Contourner la montagne par l'arrière : 7,7 km à travers Ura-Rokkō, entre hortensias, forêts profondes et une source thermale millénaire

Le mont Rokkō a deux visages.
Celui qui fait face au port de Kobe, à la mer et au soleil, c’est l’« Omote » — animé, ouvert, admiré par la ville. Et celui qui se trouve derrière la montagne, face à Arima Onsen, face à l’ombre des arbres et à la tranquillité, c’est l’« Ura ». Le Ura-Rokkō, qui grimpe d’Arimaguchi jusqu’au Kinenhidai, 7,7 kilomètres, 506 mètres de dénivelé, 6,5 % de pente moyenne — c’est une route moins ostentatoire, mais bien plus riche de sens.
Elle ne vous serre pas la gorge dès le départ comme l’Omote-Rokkō. Elle ressemble davantage à un vieil ami peu bavard, qui vous accompagne régulièrement sur un long chemin, vous offrant au passage des hortensias, la fraîcheur de la forêt, et, à l’arrivée, une source chaude qui efface la fatigue. Cet article ne parle pas de puissance, ni d’allure. Ce que je veux dire, c’est — pourquoi tant de gens préfèrent-ils contourner le dos de la montagne pour gravir cette route de l’« Ura » ?
Départ d’une ville thermale millénaire
L’histoire du Ura-Rokkō est indissociable d’« Arima Onsen ».
Arima est l’une des plus anciennes villes thermales du Japon, son histoire remontant à plus de mille ans. La légende raconte qu’elle fut découverte par les dieux, chérie par les empereurs, shoguns et lettrés de chaque époque, et Toyotomi Hideyoshi en était un habitué. Son « Kinsen » (source d’or) a une teinte brun-rouille, comme ferrugineuse, et serait particulièrement efficace contre la fatigue musculaire et osseuse ; le « Ginsen » (source d’argent), lui, est limpide et transparent. Pour un cycliste, existe-t-il une fin de parcours plus luxueuse que « pouvoir se baigner dans une source chaude millénaire après avoir gravi la montagne » ?
Ainsi, la pratique du vélo sur le Ura-Rokkō porte dès le départ une allure posée, sans hâte. Vous n’êtes pas là pour battre un record, vous êtes là pour parcourir un chemin, gravir une montagne, puis prendre un bon bain thermal. Cet état d’esprit correspond justement au caractère de cette route — elle ne vous force jamais, elle monte simplement, régulièrement.
La « Route des Hortensias » : une montée fleurie d’hortensias
La Ura-Rokkō Driveway possède un très joli surnom — la Route des Hortensias (Ajisai Road).
Car une grande quantité d’hortensias y est plantée le long de la route. Chaque année en juin, le Japon entre dans sa saison des pluies. Pendant que d’autres se plaignent de la pluie, les cyclistes de Rokkō, eux, l’attendent avec impatience — car c’est la pleine saison des hortensias. Sous la pluie fine, les hortensias bleus, violets, roses, fleurissent en touffes le long du bord de la route qui monte, des gouttelettes suspendues aux pétales, et la route entière semble avoir été soigneusement parée.
J’ai toujours pensé que gravir le Ura-Rokkō pendant la saison des pluies est une expérience très particulière. L’air est humide, l’odeur de la forêt est particulièrement forte, et les hortensias semblent encore plus éclatants sous le ciel grisâtre. Vous pédalez vers le haut en haletant, enveloppé par la mer de fleurs des deux côtés — la peine de la montée se teinte soudain de couleurs.
C’est ce que l’Omote-Rokkō ne peut pas offrir. L’Omote-Rokkō a la mer, la vue nocturne, la majesté de la ville ; le Ura-Rokkō a les fleurs, la forêt, l’odeur de la terre après la pluie. Les deux faces d’une même montagne, si différentes l’une de l’autre.
