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Ce mur, c'est Zihhe Road : un homme face à ses limites sur 2,87 kilomètres

挑戰心得

Ce mur, on l'appelle Zihe Road : un homme face à un dialogue de 2,87 kilomètres avec la limite

Certaines routes sont faites pour admirer le paysage, d’autres pour apprendre à se connaître. La Zihe Road de Sanxia appartient à la seconde catégorie.

I. La géographie montagneuse de Sanxia : raide, sinueuse, sans pitié

Pour comprendre pourquoi la Zihe Road de Sanxia a pris cette apparence « infernale », il faut d’abord comprendre le caractère géographique de cette région montagneuse. Sanxia est située au sud-ouest de la Nouvelle Taipei, à la jonction entre la rivière Dahan et les contreforts nord de la chaîne de montagnes Xueshan. Le relief y est extrêmement accidenté : depuis les quartiers anciens et plats du centre-ville, il suffit de quelques kilomètres en direction des montagnes pour que les courbes de niveau se resserrent soudainement. Les pentes y sont si abruptes que de nombreuses routes agricoles construites ici semblent nées avec cette personnalité : « pas de détours, on monte tout droit ».

Cette topographie se reflète dans le réseau de routes agricoles, grandes et petites, de la région de Sanxia. Contrairement aux routes touristiques soigneusement planifiées, qui utilisent des lacets adoucis pour réduire la pente, beaucoup de ces routes de desserte ont été construites à l’origine pour permettre aux cultivateurs de thé, aux arboriculteurs et aux habitants de la montagne de faire l’aller-retour entre leurs villages et leurs terres par le chemin le plus court. Les considérations économiques et pratiques y ont toujours primé sur le confort des cyclistes. Ces routes empruntent donc le tracé le plus direct pour grimper, plutôt que d’allonger la distance pour adoucir la pente. La Zihe Road est l’illustration typique de cette « personnalité dictée par le terrain » — sur à peine 2,87 kilomètres, elle concentre 498,3 mètres de dénivelé positif, avec une pente moyenne qui flirte avec les 14,9 %, et des sections locales qui dépassent probablement les 20 %.

Pour les habitants familiers des montagnes de Sanxia, ces pentes raides ne sont pas rares. La région est parsemée de nombreuses côtes courtes et raides du même acabit, dignes du « niveau boss final ». La Zihe Road n’est que la plus célèbre et la plus représentative d’entre elles. Mais pour un cycliste venu d’ailleurs qui s’aventure pour la première fois dans ces montagnes, cette courbe de pente qui ne respecte aucune règle produit souvent un choc presque absurde — il est difficile d’imaginer qu’une route qui ressemble à une simple voie agricole de montagne puisse faire grimper votre compteur de pente à un niveau qui vous fait douter de votre existence.

Les montagnes de Sanxia ne sont pas de celles qui vous accueillent avec une douce progression, vous guidant pas à pas vers le sommet. Elles ressemblent davantage à un mur dressé devant vous, qui vous dit : « Si tu arrives à le gravir, c’est que tu as du talent. »

II. La première confrontation avec ce mur : le basculement psychologique de la confiance au doute

Je me souviens de l’instant précis où j’ai tourné pour la première fois dans la Zihe Road. La route, après le virage, s’élevait soudainement de manière brutale. L’angle d’inclinaison visuel n’avait rien à voir avec les routes « un peu raides » que j’avais pu emprunter auparavant — ce n’était pas cette sensation progressive de « bon, ce passage est un peu difficile », mais plutôt une pente si absurde qu’elle vous fait instinctivement vous demander : « cette route a-t-elle été tracée par erreur ? »

Avant de partir, j’avais confiance en moi. Après tout, j’avais déjà gravi le Beiyi et le Fengguizui, et je pensais connaître le mot « pente raide ». Mais la première leçon que la Zihe Road m’a enseignée, c’est que toute mon expérience passée en matière de montée devait ici être remise à zéro.

