Pédaler vers un patrimoine mondial : le pèlerinage du Fuji Subaru Line et cette mer de nuages offerte à ceux qui s'efforcent

À cinq heures du matin, la ville de Fujiyoshida était encore enveloppée dans une fine brume bleutée. Je sortis mon vélo de l’entrée du minshuku et levai les yeux vers la montagne dont le contour se dessinait peu à peu sous le soleil levant — le mont Fuji, trois mille sept cent soixante-seize mètres d’altitude, le plus haut sommet du Japon et le symbole spirituel presque sacré de ce pays. Aujourd’hui, je vais pédaler de mes propres roues le long de la Fuji Subaru Line, jusqu’à la cinquième station, à deux mille trois cents mètres d’altitude, à mi-pente. Ce n’est pas qu’une simple montée, c’est presque un pèlerinage.
Une montagne inscrite au patrimoine mondial
Avant d’enfiler la première pédale, je veux d’abord parler de cette montagne. Le mont Fuji a été inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO en 2013 — notez bien : patrimoine « culturel », et non « naturel ». Cette classification dit tout : le mont Fuji, pour le Japon, n’a jamais été seulement une haute montagne géographique, mais tout un système de symboles culturels imprégnés de religion, d’art, de littérature et d’identité nationale.
Si vous avez vu les estampes ukiyo-e de Katsushika Hokusai, Les Trente-six vues du mont Fuji, vous vous souvenez sûrement de La Grande Vague de Kanagawa — la vague géante s’enroulant comme une griffe, et au loin, un mont Fuji serein, immobile et majestueux. Cette série dépeint le Fuji sous trente-six angles, diffusant l’image de cette montagne à travers le monde entier par l’art. Lorsque vous roulez réellement sur ses pentes, vous comprenez soudain pourquoi Hokusai était si fasciné : la présence du mont Fuji est cette force d’attraction qui vous pousse, presque malgré vous, à vous retourner encore et encore.
Pour les Japonais de l’Antiquité, le mont Fuji était le lieu où résidaient les dieux. L’escalader était en soi une pratique spirituelle, un rituel pour se rapprocher des divinités.
Les traces des fidèles en blanc : la voie de foi du Fuji-ko
Plusieurs centaines d’années avant l’avènement du cyclisme, ce chemin menant au sommet avait déjà été foulé par d’innombrables sandales de paille. À l’époque d’Edo, une organisation de foi populaire nommée « Fuji-ko » prospérait. Ses fidèles, vêtus de tenues d’un blanc pur, partaient en groupes depuis le pied de la montagne pour gravir le sommet à pied, considérant l’ascension du mont Fuji comme un acte sacré de purification du corps et de l’esprit, et de quête de bénédictions.
Cette route goudronnée que j’emprunte aujourd’hui est certes une route d’alpinisme moderne, mais la direction qu’elle suit, le massif qu’elle traverse, sont le même ciel et la même terre que ceux que ces fidèles en blanc contemplaient et parcouraient jadis. Lorsque je pédale en silence dans la forêt, j’ai parfois une étrange illusion : comme si, dans un repli spatio-temporel de ce chemin, résonnaient encore les pas et les psalmodies des pèlerins d’il y a plusieurs siècles. Le vélo et les sandales de paille, le moderne et le traditionnel, trouvent dans l’étreinte de cette montagne une harmonie inattendue.
Un voyage végétal vertical
L’une des expériences qui me fascine le plus en gravissant la Fuji Subaru Line est de traverser, en à peine plus de vingt kilomètres, une spectaculaire « variation verticale de la végétation ». C’est un cadeau que le plat des basses altitudes ne pourra jamais vous offrir.
Au départ, vous êtes dans une forêt de feuillus tempérée. De part et d’autre, des arbres à feuilles caduques denses, verdoyants, débordants de vie ; la lumière du soleil filtre à travers les interstices des feuilles superposées en taches de lumière mouchetées, et l’air est imprégné de l’humidité de la terre et du parfum de l’herbe. C’est la « taille » de la montagne, pleine et douce.
À mesure que l’altitude grimpe, vous remarquez que les espèces d’arbres changent discrètement. La forêt de feuillus cède progressivement la place à une forêt de conifères — les troncs deviennent droits, les feuilles se transforment en aiguilles, la forêt devient plus profonde, plus silencieuse, avec une touche de fraîcheur. L’air change aussi, gagnant un parfum délicat de résine de pin.
