Du mont Mituo au mont Zhongzheng : une balade à vélo aux abords du parc national de Yangmingshan, sur les traces d'une histoire de Taipei

Le mont Zhongzheng s’appelait autrefois le mont Mituo. Une montagne avec deux noms cache souvent toute une époque. Pédaler sur ces 3,12 kilomètres de route, ce n’est pas seulement grimper en altitude, c’est aussi feuilleter une page de l’histoire moderne de la périphérie de Taipei.
Une montagne, deux noms : l’histoire du mont Mituo et du mont Zhongzheng
Le mont Zhongzheng, anciennement mont Mituo, culmine à environ 646 mètres d’altitude. Il a été rebaptisé en hommage au défunt président Chiang Kai-shek. Ce phénomène de renommage de lieux en référence à des figures politiques n’est pas rare dans l’histoire toponymique de Taïwan après-guerre ; de nombreuses montagnes, routes et écoles ont connu des tournants de dénomination similaires. Mais ce qui est intéressant, c’est que l’ancien nom « Mituo » n’a pas complètement disparu pour autant. Aujourd’hui encore, de nombreux anciens du cru et amateurs de randonnée continuent d’utiliser cette appellation ancienne, chargée de connotations bouddhistes, comme pour rappeler aux générations suivantes que cette montagne, avant de recevoir son nouveau nom, se dressait déjà silencieusement sur cette terre depuis d’innombrables générations.
L’origine du nom « Mituo » serait liée aux activités religieuses passées dans la région — le temple Fayu et d’autres lieux bouddhistes se trouvaient autrefois autour de la montagne, ce qui explique pourquoi l’un des sentiers d’accès au mont Zhongzheng est encore appelé aujourd’hui « la ligne du temple Fayu ». Cette intrication entre toponymes et paysages religieux est en réalité un modèle de dénomination courant pour de nombreuses collines de Taïwan. Une montagne porte souvent de multiples strates culturelles : les appellations de l’époque autochtone, les marques de foi de la période de défrichement han, les divisions administratives de l’ère japonaise, puis la superposition des symboles politiques d’après-guerre — la double histoire de dénomination du mont Zhongzheng est précisément le reflet de cette mémoire toponymique à plusieurs niveaux.
D’un point de vue géographique, le mont Zhongzheng se situe à la lisière sud-ouest du parc national de Yangmingshan, à la charnière entre le district de Beitou et le système volcanique de Datun. Cette position confère au mont Zhongzheng une double identité particulière : il fait à la fois partie de l’écosystème naturel du parc national de Yangmingshan, bénéficiant d’une protection paysagère de niveau parc national ; et il jouxte en même temps la plus active des agglomérations thermales de Taipei — Beitou, ce qui maintient un lien étroit avec la vie urbaine, loin de l’inaccessibilité des hautes montagnes.
Le choix entre sept points de départ : les multiples visages d’une montagne
Le mont Zhongzheng compte sept points de départ différents, une caractéristique qui mérite réflexion — comment une montagne a-t-elle pu développer des voies d’accès et de sortie aussi variées ? La réponse se trouve peut-être dans ses relations géographiques étroitement tissées avec les communautés environnantes. Le « premier point de départ » depuis la direction de Zhuzihu présente une pente relativement douce, ce qui en fait le choix privilégié des familles et des randonneurs débutants ; tandis que l’itinéraire venant du centre-ville de Beitou, avec son terrain escarpé et sa pente soutenue, est devenu un choix populaire pour les cyclistes sur route qui s’entraînent en côte.
Cette multiplicité d’entrées reflète, d’une certaine manière, les différentes positions qu’occupe le mont Zhongzheng auprès des différents groupes d’usagers à travers les époques : pour les randonneurs, c’est un itinéraire avec un réseau de sentiers complet et une variété de niveaux de difficulté ; pour les cyclistes sur route, c’est un tronçon d’entraînement facile à planifier et efficace pour le travail de montée ; pour les résidents locaux, c’est peut-être simplement la colline de derrière pour une promenade quotidienne et respirer l’air frais. Avec ses sept entrées différentes, cette montagne sert simultanément ces besoins d’utilisation radicalement différents mais coexistants — c’est en soi une culture d’utilisation de la montagne très « à la taïwanaise » : sans imposer un « itinéraire correct » unique, elle permet à chacun de trouver le chemin qui lui convient.