Le rythme dans la forêt, et la solitude avec soi-même
La pente du Ura-Rokkō est honnête, sa moyenne de 6,5 % vous accompagne du début à la fin. Pas de mur assez raide pour vous faire craquer, pas de plat pour vous permettre de paresser — juste des sections, régulières, qui montent.
Cette « régularité » transforme la montée en un état proche de la méditation.
Lorsque la pente est uniforme et la route silencieuse, vos pensées se déposent lentement. Les dix premières minutes, vous pensez peut-être encore au travail, aux tracas de la vie ; dix minutes plus tard, ces pensées sont peu à peu polies par le rythme des coups de pédale, et il ne reste plus que la respiration, le bruit de la chaîne, et les ombres des arbres qui défilent devant vous.
L’ombre des arbres sur le Ura-Rokkō est profonde, surtout sur les sections nord à l’ombre, où même en été la fraîcheur se fait sentir. La lumière du soleil est tamisée par la canopée en taches de lumière au sol, et parfois une brise traverse la forêt, apportant l’odeur des plantes. Dans ces moments-là, 7,7 kilomètres ne semblent pas du tout longs — vous souhaiteriez même que ce soit plus long.
Tous les 100 mètres, un panneau de distance se trouve au bord de la route, comme si la forêt comptait le chemin du retour pour vous. En voyant les chiffres diminuer un à un, vous ressentez une sensation d’être doucement accompagné — vous ne grimpez pas seul, cette route sait toujours où vous en êtes.
Le Kinenhidai : un mémorial sur la crête
En atteignant le sommet, vous arrivez au Kinenhidai (Plateau du Mémorial).
Derrière ce nom se cache un souvenir de l’histoire moderne du mont Rokkō. Il commémore un homme d’affaires britannique, A.H. Groom — à la fin du XIXe siècle, il ouvrit des villas et construisit des installations sur le mont Rokkō, considéré comme une figure clé du développement de Rokkō en tant que station d’altitude moderne. On peut dire que si les habitants de Kobe ont aujourd’hui ce « jardin arrière de la ville », cet étranger d’il y a plus d’un siècle y est pour beaucoup.
Debout sur le Kinenhidai, vous réalisez que les 7,7 kilomètres que vous venez de gravir ne sont pas qu’une simple pente, mais une montagne patiemment aménagée par de nombreuses personnes pendant plus d’un siècle. Chaque centimètre d’asphalte que vous avez foulé recèle les histoires d’autres.
Sur la crête, l’air est frais et la vue dégagée. Vous pouvez vous reposer un moment ici, regarder les nuages, regarder les montagnes, et laisser la chaleur de la montée se dissiper lentement de votre corps.
La récompense de la descente : une source d’or millénaire
La conclusion parfaite du Ura-Rokkō est de redescendre à Arima Onsen et de se baigner dans une source chaude.
En redescendant d’un côté du Kinenhidai, la route sinueuse vous ramène à cette ville thermale millénaire. Garez votre vélo, entrez dans un bain public, enlevez votre maillot trempé de sueur, et plongez tout entier dans cette source d’or brun-rouille — la détente de cet instant, seuls ceux qui ont gravi la montagne à vélo la comprennent.
L’eau chaude enveloppe vos jambes qui brûlaient encore, et la courbature se dissout peu à peu. Vous vous souvenez qu’il y a deux heures, vous haletiez encore parmi les hortensias ; et maintenant, vous êtes immergé dans la même source chaude que des gens y ont goûtée il y a mille ans. Le temps, la montagne, les fleurs, l’eau, tout est relié en cet instant.
Après le bain, dégustez un bol de spécialité locale bien chaud et buvez une boisson bien fraîche. Une journée comme celle-ci est si parfaite qu’elle en paraît irréelle.
Le Ura-Rokkō au fil des saisons
- Au printemps, les jeunes feuilles verdoyantes naissent dans la montagne, l’air est pur, c’est la bonne saison pour recommencer à pédaler.