Sur les deux ou trois cents premiers mètres, grâce à l’énergie du départ et à un peu de confiance en moi, j’arrivais tant bien que mal à rester assis sur la selle. Mais très vite, les braquets ont commencé à manquer. J’entendais le cliquetis de mes rétrogradages successifs, jusqu’à atteindre le plus petit braquet, et pourtant ma cadence était écrasée par ce mur invisible. Je pédalais de plus en plus lentement, de plus en plus lourdement, et mon corps ne pouvait s’empêcher de se lever pour danser sur les pédales.

C’est à ce moment-là, celui où l’on se lève, que commence le véritable basculement psychologique. Lorsque vous vous levez, que vous poussez de tout votre poids sur les pédales, et que vous sentez la roue avant devenir étrangement légère, comme si elle ne touchait plus vraiment le sol ; lorsque vous entendez l’arrière émettre un léger bruit de patinage, presque imperceptible, ce doute sur « vais-je vraiment arriver au bout de cette route ? » s’élève soudainement, sans prévenir, comme la pente elle-même.

Ce n’est pas une guerre de force, c’est une guerre psychologique. Le corps a encore des réserves, mais les pensées qui fusent dans votre tête sont : ne devrais-je pas simplement mettre pied à terre et pousser ? Cette lutte intérieure est bien plus éprouvante qu’un simple essoufflement.

III. Les sensations physiques à l’extrême de la danse sur pédales : le triple affrontement entre muscles, rythme cardiaque et volonté

Sur les sections critiques où la pente approche, voire dépasse les 20 %, le corps entre dans un état très particulier. Les quadriceps et les muscles fessiers supportent, à chaque cycle de pédalage, une charge bien supérieure à la normale. Cette douleur n’est pas une fatigue qui s’accumule progressivement, mais une brûlure qui explose presque instantanément, comme si chaque coup de pédale faisait crier les fibres musculaires.

Le rythme cardiaque, quant à lui, est tout simplement spectaculaire. En quelques dizaines de secondes à une ou deux minutes, la fréquence cardiaque passe d’une intensité modérée de roulage normal à une zone proche, voire au-delà, de sa limite personnelle. Cette sensation de poitrine qui se soulève violemment, de respiration qui ne suit absolument pas les besoins du corps, n’a rien à voir avec l’essoufflement progressif d’une longue montée. Une longue ascension ressemble à un marathon d’endurance où il faut gérer son effort avec précision ; la Zihe Road, ce mur court et raide, ressemble davantage à quelqu’un qui vous fouette le dos, vous forçant à pousser votre corps aux limites de l’extrême en un temps très court.

Et ce qu’il y a de plus intéressant, et de plus vrai, c’est le rôle que joue la volonté dans ce processus. Lorsque les muscles brûlent, que le cœur s’emballe, que la vision se voile même légèrement à cause de l’effort extrême pendant quelques secondes, ce qui décide vraiment si vous pouvez continuer à pousser un tour de pédale de plus, ce n’est souvent plus la limite physiologique pure, mais cette voix dans votre tête — la lutte entre « combien de temps puis-je encore tenir ? » et « ne devrais-je pas abandonner ? ». Cette expérience de combat entre le corps et l’esprit est ce qui rend la Zihe Road vraiment fascinante (et vraiment éprouvante). Elle transforme un simple défi physique en un test extrême de la volonté.

IV. Atteindre le sommet ou abandonner : le poids de deux sentiments bien réels

Je dois être honnête : toutes les tentatives de la Zihe Road ne se sont pas conclues par « avoir réussi à la monter entièrement à vélo ».

Une fois, alors que j’approchais d’un virage particulièrement raide dans la partie finale du parcours, j’ai senti mes jambes complètement verrouillées, ma cadence presque à zéro, et la vitesse de mon vélo si lente qu’elle semblait n’être due qu’à l’inertie. À cet instant précis, j’ai pris une décision : déchausser mes pédales automatiques, mettre pied à terre, et pousser mon vélo sur la portion la plus raide qu’il restait.