Plus haut encore, les arbres rapetissent, s’espacent, les distances entre eux s’élargissent, et la vue s’ouvre soudainement. C’est le signe qu’on approche de la « limite forestière » — au-delà de cette altitude, le climat est trop rigoureux pour que les grands arbres puissent survivre. Lorsque vous franchissez cette ligne invisible mais bien réelle, vous avez l’illusion d’« entrer dans un autre monde ».
Tout ce parcours, c’est comme si la Terre compressait ses zones végétales, de la tempérée à la subarctique, dans votre courte balade d’une à deux heures. Chaque fois que vous levez les yeux et constatez le changement de la forêt, c’est la montagne qui vous murmure à l’oreille : « Tu t’es encore rapproché de moi. »
Les marques de foi en chemin et cette mer de nuages
Sur la route vers la cinquième station, un petit sanctuaire, le Kotaku-jinja, se dresse en silence. Ce sanctuaire est étroitement lié à la foi de l’ascension du mont Fuji ; c’est un lieu où de nombreux alpinistes et pèlerins s’arrêtent, joignent les mains et prient pour la sécurité. Lorsque je m’y arrête brièvement, en voyant les silhouettes dévotes des fidèles, je suis touché par une force silencieuse — cette route que les cyclistes considèrent comme un « lieu saint de l’entraînement » est, pour un autre groupe de personnes, un chemin vers les dieux.
Et si vous avez de la chance, à certains matins ou lorsque les conditions météorologiques sont parfaites, une fois monté assez haut, vous verrez se déployer sous vos pieds une majestueuse mer de nuages. C’est une image indescriptible : vous semblez vous tenir à la frontière entre le ciel et la terre, les nuages comme une mer blanche et douce, ondulant et coulant sous vos pieds, tandis que les sommets lointains flottent comme des îles sur les nuages. À cet instant, toute la douleur de la montée, les jambes en feu, la respiration haletante, tout devient infiniment précieux.
Certains paysages, il faut grimper à cette hauteur avec ses propres jambes pour que la montagne accepte de vous les montrer. La mer de nuages est une récompense offerte à ceux qui s’efforcent.
Récit de cyclisme à la première personne : ce que j’ai vécu pendant cette heure et demie
Laissez-moi honnêtement consigner ce que j’ai ressenti ce jour-là.
Les premiers kilomètres après le départ, je me sentais léger, presque irréel. La brise matinale était fraîche, la forêt limpide, les pédales semblaient sans résistance. Je savais que c’était un piège, alors je retenais délibérément ma puissance, me maintenant dans une zone de confort « où l’on peut discuter ». Je comptais mes respirations en silence, regardant les murs d’arbres des deux côtés défiler un à un.
En entrant dans la section médiane, le corps a commencé à réagir honnêtement. La sueur a trempé mon maillot, le cœur battait régulièrement et puissamment. Mon monde s’est réduit à trois choses : ce court tronçon de pente devant moi, ma respiration régulière, et le rythme de rotation des pédales. La forêt environnante était si silencieuse qu’on n’entendait plus que le léger bruit de la chaîne, le frottement des pneus sur le bitume, et mon propre souffle. C’était une solitude étrange, mais aussi une concentration et une paix rares — à cet instant, toutes les pensées parasites de la vie étaient filtrées par l’air raréfié, ne restant que moi, mon vélo, et cette montagne.
En atteignant la zone de haute altitude, l’air s’est nettement raréfié. Le même effort produisait une respiration plus haletante et des jambes plus lourdes. J’ai cessé de regarder les chiffres de puissance, je me suis contenté de régler mon allure au ressenti, me concentrant sur un virage, une section de pente à la fois. La tête légèrement gonflée, le bout des doigts froid, mais à chaque fois que je levais les yeux et voyais les arbres rapetisser, le ciel se rapprocher, je savais — j’approchais du but.
Lorsque les bâtiments de la cinquième station sont enfin apparus au bout du champ de vision, je n’avais pas la force de crier de joie ; j’ai simplement poussé un profond et lent soupir. Arrêté, j’ai presque immédiatement enfilé ma veste — le vent au sommet était glacial, tranchant comme une lame, un contraste saisissant avec le matin chaud en contrebas, comme deux saisons différentes. Tenant mon vélo, je me suis retourné vers toute cette forêt que je venais de traverser et cette route sinueuse, et mes yeux se sont soudainement embués. Pas à cause de la fatigue, mais à cause de cette sensation de plénitude : « Je suis arrivé ici par ma propre force. »
La signification de cette route pour les cyclistes
J’ai gravi le Wuling à Taïwan, j’ai gravi de nombreuses pentes raides qui font fondre les jambes, mais la Fuji Subaru Line m’a procuré une sensation radicalement différente. Elle ne vous torture pas par la raideur, mais d’une manière presque douce et pourtant infiniment ferme, elle vous pousse continuellement, linéairement, vers le haut. Elle est comme un professeur strict mais juste, qui ne vous permet pas de tricher, ne récompensant que l’honnêteté et la patience.
