Guide complet de l'entraînement Brick : pourquoi courir après le vélo est toujours si douloureux, un coach vous aide à percer le mystère de la transition

Ouverture du coach : cette descente aux jambes en béton
Parmi les athlètes que j’ai entraînés, presque tous ceux qui font leur première séance de brick, dès qu’ils sautent du vélo, enfilent leurs chaussures de course et partent sur les 400 premiers mètres, ont la même expression sur le visage — pas de la fatigue, mais la stupéfaction de « comment c’est possible ».
J’ai un élève, Xiao Lin, avec un FTP à vélo de 240 watts et capable de courir un 10 km en moins de 42 minutes en solo. Sur le papier, c’est une belle combinaison. Mais la première fois qu’il est venu me voir, il se plaignait qu’à chaque triathlon 51.5 (distance olympique standard), son 10 km final était de 8 à 10 minutes plus lent que lorsqu’il courait seul. Il m’a demandé : « Coach, c’est que mes bases en course à pied sont trop mauvaises ? »
Ma réponse l’a laissé sans voix : « Ce n’est pas que tu es mauvais, c’est que tu n’as jamais appris à ton corps comment commencer à courir après 40 km de vélo. »
C’est exactement le sujet d’aujourd’hui — l’entraînement brick (entraînement brique). Le nom semble dur, et en réalité, la sensation quand tu sautes du vélo et commences à courir est vraiment comme si tes jambes étaient remplies de ciment. Ce n’est pas un problème de volonté, mais un phénomène physiologique bien réel. Quand on décompose les mécanismes sous-jacents, tu comprendras : la douleur de la transition peut être entraînée, apprivoisée, et même transformée en une arme pour dépasser tes adversaires.
Dans cet article, je vais t’expliquer comme je le fais avec mes athlètes, des bases scientifiques aux plans d’entraînement concrets, en passant par le nombre de bricks à faire avant une course, comment corriger les erreurs courantes, et je finirai par une liste d’actions que tu peux suivre directement, quel que soit ton niveau.
I. Pourquoi courir après le vélo est-il si douloureux ? Trois vérités physiologiques
Beaucoup pensent que les « jambes en brique » ne sont qu’un effet psychologique, mais elles ont en réalité des origines physiologiques très claires. Je décompose généralement cela en trois parties pour mes athlètes.
1. Redistribution du flux sanguin : ton corps n’a pas encore changé de mode
À vélo, tu es assis, le haut du corps légèrement penché en avant, et le cœur pompe le sang de manière régulière vers les quadriceps et les fessiers. Quand tu sautes du vélo, te redresses et commences à courir, ton corps doit gérer instantanément une série de changements.
Selon les données de la science du sport, au moment de passer de la position assise à la course debout, le schéma de retour veineux change, la fréquence cardiaque augmente généralement d’abord de 10 à 15 bpm, le volume d’éjection systolique doit se réajuster, et le rythme respiratoire doit également changer. Ton système nerveux autonome reste momentanément en « mode vélo », le sang reste en grande partie dans les muscles que tu viens de solliciter intensément, et la distribution du flux sanguin nécessaire à la course n’est pas exactement la même qu’à vélo. Ce décalage de quelques minutes est l’une des raisons pour lesquelles tu te sens essoufflé, les jambes lourdes et le cœur qui s’emballe.
2. Recrutement musculaire et angles articulaires : des schémas moteurs complètement différents
C’est un point que beaucoup négligent, mais qui a en réalité le plus grand impact.
L’angle de flexion de la hanche est très différent entre le vélo et la course. Selon les synthèses en physiologie de l’exercice, à vélo, la flexion de la hanche est d’environ 75 à 110 degrés, les quadriceps étant dans un état relativement raccourci, effectuant des contractions concentriques répétées ; alors qu’en course à pied, la flexion de la hanche n’est que d’environ 10 à 50 degrés, les quadriceps doivent s’allonger et supporter la charge excentrique à l’atterrissage.