- En été, pendant que d’autres sont rôtis par la chaleur en ville, vous profitez de la brise fraîche dans l’ombre profonde du Ura-Rokkō ; en juin, la mer d’hortensias vous accompagne.
- En automne, Rokkō revêt ses feuilles rouges, et l’air frais transforme la montée en un pur plaisir.
- En hiver, le Ura-Rokkō, côté nord à l’ombre, est plus froid, la neige peut même s’accumuler en altitude, mais cette quiétude a aussi une beauté solitaire et altière — réservée toutefois à ceux qui ont assez d’expérience et d’équipement.
À voir aux alentours : tisser montagne, fleurs, source chaude et gastronomie en une journée
Le charme du Ura-Rokkō réside dans sa capacité à s’intégrer facilement dans une journée de voyage cycliste au Kansai.
Vous pouvez partir le matin du centre-ville de Kobe, gravir l’Omote-Rokkō jusqu’à la crête, puis redescendre par le Ura-Rokkō jusqu’à Arima Onsen ; ou faire l’inverse, gravir d’abord le Ura-Rokkō, prendre un bain, puis revenir à Kobe par un autre itinéraire. Quelle que soit l’organisation, Arima Onsen est cette raison qui donne envie de pédaler quelques kilomètres de plus.
Après le bain et le repas, en fin d’après-midi, redescendez tranquillement vers Kobe par la route de montagne, en regardant le coucher de soleil teinter tout le Rokkō en or — vous trouverez alors que contourner le dos de la montagne fut une décision vraiment précieuse.
Épilogue : pourquoi choisir l’« Ura »
L’Omote-Rokkō a sa majesté, la mer, la ville, la vue nocturne à un million de dollars. Mais il y a toujours des gens qui choisissent de contourner le dos de la montagne pour gravir cette route silencieuse de l’« Ura ».
Car ce que donne le Ura-Rokkō, c’est autre chose. Ce sont les hortensias sous la pluie de juin, la brise fraîche et la solitude dans la forêt profonde, un mémorial centenaire sur la crête, une source chaude millénaire au pied de la montagne. Il n’est pas ostentatoire, mais il est durable ; il ne vous force pas, mais il vous donne envie de ne jamais vous arrêter.
7,7 kilomètres, 506 mètres de dénivelé. Des chiffres bien ordinaires.
Mais une fois que vous l’avez gravi, vous comprenez — certaines routes méritent qu’on contourne le dos de la montagne pour les parcourir.
Données de l’itinéraire : Ura-Rokkō, d’Arimaguchi au Kinenhidai, distance 7,7 km, dénivelé total 506 m, pente moyenne 6,5 %, ville de Kobe, préfecture de Hyogo, montée d’endurance sur le versant nord du mont Rokkō, bordée d’hortensias et accompagnée de la source chaude millénaire d’Arima.
Arima Onsen : mille ans de guérison, cachés derrière la montagne
Pour parler de l’âme du Ura-Rokkō, on ne peut pas éviter la ville thermale millénaire à son pied — Arima.
L’histoire d’Arima Onsen remonte à plus de mille trois cents ans, c’est l’une des sources chaudes les plus anciennes du Japon, classée avec Kusatsu et Shirohige parmi les « Trois grandes sources du Japon ». La légende raconte qu’elle fut découverte dans des temps reculés, et que les empereurs, nobles, moines et guerriers de chaque époque l’ont visitée. Toyotomi Hideyoshi, à l’époque des Royaumes combattants, en était le plus grand fan — non seulement il y venait souvent pour des bains curatifs, mais il a aussi beaucoup fait aménager Arima, en faisant la station thermale la plus réputée de son temps. Aujourd’hui encore, Arima conserve de nombreux sites historiques et légendes liés à Hideyoshi.
