Le vrai défi de l’ultra-trail : l’estomac contre le déficit énergétique
Au-delà de 50 km, la plupart des abandons ne sont pas dus aux jambes, mais à une grève intestinale ou à un effondrement énergétique. Le glycogène du corps ne suffit que pour environ 90 à 120 minutes d’effort intense. Un ultra-trail dure souvent de 6 à 24 heures, ce qui revient à « courir tout en comblant le déficit par l’alimentation ». Ceux qui réussissent en ultra-trail font de l’alimentation une discipline d’entraînement à part entière.
Taux d’absorption des glucides selon la durée
| Durée de course | Taux d’absorption des glucides | Forme principale | Remarques |
|---|---|---|---|
| 50K (4–6h) | 50–60 g/h | Gels + boissons sportives | Proche d’un marathon prolongé |
| 80K (8–11h) | 60–80 g/h | Alternance gels + solides | Le salé commence à être nécessaire |
| 100K (10–16h) | 60–90 g/h | Solides en priorité + liquides | Multiples sources de glucides (glucose + fructose 2:1) |
| 100mi (20h+) | Variable selon l’appétit | Vrais aliments en priorité | Privilégier « l’envie de manger » plutôt que les chiffres |
Le mélange glucose + fructose 2:1 permet de dépasser la limite d’absorption intestinale d’environ 60 g/h du glucose seul, portant le taux absorbable à plus de 90 g/h. C’est la clé des épreuves de longue durée.
La logique d’alternance entre solides et liquides
En début de course (mental frais, allure plus rapide), privilégiez les gels et les boissons sportives, à absorption rapide. En milieu et fin de course, quand l’estomac devient sensible et que l’allure ralentit, passez aux solides et au salé (biscuits salés, pommes de terre avec du sel, onigiris, soupes de nouilles). Les solides restent plus longtemps dans l’estomac, apportent satiété et réconfort psychologique, et le salé combat la « fatigue gustative » causée par le sucré prolongé — c’est le problème le plus courant après 100 km, et pourtant celui auquel on se prépare le moins.
Électrolytes et sodium
La transpiration prolongée entraîne principalement une perte de sodium. La concentration de sodium dans la sueur varie énormément selon les individus (environ 200–1500 mg/L). En pratique :
- Apport de base d’environ 300–600 mg de sodium/heure, à augmenter en cas de forte chaleur ou si vous êtes un gros « saleur ».
- Répartissez les sources : « comprimés de sel + aliments salés + boissons contenant du sodium », ne comptez pas uniquement sur les comprimés de sel.
- Indicateurs : doigts gonflés + nausées peuvent signifier un excès de sodium ou d’eau ; la couleur des urines et la fréquence urinaire sont plus fiables que la soif.
La gestion du temps aux ravitaillements
Sur un 100 km, si vous restez 5 minutes à chaque ravitaillement et que vous vous arrêtez 12 fois, cela fait 1 heure. Stratégie : 1 km avant le ravitaillement, décidez déjà « quoi prendre, quoi faire », emportez la nourriture et mangez en marchant, laissez les bénévoles remplir votre poche à eau pendant que vous gérez votre nourriture. Objectif : 60–120 secondes par ravitaillement.
L’estomac doit être entraîné à l’avance
La capacité d’absorption intestinale des glucides peut être entraînée (gut training) : 6 à 8 semaines avant la course, lors des longues sorties, mangez délibérément au « taux d’absorption cible de la course » pour augmenter l’expression des transporteurs de sucres dans l’épithélium intestinal. Le jour J, ne consommez jamais rien qui n’ait pas été validé à l’entraînement — c’est la règle d’or de l’ultra-trail. Entraînez-vous aussi aux « stratégies en cas de nausée » : sucer du gingembre confit, passer à un bouillon clair, ralentir 10 minutes pour laisser le sang revenir au tube digestif — cela peut souvent sauver une course.
L’interaction entre hypothermie et énergie
Par temps froid, le corps dépense plus d’énergie pour produire de la chaleur, ce qui augmente d’autant les besoins en glucides. En parallèle, le froid supprime l’appétit et la sensation de soif, ce qui fait qu’on ne s’alimente pas assez sans s’en rendre compte. Lors des sections nocturnes ou en haute altitude, programmez des alarmes pour vous forcer à manger (par exemple une bouchée toutes les 25 minutes), n’attendez pas d’avoir faim.
Point de vue d’entraîneur : le plan de ravitaillement en ultra-trail n’est pas un tableau Excel, c’est une « liste de plans B pour quand le corps vous trahit ». Consacrez 80 % de votre planification à « que faire quand on n’arrive plus à manger », plutôt qu’aux grammes à avaler quand tout va bien — car quand tout va bien, tout le monde sait courir.
Lectures complémentaires
- Planification complète du rythme de ravitaillement pour un ultra 100K : la science des calories horaires, du sodium et de l’alternance solide/liquide
- Stratégie de ravitaillement en ultra-trail : le ratio aliments solides vs liquides sur 100 km
- Stratégie de ravitaillement en ultra-trail : gestion du timing entre solides, liquides et électrolytes
- Stratégie de ravitaillement pour un trail 100K : gestion de l’énergie, de l’hydratation et de l’acidité gastrique sur plus de 12 heures
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