En d’autres termes, tu viens de passer une heure à entraîner tes muscles à se contracter « à la manière du vélo », et maintenant tu leur demandes de passer immédiatement à une contraction « à la manière de la course ». L’ordre de recrutement du système neuromusculaire et le rythme de production de force doivent être réorganisés. Ce « délai de commutation de la mémoire motrice » est la raison fondamentale de ces foulées saccadées et de cette amplitude de pas qui ne s’ouvre pas. J’utilise souvent une métaphore avec mes athlètes : c’est comme si tu parlais anglais pendant une heure d’affilée et qu’on te demandait soudainement de passer à un japonais courant — le cerveau sait qu’il faut changer, mais la bouche a besoin de quelques phrases pour se mettre en route. Tes jambes aussi ont besoin d’un petit « échauffement » pour repasser du langage du vélo à celui de la course.
Les recherches indiquent également que cette « lourdeur » (sluggishness) de la course après le vélo est la plus marquée dans les 2 à 10 premières minutes, période pendant laquelle ton économie de course diminue, ta foulée se raccourcit et l’état d’oxygénation musculaire se rééquilibre encore.
3. Épuisement du glycogène et déchets métaboliques : tu pars avec une dette
Le troisième volet est le problème du carburant, et c’est le plus critique sur les longues distances.
Quand tu commences à courir, tu pars en réalité avec une dette métabolique. Après le vélo, le glycogène musculaire est partiellement épuisé, en particulier dans les fibres lentes de type I, responsables de l’endurance. Les synthèses en science du sport sont claires : lors d’un triathlon distance olympique, moyenne ou longue distance, les muscles des jambes, après 40, 80 ou 180 km de vélo à haute intensité, sont plus ou moins dans un état de glycogène partiellement épuisé.
Le point crucial concerne les longues distances — les données indiquent qu’après trois à cinq heures de vélo, le glycogène musculaire est fortement épuisé et la proportion d’oxydation des graisses augmente. Courir dans ces conditions revient à apprendre à ton corps à « maintenir l’allure avec un carburant mixte », et c’est exactement le scénario réel du marathon d’un Ironman.
Tu découvriras donc une vérité brutale : même si tu t’entraînes très bien à la course à pied seule, tu ne pourras jamais reproduire complètement l’état de « partir en courant avec de la fatigue et un glycogène épuisé ». C’est pour cela que l’entraînement brick est irremplaçable.
Cela explique aussi une confusion fréquente chez les débutants en triathlon : « Je peux facilement tenir une certaine allure en course à pied seule, pourquoi suis-je si essoufflé à la même allure le jour de la course ? » La réponse est là : dans une course, tu ne cours jamais avec des « jambes fraîches », mais avec des « jambes qui ont déjà pédalé, brûlé une partie du carburant, et dont le schéma moteur n’est pas encore revenu ». Ces deux situations sont deux capacités complètement différentes. Et le brick est la seule façon de recoudre ces deux choses ensemble.
Résumé du coach : le flux sanguin n’a pas basculé, le schéma moteur musculaire n’a pas basculé, le carburant est déjà partiellement brûlé — ces trois choses se produisent en même temps, et c’est ce qui crée ces jambes en béton. Une fois que tu as compris cela, tu ne te reprocheras plus d’être « mauvais en course », mais tu commenceras à t’entraîner spécifiquement pour la « capacité de transition », une compétence à part entière.
II. Qu’est-ce que l’entraînement brick développe exactement ?
Puisque la douleur a des origines physiologiques, la valeur de l’entraînement brick est claire — il cible chacune des trois parties ci-dessus et provoque des adaptations.
- Adaptation neuromusculaire : en répétant « courir immédiatement après le vélo », ton système nerveux apprend à changer plus rapidement de schéma de recrutement, et ces 10 premières minutes saccadées se raccourcissent progressivement. C’est le progrès le plus rapide et le plus visible.
- Adaptation cardiovasculaire : le corps apprend à redistribuer le flux sanguin plus en douceur, l’ampleur de la montée de fréquence cardiaque diminue, et tu n’as plus l’impression d’exploser dès le début de la course.
- Adaptation métabolique : les bricks longs entraînent le corps à fournir de l’énergie de manière stable même avec un glycogène partiellement épuisé, à améliorer l’efficacité de l’oxydation des graisses et à maintenir l’allure.
- Adaptation psychologique : ce point est souvent sous-estimé. Quand tu t’es « habitué » à la sensation des jambes en béton à l’entraînement, quand elle apparaît le jour de la course, tu ne paniques pas, tu sais que « c’est normal, il suffit de tenir les 10 premières minutes ».