Pour de nombreux cyclistes asiatiques, « gravir le mont Fuji » est un jalon symbolique dans une carrière cycliste. Cela ne représente pas seulement une réussite physique, mais aussi un accomplissement culturel — vous vous approchez, de la manière la plus pure et la plus primitive (la force humaine), d’une montagne sacrée vénérée par tout un peuple. Lorsque vous l’avez accompli, vous n’emportez pas seulement un résultat, mais une mémoire personnelle, rien qu’à vous, entre vous et le mont Fuji.
Des paysages limités à certaines saisons
Visiter cette route à différentes saisons, c’est rencontrer un mont Fuji totalement différent.
- Début de l’été (vers juin) : C’est la période où se tiennent la plupart des événements officiels, et l’une des meilleures saisons pour pédaler. La forêt au pied de la montagne est d’un vert luxuriant, le climat relativement stable, c’est le moment idéal pour expérimenter la variation complète de la végétation.
- Été : En bas, il fait chaud, mais en haute altitude, il fait encore frais ; c’est un bon choix pour une sortie estivale à la fraîche. Il faut toutefois être attentif aux orages et aux brumes de l’après-midi.
- Automne : Si la route est ouverte et que le temps le permet, les contreforts du mont Fuji se teintent à l’automne de couches de rouge et de jaune entrelacées ; le changement de parure des feuillus transforme toute la route en une peinture à l’huile.
- Hiver à début de printemps : En raison de la neige sur les sections de haute altitude, la route d’alpinisme est généralement fermée ; il est alors impossible de pédaler jusqu’à la cinquième station. C’est une information importante à vérifier à l’avance.
Veuillez noter que les horaires d’ouverture de la route de montagne, la météo et la visibilité varient considérablement selon la saison et les conditions du jour. Avant de partir, il est impératif de consulter les dernières informations routières et météorologiques.
Suggestions d’itinéraire complémentaire : pour rendre votre voyage au mont Fuji plus complet
Puisque vous avez fait tout ce chemin jusqu’aux contreforts du mont Fuji, ce serait dommage de repartir après n’avoir gravi qu’une seule pente. Les attractions complémentaires de cette région sont extrêmement riches ; voici quelques pistes qui méritent d’être intégrées à votre programme :
Le parc Arakurayama Sengen — l’image la plus emblématique du mont Fuji
Si vous avez déjà vu sur les réseaux sociaux cette carte postale classique où « pagode à cinq étages + cerisiers en fleurs + mont Fuji » apparaissent dans le même cadre, il y a de fortes chances qu’elle ait été prise au parc Arakurayama Sengen. Ici, la pagode à cinq étages (Chūrei-tō) et le mont Fuji au loin composent un paysage d’une esthétique profondément japonaise. Surtout pendant la saison des cerisiers en fleurs, la mer de pétales roses, le rouge vermillon de la pagode et le sommet blanc comme neige se superposent en une beauté à couper le souffle. L’escalier menant à la plateforme d’observation vous essoufflera peut-être un peu, mais la récompense en vaut absolument la peine.
Les Cinq Lacs du Fuji — le reflet de la montagne dans l’eau
Au pied du mont Fuji se trouvent les célèbres « Cinq Lacs du Fuji », dont le lac Kawaguchi et le lac Yamanaka. Par les matins ou soirs sans vent, la surface des lacs reflète l’intégralité du mont Fuji, créant l’image onirique du « Fuji inversé ». Les routes qui longent les lacs sont également idéales pour une sortie tranquille, parfaites comme récupération (recovery ride) le lendemain d’une montée. Les rives comptent aussi de nombreux cafés et points de vue, parfaits pour se détendre.
Les udon de Yoshida — une bol pour reconstituer ton glycogène
Après avoir gravi le mont Fuji, ton corps réclame désespérément des glucides, et la ville de Fujiyoshida possède justement une spécialité locale qui répond parfaitement à ce besoin : les udon de Yoshida. Ces udon sont réputés pour être « épais, fermes et moelleux », avec des nouilles très consistantes, généralement servies avec du chou et de la viande de cheval, dans un bouillon au goût riche. Pour un cycliste qui vient de vider ses réserves de glycogène, ce bol de nouilles copieuses est une véritable rédemption céleste.
