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Rouler vers le silence : Koyasan, un pèlerinage de 17,4 km du monde des hommes au royaume de Bouddha

挑戰心得

Pédaler vers le silence : Kōyasan, une ascension de 17,4 km du monde des hommes au royaume de Bouddha

Certaines montagnes, on les gravit pour le paysage ; d’autres, pour la performance. Mais Kōyasan — on la gravit pour atteindre un certain silence.

C’est un site sacré bouddhiste fondé il y a mille deux cents ans par le moine Kōbō Daishi (Kūkai), une « cité religieuse » bâtie sur une montagne à environ 800 mètres d’altitude. En 2004, elle a été inscrite au patrimoine mondial sous le nom de « Sites sacrés et chemins de pèlerinage dans les monts Kii ». Et l’ascension qui y mène, longue de 17,4 km avec 799 mètres de dénivelé positif et une pente moyenne de 4,4 %, est un long chemin qui vous mène lentement du monde des hommes au royaume de Bouddha.

Cet article ne parle pas d’allure. Ce que je veux dire, c’est ceci : lorsque vous passez plus d’une heure à hisser votre corps, centimètre par centimètre, avec vos propres jambes, jusqu’à cette montagne sacrée, que laissent en vous ces mille deux cents ans de temps, cette allée bordée de cèdres immenses, cet air qui y circule, si différent de celui du monde profane ?

Un moine, et mille deux cents ans d’une montagne

Pour gravir Kōyasan à vélo, il faut d’abord connaître un homme — Kūkai.

Il y a mille deux cents ans, ce moine, plus tard vénéré sous le nom de « Kōbō Daishi », revint de la Chine des Tang après y avoir étudié le Dharma, cherchant au cœur des monts Kii une terre pure où fonder un dojo pour le bouddhisme ésotérique Shingon. La légende raconte qu’il lança un vajra à trois pointes qui traversa la mer et atterrit finalement sur un pin de Kōyasan — c’est là qu’il ouvrit la montagne, fonda le Kongōbu-ji, et fit de Kōyasan l’un des sites les plus importants du bouddhisme japonais.

Depuis lors, pendant mille deux cents ans, d’innombrables moines, pèlerins et fidèles ont gravi cette montagne pas à pas le long des chemins de pèlerinage. Ils ont mesuré leur foi à la force de leurs jambes, se sont approchés du sacré par la sueur.

Et aujourd’hui, vous, à vélo, montez le long des pentes de cette même montagne — d’une certaine manière, vous rejoignez cette procession qui dure depuis mille deux cents ans. Vous n’êtes pas là pour battre un record, vous êtes là pour accomplir une « pratique ascétique » moderne, où les roues remplacent les pas.

Partir des collines rurales, vers le sanctuaire

L’ascension de Kōyasan commence dans les champs et les collines au pied de la montagne.

Le début de la route est ouvert, la pente douce, et la moyenne de 4,4 % vous laisse le loisir d’observer ce qui vous entoure. C’est la campagne typique de Kishū, dans la préfecture de Wakayama — rizières en terrasses, hameaux, kakis, ruisseaux sinueux. L’air est chaud, la lumière est vive, tout est encore très « humain ».

Puis la route s’enfonce dans la montagne, et la longue ascension commence.

À mesure que l’altitude gagne, le paysage change peu à peu. La chaleur des collines s’estompe, la forêt de cèdres se referme autour de vous. Les cèdres de Kōyasan sont de ces arbres géants dont on ne voit la cime qu’en levant la tête — droits, d’un vert profond, solennels. La lumière est tamisée par les couches de cimes, projetant sur la route un damier d’ombres. L’air devient frais, humide, chargé de l’odeur calme et particulière des forêts de conifères.

Vous vous surprenez à respirer plus doucement. Cette montagne a une aura — plus on monte, plus c’est silencieux, plus on a envie de se taire. Ce n’est pas le « silence de la souffrance » d’une montée ordinaire, mais un silence presque solennel, enveloppé par la forêt et le temps.

L’ascension, comme une pratique ascétique moderne

17,4 km, c’est long. Avec une pente douce de 4,4 %, elle ne vous fera pas flancher les jambes, mais elle vous broiera pendant plus d’une heure dans un état particulier.

