
Les secrets de l’entraînement du Tour de France : comment les coureurs professionnels se préparent
Le Tour de France, avec ses trois semaines, environ 3 400 kilomètres et plus de 50 000 mètres de dénivelé cumulé, représente le summum de l’endurance humaine. Les coureurs qui parviennent à se hisser sur cette course ont tous traversé une préparation systématique d’une année entière, voire de plusieurs années. Mais comment s’entraînent-ils réellement ? Combien de kilomètres parcourent-ils chaque jour ? Comment organisent-ils l’intensité et la récupération ? Cet article vous plonge dans l’univers de l’entraînement des coureurs professionnels.
La structure d’entraînement annuelle des coureurs professionnels
Le plan d’entraînement des coureurs professionnels de haut niveau repose généralement sur la « périodisation annuelle » (Annual Periodization), qui divise l’année en différentes phases, chacune avec des objectifs d’entraînement clairs.
La période de transition post-saison (octobre-novembre)
Le Tour de France se termine en juillet, mais les coureurs dont la saison est plus longue peuvent courir jusqu’au Tour d’Espagne en octobre. Après la fin de la course, les coureurs ont besoin de 4 à 6 semaines de « récupération active » : arrêt complet de l’entraînement systématique, se contentant de sorties faciles ou de repos total. Pendant cette période, le corps et l’esprit sont épuisés ; le repos forcé est en réalité la clé pour améliorer les performances à long terme.
De nombreux coureurs en profitent pour pratiquer d’autres sports comme la natation, la randonnée ou le ski, afin de maintenir une condition physique de base tout en évitant les blessures liées à la surutilisation de groupes musculaires spécifiques.
La phase de base hivernale (décembre-février)
L’hiver est la période dorée pour construire la base aérobie. La particularité de l’entraînement des coureurs professionnels à ce stade est le « volume à faible intensité » — le kilométrage hebdomadaire peut atteindre 1 000 à 1 400 kilomètres, mais l’intensité se situe principalement dans les zones cardiaques 1 à 2 (soit 55 à 75 % de la fréquence cardiaque maximale).
Derrière ces séances d’apparence facile, l’objectif est de renforcer la densité mitochondriale et d’améliorer l’efficacité de l’oxydation des graisses, afin de poser les fondations physiologiques pour les entraînements à haute intensité ultérieurs. Comme le disent souvent les entraîneurs de puissance : « Plus la base aérobie est solide, plus le plafond de la haute intensité est élevé. »
De nombreux coureurs originaires d’Europe du Nord (comme les coureurs norvégiens et danois) utilisent en hiver des home-trainers intelligents (Smart Trainer) associés à des logiciels de simulation comme Zwift pour maintenir leur entraînement, évitant ainsi les risques de blessure liés aux conditions météorologiques difficiles.
La phase de construction printanière (mars-avril)
Le printemps est le terrain d’essai des stratégies d’équipe. Les coureurs professionnels commencent à participer à des courses par étapes plus modestes (comme Paris-Nice, Tirreno-Adriatico, le Tour de Catalogne), afin de valider les fruits de l’entraînement hivernal, d’ajuster les automatismes tactiques et de laisser le corps s’adapter au rythme d’intensité de la course.
À ce stade, l’entraînement intègre davantage de « séances au seuil » (Threshold Training) et d’« intervalles VO2max » : sous le contrôle précis du capteur de puissance, les coureurs réalisent des efforts soutenus de 5, 8 ou 20 minutes à haute intensité, repoussant systématiquement le seuil lactique et la VO2max.
La période de pointe de la saison (mai-juillet)
Cette période constitue la « fenêtre de pic de forme » pour les coureurs professionnels. Pour garantir une condition optimale lors du Tour de France en juillet, le plan de préparation comprend généralement :
Stage en altitude (Altitude Training Camp) : séjour de 3 à 4 semaines dans une base d’entraînement située entre 1 800 et 2 500 mètres d’altitude, afin de stimuler la production de globules rouges grâce à l’hypoxie et d’améliorer la capacité de transport de l’oxygène. La Sierra Nevada (Espagne), Livigno (Italie) et le Teide (îles Canaries) sont les bases d’altitude les plus prisées.
