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Gravir le mont Gassan : un voyage de mort et de renaissance, la foi millénaire des trois montagnes de Dewa et la montagne de lune de Bashō

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Gravir le Mont Gassan : un voyage de mort et de renaissance, la foi millénaire des Trois Montagnes de Dewa et la montagne de lune de Bashō

Certaines montagnes, on les gravit pour les conquérir ; d’autres, on les gravit pour devenir une personne différente. Le Mont Gassan est de ces dernières.

Dans le district de Higashitagawa, préfecture de Yamagata, se trouve une route d’ascension en direction de Gassan Hōzawa. Les données froides de Strava indiquent : environ 4,84 kilomètres, un dénivelé total d’environ 377,9 mètres, une pente moyenne d’environ 7,8 %. Mais lorsque vous posez réellement vos roues sur cette pente, vous comprenez peu à peu que chaque coup de pédale s’enfonce dans une terre sacrée que les Japonais appellent « umarekawari no tabi » — le voyage de la renaissance. Cet article ne parle pas de puissance ni de braquets, mais vous emmène dans l’âme du Mont Gassan, dans la flamme de foi millénaire des Trois Montagnes de Dewa, et dans la résonance du haïku laissé par Bashō.

« Kumo no mine / ikutsu kuzurete / tsuki no yama » — Matsuo Bashō

I. Les Trois Montagnes de Dewa : un voyage de mort et de renaissance

Pour comprendre le Mont Gassan, il faut d’abord comprendre les « Trois Montagnes de Dewa ». Il s’agit d’un site sacré du shugendō composé de trois montagnes : le Mont Haguro (414 m), le Mont Gassan (1 984 m) et le Mont Yudono (1 500 m). Ce ne sont pas seulement trois sommets géographiques, mais des symboles chargés d’une profonde philosophie de vie.

Dans le système de croyances des Trois Montagnes de Dewa, ces trois montagnes représentent respectivement les trois étapes de la vie :

Nom de la montagne Altitude Signification symbolique Étape de la vie
Mont Haguro 414 m Le monde présent (le maintenant) La vie humaine dans l’instant présent
Mont Gassan 1 984 m Le passé (après la mort) Faire face à la mort et aux esprits ancestraux
Mont Yudono 1 500 m Le futur (la renaissance) Renaître à une nouvelle vie

Pèleriner ces trois montagnes dans l’ordre est appelé « umarekawari no tabi » — le voyage de la renaissance. Les fidèles croient qu’achever ce parcours équivaut à vivre une mort et une renaissance symboliques : partir du monde présent du Mont Haguro, gravir le Mont Gassan pour affronter la mort et les esprits ancestraux, puis renaître au Mont Yudono et revenir au monde des vivants avec une âme purifiée.

Et vous, à vélo, avec vos jambes et votre souffle, vous rejouez l’étape la plus centrale de cet ancien voyage spirituel — l’ascension du Mont Gassan, le « monde après la mort ». Lorsque vous haletez sur une pente à 7,8 %, que vous luttez contre l’acide lactique, que vous serrez les dents aux limites de votre volonté, d’une certaine manière, vous vivez aussi votre propre « mort et renaissance » miniature. C’est là tout le charme de gravir le Mont Gassan : la souffrance physique se voit investie d’un poids spirituel.

II. Le Prince Hachiko et 1 400 ans de foi

La flamme de foi du Mont Gassan remonte à l’an 593 après J.-C. Selon la légende, les Trois Montagnes de Dewa furent ouvertes par le Prince Hachiko. Fils de l’empereur Sushun, il s’enfuit vers le Tōhoku après l’assassinat de son père pour échapper aux sanglantes luttes de pouvoir, et finit par fonder un dojo de shugendō dans ces montagnes profondes.

Depuis lors, la foi de ce site sacré perdure depuis plus de 1 400 ans. Que représentent 1 400 ans ? C’est une durée plus longue que l’histoire de bien des nations. Pendant ces 1 400 ans et plus, d’innombrables ascètes, fidèles et voyageurs ont foulé ce sentier de montagne ; leurs prières, leur vénération, leurs réflexions sur la vie et la mort se sont déposées couche après couche sur cette terre.