Tous ceux qui ont gravi une longue côte connaissent cette sensation — passé un certain point, les pensées se déposent lentement. Au début, vous pensez encore à votre allure, à la distance restante, aux tracas de la vie. Mais au fur et à mesure que les rangées de cèdres défilent, que la respiration et le pédalage se fondent en un rythme stable, ces pensées se taisent une à une.

À la fin, il ne reste presque plus rien dans votre tête. Juste la respiration, le pédalage, et cette route bordée de cèdres qui mène au sanctuaire.

J’ai toujours pensé que c’était là le plus précieux de l’ascension de Kōyasan. Par sa longueur, elle vous force à ralentir ; par sa forêt, elle vous force au silence ; par cette aura solennelle de mille deux cents ans, elle vous force à dépouiller une à une les pensées parasites du monde. Lorsque vous atteignez le sommet, votre corps n’est pas seulement à 800 mètres d’altitude — votre esprit, lui aussi, a été lavé par la montagne.

C’est, sans doute, ce qui se rapproche le plus d’une « pratique ascétique » à vélo.

Sur la montagne : une cité où coule un autre temps

Après la dernière allée, vous atteignez le sanctuaire religieux de Kōyasan.

C’est une expérience très étrange — vous pédalez, pédalez, et soudain, des profondeurs de la forêt de cèdres, vous débouchez dans toute une « cité sur la montagne ». On y trouve plus d’une centaine de temples, des « shukubō » où les voyageurs peuvent loger et vivre la vie des moines, le solennel Dangō Garan et le Kongōbu-ji, et l’allée qui mène tout droit à l’Okunoin.

Certains disent que Kōyasan « coule selon un temps totalement différent de celui du monde profane ». Le guide Michelin lui a même décerné trois étoiles, la décrivant comme « mystérieuse, comme si l’on entrait dans un autre monde ». Lorsque vous garez votre vélo sur le côté et marchez sur les pavés de cette cité sacrée perchée, vous comprenez ce que cela signifie — l’air est calme, le temps est lent, même l’angle de la lumière du soleil semble porter une certaine douceur religieuse.

Surtout l’allée qui mène à l’Okunoin, bordée sur deux kilomètres de cèdres géants vieux de plusieurs siècles, avec d’innombrables stūpas et pierres tombales dressés parmi les arbres. En marchant là, on ressent une solennité indicible — vous marchez dans le long fleuve du temps accumulé par mille deux cents ans de foi.

Un bol de tofu au sésame, et les saveurs de la montagne

À Kōyasan, n’oubliez pas de goûter à la « shōjin ryōri » — la cuisine végétarienne des moines.

La plus célèbre est le « goma-dōfu (ごまどうふ) », fait de sésame et de kudzu, à la texture dense et au goût délicat. Après avoir gravi les 17,4 km de côte, assis dans un temple ou une salle à manger, déguster un repas végétarien simple mais profond, cette sensation d’« être purifié », fait écho à l’âme de cette montagne.

Pas de viande ni de poisson en abondance, et pourtant on est pleinement satisfait. Comme cette ascension — sans l’ostentation de la conquête, mais avec une plénitude silencieuse.

Kōyasan au fil des saisons

  • Au printemps, les cerisiers en fleurs et la verdure nouvelle s’entrelacent ; c’est la saison où le site sacré s’éveille.
  • En été, perché à environ 800 mètres, Kōyasan est bien plus frais que les plaines ; c’est une destination de villégiature idéale, et la forêt de cèdres d’un vert profond y est particulièrement rafraîchissante.
  • En automne, le vert profond des cèdres contraste avec les érables rouges ; c’est la plus belle saison de Kōyasan, les feuilles rouges sur toute la montagne parant cette cité sacrée d’une splendeur supplémentaire.
  • En hiver, la neige tombe sur Kōyasan, couvrant temples et forêts de cèdres d’un manteau blanc ; toute la montagne est d’un calme pictural — mais ce froid et ce danger sont réservés à ceux qui sont bien préparés et animés d’un profond respect.

La descente, retour au monde des hommes

Une fois que vous en avez assez vu sur la montagne, il est temps de redescendre.