Les restaurants réputés de la région sont nombreux, chacun ayant ses fidèles, et il n’est pas rare de voir de longues files d’attente aux heures de repas. Avant de partir, pensez à vérifier les horaires d’ouverture et les jours de fermeture pour éviter de tomber sur une porte close.
Conclusion : la montagne se souvient de chaque personne qui l’affronte avec honnêteté
Après être redescendu à vélo, je me suis assis sur un banc au bord du lac, contemplant cette montagne que je venais de conquérir avec mes jambes (ou plutôt, qui m’avait doucement conquis). Le soleil couchant dorait ses contours d’un liseré doré — paisible, majestueux, immuable.
J’ai soudain compris que le charme du mont Fuji réside précisément dans son « immuabilité ». Il y a des centaines d’années, les pèlerins vêtus de blanc le contemplaient, Katsushika Hokusai le peignait, et aujourd’hui, moi, je m’en approche à vélo — les époques changent, les moyens changent, mais la montagne, elle, est toujours là, accueillant silencieusement chaque personne qui l’affronte avec honnêteté et s’efforce de s’en rapprocher.
Si un jour vous avez l’occasion de venir ici à vélo, ne vous précipitez pas pour battre des records. Souvenez-vous de vous arrêter à un virage, de vous retourner pour regarder la forêt que vous venez de traverser, et de lever les yeux vers ce sommet qui se rapproche. Car ce que ce chemin veut vraiment vous offrir, ce n’est jamais seulement une donnée de montée, mais une rencontre irremplaçable entre vous et cette montagne sacrée.
Comprendre le rythme de la montagne à travers les « gōme »
Dans la culture de l’alpinisme japonais, il existe un concept magnifique appelé « gōme ». L’ensemble du mont Fuji, du pied au sommet, est divisé en dix « gōme » — le premier gōme étant tout en bas, et le dixième au sommet. La légende raconte que cette division provient des pèlerins de l’Antiquité qui, grimpant de nuit, estimaient la distance parcourue en fonction de « la durée de combustion d’une lampe à huile » — un « gō » d’huile pour une portion de chemin, d’où l’appellation « gōme ».
Notre destination en tant que cyclistes — le cinquième gōme — se trouve exactement au milieu de la montagne. Cette position a une symbolique fascinante : c’est la limite que les moyens de transport à propulsion humaine peuvent atteindre ; au-delà, il faut s’en remettre entièrement à ses jambes et à sa volonté. Lorsque vous atteignez le cinquième gōme, vous vous tenez en réalité à la frontière entre la « civilisation » et la « nature sauvage ». En contrebas, la forêt, les routes, les villes et la vie humaine ; au-dessus, les éboulis, le vent glacial, l’air raréfié, et ce monde qui appartient purement aux alpinistes et aux divinités.
En comprenant le concept de « gōme », vous pouvez vivre cette montée d’une manière plus proche du contexte culturel de cette montagne. Vous ne grimpez pas simplement une route asphaltée — vous suivez le rythme tracé par les pèlerins depuis des siècles, gōme après gōme, vous rapprochant de cette montagne sacrée.
Les personnes rencontrées en chemin
En gravissant le mont Fuji à vélo, vous ne serez jamais seul. La beauté de cette route réside aussi dans le fait qu’elle rassemble toutes sortes de personnes, venues d’horizons différents, mais partageant des rêves similaires.
Vous croiserez des cyclistes de compétition au physique sec, avec un équipement ultra-professionnel, qui vous dépasseront silencieusement et rapidement comme des flèches décochées ; vous croiserez aussi des débutants essoufflés mais arborant un sourire radieux — ils sont peut-être lents, mais chaque coup de pédale est écrit de détermination. Vous verrez des aînés aux cheveux blancs mais toujours alertes, avançant à un rythme régulier, et leur amour du cyclisme vous inspirera un profond respect.
Sur cette route, la vitesse n’est plus le seul langage. Qu’ils soient rapides ou lents, tous ceux qui pédalent vers le haut accomplissent la même chose : se rapprocher de cette montagne par leur propre force. Lorsque vous échangez un sourire complice avec un cycliste inconnu à un point de ravitaillement, ou que vous entendez quelqu’un vous encourager dans une portion raide, vous ressentez ce lien chaleureux, propre aux cyclistes, qui transcende les langues et les nationalités. Ce lien, aucun entraînement en solitaire ne peut le donner.
