement de vitesse sont en principe contrôlés par le pilote avant. Les pédales et manivelles arrière tournent, mais ne participent pas au contrôle de la direction (le guidon).
2. Pourquoi cette conception permet aux personnes malvoyantes de rouler en toute sécurité
La logique centrale qui permet à une personne malvoyante de faire du tandem en toute sécurité est simple : séparer « l’observation de l’environnement et la prise de décision de pilotage » de « la production de puissance », et les confier respectivement à la personne voyante et à la personne non-voyante. Le pilote avant est responsable de tout ce qui nécessite un jugement visuel — l’état de la route, la circulation, le moment de tourner, le moment de freiner ; le stoker, lui, se concentre sur ce qu’il fait le mieux : pédaler avec force, ressentir le rythme, maintenir la stabilité du tronc.
Cette répartition des tâches explique aussi pourquoi le tandem n’est pas une « aide à sens unique ». Du point de vue de la puissance de sortie, la puissance de pédalage combinée des deux personnes permet souvent au tandem d’atteindre des vitesses considérables en sprint sur le plat ou en descente douce, bien plus « sensation d’accélération » qu’un vélo de route solo. Mais parce que le poids total et la vitesse sont plus élevés, la difficulté de pilotage et de freinage est également plus grande, ce qui explique pourquoi le rôle du pilote est si crucial.
II. Le rôle et les responsabilités du pilote
1. Le pilote n’est pas là pour « transporter quelqu’un en passant »
Être pilote à l’avant d’un tandem revient à jouer simultanément deux rôles : « conducteur » et « guide ». En plus des compétences déjà requises pour le vélo de route — sensation de la route, évaluation de la distance de freinage, anticipation de l’adhérence dans les virages — le pilote doit également :
- Annoncer verbalement et en continu l’état de la route : nids-de-poule, ralentisseurs, cassis, rétrécissement de l’accotement, véhicules venant en sens inverse, direction et angle des virages à venir, montée ou descente imminente, etc. Tout doit être dit de manière immédiate, brève et claire, afin que le stoker ait le temps de se préparer mentalement avant l’action suivante.
- Annoncer les actions à l’avance, et non au moment où elles se produisent : par exemple, pour freiner et ralentir, la méthode idéale est de dire d’abord « prépare-toi à freiner », puis de freiner réellement, plutôt que de crier en même temps que l’on freine. Car les accélérations et décélérations du tandem se transmettent directement au centre de gravité du stoker à travers le cadre ; un freinage brusque ou un arrêt soudain sans avertissement peut prendre le stoker au dépourvu et même affecter son équilibre.
- Maintenir un rythme de pilotage stable et prévisible : une conduite saccadée, avec des changements de vitesse brusques et un guidon qui bouge dans tous les sens, rendra difficile l’établissement de la confiance chez le stoker. Le style de pilotage du pilote doit privilégier la stabilité et des trajectoires propres, en particulier lorsque le stoker débute et que la complicité n’est pas encore établie.
2. Compétences de base requises pour le pilote
On considère généralement que, outre une certaine expérience du vélo de route, ce qui importe le plus pour être pilote de tandem, ce sont les « compétences de communication » et le « sens des responsabilités » — la volonté de garder son attention en permanence sur la sécurité du partenaire, plutôt que de ne penser qu’à son propre plaisir de rouler. À Taiwan, certaines institutions ont organisé des formations de pilotes de tandem, dont le contenu couvre généralement le fonctionnement de base du tandem, les techniques de communication avec le partenaire malvoyant, la gestion des situations d’urgence, etc. Ce type de formation est très utile pour ceux qui souhaitent s’investir durablement comme pilote.