La longue descente vous ramène, centimètre par centimètre, du sanctuaire au monde des hommes. Les cèdres s’effacent, les collines réapparaissent, la chaleur revient sur votre peau. Cet aller-retour, du monde des hommes au royaume de Bouddha puis du royaume de Bouddha au monde des hommes, est en lui-même une métaphore complète — vous montez avec les fatigues du monde, vous redescendez avec une pleine charge de sérénité.

Au pied de la montagne, vous vous retournerez peut-être pour regarder ce mont sacré que vous venez de gravir. Il se tient là, silencieux, dans les nuages et la brume, comme il le fait depuis mille deux cents ans. Et vous, avec vos propres jambes, venez brièvement de devenir un petit fragment de sa longue histoire.

Épilogue : pédaler vers un certain silence

17,4 km, 799 mètres de dénivelé. Ces chiffres, dans le monde du cyclisme, n’ont rien d’extraordinaire.

Mais Kōyasan n’a jamais été une route qui se mesure en chiffres. Sa valeur réside dans ces mille deux cents ans de foi, dans cette allée solennelle bordée de cèdres immenses, dans cette cité sacrée perchée où coule un autre temps, dans ce cœur lavé couche après couche par la forêt pendant l’ascension.

On me demande parfois : une côte si longue, c’est fatigant ?

Je réponds : oui. Mais lorsque vous pédalez dans cette forêt de cèdres, lorsque le vacarme du monde est laissé en bas de la montagne, lorsque vous ressentez cette sérénité de mille deux cents ans parmi les arbres géants de l’Okunoin — vous vous dites que chaque respiration de ces 17,4 km en valait la peine.

Parce que vous ne pédalez pas seulement vers une montagne, mais vers un silence que vous n’aviez pas ressenti depuis longtemps.


Données de l’itinéraire : Kōyasan, distance 17,4 km, dénivelé total 799 m, pente moyenne 4,4 %, district d’Ito, préfecture de Wakayama, menant à un site sacré bouddhiste classé au patrimoine mondial fort de mille deux cents ans d’histoire ; une longue route de pratique ascétique qui mène du monde des hommes au sanctuaire.

Kūkai et le bouddhisme Shingon : une foi qui traverse mille ans

Pour vraiment entrer dans Kōyasan, il faut mieux connaître son âme — Kūkai, et le bouddhisme ésotérique Shingon qu’il a fondé.

Kūkai est né en 774 après J.-C., un grand moine de l’époque de Heian au Japon. Jeune homme, il accompagna une ambassade japonaise en Chine, étudia auprès du maître Huiguo au temple Qinglong à Chang’an, reçut la transmission orthodoxe du bouddhisme Shingon, et revint au Japon avec de nombreux textes sacrés et objets rituels. Le Shingon (Tōmitsu) met l’accent sur la « réalisation de la bouddhéité en ce corps même » — la conviction que l’on peut, dans cette vie, avec ce corps physique, atteindre l’éveil par la pratique. C’était une pensée extrêmement bouleversante pour l’époque.

Kūkai choisit Kōyasan comme dojo fondamental du Shingon, non par hasard. La montagne est entourée de pics, sa topographie évoque une fleur de lotus, et elle est considérée comme un mandala naturel (la représentation cosmique du bouddhisme ésotérique) — huit sommets entourent un plateau central, symbolisant le monde de Bouddha. Sur ce territoire considéré comme sacré, Kūkai fonda le Kongōbu-ji et le Dangō Garan, faisant de Kōyasan le cœur du Shingon pendant mille deux cents ans.

Ce qui est encore plus émouvant, c’est la « croyance en l’entrée en méditation » — selon la tradition, Kūkai n’est pas mort, mais est entré dans une méditation éternelle à l’Okunoin, où il prie encore aujourd’hui pour tous les êtres. C’est pourquoi, à Kōyasan, des moines offrent encore chaque jour des repas au mausolée de l’Okunoin, un rituel qui ne s’est jamais interrompu. Lorsque vous savez cela, et que vous marchez ensuite dans l’allée de l’Okunoin bordée de cèdres géants, vous ressentez une solennité indicible — le temps, ici, semble véritablement figé il y a mille deux cents ans.

