Pédaler vers le volcan bouclier céleste : l'épopée géologique de la route Aspite de Hachimantai, l'Œil du Dragon et la forêt thermale

Certaines routes, une fois parcourues, vous laissent des chiffres en mémoire — le nombre de minutes, les mètres gravis, le record personnel battu de quelques secondes. Mais d’autres routes, une fois parcourues, laissent des images gravées dans votre esprit : un ciel qui s’ouvre soudainement, un étang d’un bleu profond reflétant les névés, un filet de vapeur blanche s’élevant des profondeurs de la forêt. La Hachimantai Aspite Line appartient à cette seconde catégorie.
Dans cet article, je ne parlerai ni d’allure ni de braquet. Je veux vous emmener pédaler avec le cœur sur cette route — pour lire l’épopée volcanique de cette terre sous vos roues, pour contempler ces paysages qui vous feront vous arrêter et oublier votre chronomètre, pour goûter aux saveurs locales que cette terre a nourries.
I. Le nom du volcan bouclier : une route, une histoire géologique
Commençons par le nom de cette route. Le terme « Aspite (アスピーテ) » est en réalité la translittération japonaise d’un terme géologique allemand, signifiant « volcan bouclier » — ce type de volcan aux pentes douces, étalé sur le sol comme un bouclier renversé.
Ce nom résume à lui seul le caractère de la Hachimantai. Ce n’est pas un stratovolcan élancé et solitaire comme le Fuji, mais un vaste plateau doux, ouvert et serein. Lorsque vous pédalez sur cette route, vous ne conquérez pas un « sommet », vous traversez une « terrasse céleste ». C’est aussi pourquoi l’expérience de l’ascension à Hachimantai est si singulière : des pentes si douces qu’elles en paraissent presque tendres, et un panorama si vaste qu’il en devient presque extravagant.
La topographie du volcan bouclier engendre la contradiction la plus fascinante de Hachimantai — c’est une « montagne qui ne ressemble pas à une montagne ». Vous croyez gravir une pente, et pourtant, en levant les yeux, le ciel est là, devant vous, et la terre s’étale sous vos pieds comme une mer verte.
Cette route de montagne, qui traverse les préfectures d’Iwate et d’Akita sur environ 35 kilomètres, a été ouverte dès 1970 et a déjà franchi le cap du demi-siècle. Tel un ruban délicatement posé sur l’échine du volcan bouclier, elle relie deux préfectures et enchaîne les plus magnifiques panoramas des hautes terres du Tōhoku. Depuis un demi-siècle, elle a porté les pas d’innombrables voyageurs, cyclistes, photographes et randonneurs, et a été témoin du théâtre coloré que les quatre saisons du Tōhoku rejouent sans cesse sur ce même haut plateau.
II. L’instant où l’on s’envole vers le ciel : la sensation d’apesanteur du corridor Daichi-Ten
Si je devais résumer en un mot l’expérience centrale du parcours de la Hachimantai Aspite Line, je dirais : l’apesanteur.
Le point culminant de cette route, le col de Mikaeri, se situe à environ 1 541 mètres d’altitude, tandis que le sommet de la Hachimantai culmine à environ 1 613 mètres — une différence de seulement 100 mètres. Cela signifie que, lorsque vous atteignez les sections proches du sommet, vous avancez presque « en longeant la crête ». Plus aucune élévation ne vient obstruer votre vue ; la forêt s’efface progressivement après le milieu du parcours, laissant place à une végétation alpine basse et à un ciel infini.
Ce sentiment, à cet instant précis, est difficile à décrire avec des mots. Vous avez l’impression que vos pédales s’enfoncent dans les nuages, que la terre de part et d’autre s’éloigne en couches successives vers l’horizon, les montagnes comme des vagues, les ombres des nuages comme des eaux courantes. Le vent souffle depuis la crête dégagée, portant la fraîcheur cristalline propre aux hautes terres. Vous n’avez plus l’impression de « gravir une montagne », mais plutôt de « voler » — une illusion de glisse entre ciel et terre.