Les synthèses en science du sport mentionnent également que l’entraînement brick peut améliorer la biomécanique et la coordination de la course, améliorant ainsi l’économie de course, en particulier dans les 2 à 10 premières minutes après la transition — exactement la période la plus douloureuse et la plus propice à l’effondrement.
Une idée souvent mal comprise : le brick n’est pas « s’entraîner plus dur », mais « s’entraîner de manière plus spécifique »
Je dois souvent corriger une idée fausse chez mes athlètes : ils pensent que la valeur du brick réside dans le fait d’accumuler plus de volume d’entraînement le même jour. Faux. Si tu veux juste accumuler du volume, tu peux faire deux heures de vélo le matin et une heure de course le soir, le volume total est identique, mais le corps n’apprend presque rien sur la transition.
La valeur réelle, rare et irremplaçable du brick, réside dans cette interface de « transition sans couture » — tu commences à courir dans cet « état physiologique spécifique » où les muscles sont encore chauds, le flux sanguin est encore en mode vélo, et le glycogène est déjà partiellement brûlé. Cet état, tu ne peux le reproduire dans aucun entraînement mono-discipline, seul le brick peut le donner. C’est pourquoi je dis souvent à mes athlètes : « Le brick est une leçon d’interface, pas une leçon de volume. » Tu dois travailler cette transition de manière concentrée et qualitative, pas l’utiliser comme un moyen d’accumuler des kilomètres.
Comprendre cela, tu comprendras pourquoi un brick de haute qualité par semaine vaut mieux que trois longues séances épuisantes et bâclées.
III. Conception des séances de brick : du débutant au avancé
C’est la partie que les athlètes attendent le plus. Je divise les bricks en trois grandes catégories, chacune avec un objectif différent, à ne pas confondre.
Tableau comparatif des trois types de brick
| Type | Objectif principal | Segment vélo | Segment course | Public cible | Fréquence recommandée |
|---|---|---|---|---|---|
| Brick d’adaptation à la transition (Transition Brick) | Entraîner la commutation nerveuse, s’habituer aux jambes en béton | 30–60 min d’intensité modérée | 10–20 min de course légère et rapide | Tous niveaux, idéal pour les débutants | 1 fois par semaine |
| Brick d’intensité (Intensity Brick) | Entraîner l’allure de course, courir sous fatigue | Avec intervalles ou intensité de course | Allure cible ou légèrement plus rapide | Niveau intermédiaire et plus avec des bases | 1 fois toutes les 1–2 semaines |
| Brick d’endurance (Long Brick) | Entraîner la gestion du glycogène sur longue distance et le mental | Vélo aérobie long | Course stable de moyenne à longue distance | Préparation semi-complet / Ironman | 1 fois toutes les 2–3 semaines |
Exemples concrets de séances pour chaque type
Voici des exemples que je donne réellement à mes athlètes de différents niveaux, tu peux t’en inspirer directement. L’intensité est indiquée avec le RPE (taux d’effort perçu, 1–10) et les zones de fréquence cardiaque, pour que ceux qui n’ont pas de capteur de puissance puissent aussi les exécuter.
| Nom de la séance | Public cible | Segment vélo | Transition | Segment course | Durée totale |
|---|---|---|---|---|---|
| Brique d’initiation au triathlon | Objectif finisher débutant | 40 min RPE 5–6, Zone 2 | Objectif en moins de 90 s | 10 min RPE 6, allure légère suffit | Environ 55 min |
| Brique d’allure 51.5 | Améliorer ses chronos en distance olympique | Séance principale 3×8 min à intensité de course (RPE 7–8) avec 3 min de récup entre chaque | Changement de chaussures rapide | 15 min : les 5 premières pour retrouver la cadence, les 10 dernières pour atteindre l’allure cible | Environ 75 min |
| Brique continue miniature | Avancé, entraîner la commutation nerveuse | 15 min de vélo + 5 min de course × 3 cycles | Transition rapide à chaque fois | Voir à gauche | Environ 60 min |
| Brique d’endurance 70.3 | Préparation semi-complet | 2,5–3 h en Zone 2 aérobie, les 20 dernières minutes à intensité de course | Moins de 90 s | 40–60 min de course stable, allure proche de l’objectif de course | Environ 4 h |
| Brique de simulation complète | Préparation Ironman (une fois 4–6 semaines avant la course) | 4–5 h de vélo long | Transition rapide | 60–90 min avec simulation de ravitaillement | 5,5–6,5 h |
Quelques principes que j’explique clairement à mes athlètes pour construire ces séances :
- Les débutants commencent par « vélo court + course courte », l’objectif n’est pas la fatigue, mais que le corps se souvienne de la transition. 40 min de vélo puis 10 min de course, une fois par semaine, tu sentiras rapidement le blocage se raccourcir.