Ce qui rend Arima célèbre, ce sont ses « Kinsen » et « Ginsen ». Le Kinsen contient du fer et du sel, et s’oxyde au contact de l’air en une couleur brun-rouille ; on dit qu’il est particulièrement efficace contre les douleurs musculaires et osseuses et les extrémités froides — pour un cycliste qui vient de gravir une montagne, les jambes gonflées, c’est une thérapie sur mesure. Le Ginsen, lui, est limpide, contient du carbonate et du radium, et sa texture est douce. La conclusion la plus parfaite d’une excursion à vélo sur le Ura-Rokkō est de commencer par un bain de Kinsen pour détendre les muscles, puis un bain de Ginsen pour relaxer le corps et l’esprit.
Quand vous savez que cette source dans laquelle vous vous baignez a apaisé la fatigue d’innombrables voyageurs depuis plus de mille ans — des pèlerins de l’Antiquité à Hideyoshi, jusqu’à vous, couvert de sueur aujourd’hui — cette sensation d’« être relié à l’histoire » donne à la température de cette source une profondeur particulière.
La philosophie saisonnière des hortensias : trouver la beauté dans la pluie que les autres détestent
Le Ura-Rokkō est surnommé la « Route des Hortensias », et cela recèle en soi une esthétique très japonaise.
L’épanouissement des hortensias (ajisai) coïncide avec la saison des pluies du Japon — la période la plus humide, la plus maussade, celle où la plupart des gens ne veulent pas sortir. La pluie fine incessante, l’air étouffant, les vêtements qui ne sèchent pas, la saison des pluies est pour beaucoup une période à « endurer ».
Mais les Japonais ont trouvé la beauté propre à cette saison la moins appréciée — l’hortensia. Cette fleur a justement la particularité de s’épanouir sous la pluie ; plus la pluie est abondante, plus elle fleurit pleinement. Les boules de fleurs bleues, violettes, roses, ornées de gouttes de pluie cristallines, paraissent d’autant plus éclatantes et émouvantes sous le ciel grisâtre. Ainsi, la saison des pluies n’est plus seulement une période à endurer, elle devient la saison des hortensias, un paysage unique, humide et poétique de l’année.
En pédalant sous la pluie sur le Ura-Rokkō, je suis souvent ému par cette esthétique. Pendant que d’autres se plaignent du temps à l’intérieur, vous, au milieu des fleurs et de la pluie fine, vivez une beauté pleine et paisible qui n’existe qu’ici et maintenant. C’est une sagesse de changement de perspective — toute beauté n’a pas besoin de soleil. Parfois, les paysages les plus émouvants se cachent précisément dans la pluie que les autres fuient.
Le Ura-Rokkō, avec toute une pente fleurie d’hortensias, m’a silencieusement appris ceci : celui qui sait chercher la beauté dans les saisons imparfaites peut posséder toutes les saisons.
Le souvenir étranger du Kinenhidai : un Anglais et une montagne
Le Kinenhidai, point d’arrivée du Ura-Rokkō, commémore un homme d’affaires britannique de la fin du XIXe siècle, A.H. Groom.
Cette histoire recèle un tournant clé de la modernisation du mont Rokkō. Après l’ouverture du port de Kobe, de nombreux résidents étrangers y affluèrent, et Groom en faisait partie. Il tomba profondément amoureux du mont Rokkō, y ouvrit des villas, construisit des routes, aménagea des installations, et y établit même le premier terrain de golf du Japon. On peut dire que ce sont des étrangers comme Groom qui ont apporté sur Rokkō la culture occidentale de la villégiature, des loisirs et des sports de plein air, transformant cette montagne autrefois simple en ce « jardin arrière de la ville » dont les habitants de Kobe sont fiers.
Debout sur le Kinenhidai, je pense souvent à cette connexion qui traverse les frontières. Un homme d’affaires venu d’une Angleterre lointaine, parce qu’il est tombé amoureux d’une montagne en terre étrangère, a lié la seconde moitié de sa vie à cette montagne, et est encore commémoré cent ans plus tard. N’est-ce pas une autre forme de « lien avec la montagne » ?