Les cyclistes locaux appellent ce tronçon le « corridor Daichi-Ten », c’est-à-dire « le corridor de la Terre et du Ciel ». Ces cinq caractères sont la description la plus juste que j’aie jamais entendue pour cette route. Vous y cheminez, avec d’un côté la terre qui s’étend à l’infini, de l’autre un ciel à portée de main, et vous êtes ce voyageur qui tisse le fil entre les deux.
Le nom du col de Mikaeri est lui aussi très évocateur — « Mikaeri » signifie « se retourner pour regarder ». La légende raconte que les voyageurs d’autrefois qui franchissaient ce col ne pouvaient s’empêcher, une fois arrivés à cet endroit, de se retourner pour contempler le paysage grandiose qu’ils venaient de traverser. Des centaines d’années plus tard, nous arrivons au même endroit à vélo, accomplissant en réalité le même geste : nous arrêter au sommet du col, nous retourner vers cette route que nous avons gravie mètre par mètre, vers ce ciel conquis par notre persévérance.
III. Le joyau secret du sommet : l’« œil du dragon » de l’étang Kagami et les marais
Lorsque vous garez votre vélo sur l’aire de stationnement près du sommet de la Hachimantai, ne vous empressez pas de faire demi-tour. Le sommet de ce volcan bouclier recèle le spectacle naturel le plus magique de tout le parcours — la zone sommitale de la Hachimantai est parsemée de marais et d’étangs de toutes tailles, et le plus célèbre d’entre eux est l’étang Kagami, surnommé « l’œil du dragon (Doragon Ai) ».
Ce que l’on appelle « l’œil du dragon » est un phénomène de névés qui n’apparaît qu’à une saison bien précise. Chaque année, à la fin du printemps, lors de la fonte des neiges, la neige accumulée au centre de l’étang Kagami présente une curieuse forme de fonte annulaire : la neige au centre de l’étang fond en premier, révélant l’eau d’un bleu profond, tandis qu’un anneau de neige subsiste encore à la périphérie, et qu’au centre flotte même un îlot de neige non encore fondue. Vue d’en haut, l’eau bleu profond de l’étang, la neige blanche qui l’enserre et l’îlot de neige central composent l’œil d’un dragon géant qui semble s’ouvrir pour fixer le ciel.
Ce spectacle est rare et imprévisible ; le moment de son apparition varie chaque année selon la progression de la fonte, et il n’est parfaitement visible que pendant une brève période à la fin du printemps. Pouvoir voir de ses propres yeux l’« œil du dragon » s’ouvrir relève en partie de la chance, et c’est précisément pour cela qu’il est devenu ce paysage onirique saisonnier que d’innombrables voyageurs attendent avec ferveur, parfois en se postant sur place.
Même si vous manquez le moment parfait de l’« œil du dragon », les marais sommitaux sont eux-mêmes d’une beauté à couper le souffle. Les passerelles en bois serpentent à travers les zones humides verdoyantes, les plantes alpines s’épanouissent avec ardeur durant le court été, et les étangs qui reflètent le ciel bleu et les nuages blancs sont comme des miroirs éparpillés sur la terre. Appuyez votre vélo, adoptez le rythme de la marche, parcourez un court tronçon sur les passerelles en bois et laissez-vous totalement imprégner par ce sanctuaire alpin — c’est un rituel à ne pas manquer lors d’une sortie à Hachimantai.
IV. La forêt et les sources chaudes : là où s’élève la vapeur blanche
La beauté de Hachimantai ne réside pas seulement dans l’ouverture du sommet, mais aussi dans la profondeur des flancs. Les altitudes moyennes et basses de ce volcan bouclier sont couvertes d’une forêt dense — d’un vert émeraude nuancé en été, d’une flamboyance rouge et or en automne. En pédalant à travers, la lumière du soleil filtre à travers les feuillages en taches lumineuses fragmentées, et l’air est imprégné des parfums de la terre, de la résine et des herbes.
Et au cœur de cette forêt, ce qui attire le plus, ce sont ces sources chaudes secrètes qui jaillissent des profondeurs de la terre, leurs volutes de vapeur blanche s’élevant en permanence.