- Un brick d’intensité doit avoir un objectif d’allure clair, pas juste courir n’importe comment après le vélo. Ce type de séance sert à calibrer « ta véritable allure sous fatigue ».
- Le brick long sert à travailler la gestion du glycogène et le ravitaillement, l’intensité n’a pas besoin d’être élevée, l’important est que la durée soit suffisamment longue et que tu simules à l’entraînement les produits de ravitaillement que tu utiliseras le jour de la course — c’est très important, j’y reviendrai dans les erreurs courantes.
- La brique continue miniature (alternance vélo-course-vélo-course) est particulièrement efficace pour raccourcir le temps de commutation nerveuse, beaucoup d’athlètes d’élite l’adorent, mais elle est très dure, les débutants ne doivent pas s’y frotter.
Un exemple de progression sur 8 semaines (pour un triathlète de niveau intermédiaire en distance olympique)
Les tableaux de séances peuvent sembler confus, je vais te montrer le squelette du plan de 8 semaines de Xiao Lin pour que tu comprennes comment le brick se « construit progressivement ». L’intensité est d’abord établie sur une base aérobie, puis on ajoute progressivement de l’intensité spécifique.
| Semaine | Séance principale de brick de la semaine | Point clé |
|---|---|---|
| Semaines 1–2 | 40 min de vélo Zone 2 + 10 min de course légère | Pure adaptation, que le corps se souvienne de la transition ; établir le processus de transition |
| Semaines 3–4 | 50 min de vélo (dont 2×10 min Tempo) + 15 min de course | Ajouter un segment rythmé à vélo, la course doit rester fluide |
| Semaines 5–6 | Brique continue miniature : 15 min de vélo + 5 min de course × 3 | Entraînement intensif de la commutation nerveuse, raccourcir la période de blocage |
| Semaine 7 | Brique d’allure 51.5 (simulation d’intensité de course) | Calibrer la véritable allure sous fatigue |
| Semaine 8 | Brique de réveil avant course : 20 min de vélo + 5 min de course | Réduction de charge, juste réveiller sans créer de fatigue |
Tu verras une logique claire : d’abord le volume, puis la qualité ; d’abord l’adaptation, puis l’intensité ; et on réduit avant la course. Chaque semaine ajoute un peu sur la base de la précédente, sans attaquer d’emblée avec des séances dures. C’est aussi pourquoi je répète sans cesse que le brick n’est pas une question de « plus c’est dur, mieux c’est », mais une progression rythmée.
IV. Fréquence des bricks avant une course : quand et combien de fois
C’est l’erreur la plus courante chez les athlètes — ce n’est pas une question de « plus on en fait, mieux c’est ». Le brick impose une charge importante au corps (après tout, tu accumules la fatigue du vélo et de la course en même temps), en faire trop te creusera un piège.
Tableau des fréquences de brick recommandées selon la distance de course
| Distance de course | Fréquence de brick recommandée | Dernier brick long avant la course | Gestion de l’affûtage (Taper) |
|---|---|---|---|
| Débutant / Sprint (ex. 400 m natation + 20 km vélo + 5 km course) | 1 brick court par semaine | 7–10 jours avant la course | La semaine précédente, faire un « brick de réveil » très court |
| 51.5 distance olympique | 1 fois par semaine, alterner adaptation et intensité | 10–14 jours avant la course | Garder 1 brick court et rapide pendant l’affûtage |
| 70.3 semi-complet | 1 fois toutes les 1–2 semaines, dont 1–2 bricks longs | Environ 3 semaines avant la course | Commencer à raccourcir 2 semaines avant, garder la fréquence mais réduire l’intensité |
| 226 Ironman | 1 brick long toutes les 2–3 semaines | 4–6 semaines avant la course (dernier gros brick) | Plus de brick long après 3 semaines avant la course, seulement un court réveil |
Principes fondamentaux :
- Plus la distance est longue, plus le dernier brick long doit être éloigné de la course. Le brick long clé d’un Ironman doit être placé 4 à 6 semaines avant la course, le corps a ensuite besoin de suffisamment de temps pour récupérer et surcompenser. En faire juste avant, c’est partir avec de la fatigue.