Lorsque vous roulez sur cette pente, vous n’êtes pas seul. Chaque centimètre de route sous vos roues a été foulé par d’innombrables pèlerins vêtus de blanc. Cette épaisseur historique peut vous frapper soudainement à un moment donné — peut-être lorsque vous apercevez au détour d’un virage les sommets enveloppés de brume au loin, ou lorsque vous entendez le vent traverser les arbres. Vous réalisez alors que vous participez à un dialogue qui traverse un millénaire.

III. Les Yamabushi : les ascètes vêtus de blanc

Si vous visitez à la bonne saison, vous pourrez peut-être rencontrer en montagne une présence singulière — les yamabushi, les ascètes du shugendō.

Les yamabushi portent des vêtements blancs, et ce blanc n’est pas un choix anodin. Dans la culture japonaise, le blanc est la « shini-shōzoku » — la tenue des défunts. Lorsque les yamabushi revêtent le blanc pour entrer en montagne, cela symbolise une « mort temporaire » : abandonner le soi profane, se tremper le corps et l’esprit par des ascèses sévères en montagne (marches, purifications sous les cascades, jeûnes, récitations de sutras), puis « renaître » et revenir au monde des vivants avec une âme purifiée.

Cette démarche résonne étrangement avec l’état d’esprit du cycliste qui attaque une montée. Nous enfilons notre maillot, clipsons nos chaussures, nous nous confions à une pente difficile, et dans la souffrance, nous brûlons les pensées parasites, l’anxiété et la fatigue du quotidien. Au sommet, ce que l’on obtient n’est pas seulement la satisfaction physique, mais aussi une clarté et une renaissance spirituelles. Vu sous cet angle, chaque cycliste qui pédale avec acharnement sur les pentes du Mont Gassan est un yamabushi contemporain de cette terre sacrée.

IV. Amidagahara : la Terre Pure du sommet

Si votre voyage ne s’arrête pas à Hōzawa et que vous êtes prêt à explorer plus haut sur le Mont Gassan, vous découvrirez un paysage à couper le souffle — les marais d’Amidagahara, situés vers le huitième station du Mont Gassan.

Le terme « Amida » désigne le Bouddha Amitābha ; « Amidagahara » est, dans l’imaginaire de la foi, la matérialisation même de la Terre Pure. Lorsque vous vous tenez devant ces hauts marais, l’image n’est pas difficile à saisir :

  • La mer de fleurs de plantes alpines : en été, les marais se parent de toutes sortes de plantes alpines, de petites fleurs qui s’épanouissent dans un environnement hostile, composant un tableau à la fois délicat et résilient.
  • Les étangs épars : de grandes et petites mares sont disséminées sur les marais, reflétant la lumière du ciel et le passage des nuages, telles des éclats de miroir tombés du ciel.
  • Les névés éternels : même en été, certaines zones ombragées conservent des neiges qui ne fondent jamais. La neige blanche, les prairies vertes et le ciel bleu s’entrelacent pour créer une sainteté presque surréelle.

Debout ici, vous comprenez pourquoi les anciens ont nommé ces marais « Terre Pure ». C’est une sérénité et une solennité difficiles à décrire avec précision par les mots, comme si l’on avait vraiment atteint le bord du monde, la frontière entre la vie et la mort. Pour un cycliste, un tel paysage est la plus belle des récompenses — il élève toute votre sueur et tout votre souffle en cet instant.

V. Sur les traces de Bashō : la montagne de lune sur la Route étroite vers les contrées profondes

Pour parler de la dimension humaine du Mont Gassan, un nom est incontournable — Matsuo Bashō. Ce plus grand poète de haïku de l’époque d’Edo, dans son immortel récit de voyage « Oku no Hosomichi » (La Route étroite vers les contrées profondes), a personnellement visité les Trois Montagnes de Dewa et a laissé sur le Mont Gassan un haïku transmis à la postérité :

Kumo no mine / ikutsu kuzurete / tsuki no yama

L’image de ce haïku est d’une beauté exquise : les cumulonimbus empilés en couches, majestueux comme des sommets (kumo no mine), s’effondrent et se dissipent un à un au fil du temps, et lorsque les nuages se dispersent, la montagne éclatante nommée « lune » apparaît silencieusement devant les yeux. Il y a là une profonde conscience de l’impermanence — même les nuages aussi majestueux que des pics finiront par se dissoudre, seule la montagne de lune demeure éternellement. Cela fait écho à la philosophie centrale de « mort et renaissance » des Trois Montagnes de Dewa.