Gravir Kōyasan à vélo, d’une certaine manière, c’est remonter le long fleuve de cette foi. Chaque centimètre de pente que vous foulez est superposé aux pas d’innombrables pèlerins accumulés sur mille deux cents ans.

L’allée de l’Okunoin : un tunnel temporel de deux kilomètres

Si l’on ne devait voir qu’un seul endroit à Kōyasan, je dirais sans hésiter : l’Okunoin.

De l’Ichi-no-hashi au mausolée de Kūkai, c’est une allée d’environ deux kilomètres, bordée d’une rangée ininterrompue de cèdres géants, dont l’âge se compte souvent en siècles, si hauts qu’ils découpent le ciel en une fine ligne. Parmi les arbres se dressent plus de deux cent mille stūpas, pierres tombales et monuments funéraires — ici reposent d’innombrables figures célèbres de l’histoire japonaise : daimyos de l’époque Sengoku, seigneurs féodaux, guerriers, lettrés — Oda Nobunaga, Toyotomi Hideyoshi, Takeda Shingen, Uesugi Kenshin… Tous ces personnages qui s’affrontèrent dans les livres d’histoire ont finalement choisi de reposer ici, sous la protection de Kūkai, dans une paix éternelle.

Marcher sur cette allée est une expérience tout à fait particulière. La lumière est tamisée par les couches de cimes, projetant des taches de lumière sur les stūpas couverts de mousse. L’air est humide, frais, chargé de l’odeur des cèdres et de la mousse. Un silence inhabituel règne, seulement troublé par le chant occasionnel d’un oiseau ou le bruit des pas. Cette solennité vous fait instinctivement retenir votre souffle et baisser la voix.

La première fois que j’ai marché sur cette allée, j’ai été frappé par un intense « sentiment du temps ». Ces arbres géants se tiennent là depuis l’époque de Kūkai, témoins de mille deux cents ans de montées et de chutes historiques ; et les personnes qui reposent sous ces stūpas, autrefois puissantes et influentes, ne sont plus que des parties de cette forêt paisible. Dans un tel lieu, on éprouve soudain une compréhension nouvelle et humble des grandes questions que sont la « vie », le « temps », le « pouvoir ».

La peine des 17,4 km tout juste gravis paraît bien dérisoire face à la solennité de cette allée. Et c’est précisément ce « sentiment de petitesse » qui donne à ce voyage à vélo un sens qui dépasse le simple sport.

La shōjin ryōri : la profondeur d’un repas simple

À Kōyasan, il faut absolument goûter une fois à la « shōjin ryōri » — la cuisine végétarienne des moines.

La shōjin ryōri est née du précepte bouddhiste de ne pas tuer ; elle n’utilise ni viande ni poisson, mais principalement des légumes, des produits à base de soja et des plantes de montagne. Mais ne croyez pas que simple signifie monotone — la shōjin ryōri de Kōyasan est un art culinaire qui pousse la « frugalité » à son extrême. Chaque plat est soigneusement préparé et élégamment présenté, utilisant les ingrédients les plus simples pour créer des saveurs riches en nuances.

La plus célèbre est le « goma-dōfu (ごまどうふ) » — fait de sésame et de kudzu, à la texture dense comme de la soie, fondant en bouche, avec le parfum délicat du sésame et une douceur légère. Il y a aussi le « kōya-dōfu » — un tofu lyophilisé, spécialité originaire de Kōyasan, qui, une fois imbibé de bouillon, est savoureux et juteux.

Après avoir gravi la longue côte, assis dans un temple ou une salle à manger, déguster lentement un repas shōjin — c’est une sensation étrange. Votre corps vient de subir un effort intense, et voilà qu’il est apaisé par un repas simple, pur, empreint de zen. Pas de stimulation forte de la viande et du poisson, mais une satisfaction purifiée, de l’intérieur. Cela fait précisément écho à l’âme de Kōyasan — elle ne gagne pas par la stimulation intense, mais par la pureté et la profondeur, qui s’infiltrent lentement en vous.

L’expérience du shukubō : passer une nuit dans un temple

Si le temps le permet, je recommande vivement de passer une nuit dans un « shukubō » à Kōyasan.