III. Le rôle du stoker et les points clés de son entraînement
1. Le stoker n’est pas un « passager passif »
Beaucoup de gens croient à tort que le stoker d’un tandem n’est là que pour « se faire transporter ». En réalité, la production d’énergie du stoker n’est souvent pas inférieure à celle du pilote, et il est même l’une des sources de puissance importantes de l’ensemble du vélo. Les points d’entraînement clés pour le stoker sont les suivants :
- Suivre la cadence, plutôt que de décider soi-même du rythme : parce que les manivelles sont synchronisées, le stoker doit abandonner l’habitude de « pédaler aussi vite que je veux » et apprendre à suivre la cadence fixée par le pilote par la sensation des jambes et du corps. C’est souvent l’aspect le plus difficile à s’adapter pour une personne qui découvre le tandem.
- Développer un sens de l’espace par l’ouïe et le toucher : bien qu’il ne voie pas la route, le stoker peut, grâce au bruit du vent, aux vibrations transmises par la route et aux changements de centre de gravité du corps, développer progressivement une sensation de « on est sur le plat / en montée / en descente / dans un virage », combinée aux annonces verbales du pilote, pour accumuler peu à peu une capacité d’anticipation du rythme de pilotage. C’est un processus qui demande du temps ; au début, le pilote devra annoncer plus fréquemment et plus précisément, mais à mesure que les deux s’habituent l’un à l’autre, la quantité d’indications verbales nécessaires diminue généralement.
- Stabilité du tronc et contrôle du centre de gravité : dans les virages ou sur les routes inégales, la stabilité des muscles du tronc du stoker affecte directement l’équilibre de l’ensemble du vélo. C’est pourquoi le tandem est aussi un entraînement physique efficace pour le stoker, et pas seulement une question de « suivre le mouvement ».
2. Établir la confiance est essentiel, et cela prend du temps
Ce qui est le plus particulier dans le tandem, ce n’est peut-être pas l’ingénierie mécanique, mais le fait que la « confiance » est concrètement intégrée à la pratique sportive elle-même. Le stoker confie sa sécurité physique directement au jugement et aux annonces honnêtes du pilote ; le pilote, lui, doit rester sensible aux limites physiques et à l’état psychologique du stoker. Cette confiance ne s’établit généralement pas en une seule sortie, mais se construit par des répétitions sur le plat, sur de légères pentes, en accumulant progressivement un langage de complicité mutuelle (par exemple des commandements fixes : « trois, deux, un, freinage », « petit virage à gauche », « route inégale », etc.).
IV. Commandements de communication courants et méthodes pour établir la complicité
Les tandems développent généralement un système de commandements courts, fixes et difficiles à confondre. Les aspects de communication courants sont les suivants :
| Situation | Point clé de communication |
|---|---|
| Démarrage / arrêt | Commandement de compte à rebours fixe pour synchroniser les mouvements des jambes et le centre de gravité des deux personnes |
| Virage | Annoncer à l’avance la direction et l’ampleur de l’angle (petit virage / grand virage), et prévenir du degré d’inclinaison du corps attendu |
| État de la route | Annonce immédiate des nids-de-poule, ralentisseurs, passages à niveau, joints de dilatation, etc. |
| Changement de pente | Annoncer à l’avance une montée ou une descente imminente pour permettre au stoker d’ajuster sa respiration et son rythme de pédalage |
| Situation de la circulation | Véhicules venant en sens inverse, dépassements par l’arrière, feux de signalisation aux intersections, etc. |
| Confirmation de l’état physique | Le pilote demande activement et régulièrement au stoker ses sensations et ses besoins, plutôt que d’attendre que le stoker les signale de lui-même |
Il convient de souligner qu’il n’existe pas de réponse standard pour ce système de commandements ; chaque binôme peut (et devrait) développer la version qui lui convient le mieux. L’essentiel est d’avoir des commandements « courts, cohérents et sans ambiguïté ». Les binômes expérimentés recommandent généralement que les commandements soient les plus courts possible et que leur prononciation soit la moins susceptible d’être confondue avec d’autres mots. Par exemple, il faut éviter d’utiliser deux commandements à la prononciation similaire pour signifier « accélérer » et « ralentir », afin d’éviter toute erreur d’écoute lorsque le vent est fort ou que l’on est essoufflé, ce qui pourrait créer une situation dangereuse. De plus, les commandements ne doivent pas être trop nombreux ni trop complexes ; trop de types d’instructions augmentent la charge de décision du stoker. Il est généralement recommandé de commencer par quelques commandements de base (démarrage, arrêt, virage, anomalie de la route), puis d’étendre progressivement si nécessaire, une fois que les deux sont familiarisés.