Lorsqu’on gravit le mont Zhongzheng, le choix de l’entrée détermine en partie le caractère du voyage. Choisir la direction de Zhuzihu, c’est d’abord traverser les célèbres champs de callas et d’hortensias de Yangmingshan, avec des paysages lumineux et une atmosphère décontractée ; choisir la direction de Beitou, c’est d’abord traverser l’odeur caractéristique de soufre et les vapeurs d’eau des sources chaudes, avec un contraste dramatique qui passe directement de l’effervescence humaine au calme de la montagne.
Des sources chaudes au sommet : le récit à vélo du côté de Beitou
Si l’on choisit de partir de Beitou, le début de ce voyage est souvent marqué par un choc sensoriel intense. Beitou, la plus célèbre agglomération thermale de Taipei, baigne dans une odeur légère de soufre toute l’année. Les vapeurs blanches s’élevant de la vallée géothermique, les vieux ryokans et les centres thermaux modernes cohabitant dans le paysage urbain, tout cela compose un tableau unique de la périphérie urbaine. En partant de ces rues thermales imprégnées de culture, en pédalant progressivement vers la montagne, on ressent clairement le tumulte urbain laissé derrière soi et le calme de la forêt qui peu à peu nous enveloppe.
Après avoir traversé la périphérie du centre-ville de Beitou, la route commence à grimper, les bâtiments se font plus rares de part et d’autre, remplacés par des paysages de collines en terrasses superposées. Les variations de pente de ce tronçon constituent en elles-mêmes une narration — le corps suit l’ascension en altitude, passant progressivement du rythme urbain au rythme montagnard, la respiration remplace la circulation, le chant des oiseaux remplace le bruit des moteurs. Avec une pente moyenne de 7,5 %, cette transition est une expérience physique bien réelle, pas une pente douce que l’on peut franchir à la légère, mais un véritable défi qui exige toute sa concentration et un combat frontal contre la gravité.
À mesure que l’altitude augmente, le champ de vision passe des rues étroites obstruées par les bâtiments à un paysage de bassin ouvert et lointain. La ligne d’horizon du bassin de Taipei apparaît en filigrane entre les interstices de la forêt, et le profil de la crête du mont Guanyin, au loin, devient progressivement net — ce retour visuel de « plus on monte, plus on voit loin » est ce qui rend le cyclisme en montagne si fascinant, et c’est aussi une motivation psychologique essentielle qui soutient la cadence des jambes.
La vue au sommet : un festin panoramique sur le bassin de Taipei, le mont Guanyin et la rivière Tamsui
Sur le tronçon proche du sommet du mont Zhongzheng, par temps clair, on peut embrasser d’un seul regard la vue majestueuse sur tout le bassin de Taipei. La ligne d’horizon de la ville se déploie sous vos pieds, la tour Taipei 101 et d’autres monuments apparaissent en filigrane au loin ; en tournant la tête dans l’autre direction, la rivière Tamsui serpente vers son estuaire, ses eaux répondant aux ondulations douces de la crête du mont Guanyin sur la rive opposée, composant un tableau paysager où se mêlent mouvement et immobilité.
Ce type de vue est rare sur les itinéraires de montée proches de Taipei — la plupart des itinéraires de montagne si proches du centre-ville sont souvent limités par le relief ou la végétation qui masque la vue, et il est difficile d’obtenir un panorama aussi ouvert. Si le mont Zhongzheng peut offrir une telle récompense visuelle, c’est en grande partie grâce à sa position géographique avantageuse, à la lisière sud-ouest du parc national de Yangmingshan, en position dominante. Chaque fois que l’on se tient à ce point de vue, on prend conscience que le bassin de Taipei est en réalité une vallée doucement encerclée par les montagnes, et que l’on se trouve à cet instant au point culminant de la bordure de cette vallée, redécouvrant sous un angle totalement différent de la vie quotidienne cette ville à la fois familière et étrangère.