Et moi aujourd’hui, un cycliste venu de Taïwan, je suis également venu ici par amour de la montagne, gravissant cette montagne qu’un Anglais a profondément aimée — les époques se croisent, mais c’est le même amour de la montagne qui nous relie. La montagne, vraiment, peut transcender les frontières et les époques, et relier les gens de la manière la plus pure.
Le Ura-Rokkō au fil des saisons : quatre humeurs d’une même route
- Au printemps, la verdure nouvelle du Ura-Rokkō, côté nord, arrive un peu plus tard, mais lorsque les jeunes feuilles finissent par recouvrir la forêt, cette vitalité est particulièrement précieuse. L’air est vif et pur, c’est la saison du nouveau départ.
- En été, pendant que les cyclistes de l’Omote-Rokkō transpirent sur les pentes ensoleillées, la forêt profonde du Ura-Rokkō offre la fraîcheur de son versant nord à l’ombre. En juin, la mer d’hortensias vous accompagne, c’est la période de montée la plus charmante de l’année.
- En automne, Rokkō revêt ses feuilles rouges, et le Ura-Rokkō, côté nord, se pare de couleurs flamboyantes dans l’air frais et sec. Après la montée, redescendre à Arima pour un bain et admirer les feuilles rouges, c’est le summum du voyage cycliste automnal.
- En hiver, le Ura-Rokkō, côté nord à l’ombre, est plus froid que le versant sud, et la neige peut même s’accumuler en altitude. En cette saison, le Ura-Rokkō appartient à la minorité de cyclistes qui ne craignent pas le froid — mais cette quiétude et cette altitude, accompagnées d’un bain brûlant à Arima Onsen, ont un goût inoubliable.
Après l’épilogue : à propos de « la route difficile à choisir »
Dans la vie, nous avons souvent deux choix : une route animée, mainstream, recommandée par tous ; et une route silencieuse, confidentielle, qui demande de faire un détour.
L’Omote-Rokkō et le Ura-Rokkō sont, en un sens, une métaphore de cela. La plupart des gens choisissent l’Omote-Rokkō — il est classique, majestueux, avec sa vue nocturne à un million de dollars. Mais il y a toujours des gens qui acceptent de contourner le dos de la montagne pour emprunter la route silencieuse de l’Ura.
Et je crois de plus en plus que ceux qui acceptent de faire un détour voient souvent des paysages que les autres ne voient pas. La pluie des hortensias, la solitude de la forêt profonde, la guérison de la source chaude millénaire, un lien avec la montagne qui traverse les frontières — ce sont là les cadeaux que le Ura-Rokkō réserve à ceux qui acceptent de faire un détour.
Alors, si vous aussi vous hésitez souvent aux carrefours de la vie — n’hésitez pas, de temps en temps, à choisir la route silencieuse, celle qui demande un petit détour. Vous irez peut-être un peu plus lentement, mais vous verrez plus profondément. Et au bout du chemin, il y aura peut-être une source chaude qui attend de laver toute votre fatigue, et de vous murmurer : ce détour en valait la peine.
Puissions-nous tous, aux carrefours de la vie, avoir parfois le courage de choisir de contourner le dos de la montagne.
Le poids d’un bol de soupe : les souvenirs gustatifs d’un voyage à vélo
Si la source chaude est la guérison physique du voyage à vélo sur le Ura-Rokkō, la gastronomie des environs d’Arima en est le point final gustatif.
Après la montée et le bain, le corps affamé éprouve un désir presque religieux pour la nourriture. Dans ces moments-là, n’importe quel plat chaud semble avoir une signification sacrée. J’aime particulièrement, après le bain, trouver une petite échoppe dans la rue thermale et commander un bol de nouilles ou un donburi bien chaud, accompagné d’une boisson bien fraîche. Lorsque le bouillon chaud glisse dans l’estomac vidé par la montée, cette satisfaction, aucun mets raffiné ne peut la donner en temps normal.