Lorsque vous roulez sur la pente qui mène au Mont Gassan, n’hésitez pas, à un virage où vous vous arrêtez pour souffler, à lever les yeux vers le ciel. Si c’est un après-midi d’été, vous verrez peut-être réellement ces nuages empilés comme des sommets se transformer lentement sous vos yeux. À cet instant, vous partagerez avec Bashō, vieux de plus de 300 ans, le même ciel, le même regard posé sur cette montagne. Ce romantisme qui traverse le temps est le cadeau unique du voyage au Mont Gassan.

VI. Les saveurs de Shōnai : plantes sauvages, pousses de bambou du Mont Gassan et terroir local

Le cyclisme ne concerne jamais seulement la route de montagne, mais aussi la vie et les saveurs au pied de la montagne. La région de Shōnai, où se trouve le Mont Gassan, est une terre d’abondance et de culture profonde, et les environs de Tsuruoka sont un excellent point de départ pour explorer les saveurs locales.

  • Les pousses de bambou du Mont Gassan (Gassan takenoko) : c’est une plante sauvage emblématique de la région, un délice de saison né des montagnes du Mont Gassan. Ces pousses fines, tendres et sucrées n’apparaissent que pendant une brève saison, et sont une saveur que les gourmets attendent avec impatience chaque année.
  • La cuisine de plantes sauvages (sansai ryōri) : la culture des plantes sauvages de la région de Shōnai est extrêmement riche. Toutes sortes de légumes sauvages cueillis en montagne, préparés selon des méthodes transmises de génération en génération par les habitants, offrent des saveurs simples mais profondes. Ces plats sont légers et faciles à digérer, un excellent choix pour refaire le plein d’énergie pendant une sortie à vélo.
  • La culture culinaire locale : Shōnai est considérée comme l’un des trésors importants de la culture culinaire japonaise. Le soin apporté aux ingrédients et le respect des saisons constituent en soi une culture qui mérite d’être savourée.

Bien entendu, les noms précis des établissements et leurs conditions d’ouverture peuvent varier chaque année. Il est conseillé de faire quelques recherches avant le départ et de se renseigner sur place. Intégrer l’exploration gustative à votre plan de cyclisme rendra ce voyage au Mont Gassan véritablement complet.

VII. La pagode à cinq étages du mont Haguro : un trésor national au cœur de la forêt

Si votre emploi du temps le permet, je vous recommande vivement d’ajouter une visite au mont Haguro à votre itinéraire. Symbole du « monde présent » dans la trilogie sacrée des trois montagnes de Dewa, le mont Haguro, bien que d’altitude modeste (414 mètres), abrite un trésor national saisissant : la pagode à cinq étages du mont Haguro.

Cette pagode se dresse silencieusement au cœur de la forêt de cèdres bordant le chemin de pèlerinage, enveloppée par des cèdres millénaires qui s’élancent vers le ciel. Lorsque vous parcourez cette allée faite de marches de pierre et d’arbres centenaires, la lumière du soleil filtre à travers la canopée, projetant des ombres tachetées. La pagode ancienne apparaît et disparaît dans la quiétude de la forêt, et sa solennité sacrée apaise instantanément les esprits les plus agités. Pour les cyclistes qui viennent d’épuiser leurs forces sur les pentes du mont Gassan, c’est un point d’arrivée parfait pour laisser le corps et l’esprit se déposer et engager un dernier dialogue avec cette terre sacrée.

VIII. Les paysages saisonniers du mont Gassan

La beauté du mont Gassan se transforme au fil des saisons. Comprendre sa dimension saisonnière vous aidera à choisir le moment idéal pour votre visite.

Été : ski estival et champs de fleurs

Le mont Gassan est surtout célèbre pour son phénomène étonnant de « ski en été ». L’enneigement y est extrêmement long ; même en été, les zones de haute altitude conservent une quantité de neige considérable, ce qui en fait une rare destination de ski estival au Japon. Imaginez : en contrebas, la plaine de Shōnai est baignée d’une verdure estivale éclatante, tandis que vous grimpez à vélo vers la montagne et apercevez au loin des skieurs dévalant les pistes — ce contraste saisissant est la magie propre à l’été du mont Gassan. C’est aussi la saison la plus éclatante pour les fleurs alpines.