La région de Hachimantai est une célèbre terre de sources chaudes, parmi lesquelles les plus renommées sont la source chaude de Tōshichi, située en altitude, et la source chaude de Matsukawa, sur les flancs de la montagne. La source de Tōshichi est réputée pour son bain extérieur rustique en haute altitude, où l’on a l’impression de ne faire qu’un avec tout le haut plateau ; la source de Matsukawa est quant à elle célèbre pour son atmosphère de source secrète chargée d’histoire et son eau laiteuse aux qualités uniques. Après une journée entière d’ascension, les muscles endoloris, le corps et l’esprit épuisés, pouvoir s’immerger dans un tel bassin d’eau chaude jaillie des entrailles du volcan, laisser la chaleur vous envelopper, laisser les courbatures se dissoudre, laisser la vapeur blanche emporter la fatigue de la journée — cette satisfaction, aucune boisson pour sportif ne peut l’offrir.
Volcan, forêt, sources chaudes : ce sont en réalité trois visages d’une même chose. C’est ce volcan bouclier, encore vivant sous vos pieds, qui transforme la chaleur géothermique en vapeur blanche, et la vapeur blanche en réconfort pour le voyageur. Pédaler à Hachimantai, ce n’est pas seulement parcourir une route, c’est chevaucher un volcan vivant.
C’est là ce qui fait la beauté la plus émouvante du cyclisme dans le Tōhoku : le défi et la guérison sont toujours si proches. Vous passez toute une matinée à lutter contre la pente, et tout un après-midi à vous reconstituer dans une source chaude. Le dur et le doux, la sueur et l’eau thermale, la conquête et l’abandon, s’entrelacent pleinement en une seule journée.
V. Le théâtre des saisons : une route, quatre âmes
La Hachimantai Aspite Line est une route qui se métamorphose radicalement au fil des saisons. Sur le même bitume, pédaler à des mois différents vous offre des expériences d’âme totalement différentes.
Fin du printemps (début de la réouverture) : Cette route est fermée en hiver en raison des chutes de neige et ne rouvre qu’à la fin du printemps. Au début de la réouverture, de hauts murs de neige se dressent souvent de part et d’autre de la chaussée — des remparts blancs laissés par les engins qui ont creusé un passage dans l’épaisse couche de neige. Pédaler entre ces murs de neige, avec de part et d’autre des parois de glace plus hautes qu’un homme et au-dessus un ciel printanier d’un bleu éclatant, ce contraste visuel saisissant est une émotion réservée au printemps. C’est aussi la saison où l’« œil du dragon » du sommet a le plus de chances de s’ouvrir.
Plein été (juillet-août) : La saison où la verdure est la plus dense et le climat le plus stable. La forêt est d’un vert émeraude, les marais débordent de vie, les fleurs alpines s’épanouissent. C’est la période idéale pour une sortie tranquille, pour savourer pleinement la sensation d’apesanteur et les panoramas dégagés, et une excellente option pour échapper à la chaleur étouffante de Taïwan et venir pédaler en altitude dans le nord du Tōhoku.
Début de l’automne (environ de fin septembre à début octobre) : Hachimantai se métamorphose et devient l’un des hauts lieux du feuillage automnal du Tōhoku. Toute la forêt se teinte d’une broderie de rouges, d’oranges et d’or ; vue du sommet, elle ressemble à un océan de couleurs enflammées. C’est l’événement annuel tant attendu des photographes et des cyclistes, mais les températures chutent également brutalement — veillez à bien vous couvrir.
Au fil des saisons, cette route revêt des habits toujours différents. Certains viennent pour les murs de neige, d’autres pour le feuillage automnal, d’autres encore pour la pureté de ce vert et de ce bleu en plein été. Quelle que soit la saison, Hachimantai ne vous décevra jamais — elle ne fera que vous donner envie de revenir, dès la saison suivante.
VI. Le goût d’en bas : un bol de naengmyeon de Morioka et les saveurs du terroir d’Iwate
Les souvenirs d’une sortie à vélo ne se gravent pas seulement sur la route, mais aussi à table. La préfecture d’Iwate, où se trouve Hachimantai, et plus particulièrement la région de Morioka toute proche, est un véritable trésor de cuisine locale du Tōhoku. Après avoir gravi cette route, n’oubliez pas de ponctuer votre voyage d’un repas local chaleureux.