Pendant ces quelques dizaines de mètres à pied, mes sentiments étaient complexes. D’un côté, il y avait cette frustration de « j’ai fini par perdre contre la pente », et de l’autre, un étrange soulagement — car à ce moment-là, continuer à forcer aurait très probablement conduit à une chute incontrôlée, et non à une arrivée héroïque au sommet. Abandonner (ou plutôt, choisir une manière plus sûre de relever le défi) demande aussi un certain courage, celui d’être honnête avec soi-même face à ses propres limites.

Lors d’une autre tentative, lorsque j’ai enfin réussi à parcourir tout le parcours à vélo, lorsque mes pieds ont enfin pu toucher cette portion de route légèrement plus douce au sommet, ce sentiment d’accomplissement était indescriptible. Ce n’était pas cette joie « légère et agréable », mais une émotion complexe, presque épuisée, mêlant halètement et sourire — comme si je venais de livrer un combat acharné contre moi-même, et que cette fois, c’était moi qui avais gagné.

J’ai vécu ces deux sentiments, et je dois dire que les deux sont tout aussi précieux. Atteindre le sommet m’a appris à croire que mes limites pouvaient être repoussées plus loin ; cette fois où j’ai poussé mon vélo à mi-parcours m’a appris à reconnaître plus honnêtement mon état réel du moment, et à savoir m’arrêter quand il le faut. Cette confrontation honnête avec ses propres limites est peut-être le véritable cadeau que ces pentes extrêmes offrent aux cyclistes.

V. La signification de ces pentes extrêmes pour la communauté cycliste : défis, émulation et entraide

Dans la communauté cycliste, des côtes courtes et ultra-raides comme la Zihe Road ont souvent une signification sociale particulière. Contrairement aux longues ascensions qui nécessitent beaucoup de temps et une planification physique importante pour être tentées, ces moins de 3 kilomètres en font un terrain d’essai relativement facile à « revisiter » — vous pouvez, un dimanche matin, faire spécialement le déplacement à vélo, juste pour tenter à nouveau ce mur, voir si cette fois vous pouvez monter mieux, plus régulièrement, et si la section où vous dansez sur les pédales peut s’étendre de quelques mètres de plus.

Cette caractéristique de « défi répété, progression progressive » fait naturellement de la Zihe Road et des routes similaires des cibles prisées pour les check-ins, les partages et même une saine émulation entre cyclistes. Lorsque vous voyez sur les réseaux sociaux quelqu’un partager son record de montée complète réussie, ce sentiment d’admiration sincère résonne souvent bien plus qu’une belle photo de paysage — car tous ceux qui ont déjà été à bout de souffle sur cette route, ou qui ont même été contraints de mettre pied à terre, savent précisément le poids réel que représente ce record.

L’attitude des cyclistes entre eux face à ces pentes extrêmes est aussi empreinte d’une chaleur étrange. Partager ses échecs ne suscite pas de moquerie, mais plutôt des échanges sincères du type « moi aussi, j’ai vécu ça, voilà comment j’ai ajusté mon braquet, comment j’ai travaillé ma technique de danse sur pédales ». Cette compréhension mutuelle et cet encouragement, nés d’une difficulté partagée, sont peut-être l’une des raisons profondes pour lesquelles ces itinéraires de défi extrême continuent d’attirer des vagues successives de cyclistes. Après tout, plutôt que de simplement se vanter de ses succès, admettre avoir soi-même poussé son vélo, piteusement, sur une section en pente, suscite bien plus facilement résonance et connexion émotionnelle au sein de la communauté.

VI. Échec et nouveau défi : cette route non terminée donne toujours envie d’y revenir

J’ai réfléchi par la suite à la raison pour laquelle des routes comme la Zihe Road, après un premier échec (ou plutôt, une montée non entièrement réalisée à vélo), donnent encore plus envie de revenir tenter sa chance, plutôt que d’abandonner et de s’en tenir éloigné.