Neiges résiduelles et verdure naissante

Au début de l’été, les neiges résiduelles n’ont pas encore complètement disparu, et la blancheur de la neige se mêle aux jeunes pousses verdoyantes, créant un tableau où la vie et le silence coexistent. C’est le moment visuel qui incarne le mieux l’image de « mort et renaissance » du mont Gassan — les vestiges de l’hiver sont encore là, tandis que la vie printanière a déjà germé.

Mer de nuages et nuages d’été

Comme le décrit le haïku de Bashō, le ciel estival du mont Gassan est souvent traversé par d’imposants cumulonimbus qui s’empilent comme des sommets. Si vous avez de la chance, vous pourrez même rencontrer une mer de nuages en altitude, regardant les brumes tourbillonner et déferler sur les flancs de la montagne, comme si vous étiez transporté dans un royaume céleste. Cela fait écho à l’image de « Amidagahara = paradis de la Terre Pure » — vous avez réellement pédalé jusqu’à un lieu qui touche au ciel.

IX. Une ascension, une renaissance

Laissez-moi clore ce voyage par une évocation à la première personne.

À l’aube, vous partez du pied de la montagne, l’air chargé des senteurs de rizières et d’humidité de la plaine de Shōnai. Lorsque vos roues commencent à mordre la pente à 7,8 %, votre respiration s’accélère, votre cœur bat comme un tambour contre votre poitrine. Au premier kilomètre, vous pensez encore aux soucis du travail de la veille, aux tracas du quotidien ; mais à mesure que la pente vous pousse vers vos limites, ces pensées parasites se consument une à une — comme les pics de nuages qui s’effondrent sous la plume de Bashō. Arrivé au troisième tronçon, le plus raide, il ne reste presque plus que la respiration et le pédalage ; le monde se réduit à la route devant vous et aux battements de votre cœur. Voilà, c’est cela, une ascension de cycliste.

Lorsque vous atteignez enfin le sommet, appuyé sur le guidon, reprenant votre souffle, vous vous retournez sur le chemin parcouru — au loin, les montagnes se superposent, la mer de nuages ondule, les champs de la plaine de Shōnai scintillent sous le soleil. Ce qui monte en vous à cet instant, ce n’est pas seulement la fierté d’avoir réussi, mais une clarté plus profonde, comme lavée. Vous avez abandonné le vous d’en bas, vécu une « mort » symbolique sur la pente, et voilà qu’au sommet, vous renaissez.

Voilà, c’est cela, le mont Gassan. Voilà pourquoi certaines montagnes, on ne les gravit pas pour les conquérir, mais pour devenir une version différente de soi-même.

X. Le mont Yudono : le lieu indicible de la renaissance

Pour comprendre pleinement le cycle de « mort et renaissance » des trois montagnes de Dewa, il faut évoquer le mont Yudono (1 500 mètres). Si le mont Haguro représente le monde présent et le mont Gassan l’au-delà, le mont Yudono est l’aboutissement et le point culminant de ce voyage — la renaissance.

Le mont Yudono occupe une place extrêmement sacrée et mystérieuse dans la foi des trois montagnes de Dewa. Depuis des temps immémoriaux, un précepte ancien y est transmis : « Ne dis rien, ne demande rien » — tout ce que l’on voit et ressent au mont Yudono ne doit être ni révélé ni interrogé. Ce tabou de l’indicible enveloppe le mont Yudono d’un voile de spiritualité profonde et en fait la partie la plus intime et la plus émouvante de la foi des trois montagnes de Dewa.

C’est précisément pour cela que le mont Yudono est considéré comme le lieu où s’achève tout le « voyage de renaissance ». Après avoir ressenti le monde présent au mont Haguro, affronté la mort et les esprits ancestraux au mont Gassan, les fidèles reçoivent finalement au mont Yudono la purification et la renaissance de leur âme, puis retournent dans le monde des vivants avec un cœur limpide. Pour un cycliste qui vient d’épuiser ses forces sur les pentes du mont Gassan et d’expérimenter une forme de purification spirituelle au sommet, l’image de « renaissance » incarnée par le mont Yudono résonne avec une profondeur particulière — n’avez-vous pas, vous aussi, consumé l’ancien vous-même au cours de cette ascension, pour renaître plus résilient et plus limpide ?

XI. Pourquoi « mont de la Lune » : réflexions sur le nom

Le nom « Gassan » (mont de la Lune) est en lui-même empreint de poésie et d’espace imaginaire. Pourquoi « lune » ?