Les conditions météorologiques influencent considérablement la qualité de cette vue au sommet. Les jours de ciel clair et sans nuages, la visibilité est excellente, permettant même d’apercevoir les détails du paysage autour de la rivière Keelung et de l’île de Shezi ; mais le temps change rapidement dans le parc national de Yangmingshan, et le brouillard ou les nuages enveloppants sont également fréquents — même si cela sacrifie la vue lointaine, cela apporte une autre ambiance de montagne, brumeuse et éthérée, comme si l’on était plongé dans un rouleau de peinture à l’encre, avec un charme bien particulier.
Érables verts, four à charbon de bois et réseau de sentiers : les strates écologiques et culturelles en bordure de Yangmingshan
Le réseau de sentiers autour du mont Zhongzheng, au-delà d’être un itinéraire d’entraînement pour les cyclistes sur route, est également un parcours de randonnée réputé, riche en paysages écologiques et culturels tout au long du chemin. Le sentier des érables verts (Qingfeng) en est un tronçon assez représentatif : chaque automne-hiver, lorsque les feuilles d’érable virent au rouge, il attire de nombreux amateurs de randonnée venus admirer les érables, ajoutant une touche de couleur éclatante, limitée à la saison, à cette région montagneuse. Pour les cyclistes qui passent par là, si le temps le permet, il vaut la peine de faire une halte en chemin pour ressentir ce paysage de montagne qui se transforme au fil des saisons.
Le long du sentier se trouve également un vestige de four à charbon de bois, chargé d’histoire, témoignage important des activités industrielles de cette région montagneuse dans le passé. À une époque où l’électricité et le gaz n’étaient pas encore généralisés, la fabrication de charbon de bois était une activité économique essentielle et une source de combustible pour les habitants de la montagne. Ce four à charbon raconte silencieusement le mode de vie et les mutations industrielles qui ont existé sur cette terre. En pédalant, si l’on peut prendre quelques minutes pour s’arrêter et comprendre cette histoire, le voyage au mont Zhongzheng en devient plus riche et plus complet — non seulement un entraînement physique, mais aussi un mini-voyage à la découverte de l’histoire industrielle et du mode de vie de la périphérie de Taipei.
La montagne Zhongzheng au fil des saisons : les visages changeants de la forêt
Les paysages autour de la montagne Zhongzheng se transforment radicalement au fil des quatre saisons. Au printemps, certaines sections du parcours s’ornent de cerisiers à fleurs d’encre et autres floraisons, ajoutant une touche romantique à l’ascension ; en été, la forêt luxuriante offre une ombre précieuse qui adoucit quelque peu la chaleur de la montée ; à l’automne et en hiver, les érables du sentier Qingfeng virent au rouge, devenant le paysage saisonnier le plus emblématique de ce massif, attirant d’innombrables visiteurs et cyclistes venus spécialement pour l’occasion ; et lorsque la mousson du nord-est se renforce en hiver, les brumes et nuages qui enveloppent la montagne révèlent une autre beauté, faite de mélancolie et de flou poétique.
Cette variation paysagère si marquée selon les saisons fait de la montagne Zhongzheng bien plus qu’un simple itinéraire « qu’on grimpe une fois et qu’on oublie » : c’est une route que les cyclistes aiment parcourir à chaque saison, découvrant à chaque fois des paysages et des sensations différents. Si de nombreux cyclistes locaux de Taipei ont inscrit la montagne Zhongzheng à leur programme d’entraînement fixe, c’est non seulement pour la solidité de ses pentes et la distance bien calibrée, mais aussi pour ce charme paysager qui évolue au rythme des saisons — un attrait essentiel.
Suggestions d’itinéraire : les sources chaudes de Beitou et les environs de Zhuzihu
Après avoir relevé le défi de la montagne Zhongzheng, si vous êtes parti depuis le côté de Beitou, s’offrir un bain thermal au retour est presque une évidence. Les sources chaudes de Beitou ont une longue histoire, développées dès l’époque coloniale japonaise ; les établissements thermaux et bains publics y sont nombreux et variés. Pour des jambes qui viennent de subir une séance de grimpe intense, l’effet apaisant des sources est un moyen de récupération idéal.