Les cyclistes le savent tous — la nourriture après l’effort est toujours particulièrement bonne. Non pas parce que le plat en lui-même est raffiné, mais parce que votre corps en a véritablement « besoin », parce que vous avez gagné le droit à ce repas avec une journée entière de sueur. Cette « saveur gagnée par ses propres efforts » est ce qu’il y a de plus émouvant dans la gastronomie du voyage à vélo.
Les environs d’Arima regorgent également de spécialités à goûter — les manjū de source chaude, les senbei au charbon, et toutes sortes de douceurs préparées avec l’eau de la source locale. Achetez-en un paquet comme souvenir, ou dégustez-les en flânant dans la rue thermale, pour que vos papilles se souviennent aussi de ce voyage. Des années plus tard, lorsque vous retrouverez un goût similaire, vous vous souviendrez peut-être de ce jour : la pluie des hortensias, la fraîcheur de la forêt, la chaleur du Kinsen, et ce plat chaud, incroyablement savoureux, dégusté dans un état d’épuisement total.
La nourriture est le vecteur le plus fidèle de la mémoire. Et un bon voyage à vélo laisse toujours, dans vos papilles, un arrière-goût qui persiste longtemps.
À ceux qui ne sont pas encore partis
Peut-être êtes-vous en train de lire cet article, en vous demandant s’il faut inclure le Ura-Rokkō dans votre voyage. Peut-être hésitez-vous un peu — ce n’est pas la route la plus célèbre, le détour prend du temps, est-ce que ça en vaut la peine ?
Je veux vous dire : oui, ça en vaut la peine.
Ce que donne le Ura-Rokkō, c’est une beauté qui demande à être appréciée avec un esprit apaisé. Il ne vous éblouit pas instantanément avec des paysages grandioses, mais avec sa pente longue, la fraîcheur de la forêt profonde, les hortensias sous la pluie, et la chaleur de la source chaude millénaire, il infuse lentement, couche après couche, sa bonté dans votre cœur. Cette beauté demande de ralentir, d’accepter de faire un détour, de prendre une journée entière pour la savourer.
Et lorsque vous l’aurez vraiment parcourue, vous découvrirez que ces détours et ce temps que vous avez accepté d’y consacrer sont devenus les souvenirs les plus précieux. La pluie des hortensias restera dans votre esprit, la chaleur du Kinsen restera sur votre peau, et la quiétude de cette solitude avec vous-même dans la forêt profonde restera longtemps dans votre cœur.
Alors, n’hésitez plus. Préparez votre vélo, vos provisions, et votre cœur prêt à ralentir, et contournez le dos du mont Rokkō. Le Ura-Rokkō et sa ville thermale millénaire à son pied vous attendent tranquillement, prêts à offrir à chaque voyageur qui accepte de faire un détour un cadeau long et profond.
Nous nous retrouvons, de l’autre côté de la montagne.
La source chaude étrangère, la montagne natale
En tant que cycliste taïwanais, immergé dans le Kinsen d’Arima, je pense souvent aux montagnes et aux sources de mon pays.
Taïwan est aussi, en réalité, une île de sources chaudes. De Beitou, Yangmingshan, à Guguan, Lushan, Zhiben, nous avons aussi nos propres itinéraires où l’on peut se baigner après une montée. Mais je ne sais pourquoi, lorsque l’on se baigne à l’étranger, la nostalgie du pays natal est toujours plus vive. Peut-être parce que, lorsque l’on est dans un environnement inconnu, les choses familières de nos souvenirs ressortent avec plus de chaleur.
Immergé dans cette source millénaire au pied du Ura-Rokkō, je pense aux montagnes de Taïwan, aux sources de Taïwan, aux amis avec qui j’ai pédalé là-bas. Je me souviens que nous aussi, un week-end, après avoir gravi une pente, nous nous glissions dans un bain public en montagne, discutant dans l’eau chaude de la difficulté de la montée. Ces images, et cet Arima d’aujourd’hui, séparés par un océan, se superposent étrangement dans ce rituel commun de « montée + bain thermal ».