Je pense que la réponse réside peut-être dans le fait que, pour ce type de parcours court et intense, le coût de l’échec est relativement faible — vous n’avez pas besoin de planifier une journée entière, ni de faire un long trajet. Il suffit de trouver un autre matin de week-end ensoleillé, de repartir, et vous aurez une nouvelle chance de relever le défi. Cette « opportunité de réessayer à faible coût » allège le poids psychologique de l’échec et lui donne une légèreté de « on remet ça la prochaine fois ».

Et chaque nouvelle tentative porte en elle les ajustements concrets accumulés lors de l’échec précédent. Peut-être un braquet plus léger, peut-être un ajustement de l’angle du centre de gravité lors de la danse sur pédales, ou simplement le fait de se dire que cette fois, il faudra être plus patient, ne pas épuiser toutes ses forces dans les deux cents premiers mètres. Ce processus d’ajustement stratégique, basé sur l’expérience réelle de l’échec, répété à chaque tentative, est en réalité très proche de l’essence de l’entraînement sportif — le progrès n’est jamais soudain, il se construit par une confrontation honnête et répétée avec l’échec, par l’ajustement des stratégies et par de nouvelles tentatives.

Pour moi, la Zihe Road a fini par ne plus être un simple défi « à faire une fois pour voir », mais plutôt un miroir. Revenir l’affronter de temps en temps permet de vérifier si, depuis la dernière fois, mes capacités physiques et ma technique ont réellement progressé. Cette capacité à vérifier sa propre progression de manière répétée est peut-être aussi ce qui rend ce type de parcours si addictif, donnant envie d’y revenir encore et encore.

VII. L’influence des saisons et de la météo sur l’expérience du défi

Relever la Zihe Road à différentes saisons procure des sensations radicalement différentes. En été, la chaleur humide de la montagne aggrave encore une charge cardio-respiratoire déjà proche de la limite. Souvent, avant même la moitié du parcours, la transpiration a déjà imbibé tout le maillot. Cette sensation d’étouffement mêlée à l’essoufflement amplifie d’un cran la souffrance de toute la tentative. Mais la végétation dense de la montagne en été offre aussi un peu d’ombre, qui atténue légèrement la chaleur du soleil direct sur certaines sections.

L’hiver offre un tout autre paysage. Les températures fraîches du matin en montagne rendent l’échauffement particulièrement crucial — s’attaquer sans préparation musculaire suffisante à une pente aussi intense peut augmenter nettement le risque de blessure musculaire. En revanche, le climat plus sec et plus frais de l’hiver est bien plus propice au maintien d’un rythme respiratoire stable sur la durée. De nombreux cyclistes préfèrent d’ailleurs choisir les matinées d’hiver pour relever la Zihe Road, profitant de cette sensation unique de grandes goulées d’air froid, sans que la transpiration ne devienne collante et désagréable.

Quant à la pluie, le guide pratique précédent l’a clairement rappelé : sur une pente pareille, le risque d’une chaussée glissante est multiplié de manière disproportionnée. Par temps de pluie ou tant que la route n’est pas sèche, quelle que soit l’envie de relever le défi, il est recommandé de garder cette impulsion pour un prochain jour ensoleillé. Les orages d’après-midi ne sont pas rares dans les montagnes de Sanxia ; jeter un œil aux prévisions météo avant de partir est le minimum de respect que l’on se doit pour sa propre sécurité.

VIII. Suggestions d’activités complémentaires : au-delà de la Zihe Road, les raisons de s’attarder à Sanxia

Après avoir relevé ce défi contre ce mur abrupt, il vaut la peine de ralentir le rythme et de laisser un peu de temps à la petite ville de Sanxia elle-même. Le vieux quartier de Sanxia est une étape incontournable : ses arcades de briques rouges et ses façades d’architecture baroque témoignent de l’époque où cette petite ville prospérait grâce aux industries de la teinture et du camphre. S’y promener permet de ressentir un rythme de vie tranquille, à mille lieues de l’effort intense fourni sur la pente quelques instants plus tôt.