Si vous choisissez d’aborder ou de conclure votre parcours par le côté de Zhuzihu, les champs de callas et d’hortensias (selon la saison) offrent une autre option de visite tranquille, parfaite après l’effort pour admirer à un rythme détendu les paysages champêtres typiques de cette région productrice de légumes de haute altitude et de fleurs. Les environs de Zhuzihu comptent également de nombreux restaurants proposant une cuisine locale, idéaux pour reprendre des forces et savourer un bon repas après la sortie.
Le souvenir à la première personne d’une sortie solitaire à l’aube
C’était un matin de semaine, le jour venait tout juste de poindre. Je partais de mon logement près de la station de MRT Beitou, poussant mon vélo. Les rues gardaient encore la fraîcheur résiduelle de la nuit, les échoppes de petit-déjeuner commençaient tout juste à préparer leur service du jour, et l’air était imprégné du parfum mêlé des crêpes aux œufs et du lait de soja. En pédalant à travers les rues de Beitou, je n’ai pas tardé à reconnaître cette odeur familière de soufre — la vapeur de la vallée géothermique, même à l’aube, se répand généreusement dans l’air ambiant. C’est la mémoire olfactive propre à Beitou, et à chaque passage à vélo par ici, c’est le signal qui me rappelle que « j’approche de la montagne ».
Après avoir quitté le quartier des sources chaudes, la route commence à s’élever doucement. Les bâtiments alignés des deux côtés cèdent progressivement la place à des maisons de montagne éparses, puis, peu après, le bitume est bordé de couches successives de forêt. Cette transition n’est pas longue — peut-être un ou deux kilomètres — mais on sent clairement qu’on bascule du rythme urbain au rythme montagnard, jusqu’à la respiration qui semble ralentir au diapason du changement d’environnement.
À mesure que la pente se raidit, la fatigue familière gagne les jambes. La montagne au petit matin garde encore l’humidité de la rosée non séchée, et l’on aperçoit parfois des gouttelettes condensées sur les toiles d’araignée scintiller dans la lumière du jour. Cette expérience de pédalage enveloppée de détails naturels, aucune route urbaine ne peut l’offrir — pas d’interruption de feux rouges, pas de trafic perturbateur, seulement la pente qui s’étire sans fin et le battement du cœur qui s’accélère, composant le rythme le plus authentique de ce parcours.
Sur la portion qui approche du sommet, la lumière du matin perce enfin complètement la couche nuageuse et se répand sur le bassin. Je m’arrête, me retourne vers le chemin parcouru : tout le bassin de Taipei se déploie sous mes pieds, la ville pas encore tout à fait réveillée, la circulation clairsemée, la ligne d’horizon baignée d’un léger halo doré dans la lumière de l’aube. À cet instant, toute la fatigue accumulée pendant l’ascension semble se dissoudre dans ce panorama grandiose, ne laissant place qu’à une pure satisfaction et une profonde sérénité.
La montagne Zhongzheng et la mémoire collective des cyclistes de Taipei
Pour de nombreux cyclistes qui roulent à Taipei depuis des années, la montagne Zhongzheng n’est plus seulement un itinéraire d’entraînement : c’est en quelque sorte un vecteur de mémoire collective. Combien de matins de week-end, les coéquipiers se retrouvaient à Beitou pour attaquer ensemble cette pente familière ; combien de soirs après le travail, on grimpait seul cette route, digérant le stress de la journée au rythme des coups de pédale. Ces visites répétées, ces souvenirs de sorties qui s’accumulent, ont peu à peu transformé la montagne Zhongzheng d’un simple nom géographique en un symbole de lien affectif.
Parmi les cyclistes de Taipei circulent de nombreuses « légendes de la route » autour de la montagne Zhongzheng — qui a encore battu son record personnel, quelle entrée a la pente la plus éprouvante, à quel virage se trouve le meilleur point de vue au sommet. Ces sujets de conversation apparemment anodins entre cyclistes sont précisément ce qui permet à cet itinéraire de maintenir la cohésion de la communauté depuis tant d’années. La montagne Zhongzheng n’est pas qu’une montagne : c’est un morceau de paysage mémoriel partagé par toute la communauté cycliste de Taipei.
C’est aussi grâce à ce lien affectif accumulé au fil des ans que de nombreux cyclistes chevronnés, même après l’avoir gravie d’innombrables fois, reviennent sans cesse sur cette route. Chaque sortie superpose une nouvelle couche de souvenirs à toutes les expériences passées, et enregistre les infimes variations de sa condition physique et de son état d’esprit — c’est là le cadeau le plus précieux qu’une « route familière » puisse offrir à un cycliste : en y revenant sans cesse, on voit les changements qui s’opèrent en soi au fil du temps.
