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Entraînement au seuil lactique en course à pied : les bases physiologiques de l'allure marathon

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Entraînement au seuil lactique en course à pied : les fondements physiologiques de l'allure marathon

Introduction

De nombreux coureurs taïwanais ont vécu la même frustration : un semi-marathon fluide, puis un second semi de plus en plus lourd, voire une perte totale d’allure après le 30e kilomètre. La cause profonde de ce phénomène n’est souvent pas un « manque d’effort », mais le dépassement de son propre seuil lactique (Lactate Threshold, LT).

Le seuil lactique, également appelé seuil anaérobie (Anaerobic Threshold), est l’un des concepts les plus importants de la physiologie de l’exercice. Il détermine la vitesse à laquelle vous pouvez courir en continu sur une longue durée, et constitue le fondement physiologique de la stratégie d’allure marathon.

La véritable nature du lactate

Longtemps, le lactate a été perçu à tort comme une « toxine de la fatigue », mais la physiologie moderne de l’exercice a complètement renversé cette idée. Le lactate est en réalité :

  • Un produit intermédiaire de l’énergie : le lactate peut être utilisé directement comme carburant par le cœur, le foie et les fibres musculaires lentes
  • Un produit de la glycolyse : lorsque l’intensité de l’effort augmente, la vitesse de dégradation du glucose dépasse la capacité de traitement des mitochondries, et le lactate commence à s’accumuler
  • Un signal de fatigue, pas une cause : le lactate lui-même ne provoque pas directement la fatigue musculaire, mais il est un indicateur des changements de l’environnement métabolique lors d’un effort intense

Ce qui provoque réellement la fatigue, c’est l’accumulation d’ions hydrogène (H⁺) qui accompagne le métabolisme intense, entraînant une baisse du pH musculaire, affectant l’activité enzymatique et la capacité de contraction musculaire.

Définition et mesure du seuil lactique

Deux seuils importants

Les physiologistes de l’exercice définissent généralement deux seuils :

Seuil Concentration de lactate sanguin Sensation correspondante Signification pour l’entraînement
Seuil lactique 1 (LT1) ~2 mmol/L Facile, conversation normale possible Limite supérieure de l’entraînement aérobie de base
Seuil lactique 2 (LT2/MLSS) ~4 mmol/L Difficile, parler demande un effort Limite supérieure de l’allure marathon

Le LT2 (maximum lactate steady state, MLSS) est l’indicateur le plus crucial pour l’entraînement marathon — il représente l’intensité maximale que le corps peut maintenir sur une longue durée. L’allure de course de la plupart des marathoniens se situe juste en dessous de l’intensité du LT2.

Comment estimer son allure au seuil lactique ?

Les coureurs sans équipement de laboratoire peuvent utiliser les méthodes suivantes :

  • Test de 30 minutes à effort maximal : courir à effort maximal pendant 30 minutes sur piste ou sur un parcours mesuré ; l’allure moyenne correspond approximativement à l’allure LT2
  • Méthode de la sensation d’effort : la zone LT2 correspond à une sensation de « difficile mais tenable, ne pouvant prononcer que des phrases courtes », soit environ 85–90 % de la fréquence cardiaque maximale
  • Estimation par la fréquence cardiaque : FC au LT2 ≈ FC maximale × 0,87 (grande variabilité individuelle, à titre indicatif uniquement)

Méthodes d’entraînement pour améliorer le seuil lactique

1. Sortie tempo (Tempo Run)

C’est la méthode la plus directe pour améliorer le LT2. Voici comment l’exécuter :

  • Intensité : allure LT2, sensation de « confortablement difficile (comfortably hard) »
  • Durée : 20–60 minutes (en continu ou par segments)
  • Fréquence : 1 fois par semaine
  • Séance type : échauffement 10 minutes → tempo 30 minutes → retour au calme 10 minutes

La sortie tempo améliore la capacité des muscles à éliminer le lactate, entraîne le corps à utiliser le lactate plus efficacement comme carburant, et augmente la vitesse correspondant au LT2.

2. Intervalles au seuil lactique (Threshold Intervals)

Lorsque la sortie tempo continue est trop éprouvante, on peut opter pour des « intervalles de croisière (Cruise Intervals) » :

  • Combinaison : 5×1000 m ou 4×1500 m, avec 60–90 secondes de récupération entre chaque répétition
  • Objectif : maintenir chaque répétition à une allure proche du LT2
  • Avantages : le volume total d’entraînement peut être plus élevé qu’en tempo continu, avec une pression psychologique moindre

3. Sortie longue progressive (Progressive Long Run)

La traditionnelle « sortie longue lente » est certes importante, mais ajouter une allure comprise entre LT1 et LT2 dans la partie finale de la sortie longue permet de s’entraîner dans des conditions plus proches de la course :

  • 60–75 % du début : allure facile (sous LT1)
  • 25–40 % de la fin : accélération progressive jusqu’à l’allure marathon cible

Ce type de séance simule le stress métabolique de la seconde moitié du marathon, et convient parfaitement aux coureurs ayant déjà une base d’entraînement.

Seuil lactique et stratégie d’allure marathon

Une fois le seuil lactique compris, la stratégie d’allure devient scientifique et claire :

  • Départ prudent : les 5 premiers kilomètres doivent être 10–15 s/km plus lents que l’allure cible, afin de laisser le système aérobie se mettre pleinement en route
  • Rester sous le LT2 : maintenir tout au long de la course une sensation de « difficile mais soutenable », en restant sous cette limite
  • Accélérer dans la seconde moitié : si de l’énergie a été économisée dans la première moitié, on peut accélérer délibérément dans la seconde, réalisant un « split négatif »

Les coureurs à fort taux de réussite sur des épreuves réputées comme le Marathon de Taipei ou le Marathon Wan Jin Shi adoptent presque tous, consciemment ou non, une stratégie proche de ce principe.

Conseils pratiques

  • Tester son allure LT2 une fois par saison : utiliser le test de 30 minutes à effort maximal pour suivre sa progression
  • Noter la fréquence cardiaque des sorties tempo dans un journal : si la FC diminue alors que l’allure se maintient, cela signifie que le seuil lactique progresse
  • Ajuster l’intensité en été : la chaleur et l’humidité élevées de l’été taïwanais font chuter significativement l’allure correspondant à la FC du LT2 ; ne pas se fier à l’allure, mais privilégier la FC ou la sensation d’effort
  • Ne pas faire de tempo à chaque séance : un excès d’entraînement à haute intensité peut mener au surentraînement ; privilégier une répartition de 80 % de course facile + 20 % de haute intensité
  • Accorder de l’importance au sommeil et à la récupération : l’amélioration du seuil lactique se produit au repos ; un manque de sommeil annule les effets de l’entraînement

Conclusion

L’entraînement au seuil lactique est l’un des moyens d’entraînement les plus scientifiquement fondés et les plus efficaces pour la préparation d’un marathon. Il ne nécessite ni équipement coûteux, ni volume d’entraînement extrême, seulement des séances régulières et disciplinées à la bonne intensité. Pour les coureurs taïwanais visant à passer sous les 3 heures, 4 heures, voire 5 heures, intégrer dès aujourd’hui une sortie tempo hebdomadaire sera l’investissement d’entraînement le plus rentable.

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