Sanxia est également l’un des berceaux importants de la culture de la teinture à l’indigo à Taïwan. La tradition locale de la teinture à l’indigo et du colorant végétal à base de l’indigotier y est profondément enracinée. De nombreux espaces culturels autour du vieux quartier proposent des démonstrations d’artisanat et des ateliers de teinture à l’indigo. Pour un cycliste qui vient de traverser une double épreuve physique et mentale, s’asseoir et vivre un moment de création artisanale paisible est peut-être le meilleur équilibre et la meilleure récompense pour le corps et l’esprit.

Le temple ancestral de Sanxia mérite également une visite. Ses sculptures raffinées sur bois et sur pierre lui ont valu le surnom de « temple de l’art oriental ». Même pour ceux qui ne connaissent pas grand-chose à l’architecture, s’arrêter sur le parvis pour observer les détails sculptés, patinés par le temps, permet de ressentir un esprit d’artisanat qui exige la même concentration et la même persévérance que le défi de la pente — d’une certaine manière, cette quête extrême du détail résonne étrangement avec l’attention méticuleuse portée à chaque cadence, à chaque transfert de poids, lors de l’ascension de la Zihe Road.

IX. Le rituel avant le départ : le moment où l’on se prépare seul face au mur

Avant chaque tentative de la Zihe Road, j’ai un rituel de préparation presque immuable. Ce rituel, plus qu’au corps, sert surtout à préparer l’état d’esprit. La veille, je vérifie une fois de plus braquet et freins, non pas parce que je crains réellement une panne, mais parce que ce geste me permet d’entrer à l’avance dans cet état d’esprit « je m’apprête à affronter une bataille difficile ». Ce processus de préparation ressemble d’ailleurs au rituel mental des athlètes avant une compétition — par des gestes répétés et familiers, on canalise l’anxiété flottante en une concentration maîtrisable.

Le jour du départ, sur la route qui mène à Sanxia, mon humeur est toujours contradictoire. D’un côté, la pression sourde de savoir quelle pente m’attend, une pression qui rend même ma respiration inconsciemment plus superficielle ; de l’autre, une attente étrange, comme celle d’un rendez-vous avec soi-même. Cette humeur contradictoire s’intensifie à mesure que la distance jusqu’à l’entrée de la Zihe Road diminue, jusqu’à ce qu’en tournant dans ce virage familier qui fait battre le cœur, tout se condense soudain en un état de concentration presque froid — toutes les hésitations doivent alors céder la place à la route qui s’offre devant moi.

J’ai fini par comprendre que ces fluctuations psychologiques d’avant-course (ou d’avant-bataille) sont précisément l’une des expériences précieuses que ces itinéraires de défi extrême offrent. Ce n’est pas comme un trajet quotidien ou une balade tranquille, sans vagues ; cela déclenche une petite tempête intérieure bien avant le départ. Cette tension émotionnelle est, d’une certaine manière, l’une des raisons qui poussent à revenir sans cesse à la Zihe Road — car ce mélange complexe de nervosité et d’attente avant le départ est en soi une expérience unique, difficile à reproduire dans d’autres contextes.

X. Les moments de défi partagé avec d’autres cyclistes : l’entrelacement de la solitude et de la compagnie

Bien que l’émotion centrale de cet article soit la lutte personnelle et le dialogue intérieur à la première personne, je dois être honnête : le défi de la Zihe Road n’est pas toujours totalement solitaire. À plusieurs reprises, j’ai croisé d’autres cyclistes sur place. Ces regards échangés sur la pente portaient une compréhension tacite — chacun sait ce que l’autre traverse physiquement et mentalement. Pas besoin de mots ; un hochement de tête ou un « courage » soufflé entre deux halètements suffit à transmettre un soutien considérable.

Ce qui est intéressant, c’est que même en relevant le défi en présence d’autres cyclistes, une route d’une telle intensité finit toujours par ramener chacun à un état de relative solitude — car dans ces quelques dizaines de secondes à quelques minutes où la pente approche de la limite, personne ne peut vraiment pédaler ce tour de manivelle à votre place, ni ressentir à votre place cette brûlure musculaire et ce cœur qui s’emballe. On peut s’encourager mutuellement avant le départ, échanger des sourires résignés sur les sections où l’on pousse son vélo, mais au moment précis où l’on fait face au mur, c’est seul que l’on doit le porter.