Un dialogue paysager avec les autres itinéraires célèbres du Yangmingshan
Bien que la montagne Zhongzheng soit déjà en soi un itinéraire complet et riche, si l’on élargit la perspective à l’ensemble du paysage du parc national du Yangmingshan, on découvre qu’elle entretient une subtile relation de dialogue avec les autres routes célèbres des environs. La route Yangjin est réputée pour ses longues pentes douces et ses paysages de vallée sulfureuse, un choix d’entrée idéal pour les cyclistes qui veulent s’attaquer aux longues ascensions ; la route Balaka est célèbre pour ses vastes étendues de roseaux et son climat frais d’altitude, une destination prisée pour les sorties estivales à la recherche de fraîcheur. En comparaison, la montagne Zhongzheng se distingue par son parcours court et sa pente moyenne élevée, jouant dans tout le réseau routier du Yangmingshan le rôle de « station d’entraînement rapide et efficace ».
Cette diversité du système paysager fait du parc national du Yangmingshan, pour les cyclistes de Taipei, presque un terrain d’entraînement naturel accessible à tout moment — qu’il s’agisse de travailler l’endurance sur longue distance ou l’intensité sur intervalles courts, on trouve toujours dans ce massif l’itinéraire adapté. Si la montagne Zhongzheng parvient à se démarquer parmi tant d’options pour devenir un choix de prédilection, c’est précisément parce qu’elle comble parfaitement le créneau du « court, efficace, facile d’accès ».
La montagne Zhongzheng après la pluie : une autre poésie humide
Toutes les visites de la montagne Zhongzheng ne se font pas sous un ciel dégagé et idéal. Un jour, j’ai décidé de relever le défi de cette route familière un après-midi où la pluie venait tout juste de cesser. J’ai d’abord hésité à annuler, mais l’attrait de cette odeur particulière de la forêt après la pluie a fini par l’emporter, et je me suis lancé pour voir ce que cela donnerait.
La chaussée détrempée luisait d’un éclat humide, et l’air était imprégné de cette fraîcheur caractéristique que la pluie libère en lavant la terre et la végétation — une odeur qu’on appelle « pétricor », la mémoire olfactive la plus envoûtante de la forêt après l’averse, et pourtant si difficile à décrire avec précision. Des gouttelettes d’eau non séchée restaient accrochées aux feuilles, et au moindre souffle de vent de montagne, une fine pluie s’abattait sur moi, apportant une sensation de fraîcheur.
La chaussée glissante rendait le contrôle du vélo en montée légèrement plus délicat, exigeant une plus grande prudence dans la gestion du centre de gravité et de la puissance de pédalage pour éviter que la roue arrière ne patine. Mais c’est justement ces conditions météo légèrement plus exigeantes qui donnaient à toute la sortie une tension et une concentration que l’on ne retrouve pas par temps clair. Les brumes et nuages pas encore dissipés enveloppaient les sommets d’un voile blanc indistinct ; la vue, bien que moins vaste et nette que par beau temps, gagnait une atmosphère évocatrice digne d’une peinture à l’encre, comme si l’on pédalait à l’intérieur d’un rouleau de paysage en mouvement.
Sur la portion approchant du sommet, les rayons du soleil qui perçaient par intermittence entre les nuages se répandaient sur la chaussée humide et les feuilles, y faisant scintiller mille reflets — un jeu de lumière qu’aucune sortie par temps clair ne peut reproduire. À cet instant, j’ai soudain compris pourquoi tant de cyclistes chevronnés disent toujours que parcourir la même route sous des conditions météo différentes apporte des sensations et des prises de conscience radicalement différentes — la montagne Zhongzheng n’a jamais été une route à visage unique ; selon le temps, la saison, l’heure du jour, elle offre à chaque visiteur le paysage unique de cet instant précis.