Avec respect, et avec gratitude
En écrivant ces lignes, ce que je veux exprimer, c’est en réalité un état d’esprit.
Le mont Fuji ne vous offrira pas plus de paysages parce que vous roulez vite, ni moins d’émotions parce que vous roulez lentement. Il traite équitablement chaque personne qui se présente devant lui. Et ce que nous pouvons faire, c’est l’approcher avec respect — respect pour sa hauteur, son climat, la foi et la culture qu’il porte depuis des siècles ; et le quitter avec gratitude — gratitude de nous avoir permis, avec nos jambes, de parcourir un voyage reliant le corps, la nature et l’histoire.
Lorsque vous redescendez, retournez à la chaleur du monde des humains, et avalez ce bol copieux d’udon de Yoshida, vous découvrirez que ce qui reste de cette montée dans votre cœur, ce ne sont pas les courbatures dans les jambes, mais une plénitude difficile à décrire. C’est la satisfaction tranquille de « m’être approché d’une montagne sacrée avec tant d’efforts ». Et ce sentiment, pendant très très longtemps, viendra encore et encore vous rappeler doucement pourquoi vous aimez le cyclisme.
L’eau au pied du mont Fuji : une bénédiction invisible mais omniprésente
En roulant et en explorant au pied du mont Fuji, vous ne cesserez de rencontrer « l’eau ». Le cadeau le plus précieux — et pourtant le plus facilement négligé — de cette montagne, c’est l’eau.
Le mont Fuji est un immense château d’eau naturel. Les pluies et les neiges qui tombent sur le sommet et les pentes s’infiltrent dans les strates géologiques composées de roches volcaniques poreuses, subissent une filtration lente et pure pendant des décennies, et finissent par réapparaître aux pieds de la montagne sous forme de sources claires et fraîches. Les eaux de source de cette région sont réputées pour leur limpidité et leur douceur, nourrissant l’écosystème, l’agriculture et la vie de toute la région.
Lorsque, au cours de votre montée, vous rencontrez une source si claire qu’on en voit le fond, et que vous buvez une gorgée d’eau glacée, ce que vous buvez en réalité, c’est la neige tombée sur le sommet du mont Fuji il y a plusieurs décennies. Cette connexion étrange avec le temps et les cycles naturels donne à une sortie qui n’était au départ qu’un « exercice » une émotion presque poétique. C’est aussi la raison profonde pour laquelle le mont Fuji est classé au patrimoine mondial pour sa double signification « culturelle et naturelle » — ce n’est pas seulement une montagne, c’est tout un système vivant qui nourrit toutes choses.
Un conseil bienveillant pour les cyclistes taïwanais qui planifient cette expédition
Si vous êtes un cycliste taïwanais, et que vous envisagez sérieusement d’ajouter « gravir le mont Fuji à vélo » à votre liste de défis, je souhaite vous adresser quelques mots avec la plus grande sincérité.
Tout d’abord, ne vous laissez pas intimider par sa réputation de « premier lieu de montée sacré du Japon ». Le pourcentage de cette route est en réalité plutôt clément pour les cyclistes taïwanais — nos terrains d’entraînement habituels, comme Wuling ou Tataka, sont souvent plus pentus. Tant que vous avez une endurance au seuil stable et que vous avez bien préparé votre stratégie d’altitude et votre protection contre le froid, c’est une route où « avec une bonne préparation, le rêve devient réalité », et non un précipice inaccessible.
Ensuite, considérez ce voyage comme un « pèlerinage culturel », et non comme une simple « course à la performance ». La grandeur du mont Fuji ne réside pas dans sa difficulté à vélo, mais dans la foi, l’art, l’histoire et la beauté naturelle qu’il porte. Si vous ne fixez que les chiffres de votre compteur, vous manquerez tout ce que cette montagne veut vraiment vous offrir. Ralentissez un peu, prenez le temps de regarder cette forêt, ce sanctuaire, cette mer de nuages — ce que vous ramènerez à Taïwan sera alors un souvenir complet et profond.
Enfin, je vous souhaite, au moment où vous poserez le pied au cinquième gōme, où vous resserrerez votre veste et vous retournerez sur le chemin parcouru, de ressentir véritablement — qu’approcher avec ses propres jambes une montagne sacrée contemplée par tout un peuple depuis mille ans, est une chose si romantique, si précieuse. Le mont Fuji sera là, à vous attendre en silence.