Le plat à ne surtout pas manquer est le naengmyeon de Morioka. C’est l’une des « trois nouilles » de Morioka, caractérisé par des nouilles élastiques et fermes, un bouillon de bœuf clair et savoureux, généralement accompagné de concombre, d’œuf dur et, pour la touche finale, d’une tranche de pastèque ou de fruit. Sucré, acide, épicé et salé s’entremêlent dans une véritable symphonie de saveurs. Pour un corps qui vient de parcourir une longue montée et de transpirer abondamment, ce bouillon froid, acidulé et épicé, avec ses nouilles fermes, est une récompense paradisiaque — le sel compense le sodium perdu, la fraîcheur apaise la chaleur, et l’acidité et le piquant réveillent des papilles fatiguées.
Au-delà du naengmyeon, la table du terroir d’Iwate regorge d’autres saveurs à découvrir : la culture ludique des bols successifs du wanko soba, les plats du terroir à base d’ingrédients locaux, les sakés du Tōhoku et les gourmandises régionales… Chacune de ces spécialités est le fruit unique de cette terre et de son climat. Asseyez-vous, savourez un bon repas, laissez-vous accueillir par le japonais teinté d’accent du Tōhoku des tenanciers — cette chaleur humaine deviendra l’un des souvenirs les plus doux de votre voyage.
VII. Suggestions d’itinéraire : transformer une route en un véritable voyage
Si vous avez parcouru des milliers de kilomètres depuis Taïwan jusqu’au nord du Tōhoku uniquement pour cette route, ce serait bien dommage. La position de Hachimantai en fait en réalité un camp de base idéal pour explorer Iwate et même tout le Tōhoku. Je vous suggère d’intégrer cette route dans un voyage plus complet :
- Faire de Morioka votre base : Morioka, chef-lieu de la préfecture d’Iwate, est facilement accessible et offre un large choix d’hébergements et de restaurants. C’est la porte d’entrée idéale vers Hachimantai. Depuis Morioka, vous pouvez planifier une journée pour gravir Hachimantai et consacrer le reste du temps à flâner dans les rues historiques et les célèbres échoppes de nouilles de la ville.
- Passer une nuit dans un onsen : Plutôt qu’un aller-retour dans la journée, pourquoi ne pas passer une nuit dans une auberge thermale au pied ou à mi-pente de Hachimantai ? Après l’effort, un bain chaud, un repas local et une bonne nuit de sommeil, puis repartir le lendemain à votre rythme, le corps et l’esprit complètement rechargés.
- Prolonger du côté d’Akita : Cette route traverse Iwate et Akita. Si vous avez de l’énergie, explorez les paysages du côté d’Akita pour ressentir les différences de terroir entre deux préfectures autour d’un même volcan bouclier.
- Visiter les symboles d’Iwate : La préfecture compte également le mont Iwate, le « Fuji du Sud », autre destination classique de cyclisme et d’alpinisme, ainsi que de nombreux paysages immortalisés par les écrivains. Cela vaut la peine de rester quelques jours de plus pour les savourer lentement.
VIII. La chaleur d’une course : le Hachimantai Hill Climb
Le sens du cyclisme ne réside pas seulement dans l’affrontement solitaire avec soi-même, mais aussi dans le fait de se rendre à un rendez-vous avec une communauté de passionnés. Sur ce haut plateau de Hachimantai, depuis 2018, la ville de Hachimantai organise une course de montée à vélo nommée « Hachimantai Hill Climb », attirant chaque année plusieurs centaines de cyclistes qui se rassemblent pour relever ensemble le défi de ce corridor céleste volcanique.
J’ai toujours pensé que les courses de montée étaient la forme la plus pure et la plus émouvante du cyclisme. Pas de tactique d’équipe, pas de manœuvres, pas de sprints dangereux pour les points — seulement un homme, un vélo, une pente, et le dialogue le plus honnête avec la gravité. Dans une course de montée, votre plus grand adversaire est toujours vous-même — ce vous qui veut abandonner, ce vous qui perd le contrôle de son allure, ce vous qui, au moment du mur, a envie de mettre pied à terre et de pousser le vélo.