Simulation des étapes de montagne du Tour : les équipes « reproduisent » à l’entraînement les ascensions clés du Tour de France, en réalisant des répétitions à l’allure cible, afin que les coureurs aient déjà « vu » les terrains décisifs avant la course officielle.
Affûtage avant course (Tapering) : dans les 2 à 3 semaines précédant le départ du Tour, le volume d’entraînement diminue progressivement, tout en maintenant quelques séances à haute intensité pour conserver la vivacité compétitive. Un affûtage excessif peut au contraire faire perdre leurs sensations aux coureurs ; c’est une science qui demande un dosage précis.
Le capteur de puissance : l’outil central de l’entraînement moderne
L’entraînement cycliste professionnel moderne est presque entièrement piloté par le capteur de puissance (Power Meter). La puissance (Watt) est l’indicateur le plus précis de l’intensité de l’entraînement, car elle n’est pas influencée par la météo, le terrain ou le vent, permettant aux coureurs d’exécuter des prescriptions d’entraînement précises dans toutes les conditions.
La FTP (puissance au seuil fonctionnel) des prétendants au classement général du Tour se situe généralement entre 380 et 430 watts, pour un poids de 60 à 70 kilogrammes, soit un ratio puissance/poids (W/kg) d’environ 6,0 à 6,5 W/kg, bien supérieur aux 3 à 4 W/kg des cyclistes amateurs.
Stratégie nutritionnelle : quoi manger, quand manger
Pendant le Tour de France, la dépense énergétique quotidienne des coureurs atteint 7 000 à 9 000 kilocalories, soit l’équivalent de 3 à 4 jours d’apport pour un adulte moyen. Savoir comment reconstituer efficacement cette énergie sans provoquer de troubles gastro-intestinaux est une autre compétence essentielle des coureurs professionnels.
Stratégie de ravitaillement en course : ingestion de 90 à 120 grammes de glucides par heure (combinant glucose et fructose dans un ratio de 2:1), via des gels énergétiques, des barres, des boulettes de riz, ainsi que des bidons récupérés aux ravitaillements.
Nutrition de récupération : dans les 30 minutes suivant chaque étape, absorption immédiate d’une boisson de récupération riche en glucides et en protéines, afin d’accélérer la reconstitution du glycogène musculaire et de préparer l’étape du lendemain.
Sommeil et récupération : l’élément d’entraînement sous-estimé
Les coureurs professionnels ont besoin de 9 à 10 heures de sommeil par nuit, auxquelles s’ajoutent 1 à 2 heures de sieste dans la journée. Le sommeil est la fenêtre d’or pour la réparation musculaire, la régulation hormonale et la récupération nerveuse ; la fatigue accumulée pendant les trois semaines d’intensité du Tour ne peut être efficacement digérée que par un sommeil suffisant.
De nombreuses équipes de haut niveau utilisent également la cryothérapie (bains de glace ou immersion en eau froide), des manchons de compression et des massages corporels complets quotidiens prodigués par des kinésithérapeutes professionnels pour accélérer la récupération, garantissant que les coureurs restent en état de compétition tout au long des trois semaines de course.
Conclusion : se préparer pour le Tour, une histoire qui dure toute l’année
Le moment de la victoire sur le Tour ne dure peut-être que quelques heures, mais l’histoire de la préparation qui se cache derrière s’étend sur une année entière. De l’entraînement de base solitaire de l’hiver, au rodage des courses de printemps, en passant par la transformation du stage en altitude — chaque maillon est indispensable. Comprendre ces secrets d’entraînement nous rend non seulement plus admiratifs du sacrifice des vainqueurs, mais offre également à chaque cycliste taïwanais passionné une source précieuse d’inspiration pour son propre entraînement.
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