En plus des commandements verbaux, certains binômes développent également un « langage corporel » comme canal de communication auxiliaire. Par exemple, le pilote transmet par de subtils mouvements du guidon ou du centre de gravité l’intention d’un virage ou d’une décélération imminente. Cette complicité non verbale demande généralement plus de temps de rodage pour s’établir, mais une fois maîtrisée, elle rend souvent la conduite globale plus fluide et les réactions plus immédiates.
V. Lieux d’entraînement et planification progressive de l’entraînement
1. Commencer dans des lieux spacieux, fermés ou à faible circulation
L’entraînement initial doit privilégier les lieux à faible circulation, au revêtement plat et à la visibilité dégagée, comme les pistes cyclables dédiées, les voies vertes le long des rivières, ou les routes de parc fermées pendant les périodes d’activité, plutôt que de s’attaquer d’emblée aux routes générales où se mêlent voitures et motos. Ce n’est que lorsque les deux partenaires ont une certaine confiance dans leur système de commandements, la sensation de freinage et la complicité dans les virages, que l’on peut progressivement passer à des routes générales plus complexes, en respectant à tout moment le code de la route et en portant un équipement de protection adapté (le casque est l’équipement de base).
2. Structure d’entraînement progressive suggérée (à titre indicatif uniquement, à adapter selon les besoins individuels)
- Première étape : familiarisation statique et courtes distances sur le plat. Commencer par se familiariser sur place avec les commandements de montée/descente du vélo, de démarrage et d’arrêt, puis s’entraîner aux accélérations, décélérations et à la conduite en ligne droite sur un parcours court, totalement plat et fermé.
- Deuxième étape : ajouter des virages et des variations comme les cassis. Tout en gardant des distances et des vitesses prudentes, ajouter des virages doux et de légères ondulations de terrain, pour que le stoker commence à s’entraîner à anticiper les changements de route par les sensations corporelles.
- Troisième étape : allonger les distances et essayer de légères pentes. Une fois les distances allongées, la répartition de l’énergie et la communication sur les moments de ravitaillement deviennent plus importantes ; les pentes douces permettent aux deux partenaires de commencer à travailler la coordination du centre de gravité et la communication sur la respiration en montée.
- Quatrième étape : routes générales et longues distances. Ce n’est que lorsque la complicité et la condition physique des deux partenaires ont atteint un certain niveau que l’on envisage de passer sur des routes générales à circulation plus dense, et d’allonger progressivement le kilométrage.
L’esprit central de cette structure est « d’abord la stabilité et la confiance, ensuite la vitesse et la distance ». Le temps d’entraînement nécessaire varie considérablement d’une personne (ou d’un binôme) à l’autre, et il ne faut pas comparer sa progression à celle des autres.
3. Les détails de la montée/descente du vélo et des arrêts à l’arrêt sont les plus négligés mais les plus importants
Beaucoup de gens pensent que l’essentiel de l’entraînement en tandem se concentre sur « la conduite ». En pratique, les moments où les problèmes surviennent le plus souvent sont plutôt la montée sur le vélo avant le départ, et l’équilibre statique lors des arrêts aux feux rouges ou aux intersections. Parce que le tandem est long et que sa répartition du centre de gravité diffère de celle d’un vélo de route solo, l’équilibre à l’arrêt ou à très basse vitesse est plus difficile à maîtriser que sur un vélo classique. Surtout lorsque le stoker ne voit pas du tout le sol, sans commandements clairs, la montée et la descente du vélo sont les moments les plus propices aux petites chutes ou aux pas dans le vide.