Imaginez la scène : au petit matin au pied de Hachimantai, plusieurs centaines de cyclistes venus de tout le Japon et même de l’étranger se massent au départ, l’air chargé d’excitation et de tension. Au coup de feu, la foule s’engouffre sur la route comme un ruisseau, chacun cherchant son propre rythme. Certains visent le podium, d’autres veulent simplement terminer, d’autres encore sont venus spécialement pour créer un souvenir commun sur cette belle route. Et lorsque, un à un, vous pédalez avec acharnement jusqu’au col de Mikaeri, que vous vous retournez sur le chemin parcouru, cette émotion collective d’« avoir accompli ensemble quelque chose de formidable » est impossible à reproduire lors d’un entraînement solitaire.
Pour les cyclistes taïwanais, si votre itinéraire peut coïncider avec une telle course locale (les dates exactes varient chaque année — consultez impérativement les annonces officielles les plus récentes, ne les fixez jamais à l’avance), ce sera une expérience culturelle rare — vous n’aurez pas seulement parcouru cette route, vous aurez écrit une histoire commune avec les habitants de cette terre, un même matin, sur une même pente. Vous ressentirez la délicatesse des événements sportifs régionaux japonais : les encouragements des bénévoles tout au long du parcours, la chaleur des ravitaillements, les salutations et l’accueil des habitants après l’arrivée. Cette chaleur transformera cette route, dans votre cœur, d’un simple « bitume » en un « souvenir ».
IX. Dialoguer avec la terre : le cyclisme comme méditation
Certaines routes sont faites pour la vitesse ; d’autres pour la méditation. L’Hachimantai Aspite Line appartient à la seconde catégorie.
Lorsque je roule sur cette route, surtout après le milieu du parcours, quand la forêt s’efface et que la vue s’ouvre, j’éprouve souvent une sensation étrange — comme si le monde entier s’était tu, ne laissant que le rythme de la respiration, la rotation des pédales et le bruit du vent dans les oreilles. La pente douce de cette route vous offre justement le loisir de lever la tête et de dialoguer avec cette terre. Vous n’avez pas besoin de fixer votre compteur en haletant ; vous pouvez véritablement « voir » — voir la terre se dérouler en couches sous vos pieds, voir les ombres des nuages glisser sur les montagnes lointaines, voir le ciel si proche qu’il semble à portée de main.
C’est précisément ce que je considère comme le bien le plus précieux du cyclisme à l’étranger : il vous extrait de l’agitation et de l’anxiété du quotidien, et vous permet, dans un pédalage pur et isolé du monde, de retrouver l’ordre intérieur. Sur le corridor céleste de Hachimantai, pas de messages professionnels, pas de bruit urbain, pas d’attentes des autres — seulement vous, votre vélo et cette nature grandiose. Chaque coup de pédale est comme une profonde inspiration ; chaque montée, comme une sédimentation de l’esprit.
Lorsque vous atteignez le col de Mikaeri, que vous vous arrêtez, et que sur cette crête dégagée, le vent de la montagne caresse votre corps en sueur — à cet instant, vous réalisez soudain que toutes ces choses qui vous angoissent, vous tourmentent, vous ne pouvez pas lâcher, semblent soudain moins importantes. Vous n’êtes qu’un être minuscule au sommet d’un volcan bouclier, entre la terre et le ciel, ressentant une paix pure et oubliée. C’est peut-être là le sens le plus profond de « s’envoler dans le ciel » — ce que vous fuyez, ce n’est pas seulement le sol, mais aussi ce vous-même lourd, quotidien, que vous n’arrivez pas à lâcher.
X. Pour celles et ceux qui viennent pour la première fois : quelques conseils bienveillants
Si vous planifiez votre première ascension de Hachimantai, au-delà de la préparation physique et du matériel, j’aimerais vous donner quelques conseils bienveillants, davantage tournés vers l’« état d’esprit » :
- Ne vous contentez pas de foncer : Le plus précieux sur cette route n’est pas votre vitesse, mais ce que vous voyez. N’hésitez pas à vous arrêter devant un beau paysage, à sortir votre appareil photo, ou simplement à rester là, immobile, à contempler un instant — ces moments de pause sont souvent les images les plus vives de vos souvenirs futurs.