Une première explication est liée au profil de la montagne — le sommet du mont Gassan est doux, ses crêtes arrondies comme un arc, et de loin, il évoque un croissant de lune reposant à l’horizon. Une autre explication, plus teintée de foi, avance que la lune, dans de nombreuses cultures, est associée au féminin, à la nuit, au monde des morts — et le mont Gassan est précisément celle des trois montagnes de Dewa qui symbolise l’« après la mort ». L’image de la lune — cette beauté froide, lumineuse, constante et légèrement mélancolique — fait écho à la méditation sur la mort et les esprits ancestraux que porte cette montagne.

Lorsque vous murmurez « Gassan » pendant votre ascension, imaginez ceci : si cette montagne s’appelle ainsi, c’est peut-être parce que les anciens y ont vu, comme dans la clarté lunaire, une sagesse limpide et solennelle sur le terme de la vie. Et vous, qui pédalez vers elle, vous vous dirigez d’une certaine manière vers un dialogue avec l’essence même de la vie.

XII. Un rappel pour les cyclistes : ralentissez, ressentez

À une époque où l’on court après les données, les records personnels et la gloire sur Strava, le mont Gassan offre un rappel précieux : certaines montagnes méritent que l’on ralentisse.

Bien sûr, vous pouvez aborder cette pente à 7,8 % comme un contre-la-montre, attaquer à fond et battre des records — c’est aussi une belle façon de rouler. Mais la particularité du mont Gassan est qu’il vous invite également à poser le compteur, à poser le capteur de puissance, et à ressentir cette terre sacrée avec vos sens les plus primitifs. Écouter le vent qui traverse la forêt, regarder les pics de nuages se défaire et se transformer à l’horizon, imaginer les traces des ascètes vêtus de blanc qui ont foulé ces sentiers depuis mille ans, éprouver le poids de cette « umarekawari » (renaissance).

Peut-être que le voyage idéal au mont Gassan est la combinaison des deux : une ascension sérieuse pour que le corps soit trempé, puis un moment de silence au sommet pour que l’esprit se dépose. Lorsque vous fusionnez la passion du cyclisme avec l’épaisseur spirituelle de cette terre sacrée, vous obtenez une expérience complète, d’unité du corps et de l’esprit, que peu d’autres itinéraires peuvent offrir.

Suggestions d’itinéraire : pour aller plus loin dans votre voyage au mont Gassan

  • Pèlerinage des trois montagnes de Dewa : si vous avez le temps, visitez dans l’ordre le mont Haguro (monde présent), le mont Gassan (passé) et le mont Yudono (renaissance), pour accomplir le « voyage de renaissance » dans son intégralité — c’est la manière la plus profonde de comprendre cette terre sacrée.
  • La pagode à cinq étages du mont Haguro : prévoyez absolument du temps pour parcourir l’allée de cèdres et voir de vos propres yeux ce trésor national au cœur de la forêt.
  • Tsuruoka et la gastronomie de Shōnai : intégrez à votre programme la dégustation de plantes de montagne, de pousses de bambou du mont Gassan et de plats locaux, pour graver le terroir de cette terre dans vos papilles.
  • Expérience de ski sur neige résiduelle : si vous visitez en été, tentez l’expérience étonnante du « ski en été », ce cadeau exclusif que le mont Gassan offre aux voyageurs.
  • La route de Bashō : partez avec l’esprit de La Sente étroite du Bout du Monde et cherchez en chemin l’atmosphère du vers « Les pics de nuages s’effondrent, combien, sur la montagne de la Lune », laissant la littérature revêtir votre ascension d’une couche de poésie.

XIII. Le Shugendō : une foi montagnarde propre au Japon

Pour véritablement comprendre le mont Gassan, il faut aussi mieux connaître le « Shugendō », ce système de croyance singulier. Le Shugendō n’est ni purement bouddhiste ni purement shintoïste : c’est une pratique religieuse unique qui fusionne le culte de la nature du shinto, les méthodes d’ascèse du bouddhisme (en particulier ésotérique) et l’ancienne foi montagnarde japonaise.