La méthode courante consiste pour le pilote à enfourcher le vélo en premier, à stabiliser l’ensemble avec les pieds au sol, puis à annoncer clairement au stoker « prépare-toi à monter ». Ce n’est qu’une fois que le stoker est bien en place et tient fermement le guidon (le tandem a généralement un guidon indépendant à l’arrière) que l’on démarre. La même logique s’applique à l’arrêt aux feux rouges : le pilote doit annoncer à l’avance « prépare-toi à t’arrêter », et ce n’est qu’une fois le vélo complètement immobilisé et les pieds bien posés au sol qu’il laisse le stoker confier son centre de gravité au soutien du pilote. Ces détails apparemment insignifiants sont en réalité ce qui détermine si un binôme « se sent en sécurité en roulant », et il vaut la peine de les répéter jusqu’à ce qu’ils deviennent des réflexes musculaires avant de prendre la route.
4. Du cyclisme de loisir à la compétition : la discipline tandem en paracyclisme
Le tandem n’est pas seulement une activité de loisir. Dans le monde du cyclisme handisport de compétition, la discipline tandem, composée d’un athlète malvoyant (y compris non-voyant et malvoyant) associé à un pilote, est l’une des disciplines officielles des épreuves cyclistes des Jeux Paralympiques, comprenant des épreuves sur route et sur piste. Les tandems de compétition exigent encore plus de rigidité du cadre, de conception aérodynamique et de synchronisation de la puissance des deux cyclistes. Le pilote et le stoker doivent souvent suivre un entraînement en binôme long et systématique pour maintenir la stabilité lors des virages à grande vitesse et des sprints.
Pour les cyclistes de loisir, il n’est pas nécessaire de viser la compétition dès le départ, mais savoir que « le tandem est aussi une discipline sportive officielle » aide à briser l’image préconçue selon laquelle « le tandem n’est qu’une activité d’assistance » — c’est un sport à part entière, exigeant en technique, en condition physique et en complicité.
VI. Ressources et communautés de tandem à Taiwan
À Taiwan, il existe actuellement des associations et clubs civils dont l’activité principale est la promotion du sport pour les personnes malvoyantes et la pratique du tandem. Ils organisent régulièrement des événements d’initiation au tandem, des formations de pilotes, ainsi que des rencontres et échanges régionaux. C’est une porte d’entrée pour les personnes malvoyantes intéressées par ce sport et les cyclistes bénévoles potentiels. De plus, certains magasins de vélos ou magasins d’articles de sport dans certaines villes et comtés proposent des services de location ou d’essai de tandems, ce qui permet aux débutants de se faire une idée avant d’acheter leur propre vélo.
Comme ces associations, cours et ressources évoluent avec le temps (fréquence des sessions, coordonnées, points de location peuvent changer), il est recommandé, avant de participer, de rechercher en ligne les informations les plus récentes sur les associations, les calendriers d’activités et les coordonnées, ou de contacter directement les services locaux pour personnes malvoyantes ou les organismes de promotion du sport pour personnes handicapées afin d’obtenir des informations à jour et exactes. Cet article ne liste pas de contacts spécifiques qui pourraient être obsolètes.
VII. Équipement et rappels de sécurité
- Le casque est un équipement de base absolument indispensable, à porter par le pilote et le stoker, avec une taille adaptée et une sangle bien attachée.
- Le gilet réfléchissant ou les accessoires réfléchissants augmentent considérablement la visibilité auprès des autres usagers de la route pendant les périodes de faible luminosité (aube, crépuscule, nuit). Le tandem étant plus long, il est d’autant plus important d’augmenter sa visibilité.
- Vérifier régulièrement la chaîne de synchronisation et le système de freinage, en particulier le troisième frein ajouté (frein de résistance), car le poids total et la vitesse d’un tandem sont supérieurs à ceux d’un vélo de route solo ; l’état du système de freinage est directement lié à la sécurité des deux personnes.
- Vérifier avant de partir que le mode de communication est toujours efficace : par exemple, si le pilote porte un masque ou roule face au vent, le volume et la clarté des instructions verbales peuvent être affectés. Si nécessaire, on peut mettre en place un mécanisme de confirmation active du stoker (« j’ai entendu »).