- Respectez cette terre : C’est un haut plateau volcanique et une zone humide d’une grande valeur écologique. Chaque plante, chaque arbre le long du chemin mérite d’être traité avec soin. Ne pas laisser de déchets, ne pas déranger la faune et la flore, respecter les sentiers et le code de la route sont la politesse la plus élémentaire de chaque visiteur.
- Acceptez l’incertitude météorologique : Le temps en montagne dans le Tōhoku change en un instant. Le brouillard qui arrive, la pluie qui tombe, le vent qui se lève — tout cela fait partie de cette terre. Plutôt que de vous en plaindre, acceptez-le et adaptez-vous — parfois, un brouillard soudain en montagne vous offrira une expérience de cyclisme onirique et inoubliable.
- Considérez cela comme un voyage, pas seulement comme une activité sportive : Le vélo n’est qu’une partie de ce voyage. Les zones humides au sommet, les onsen à mi-pente, le naengmyeon en bas, la chaleur humaine locale — intégrez tout cela, et vous repartirez avec un voyage complet et chaleureux, et non pas simplement une route cochée sur une liste.
Ralentissez, regardez davantage, ressentez plus profondément. Hachimantai n’est pas une route pour prouver que « je suis rapide », mais une route pour réapprendre à « bien ressentir ».
Épilogue : pourquoi Hachimantai ?
Revenons à la question initiale — pourquoi parcourir des milliers de kilomètres pour venir rouler sur une route quasi inconnue à Taïwan ?
Parce que l’Hachimantai Aspite Line vous offre une expérience complète. Avec sa pente douce mais interminable, elle vous laisse le loisir de lever la tête pour admirer le paysage, plutôt que de fixer votre compteur en haletant ; avec cette sensation de « s’envoler dans le ciel », elle vous fait goûter, entre deux coups de pédale, une liberté presque aérienne ; avec l’Œil du Dragon au sommet, la forêt de sources chaudes à mi-pente et les nouilles froides locales en contrebas, elle coud ensemble « défi » et « ressourcement », « majesté » et « chaleur », dans un même voyage parfaitement assemblé.
Sur ce corridor céleste du volcan bouclier, ce que vous conquérez n’est pas vraiment la pente, mais ce vous-même qui, prêt à pédaler avec ardeur pour un paysage, pour une sensation, pour un voyage pur, a été retrouvé.
Lorsque vous grimpez au col de Mikkaeri, que vous vous arrêtez et vous retournez sur la route parcourue, sur ce ciel conquis — vous comprendrez que certains paysages méritent qu’on les échange contre un vol long-courrier entier, contre une journée entière de sueur.
Hachimantai est exactement cela : une route. Elle ne figure pas sur votre liste des incontournables, mais une fois parcourue, elle s’installe dans votre cœur et, année après année, vous appelle à revenir.
XI. À propos du « Tōhoku » : un paradis du cyclisme sous-estimé
En écrivant ces lignes, je voudrais dire quelques mots pour cette terre qu’est le « Tōhoku ».
Lorsque les passionnés de cyclisme taïwanais planifient un voyage à vélo au Japon, ce qui leur vient à l’esprit, c’est souvent le mont Fuji, le lac Biwa, la Shimanami Kaidō à Shikoku, ou la grandeur de Hokkaidō. En comparaison, le « Tōhoku », à l’extrémité nord de Honshū — les six préfectures d’Aomori, Iwate, Akita, Yamagata, Miyagi et Fukushima — est souvent survolé à la hâte par les voyageurs, devenant une présence floue sur la carte.
Mais c’est précisément là que réside le charme le plus envoûtant du Tōhoku. C’est un « paradis du cyclisme sous-estimé ».
Le Tōhoku est vaste et peu peuplé. Qu’est-ce que cela signifie ? Cela signifie des routes ouvertes, une circulation clairsemée, une nature pure, et une tranquillité devenue rare dans les zones urbaines. Lorsque vous roulez sur le corridor céleste de Hachimantai, vous ressentez intensément ce « luxe de l’espace » — pas de files de voitures, pas de foules bruyantes, seulement vous, votre vélo, et cette terre et ce ciel qui semblent sans fin. Cette pureté est une expérience impossible à vivre en roulant dans les régions densément peuplées.