Le principe fondamental du Shugendō est le « sokushin jōbutsu » — devenir Bouddha en ce corps même : sans attendre la mort, par l’ascèse dans un environnement naturel rigoureux, le pratiquant atteint dès cette vie l’union avec les divinités et les bouddhas. Et la « montagne » est précisément le dojo de cette ascèse. Dans la vision du monde du Shugendō, la montagne profonde n’est pas un lieu désolé, mais un espace spirituel chargé de puissance sacrée, reliant la vie et la mort, les humains et les dieux. Si les trois montagnes de Dewa sont devenues l’un des sanctuaires les plus importants du Shugendō, c’est parce qu’elles incarnent pleinement cette foi qui fait « de la montagne un dojo et du corps un instrument ».

Lorsque vous pédalez sur les pentes du mont Gassan, soumettant votre corps à la dureté de l’ascension, vous pratiquez d’une certaine manière, sans le savoir, l’esprit le plus central du Shugendō — atteindre l’élévation spirituelle par l’épreuve du corps. Cette résonance qui transcende les formes de croyance est précisément ce qui permet au mont Gassan de toucher à la fois les pèlerins et les cyclistes.

14. Névés et ski : le miracle de neige du mont Gassan

Évoqué plus haut, le phénomène du « ski en été » au mont Gassan mérite qu’on s’y attarde, car c’est l’aspect le plus fascinant de cette montagne, celui qui incarne le mieux son caractère unique.

Parmi les innombrables stations de ski du Japon, la grande majorité n’opère qu’en hiver, fondant et fermant dès le printemps. Le mont Gassan, lui, fait exception. Cette montagne reçoit d’immenses quantités d’humidité en provenance de la mer du Japon ; ses chutes de neige hivernales sont spectaculaires, et l’épaisseur du manteau neigeux comme la durée de la saison en font l’un des rares endroits au monde où l’on peut encore skier en été. Imaginez la scène : dans la plaine de Shōnai au pied de la montagne, les rizières verdoyantes et le chant strident des cigales incarnent l’été japonais le plus typique ; et pourtant, alors que vous gravissez le mont Gassan à vélo, vous apercevez au loin une neige éclatante, et même des skieurs dévalant les pentes enneigées. Ce saisissant contraste saisonnier est la réalité magique propre au mont Gassan.

Pour le cycliste, ce spectacle n’est pas qu’une simple merveille visuelle, c’est une métaphore profonde — sur une même montagne, l’hiver et l’été coexistent, la neige figée côtoie une vitalité débordante. N’est-ce pas là le commentaire naturel le plus vivant de la philosophie de « mort et renaissance » des trois montagnes de Dewa ? Lorsque vous pédalez en été vers une montagne qui conserve encore ses névés éternels, vous pénétrez en réalité dans un sanctuaire où vie et mort s’entrelacent dans un cycle sans fin.

15. Faire du cyclisme un pèlerinage : un mot pour chaque voyageur du mont Gassan

Nous vivons à une époque où le sport est facilement « instrumentalisé » — on pédale pour perdre du gras, pour les données, pour partager ses performances sur les réseaux sociaux. Tout cela est parfaitement légitime, mais le mont Gassan nous rappelle que le cyclisme peut être autre chose. Il peut être un pèlerinage, une occasion de dialogue avec soi-même, un véritable « voyage de renaissance » au sens le plus profond.

Lorsque vous posez vos roues sur cette pente qui mène à Gassan Obanazawa, vous ne vous contentez pas de boucler un segment Strava. Vous vous engagez sur une voie sacrée imprégnée de 1 400 ans de foi, vous refaites le chemin parcouru par d’innombrables ascètes depuis l’ouverture de la montagne par le prince Hachiko, vous partagez avec Bashō le même ciel où se dissolvent les crêtes nuageuses, vous expérimentez ce que symbolise la robe blanche des yamabushi : « mourir temporairement, puis renaître ». Chaque souffle, chaque grincement de dents, chaque soulagement au sommet écrit votre propre page contemporaine dans cette ancienne odyssée spirituelle.

C’est là la valeur irremplaçable du voyage au mont Gassan. Il ne met pas seulement vos jambes à l’épreuve, il touche votre âme.

Puisse votre voyage au mont Gassan n’être pas seulement un voyage pour les jambes, mais un voyage de renaissance pour l’âme. Lorsque vous redescendrez, vous n’emporterez pas seulement un beau record de sortie, mais un vous-même lavé par la montagne sacrée, plus limpide et plus résilient.

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