- L’affûtage ne signifie pas arrêter complètement les bricks, mais « raccourcir, réduire le volume, garder la fréquence ». Je programme généralement un brick de réveil très court la semaine précédant la course (par exemple 20 min de vélo, 5 min de course), pour rappeler au système nerveux « on va devoir basculer tout à l’heure », sans créer de fatigue.
- Ne fais aucun brick dans les 3 jours précédant la course. À ce moment-là, il ne faut que des activités légères pour arriver avec des réserves pleines.
V. Application locale à Taïwan : l’exemple de l’IRONMAN 70.3 Kenting
Plutôt que des principes abstraits, voici un scénario réel. L’une des courses de triathlon longue distance les plus représentatives de Taïwan est l’IRONMAN 70.3 Kenting.
Selon les informations officielles de la course, elle se compose de 1,9 km de natation + 90 km de vélo + 21,1 km de course à pied. Le parcours vélo longe la côte sud de Taïwan, traverse les paysages du comté de Pingtung, et fait une boucle aller-retour près du parc national de Kenting ; le parcours course à pied est une boucle aller-retour le long de la côte de la mer de Chine méridionale, décrit officiellement comme « plat et rapide » (flat and fast).
Ça a l’air magnifique, non ? Mais je dois avertir les athlètes de deux choses :
Premièrement, le climat de Taïwan est un tueur invisible. Cette course a lieu début novembre, mais même en hiver, le soleil et l’humidité de midi dans le sud de Taïwan restent considérables. Après 90 km de vélo, avec un glycogène déjà épuisé, commencer à courir sur un parcours « plat mais où tu te déshydrates au soleil », ces jambes en brique seront démultipliées par la chaleur et la déshydratation. C’est pourquoi, quand je prépare des athlètes pour Kenting, je programme délibérément les bricks longs autour de midi, aux heures les plus chaudes, pour que le corps s’adapte d’abord au triple choc « fatigue + chaleur + déshydratation ». Les athlètes taïwanais ont un avantage environnemental unique — pas besoin de le chercher, notre été est en soi le meilleur terrain d’entraînement à la chaleur.
Deuxièmement, le ravitaillement doit être répété jusqu’à la perfection à l’entraînement. Les postes de ravitaillement des courses à Taïwan proposent souvent des boissons pour sportifs, du cola, des bananes, des sels, mais savoir si ton estomac peut les absorber sous haute intensité, chaleur et fatigue, seul l’entraînement te le dira. Cela rejoint les erreurs courantes de la section suivante.
Si tu es encore au stade du premier triathlon, il y a en réalité beaucoup d’environnements adaptés au brick à Taïwan : les pistes cyclables le long des rivières (comme celles de Xindian et Dahan à Taipei) sont parfaites — routes plates, peu de circulation, et tu peux planifier un parcours de brick sûr « pédaler un moment, s’arrêter pour changer de chaussures, courir un moment », sans craindre que les feux rouges interrompent ton rythme.
VI. Erreurs courantes et corrections : les pièges dans lesquels le coach est tombé
Cette section regroupe les erreurs que je vois constamment depuis 15 ans que j’entraîne. Si tu les évites, tu bats déjà la moitié des gens.
Erreur 1 : transition trop lente, transformer le brick en « courir après une pause »
Beaucoup descendent du vélo lentement, boivent lentement, changent de chaussures lentement, et ne commencent à courir qu’après 5 minutes — ce genre d’entraînement n’a plus de sens, car ton corps a déjà « basculé en mode repos ».
Correction : L’objectif est de commencer à courir dans les 90 secondes après le vélo. Prépare à l’avance tes chaussures de course, ta casquette, ton dossard, et simule la zone de transition T2 de la course. La vitesse de transition est elle-même une technique à entraîner.
