Problèmes gastro-intestinaux des athlètes d'endurance : solutions pour la diarrhée en course à pied et les ballonnements à vélo
Problèmes gastro-intestinaux chez les athlètes d’endurance : solutions pour les diarrhées en course à pied et les ballonnements à vélo
Introduction : le sujet que les athlètes préfèrent éviter d’aborder
Si vous avez déjà couru un marathon ou participé à une course cycliste de longue distance, vous avez peut-être vécu ce scénario : au milieu de la compétition, des crampes abdominales soudaines, des sueurs froides, et une recherche frénétique des toilettes les plus proches — ou pire encore, pas le temps d’en trouver.
Ce n’est absolument pas un problème marginal. Les études montrent que 30 à 70 % des athlètes d’endurance ont déjà souffert de troubles gastro-intestinaux pendant l’entraînement ou la compétition, avec la plus forte proportion chez les coureurs. C’est le deuxième facteur affectant la performance en compétition (après les blessures musculo-squelettiques), et l’une des causes les plus fréquentes d’abandon en triathlon.
Les trois mécanismes des troubles gastro-intestinaux à l’effort
1. Ischémie intestinale (hypoperfusion splanchnique)
C’est le mécanisme le plus fondamental. Pendant l’effort, le corps doit prioriser l’apport sanguin vers les muscles qui travaillent :
- Exercice de faible intensité : réduction du flux sanguin intestinal d’environ 20 %
- Exercice d’intensité modérée : réduction d’environ 40 à 60 %
- Exercice de haute intensité (> 70 % VO2max) : réduction de 60 à 80 %
L’ischémie intestinale entraîne :
- Une altération de la fonction de barrière de la muqueuse intestinale (« intestin perméable »)
- Le passage d’endotoxines bactériennes intestinales (LPS) dans la circulation sanguine
- Une réponse inflammatoire systémique
- Des anomalies du péristaltisme intestinal
Dans les cas extrêmes, cela peut conduire à une colite ischémique, avec des selles sanglantes — un phénomène pas si rare chez les marathoniens.
2. Stimulation mécanique
Problèmes spécifiques à la course à pied : les vibrations verticales du corps pendant la course exercent un impact mécanique continu sur l’intestin. Cela explique pourquoi les coureurs souffrent de troubles gastro-intestinaux bien plus souvent que les cyclistes et les nageurs. Les études estiment que le déplacement vertical de l’intestin pendant la course peut atteindre 6 à 8 cm.
Problèmes spécifiques au cyclisme :
- La position de pédalage comprime l’abdomen, en particulier en position aérodynamique (aero position)
- La position penchée prolongée affecte la vidange gastrique
- Les vibrations (en particulier sur les surfaces en gravier ou avec une pression de pneus trop élevée) affectent l’intestin
3. Facteurs liés à la nutrition
La nutrition pendant l’effort peut elle-même déclencher des problèmes :
- Boissons hyperosmolaires : des solutions glucidiques trop concentrées « aspirent » l’eau dans l’intestin, provoquant des diarrhées
- Excès de fructose : la capacité d’absorption intestinale du fructose est limitée (environ 30 à 40 g/h) ; au-delà, cela provoque ballonnements et diarrhées
- Déshydratation : aggrave l’ischémie intestinale
- Caféine : stimule le péristaltisme du côlon (avantage : améliore la performance ; inconvénient : peut précipiter aux toilettes)
- Aliments riches en fibres/graisses : consommés avant la compétition, ils retardent la vidange gastrique
Symptômes du tube digestif supérieur vs inférieur
Symptômes du tube digestif supérieur
- Nausées, vomissements
- Brûlures d’estomac (reflux gastro-œsophagien)
- Ballonnements, éructations
- Douleurs d’estomac
- Fréquents en : cyclisme (compression par la position), natation (déglutition d’air)
Symptômes du tube digestif inférieur
- Crampes abdominales
- Besoin urgent de déféquer
- Diarrhées
- Selles sanglantes (dans les cas graves)
- Fréquents en : course à pied (stimulation mécanique + ischémie)
Stratégies de prévention fondées sur des preuves
1. « Entraînement intestinal » — oui, l’intestin peut aussi s’entraîner
C’est l’un des concepts les plus importants de la nutrition sportive récente : la capacité d’absorption de l’intestin peut être améliorée par l’entraînement.