Cette « solitude dans la compagnie » est peut-être l’essence commune à tous les itinéraires de défi extrême — l’encouragement extérieur et la compagnie apportent un soutien psychologique réel, mais ce qui décide finalement si vous allez tenir, c’est toujours le résultat de ce dialogue intérieur avec vous-même. C’est pourquoi, à chaque fois que je vois d’autres cyclistes danser sur leurs pédales avec acharnement sur la Zihe Road, ou même choisir finalement de mettre pied à terre, ce qui monte en moi n’est jamais de la supériorité ni de la moquerie, mais un profond respect, né d’avoir moi-même traversé la même lutte.

XI. La mémoire corporelle : les traces laissées dans les muscles après l’ascension

Le lendemain d’un défi réussi sur la Zihe Road, les courbatures dans les cuisses et les fessiers vous rappellent l’intensité de la veille. Cette douleur n’a rien à voir avec la fatigue diffuse et relativement uniforme d’une longue sortie. Celle laissée par la Zihe Road est plus concentrée, plus aiguë, comme si le corps traduisait, de la manière la plus directe, la puissance extrême déployée en quelques minutes, en une mémoire corporelle qui persiste un jour ou deux.

J’ai peu à peu découvert que cette mémoire corporelle a un effet positif étonnant. Chaque fois que la courbature se manifeste, elle me fait au contraire revivre plus clairement les moments précis du défi — dans quel virage la cadence a failli tomber à zéro, sur quelle section en danseuse la roue avant s’est légèrement soulevée, à quel instant précis j’ai enfin serré les dents pour passer le passage le plus douloureux. Ces sensations corporelles concrètes et vives, bien plus qu’un simple fichier GPS ou des données de puissance, permettent de revivre réellement chaque détail de ce défi.

C’est précisément grâce à cette mémoire corporelle profonde que la Zihe Road a peu à peu cessé d’être pour moi une simple « route » pour devenir une présence quasi rituelle — ce n’est plus seulement un tracé de 2,87 kilomètres sur une carte, mais un lieu où revenir périodiquement pour se tester, pour se rappeler de rester humble. À chaque fois que la courbature s’estompe et que les forces reviennent, cette envie de retenter, de vérifier à nouveau si l’on a progressé, refait surface d’elle-même.

Conclusion : ce mur, au final, ne reflète que soi-même

Ce que la Zihe Road de Sanxia m’a appris, ce n’est jamais seulement comment utiliser un braquet plus léger ou une meilleure technique de danseuse pour conquérir une pente de 2,87 kilomètres à 14,9 % de moyenne. Ce qu’elle m’a vraiment appris, c’est comment, face à un défi qui semble impossible, dialoguer honnêtement avec soi-même — quand serrer les dents et continuer, quand choisir prudemment de mettre pied à terre ; comment ne pas se culpabiliser en cas d’échec, comment ne pas s’enorgueillir en cas de réussite.

Cette route est très courte, si courte que beaucoup pourraient la sous-estimer ; mais sa pente est très honnête, si honnête qu’elle ne laisse aucune place à la chance. Chaque fois que l’on tourne dans la Zihe Road, face à ce mur qui se dresse soudain, c’est comme si l’on passait un nouveau pacte avec soi-même : cette fois, je veux apprendre à me connaître un peu mieux.

Et c’est peut-être là le sens le plus profond de ces pentes extrêmes pour le cyclisme — ce ne sont jamais de simples routes à « conquérir », mais des miroirs pour se voir clairement. Que l’on ait parcouru tout le parcours à vélo, ou que l’on ait poussé son vélo sur une section, du moment que l’on a honnêtement affronté la lutte et la souffrance que cette limite impose, ce voyage a déjà sa valeur.

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