Une montagne, deux regards : de l’admiration depuis la plaine, à l’ascension à mi-pente
Avant de m’engager sur cette route, ma connaissance du mont Fuji s’était toujours arrêtée à un regard « d’en bas » — depuis les rives du lac Kawaguchi, près de la pagode à cinq étages du mont Shinkura, à travers d’innombrables cartes postales et peintures, contemplant de loin ce contour symétrique et élégant, ce sommet enneigé d’une perfection absolue. C’était une beauté statique, digne d’une carte postale.
Mais lorsque j’ai réellement pédalé sur cette route, tout a changé. Le mont Fuji est passé d’un « objet contemplé » à un « monde dans lequel on entre ». Je n’étais plus là, à admirer son contour de loin ; je m’étais glissé dans sa chair — traversant ses forêts, ressentant ses pentes, respirant son air raréfié, fouetté par le vent glacial de son sommet.
Ce sont deux regards radicalement différents. Depuis la plaine, on contemple la « forme » du mont Fuji — sa posture parfaite, son symbole en tant qu’icône culturelle. En gravissant ses flancs, on touche la « matière » du mont Fuji — sa température réelle, l’odeur de sa terre, la respiration et le pouls d’un organisme naturel vivant.
Je pense que c’est précisément là le charme le plus envoûtant du voyage à vélo. Il nous permet, de la manière la plus intime, la plus lente et la plus honnête, d’« entrer » dans un paysage, et non de simplement le « traverser ». Lorsque vous passez plus d’une heure, avec chaque once de force de votre corps, à vous hisser centimètre par centimètre dans l’étreinte de cette montagne, une connexion profonde et personnelle s’établit entre vous et elle. Désormais, où que vous voyiez une photo du mont Fuji, votre ressenti sera différent — car vous savez que vous avez, réellement et véritablement, pénétré dans sa chair.
Les réminiscences d’un voyage : ce que l’on ramène à Taïwan, ce ne sont pas que des photos
Longtemps après mon retour du mont Fuji à Taïwan, les réminiscences de cette ascension ont continué de résonner en moi.
Je me suis rendu compte que ce qui demeure vraiment, ce ne sont souvent pas les images « importantes » — ni la fierté d’atteindre la cinquième station, ni les chiffres du compteur. Ce sont plutôt des instants fragmentaires, anodins sur le moment : ce rayon de lumière filtrant à travers la forêt, cette vue soudainement dégagée après un virage, cet échange de sourires avec un cycliste inconnu, la morsure du vent froid sur les joues au sommet, la satisfaction de cette bolée de udon brûlante après la descente. Ces infimes souvenirs sensoriels, telles des graines enfouies dans le cœur, germent discrètement dans la banalité des jours qui suivent.
C’est aussi ce que j’ai toujours cru profondément et que je souhaite partager avec chaque cycliste : la valeur du cyclisme n’a jamais été seulement une question de sport, de données, de conquête. C’est avant tout une manière « d’expérimenter le monde avec son corps ». Lorsque nous enfourchons notre vélo sur une terre inconnue, au cœur d’une montagne majestueuse, nous collectons pour notre propre vie une série de souvenirs authentiques, irremplaçables et impossibles à reproduire.
Et le mont Fuji est, dans cette mémoire, une étoile particulièrement brillante. Ce qu’il m’a appris, c’est l’humilité, la patience, la concentration, et cette humilité et cette émotion indicibles qui montent en nous lorsque l’on se rapproche de la grande nature par la force la plus primitive. Si vous aimez aussi le cyclisme, j’espère sincèrement qu’un jour, le nom de cette montagne sacrée figurera sur votre liste de sorties. Et par un petit matin de début d’été, vous comprendrez par vous-même que toute cette attente et toute cette préparation en valaient infiniment la peine.
Lectures complémentaires
- Atteindre le point culminant accessible du mont Fuji : la Fuji Skyline, le cratère Hōei et le long voyage dans les nuages de la zone forestière
- 8 500 concurrents sur la ligne de départ : la Subaru Line du mont Fuji, le plus grand pèlerinage de grimpe d’Asie
- La route céleste vers la montagne sacrée : la Skyline du mont Ishizuchi, la foi shugendō et le voyage sur le toit de Shikoku, face à la rivière Men
- Le pèlerinage au pied du mur vertigineux : la Fuji Azami Line, la montée de Subashiri et l’épreuve de volonté sur une pente infernale
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