- Si le stoker souffre de troubles de l’équilibre liés à l’oreille interne, d’antécédents de vertiges, ou de tout autre problème de santé susceptible d’affecter la sécurité à vélo, il convient de consulter au préalable un professionnel de santé pour évaluer l’aptitude à la pratique du tandem et les mesures de protection supplémentaires nécessaires. Si des vertiges inexpliqués, une oppression thoracique, des palpitations, une fatigue extrême ou d’autres symptômes apparaissent pendant la pratique, il faut immédiatement arrêter l’activité et consulter un médecin. Ce sont des signes d’alerte à ne pas négliger.
VIII. Acquisition du matériel : location, partage et achat
Le coût d’achat d’un tandem est généralement plus élevé que celui d’un vélo de route solo. Le cadre, les roues et le système de chaîne de synchronisation nécessitent une conception et des matériaux supplémentaires. Pour ceux qui découvrent ce sport et ne savent pas encore s’ils pourront s’y investir durablement, acheter un vélo complet dès le départ n’est pas forcément le choix le plus pragmatique. Les parcours les plus courants sont :
- Commencer par la location ou l’essai lors d’événements associatifs ou de promotion : de nombreuses associations de promotion du tandem ou organismes de promotion du sport pour personnes handicapées mettent des tandems à disposition pour des essais lors d’événements spécifiques. C’est le moyen le moins coûteux de découvrir ce sport.
- Utiliser les vélos fournis par l’institution lors des formations : certaines formations de pilotes fournissent des vélos d’entraînement, permettant aux stagiaires de se familiariser avec le fonctionnement pendant la formation, sans avoir à fournir leur propre matériel dès le départ.
- Envisager l’achat ou l’achat à tempérament une fois l’investissement à long terme confirmé : une fois que les deux partenaires (le partenaire malvoyant et le pilote attitré) sont certains de vouloir s’entraîner ensemble à long terme et ont une idée claire du type de pratique (loisir, longue distance, compétition), envisager l’achat d’un modèle adapté à leurs besoins est plus pragmatique que d’acheter précipitamment au début.
Avant d’acheter ou de louer, il est recommandé de se rendre sur place dans un magasin de vélos expérimenté ou auprès d’une association pour comprendre comment la taille du cadre doit être adaptée à la proportion de taille entre le pilote et le stoker. En effet, la distance entre les deux postes et la hauteur de selle d’un tandem doivent être ajustées en fonction de la morphologie des deux personnes ; une taille unique ne convient pas à tous les binômes.
Conclusion et liste d’actions
Le tandem permet aux personnes malvoyantes de participer réellement au cyclisme sur route, plutôt que d’en être exclues et de rester spectatrices. Mais sa pratique repose sur une ingénierie mécanique solide et une complicité interpersonnelle qui demande à être cultivée avec soin. Les personnes malvoyantes qui souhaitent se lancer dans ce sport, ou les cyclistes qui souhaitent s’engager comme pilotes bénévoles, peuvent suivre les étapes suivantes :
- Rechercher d’abord en ligne ou auprès des services locaux pour personnes malvoyantes les associations de tandem et les événements d’initiation existants.
- Si l’on envisage un investissement à long terme, privilégier les formations de pilotes pour apprendre sérieusement les techniques de communication et de pilotage.
- Commencer l’entraînement sur des terrains spacieux et à faible circulation, et établir un système de commandements fixe, court et familier aux deux partenaires.
- Adopter un plan d’entraînement progressif : d’abord la stabilité et la confiance, puis allonger progressivement les distances et augmenter la difficulté.
- Porter un casque et d’autres équipements de protection à tout moment, et consulter un professionnel de santé en cas de doute sur sa condition physique.
Le tandem n’est pas une façon de rouler « en second choix » pour les personnes malvoyantes, mais une forme de cyclisme sur route qui exige une coopération étroite entre deux personnes et qui est en soi riche en technique et en plaisir. Que vous soyez une personne malvoyante souhaitant prendre la route, ou un pilote bénévole prêt à devenir les yeux de quelqu’un d’autre, tant que vous êtes prêt à investir du temps pour construire cette complicité, cette voie mérite d’être parcourue.
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