Erreur 2 : segment vélo trop conservateur, ou au contraire trop dur et tu n’arrives plus à courir
Certains font l’inverse : ils pédalent très fort, et le segment course s’effondre complètement, ils ne travaillent pas « l’endurance sous fatigue à l’allure ».
Correction : Définis clairement l’objectif de la séance. Si c’est un brick d’intensité, l’intensité du vélo doit simuler la course, mais sans exploser au point de ruiner la course. Apprendre à garder un peu de jambes pour la course pendant le vélo, c’est en soi une stratégie de course.
Erreur 3 : cadence de course trop lente au départ, en forçant avec de grandes foulées
Les jambes ne se déplient pas en descendant du vélo, beaucoup ont l’instinct de « forcer de grandes foulées », ce qui bloque encore plus et augmente le risque de blessure.
Correction : Pendant les 2 à 3 premières minutes de course, adopte délibérément une cadence élevée et des foulées courtes (imagine de petits pas rapides), pour que le système nerveux retrouve d’abord le rythme de la course, puis augmente progressivement l’amplitude des foulées une fois que les jambes « se réveillent ». Cette astuce fonctionne presque immédiatement sur tous mes élèves.
Erreur 4 : utiliser le ravitaillement pour la première fois le jour de la course
C’est le piège le plus douloureux. J’ai vu des athlètes utiliser un gel énergétique jamais testé en course, et leur estomac a protesté pendant le segment course, les obligeant à passer par les toilettes et à perdre des places.
Correction : Tous les produits de ravitaillement que tu utiliseras en course doivent être testés lors de tes bricks longs. Tu dois savoir combien ton estomac peut absorber sous fatigue et chaleur, quelle marque te dérange, à quelle fréquence tu dois t’approvisionner. La nourriture est facile à trouver à Taïwan, mais les gels énergétiques et les comprimés de sel de course, tu dois absolument les tester toi-même à l’entraînement.
Erreur 5 : fréquence trop élevée, faire du brick une routine quotidienne
Le brick est une charge importante, en faire tous les jours accumule la fatigue, augmente le risque de blessure et nuit à la qualité de l’entraînement.
Correction : Reviens au tableau des fréquences ci-dessus. La qualité prime sur la quantité, un brick de haute qualité par semaine vaut bien mieux que trois bricks épuisants et bâclés.
Erreur 6 : s’entraîner uniquement aux heures fraîches, alors que la course a lieu en plein midi
C’est un point que les athlètes taïwanais négligent particulièrement. Beaucoup choisissent toujours l’aube ou le soir pour faire leurs bricks afin de « courir confortablement », et le jour de la course, ils s’effondrent face à la chaleur de midi. La plupart des triathlons à Taïwan (surtout dans le sud) ont leur segment course aux heures les plus chaudes de la journée, et avec la déshydratation après le vélo, ces jambes en brique sont démultipliées par la chaleur.
Correction : Programme au moins quelques bricks à des horaires proches de ceux de la course et dans des conditions de température proches, pour que le corps développe l’adaptation à la chaleur et l’efficacité de la transpiration. Ce n’est pas du masochisme, c’est transformer l’environnement chaud et humide de Taïwan en un atout d’entraînement. Assure-toi aussi de répéter le rythme d’hydratation et d’apport en électrolytes.
VII. Recommandations d’action par niveau
Pour finir, je résume tout ce qui précède en une liste que tu peux « commencer dès demain ».
Si tu es débutant en triathlon (objectif : finir)
- 1 brick d’initiation par semaine : 40 min de vélo Zone 2 + 10 min de course légère.
- L’objectif n’est pas la vitesse, c’est que le corps se souvienne que « après le vélo, on court ».
- Entraîne la transition rapide : prépare tes chaussures, commence à courir dans les 90 secondes après le vélo.
- Au départ, cadence élevée et foulées courtes, ne force pas de grandes foulées.
- Trouve une piste cyclable le long d’une rivière, un parcours sûr et sans interruption.
Si tu es de niveau intermédiaire en distance olympique (objectif : battre ton record)
- 1 brick par semaine, en alternant adaptation et intensité.