Un shukubō est une installation où les temples hébergent les pèlerins. À Kōyasan, plusieurs dizaines de temples ouvrent leurs shukubō, permettant aux voyageurs de vivre la vie des moines. En séjournant dans un shukubō, vous pouvez participer au « chōgyō » du matin — la prière matinale des moines, accueillant l’aube de la montagne sacrée dans un bourdonnement de sutras ; déguster un repas shōjin raffiné dans une pièce au tatami ; ou vous asseoir en méditation dans le jardin du temple, ressentant cette paix si rare dans le monde profane.

Gravir Kōyasan à vélo, puis passer une nuit dans un shukubō — c’est la manière la plus complète de combiner le « défi cycliste » et la « pratique spirituelle ». Le jour, vous conquérez les 17,4 km de côte avec vos jambes, poussant votre corps à ses limites ; la nuit, dans les sutras et la paix d’un temple millénaire, vous laissez votre esprit se déposer. Cette double purification du corps et de l’esprit est le cadeau le plus unique et le plus précieux de cette route de Kōyasan.

Après l’épilogue : à propos du « pèlerinage »

À une époque où tout se veut rapide et pratique, « pèlerinage » semble un mot ancien et lointain.

Mais je crois de plus en plus que gravir à vélo un lieu sacré comme Kōyasan est en soi un pèlerinage moderne.

Les pèlerins d’autrefois montaient vers la montagne sacrée pas à pas, exprimant leur dévotion intérieure par l’effort physique. Et nous aujourd’hui, nous gravissons cette montagne coup de pédale après coup de pédale, accomplissant nous aussi, par la sueur et la fatigue, un voyage vers le sacré. La forme diffère, l’essence est la même — c’est par le don du corps que l’on s’approche de quelque chose qui dépasse le quotidien, de quelque chose de plus élevé.

Le sens du pèlerinage ne réside peut-être pas dans ce qu’il y a au bout, mais dans le processus du « chemin » lui-même. Sur ces 17,4 km de côte, lorsque vous êtes forcé de ralentir, forcé à la solitude, forcé à faire face à vos limites et à votre intérieur, vous accomplissez en réalité une pratique silencieuse. Le vacarme du monde est laissé derrière vous, tronçon après tronçon ; les pensées parasites sont peu à peu polies par le rythme du pédalage ; et lorsque vous entrez enfin dans cette cité sacrée perchée, vous portez en vous un cœur lavé par la longue côte, un cœur d’une clarté exceptionnelle.

C’est là la valeur la plus profonde de Kōyasan. Elle ne vous donne pas seulement une côte, un paysage ; elle vous donne une rare occasion de vous retrouver seul avec votre intérieur, un voyage vers la sérénité presque luxueux dans la vie moderne.

Puissez-vous un jour, vous aussi, gravir cette montagne sacrée millénaire, et retrouver, parmi les allées bordées de cèdres immenses, cette paix intérieure depuis longtemps oubliée. Et lorsque vous redescendrez, de retour dans le monde, puissiez-vous emporter cette sérénité gagnée sur la montagne sacrée dans chacun de vos jours futurs, si agités soient-ils.

Namu Daishi Henjō Kongō. Puissiez-vous voyager en paix, le corps et l’esprit en harmonie.

Un cycliste taïwanais à Kōyasan : la résonance entre foi et montagne

En tant que cycliste taïwanais, pédalant sur cette allée de Kōyasan bordée de cèdres immenses, ce qui m’est venu à l’esprit, c’étaient les temples et les montagnes de mon pays natal.

Taïwan est une île où la foi est extrêmement florissante. Nous avons des temples disséminés dans les villes et les campagnes, des pèlerinages grandioses comme le tour de Mazu où des centaines de milliers de personnes marchent à pied, des traditions de pèlerinage centenaires comme celles de Dajia ou de Baishatun. La dévotion des Taïwanais envers les dieux et la foi résonne profondément avec la vénération des Japonais pour Kōyasan.