Le Tōhoku préserve également le patrimoine naturel et culturel le plus originel et le plus profond du Japon. On y trouve la célèbre forêt primitive de hêtres des monts Shirakami, la côte spectaculaire de Sanriku, d’innombrables sources chaudes secrètes nichées au fond des montagnes, une hospitalité locale simple et chaleureuse, et un rythme de vie lent, radicalement différent de celui des métropoles. Pour un cycliste qui aspire à un véritable « voyage profond » plutôt qu’à un « tourisme de selfies », le Tōhoku offre un périple plus proche de l’essence de la terre, plus à même de toucher l’âme.
Hachimantai est précisément l’une des perles les plus éclatantes de ce paradis cycliste qu’est le Tōhoku. Lorsque vous venez de loin pour elle, vous ne récoltez pas seulement une route, mais une clé ouvrant tout l’univers du Tōhoku. Peut-être que pour ce voyage, vous n’aurez roulé que Hachimantai ; mais après l’avoir parcourue, vous ne pourrez vous empêcher de commencer à chercher : la prochaine fois, ne devrais-je pas aller défier telle montagne d’Aomori ? Explorer tel littoral d’Akita ? Le Tōhoku est une terre qui vous rend « de plus en plus accro au cyclisme ».
XII. À ceux qui prévoient de partir : l’imaginaire complet d’un voyage
Pour finir, laissez-moi dessiner pour vous l’imaginaire complet de ce « voyage à Hachimantai ».
Imaginez-vous, par un petit matin de fin d’été ou de début d’automne, vous réveillant dans votre logement à Morioka. Dehors, l’air vif et limpide, si caractéristique du Tōhoku ; au loin, cette silhouette de montagne familière vous attend. Après un copieux petit-déjeuner, vous sortez votre vélo bien-aimé et, le long des routes baignées de lumière matinale, vous vous dirigez vers Hachimantai.
À mesure que l’altitude s’élève, l’atmosphère de la ville est laissée derrière vous, remplacée par une verdure de plus en plus dense et un air de plus en plus pur. Vous entrez dans le domaine de ce volcan bouclier. La première section de la pente vous accueille avec douceur ; vous pédalez sans hâte, laissant le corps s’échauffer peu à peu et entrer dans le rythme.
Passé le milieu du parcours, la forêt s’écarte et le ciel s’ouvre brusquement. À cet instant de « vol dans le ciel », vous ne pouvez vous empêcher de vous arrêter, dévorant des yeux cette terre qui s’étage en couches successives vers l’horizon. Vous sortez votre téléphone, mais vous découvrez qu’aucun objectif ne peut capturer cette immensité — certains paysages sont faits pour être vus avec les yeux et gravés dans le cœur.
Vous poursuivez votre ascension jusqu’au sommet. Vous verrouillez votre vélo, empruntez les passerelles en bois des marais, et contemplez ces étangs qui reflètent le ciel bleu et les nuages blancs, tels des miroirs éparpillés. Si vous avez de la chance, à un certain moment de la fin du printemps, vous pourrez même voir de vos propres yeux l’« Œil du Dragon » qui s’ouvre — cette merveille volcanique où le bleu profond et le blanc pur s’entrelacent.
Après la descente, le corps courbaturé mais comblé, vous vous arrêtez dans une auberge de sources chaudes à mi-pente et vous plongez dans un bain jaillissant des entrailles du volcan. La vapeur monte, les volutes blanches s’élèvent, et la fatigue de la journée se dissout peu à peu dans la sueur et la buée. Après le bain, vous vous asseyez et dégustez un bol de nouilles froides de Morioka, acidulées et épicées — une saveur qui, dans ce corps épuisé, est un pur délice céleste.
La nuit, allongé sur les tatamis de l’auberge, vous écoutez le vent de la montagne à la fenêtre et repensez à cette journée — ce ciel, cet Œil du Dragon, cette volute de vapeur, ce bol de nouilles. Vous vous dites soudain que ce voyage de milliers de kilomètres en valait la peine.
Voilà ce que Hachimantai peut vous offrir en une journée. Ce n’est pas seulement une route, mais un voyage complet, fait de sueur et de ressourcement, de défi et de douceur. Puissiez-vous, vous aussi, vivre une telle journée, sur le toit du Tōhoku, pour vous envoler vers votre propre ciel.
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