- Le brick d’intensité doit avoir un objectif d’allure de course clair, pour travailler « la véritable allure sous fatigue ».
- Commence à intégrer la brique continue miniature (alternance vélo-course) pour accélérer la commutation nerveuse.
- Fais ton dernier brick de qualité 10–14 jours avant la course, puis réduis la charge.
Si tu prépares un 70.3 ou un Ironman (objectif : finir ou atteindre un temps)
- 1 brick long toutes les 2–3 semaines, en mettant l’accent sur la gestion du glycogène et la simulation de ravitaillement.
- Le brick long clé d’un Ironman se place 4–6 semaines avant la course, puis laisse suffisamment de temps de récupération.
- Entraîne-toi délibérément aux heures chaudes pour l’adaptation à la chaleur (l’avantage naturel des athlètes taïwanais).
- Teste chaque produit de ravitaillement du jour de la course dans tes bricks longs jusqu’à ce que ce soit parfait.
- Pendant l’affûtage, ne garde qu’un très court brick de réveil, et aucun brick dans les 3 jours précédant la course.
VIII. Les 8 questions les plus fréquentes sur le brick (FAQ)
Ce sont les questions que mes athlètes posent à répétition dans les groupes LINE depuis des années, je te les regroupe ici.
Q1 : Faut-il vraiment courir immédiatement après le vélo ? Puis-je boire une gorgée ou aller aux toilettes entre les deux ?
Boire une gorgée d’eau et faire rapidement les gestes de transition est acceptable, l’important est de ne pas laisser la pause dépasser 1 à 2 minutes. Si tu te reposes trop longtemps, le flux sanguin et la fréquence cardiaque « se stabilisent », et ce n’est plus un brick, mais deux séances indépendantes. La technique de transition doit aussi s’entraîner, je recommande donc de considérer boire, préparer les chaussures, etc., comme faisant partie du processus de transition T2 à répéter.
Q2 : Puis-je faire du brick sur un home-trainer (rouleau ou direct drive) ?
Absolument, et c’est très utile pour les après-midis d’été à Taïwan avec orages, ou les jours de mauvaise qualité de l’air. Après le home-trainer, tu changes de chaussures et tu sors courir, ou tu enchaînes sur un tapis de course. L’avantage du home-trainer est un contrôle précis de l’intensité, l’inconvénient est l’absence de résistance au vent et de changements de position du plein air, donc dans les semaines précédant la course, il vaut mieux prévoir quelques bricks en extérieur pour que le corps s’adapte aux conditions réelles.
Q3 : Puis-je ne faire que du brick et pas de course à pied seule ?
Non. Le brick est une « séance de transition spécifique », mais tes « capacités de base » en course (vitesse, moteur aérobie, force) doivent être construites avec des séances de course seules. Considère le brick comme une partie de ton entraînement de course, pas comme la totalité. Une semaine type est : plusieurs séances de natation/vélo/course seules + un brick, c’est comme ça que c’est complet.
Q4 : Le « reverse brick » (course puis vélo) est-il nécessaire ?
Pour la grande majorité des athlètes dont la course est dans l’ordre natation-vélo-course, il faut prioriser l’entraînement « vélo puis course ». Le brick inversé (course puis vélo) est utile dans certains objectifs d’entraînement spécifiques, mais ce n’est pas un indispensable. Concentre ton énergie d’entraînement limitée sur l’ordre que tu rencontreras réellement en course.
Q5 : Je suis particulièrement courbaturé le lendemain d’un brick, est-ce normal ?
Oui. Le brick accumule la fatigue du vélo et de la course, et comme la course sous fatigue a une charge excentrique plus importante, les courbatures sont normales. C’est aussi pourquoi la fréquence ne doit pas être trop élevée. Si les courbatures durent plus de 3 jours ou affectent ta vie quotidienne, cela signifie que l’intensité ou le volume de la séance était trop élevé, il faut réduire la prochaine fois.
Q6 : Je n’ai ni capteur de puissance ni ceinture cardio, puis-je quand même m’entraîner ?
Oui. Le RPE (taux d’effort perçu, 1–10) est largement suffisant. Pour un brick d’adaptation, vise un RPE de 5–6 sur le vélo, et 7–8 pour un brick d’intensité. La perception humaine de « l’effort » est en réalité très fiable, ne t’abstiens pas de t’entraîner parce que tu n’as pas d’équipement.