Concrètement :
- Répéter régulièrement le plan de ravitaillement du jour de course pendant l’entraînement
- Commencer avec de faibles doses de glucides (20 à 30 g/h), puis augmenter de 5 à 10 g toutes les 1 à 2 semaines
- Objectif : atteindre 60 à 90 g/h d’apport glucidique lors des courses longues
- Les études montrent qu’après 2 semaines d’entraînement intestinal, le taux d’absorption des glucides par l’intestin augmente de 30 %, avec une réduction significative de l’inconfort
2. La stratégie du « transport multiple » des glucides
L’absorption intestinale des glucides dépend de transporteurs spécifiques :
- SGLT1 : absorbe le glucose, avec un taux de saturation d’environ 60 g/h
- GLUT5 : absorbe le fructose, avec un taux de saturation d’environ 30 g/h
Si vous souhaitez dépasser 60 g/h de glucides (quantité recommandée pour les courses longues), vous devez utiliser simultanément les deux voies de transport :
- Ratio optimal : glucose (ou maltodextrine) : fructose = 2:1 à 1:0,8
- Cela permet d’augmenter le taux d’absorption total à 90-120 g/h
- La plupart des grandes marques de nutrition sportive haut de gamme ont déjà adopté cette formule
3. Stratégie nutritionnelle le jour de la course
24 à 48 heures avant la course :
- Réduire les aliments riches en fibres (céréales complètes, légumineuses, légumes crucifères)
- Réduire les aliments riches en graisses
- Éviter les aliments épicés
- Choisir des aliments pauvres en résidus et faciles à digérer (riz blanc, pain blanc, bananes)
2 à 4 heures avant la course :
- Dernier repas à dominante glucidique, pauvre en graisses et en fibres
- Éviter les produits laitiers (en cas d’intolérance au lactose)
- Hydratation modérée mais sans excès
Pendant la course :
- Utiliser des produits de ravitaillement testés à l’entraînement (ne jamais essayer un nouveau produit le jour de la course)
- Maintenir la concentration en glucides entre 6 et 8 % (isotonique ou légèrement hypotonique)
- Ravitaillement en petites quantités et fréquent, éviter d’ingérer de grands volumes d’un coup
- Par temps chaud, augmenter l’apport hydrique mais réduire la concentration en glucides
4. Solutions pour des symptômes spécifiques
Reflux gastro-œsophagien (fréquent à vélo) :
- Éviter les agrumes et les tomates avant la course
- Ajuster la position de pédalage pour éviter une inclinaison excessive qui comprime l’estomac
- Terminer le repas 2 à 3 heures avant la course
- Dans les cas sévères, utiliser un antiacide avant la course sur avis médical
Ballonnements (fréquents à vélo) :
- Réduire les aliments riches en FODMAP (oignons, ail, pommes, pastèque, légumineuses)
- Éviter le chewing-gum et les boissons gazeuses
- Envisager des capsules d’huile de menthe poivrée (des études soutiennent leur efficacité pour réduire l’inconfort abdominal lié à l’effort)
Diarrhées/besoin urgent de déféquer (fréquents en course à pied) :
- S’assurer d’avoir terminé la selle avant la course (se lever 2 à 3 heures avant le départ est recommandé)
- Une quantité modérée de caféine peut aider à la défécation pré-course
- Dans les cas sévères, utiliser du Lopéramide (antidiarrhéique) sur avis médical
- Attention : l’antidiarrhéique n’est pas une stratégie de routine ; son utilisation prolongée comporte des risques
5. Le rôle des probiotiques
De plus en plus de preuves soutiennent que les probiotiques peuvent aider à la santé gastro-intestinale des athlètes :
- Amélioration de la fonction de barrière intestinale
- Réduction de l’« intestin perméable » induit par l’effort
- Réduction de l’incidence des symptômes d’inconfort gastro-intestinal
Mais il faut noter :
- L’efficacité varie selon les souches ; tous les probiotiques ne sont pas efficaces
- Il faut au moins 2 à 4 semaines d’utilisation continue pour observer des effets
- Ne pas commencer un nouveau probiotique juste avant une compétition
Quand consulter un médecin
Les situations suivantes nécessitent une évaluation médicale :
- Selles sanglantes persistantes
- Symptômes gastro-intestinaux qui persistent en dehors de l’effort
- Perte de poids inexpliquée
- Symptômes affectant gravement la vie quotidienne et l’entraînement
- Suspicion d’allergie ou d’intolérance alimentaire
À Taïwan, vous pouvez consulter le service de gastro-entérologie et hépatologie des grands hôpitaux. En cas de problèmes gastro-intestinaux liés au sport, il est recommandé de décrire également votre situation d’entraînement, et si nécessaire, d’être orienté vers un service de médecine du sport.
Considérations particulières pour les athlètes taïwanais
- Chaleur estivale : la chaleur et l’humidité élevées de l’été taïwanais aggravent l’ischémie intestinale ; une attention particulière à l’hydratation et aux stratégies de ravitaillement est nécessaire
- Culture des convenience stores : les onigiris et les bananes de 7-Eleven sont d’excellents choix d’aliments pauvres en résidus avant une course
- Habitudes alimentaires traditionnelles : la consommation de légumes, courante dans l’alimentation taïwanaise, est en réalité élevée (ce qui est une bonne chose), mais elle doit être modérée avant une course
- Produits de ravitaillement locaux : les marques locales (comme GU, SIS, disponibles à Taïwan) ainsi que la bouillie de riz salée maison et le congee sont de bons choix avant une course
Conclusion
Les problèmes gastro-intestinaux peuvent être gérés, la clé réside dans la compréhension des mécanismes, la prévention systématique et la pratique répétée. Ne faites pas du jour de la course un terrain d’expérimentation pour de nouveaux aliments ; considérez plutôt chaque séance d’entraînement longue distance comme une opportunité de répétition.
Votre système digestif, tout comme vos jambes, a besoin d’être entraîné.
Références
- Costa RJS, et al. Systematic review: exercise-induced gastrointestinal syndrome—implications for health and intestinal disease. Aliment Pharmacol Ther. 2017;46(3):246-265.
- Jeukendrup AE. Training the gut for athletes. Sports Med. 2017;47(Suppl 1):101-110.
- de Oliveira EP, Burini RC. The impact of physical exercise on the gastrointestinal tract. Curr Opin Clin Nutr Metab Care. 2009;12(5):533-538.
- Snipe RMJ, et al. Carbohydrate and protein intake during exertional heat stress ameliorates intestinal epithelial injury and small intestine permeability. Appl Physiol Nutr Metab. 2017;42(12):1283-1292.
Lectures complémentaires
- Problèmes gastro-intestinaux chez le coureur : stratégies alimentaires pour prévenir les douleurs abdominales et la diarrhée en course
- Entraînement intestinal : comment faire suivre à votre système digestif l’intensité de la course
- Problèmes gastro-intestinaux après l’effort : comment éviter les maux d’estomac à vélo et en course à pied
- Entraînement intestinal pour la course à pied : comment habituer votre système digestif à assimiler les ravitaillements en courant
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