À toi qui t’apprêtes à gravir cette route
Si tu t’apprêtes à affronter la montagne Zhongzheng pour la première fois, ou si tu as déjà gravi cette pente familière d’innombrables fois, j’espère que cet article t’apportera un regard un peu différent sur ton parcours. Cette montagne ne porte pas seulement le défi chiffré d’une pente moyenne de 7,5 % : elle est aussi le récit riche d’une histoire de toponymie, de frontières urbaines, du cycle des saisons et de la mémoire collective d’innombrables cyclistes, le tout entremêlé.
La prochaine fois que tu poseras le pied sur cette pente, essaie de ralentir un peu le rythme. Observe quand les érables du bord de route commencent à rougir, remarque à quel moment l’odeur de soufre des sources chaudes de Beitou cède peu à peu la place aux parfums herbacés de la forêt, contemple les variations de lumière sur le panorama du bassin de Taipei au sommet selon l’heure du jour. Ces détails n’apparaîtront peut-être dans aucun rapport de données d’entraînement, mais ce sont eux qui font qu’une route s’ancre véritablement dans le cœur.
Une autre facette de Zhongzhengshan au crépuscule
Si Zhongzhengshan au petit matin dégage une atmosphère fraîche et pleine de potentiel, visiter cet itinéraire au crépuscule révèle un visage résolument plus doux. Partant après le travail, avant que le soleil n’ait complètement disparu, la montée à travers les rues de Beitou voit le ciel se teinter progressivement de nuances orangées. Les derniers rayons du soleil se répandent sur les flancs de la colline et entre les cimes des arbres, créant des couches de lumière et d’ombre presque picturales.
En fin de journée, les visiteurs et cyclistes sur Zhongzhengshan se font rares, et la route de montagne paraît souvent d’un calme exceptionnel. Seuls le son de votre respiration et le cliquetis de la chaîne vous accompagnent, tandis que le soleil décline à l’horizon. Sur les sections dégagées offrant une vue panoramique, si le timing est parfait, vous pouvez assister au spectacle grandiose du bassin de Taipei tout entier baigné d’une lumière dorée-orangée par le soleil couchant — les lumières de la ville s’allument une à une, se mêlant aux dernières lueurs du crépuscule encore présentes à l’horizon, composant un tableau urbain nocturne d’une beauté saisissante.
Cette expérience de cyclisme au crépuscule fait écho, d’une certaine manière, au rythme de vie réel de nombreux cyclistes urbains de Taipei — après une journée de travail, une séance d’entraînement en côte courte mais intense permet au corps de retrouver son énergie après la fatigue du bureau, avant de redescendre doucement avec les derniers rayons du soleil, pour revenir dans le quotidien de la ville. Si Zhongzhengshan maintient depuis des années une communauté de cyclistes aussi solide, au-delà de l’efficacité de l’entraînement et du paysage culturel, cette commodité géographique qui s’intègre parfaitement au rythme de la vie quotidienne est un facteur tout aussi essentiel à ne pas négliger.
Conclusion : un cadeau de la montagne aux portes de la ville
Zhongzhengshan, à travers les strates historiques portées par ses deux noms, la diversité des usages offerte par ses sept points d’accès, et la vue imprenable sur le bassin de Taipei depuis son sommet, prouve qu’un itinéraire d’entraînement en côte aussi proche du centre-ville peut néanmoins porter une richesse culturelle et un attrait naturel considérables. Pour les cyclistes de Taipei, Zhongzhengshan n’est pas seulement un parcours d’entraînement pratique à organiser, c’est aussi un vieil ami que l’on peut visiter à tout moment — à chaque fois que l’on s’engage sur cette pente familière, au-delà du défi physique exigeant, on redécouvre les différentes expressions de cette montagne aux portes de la ville. La prochaine fois que vous chercherez un itinéraire alliant efficacité d’entraînement et paysage culturel, n’hésitez pas à remettre Zhongzhengshan sur votre liste.
Lectures complémentaires
- Guide pratique de Zhongzhengshan : analyse des données et stratégie d’allure pour l’itinéraire d’entraînement en côte de 3,12 km à Yangmingshan
- Les routes vallonnées au parfum de café : souvenirs personnels d’un cycliste sur la route du café de Dongshan
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- Pédaler dans le jardin arrière de Taichung : la montagne, les lucioles et la chaleur d’une tasse de café au camping de Zhongzheng, Dakeng
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