Q7 : Que manger avant et après un brick ?
Cela dépend de la durée de la séance. Un brick court d’adaptation ne nécessite pas de ravitaillement particulier ; mais un brick long doit absolument simuler le ravitaillement de course pendant la séance — c’est l’une de ses plus grandes valeurs. Dans les 30 à 60 minutes après l’entraînement, consomme des glucides et des protéines pour reconstituer le glycogène et favoriser la réparation. La nourriture est facile à trouver à Taïwan, un onigiri avec un lait de soja non sucré, ou un bol de riz braisé avec un œuf au thé, sont de bons repas de récupération.
Q8 : Je suis un pur coureur / un pur cycliste qui veut passer au triathlon, le brick sera-t-il plus dur pour moi ?
En général, un pur cycliste qui passe au triathlon ressentira particulièrement les jambes en brique (car il n’est pas habitué à courir sous fatigue) ; un pur coureur, lui, épuise souvent trop ses jambes dès le segment vélo. Les deux types ont besoin du brick, mais il faut être plus prudent au début, commencer par le brick d’adaptation le plus court, et laisser le corps découvrir progressivement ce nouvel état de transition.
Conclusion : transformer la douleur en ton arme
Revenons à Xiao Lin du début. Je lui ai construit un plan de 8 semaines avec un brick par semaine, de l’adaptation à l’intensité progressive. À la 9ème semaine, il a fait un triathlon distance olympique, et son segment course n’était que de moins de 3 minutes plus lent que sa course seule — par rapport aux 8 à 10 minutes de retard initial, le progrès était très net. Il m’a envoyé un message : « Coach, les jambes en béton sont toujours là, mais cette fois je savais que ça allait passer, alors je n’ai pas paniqué. »
C’est l’essence de l’entraînement brick. Ces jambes en béton ne disparaîtront jamais complètement — c’est une nécessité physiologique : le flux sanguin doit être redistribué, le schéma moteur musculaire doit basculer, le carburant est déjà partiellement brûlé. Mais tu peux, par l’entraînement, raccourcir cette douleur, maintenir ton allure même dans la souffrance, et empêcher ton mental d’être brisé.
Quand tes adversaires s’effondrent dans la zone de transition, désemparés dans les 2 premiers kilomètres de course, toi tu t’es entraîné à glisser en douceur dans ton rythme et à les dépasser. La capacité de transition a toujours été la technique la plus sous-estimée du triathlon, et pourtant celle qui fait le plus la différence.
La prochaine fois que tu sautes du vélo, souviens-toi — ce n’est pas que tu n’es pas assez fort, c’est ton corps qui te parle. Et toi, tu sais déjà comment lui répondre.
Si je devais conclure en une phrase pour toi qui lis cet article : le triathlon n’est pas la somme de trois sports indépendants, c’est l’art de la transition. Celui qui gère plus en douceur les coutures entre la natation et le vélo, puis entre le vélo et la course, avancera régulièrement pendant que les autres s’effondrent. Et le brick est l’outil le plus direct et le plus honnête pour perfectionner cet art. Va t’entraîner, ces jambes en béton n’attendent que d’être apprivoisées.
Cet article est un contenu éducatif et ne remplace pas une évaluation individuelle par un médecin, un kinésithérapeute ou un nutritionniste.
Références
- USA Triathlon — How to Use Brick Workouts in Triathlon Training : https://www.usatriathlon.org/articles/training-tips/how-to-use-brick-workouts-in-triathlon-training
- Sports Performance Bulletin — Triathlon training: improving the bike-run transition during competition : https://www.sportsperformancebulletin.com/training/techniques/triathlon-training-improving-the-bike-run-transition-during-competition
- PMC — Discovering the sluggishness of triathlon running (attractor method, bike-run transition) : https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC9802668/
- PMC — Effects of Cycling on Subsequent Running Performance, Stride Length, and Muscle Oxygen Saturation in Triathletes : https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC6572577/
- IRONMAN 70.3 Kenting Taiwan (informations sur la distance et le parcours) : https://www.k226.com/events/eventitem.aspx?id=1864
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