Lors du tour de Mazu, les fidèles marchent des centaines de kilomètres, exprimant leur dévotion intérieure par l’effort physique — c’est, dans son essence, la même chose que les pèlerins d’autrefois gravissant Kōyasan à pied. C’est la croyance que « le don du corps rapproche du sacré ». Et moi aujourd’hui, gravissant Kōyasan à vélo, d’une certaine manière, je rejoins moi aussi ce long fleuve de pèlerinage qui traverse différentes cultures et différentes fois.

Debout dans la forêt solennelle de cèdres de l’Okunoin, j’ai soudain eu une compréhension plus large de la « foi ». Qu’il s’agisse du Shingon japonais ou de la foi taïwanaise en Mazu, ce que les gens recherchent, au fond, c’est la même chose — dans une vie incertaine, trouver une force de stabilité ; au-delà du moi infime, se relier à une existence plus vaste. Cette quête transcende les frontières, transcende les formes religieuses ; c’est un désir spirituel commun à toute l’humanité.

Après avoir gravi Kōyasan, je pense encore plus aux montagnes et aux temples de Taïwan. Je pense aux temples anciens dans la brume matinale des montagnes, aux visages dévots et simples dans les processions de pèlerinage. Et en rentrant chez moi avec cette émotion de Kōyasan, je regarderai peut-être d’un regard neuf et plus profond ces paysages de foi de mon pays que je tenais pour acquis.

Si vous êtes aussi un cycliste taïwanais, après votre pèlerinage à Kōyasan, pensez aussi aux temples et aux montagnes de votre pays. Vous découvrirez que la sérénité et l’émotion les plus profondes ne connaissent pas de frontières ; et qu’un pèlerinage lointain finit toujours par vous faire aimer plus profondément la terre qui vous a nourris.

La montagne et la foi sont la nostalgie commune de l’humanité. Puissions-nous tous trouver, sur la route, notre propre forme d’apaisement.

Ralentir, c’est ce que cette montagne m’a appris

Ce que Kōyasan m’a finalement appris, c’est la « lenteur ».

Nous vivons dans une époque prise en otage par la vitesse. Tout doit être rapide — répondre vite, finir vite, arriver vite, réussir vite. La lenteur semble être devenue une faute, un signe de retard. Nous courons après le chemin, mais nous nous arrêtons rarement pour nous demander : après quoi, au juste, je cours ?

Et Kōyasan, par ses 17,4 km de côte, m’a forcé à ralentir.

Sur cette route vers le sanctuaire, on ne peut pas aller vite. La pente est douce, mais elle est assez longue pour que vous deviez abandonner toute idée de « vitesse », accepter que vous allez mettre plus d’une heure à monter, centimètre par centimètre. Et c’est précisément dans cette lenteur imposée que quelque chose d’étrange se produit — mon esprit, lui aussi, a ralenti. Ces angoisses, ces tâches à faire, ces pensées parasites qui remplissaient ma tête au quotidien, se sont tues une à une à mesure que les rangées de cèdres défilaient. À la fin, mon esprit était vide et clair, ne restaient que la respiration, le pédalage, et cette route solennelle devant moi.

C’était une paix intérieure que je n’avais pas ressentie depuis longtemps.

Une fois redescendu, de retour dans le vacarme du monde, j’ai découvert que j’avais ramené quelque chose. Pas des photos, pas un record, mais une certitude : « ce n’est pas grave de ralentir ». Kōyasan m’a fait comprendre que la vie n’est pas une course à qui va le plus vite ; certaines des choses les plus précieuses — la sérénité, la conscience, la connexion avec soi-même — ne peuvent être véritablement possédées que si l’on accepte de ralentir.

Alors, si vous aussi vous vivez toujours trop vite, trop pressé, trop fatigué, je veux vous inviter à aller gravir Kōyasan. Laissez cette côte millénaire vous forcer à ralentir ; laissez cette allée bordée de cèdres immenses vous rendre une sérénité depuis longtemps oubliée. Vous découvrirez que la lenteur n’a jamais été un retard, mais une capacité à recentrer sa vie.

Puissions-nous tous, sur cette montagne sacrée, réapprendre à ralentir ; et puissions-nous ramener cette « sagesse de la lenteur » dans nos journées futures, si rapides qu’elles en coupent le souffle. Les mains jointes.

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