C’est la magie du vélo — il vous emmène très loin, mais vous permet toujours de retrouver, en terre étrangère, des choses qui résonnent avec votre pays. Les hortensias du Ura-Rokkō me rappellent les fleurs sauvages des montagnes de Taïwan ; le Kinsen d’Arima me rappelle l’odeur de soufre de Beitou ; l’histoire de l’Anglais du Kinenhidai me rappelle les traces historiques tout aussi exotiques dans les montagnes de Taïwan.
La montagne et la source chaude sont une guérison commune à l’humanité. Que ce soit au Japon ou à Taïwan, nous cherchons tous le réconfort de la nature de la même manière — en conquérant une pente à la force des jambes, puis en dissolvant la fatigue du corps dans une source chaude. Cette communion fait que, dans une source chaude étrangère, je ne me sens pas seul.
Si vous êtes aussi un cycliste taïwanais, après votre bain au pied du Ura-Rokkō, pensez aussi aux montagnes et aux sources de votre pays. Puis rentrez chez vous avec cette pensée, et un week-end, allez redécouvrir notre propre île aux sources chaudes. Après tout, la meilleure guérison se cache parfois dans la montagne la plus proche de chez soi.
Le Ura-Rokkō m’a appris à aimer les détours, et m’a aussi appris à mieux me retourner vers mon pays. C’est peut-être là le plus précieux des enseignements d’un voyage à vélo en terre étrangère.
Une route, trois choses qu’elle m’a apprises
Après avoir gravi le Ura-Rokkō, je me demande souvent ce que cette route silencieuse m’a réellement donné. En résumé, trois choses.
La première, c’est la patience. Le Ura-Rokkō n’a pas le drame d’un mur raide ; avec ses 7,7 kilomètres de pente régulière, il vous force à apprendre à composer avec la monotonie, à faire la paix avec un processus long. Cette patience s’infiltre discrètement dans votre vie — elle vous rend plus capable de supporter les efforts dont on ne voit pas la fin, et vous fait croire qu’en avançant régulièrement, mètre après mètre, on finit par arriver.
La deuxième, c’est le changement de perspective. Pendant que d’autres se plaignent de la saison des pluies, le Ura-Rokkō se couvre d’hortensias sous la pluie. Cette route m’a appris que la beauté n’appartient jamais qu’aux beaux jours ; celui qui sait trouver le beau dans l’imperfection peut véritablement posséder tous ses jours. Cette capacité à changer de perspective est plus précieuse que n’importe quelle condition physique pour pédaler longtemps et vivre avec sérénité.
La troisième, c’est savoir se récompenser. Redescendre du Ura-Rokkō pour se baigner dans un Kinsen, c’est la leçon la plus douce que cette route m’ait enseignée — après l’effort, il faut savoir bien se traiter. Nous sommes souvent trop durs avec nous-mêmes, dès qu’un objectif est atteint, nous courons après le suivant, oubliant de nous arrêter pour embrasser celui qui a tant donné. Le Ura-Rokkō et sa source chaude à son pied me rappellent : la peine est au service d’une meilleure jouissance, et la jouissance est elle-même l’un des sens de l’effort.
Ces trois choses — la patience, le changement de perspective, se récompenser — semblent simples, mais ce sont des compréhensions que j’ai gagnées goutte à goutte avec ma sueur sur d’innombrables pentes. Et le Ura-Rokkō est la route qui m’a enseigné ces trois leçons avec le plus de douceur et de complétude.
Si un jour vous la gravissez aussi, je souhaite que vous n’en rameniez pas seulement la fierté d’une ascension accomplie, mais aussi ces trois petites choses qui peuvent réchauffer toute une vie. C’est là, ce qu’une bonne route peut offrir de plus précieux à un cycliste.
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