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Pédaler au pied du mont Dawu : un dialogue à vélo entre le village de Paiwan de Jiaping, dans le canton de Taiwu, et la montagne sacrée

挑戰心得

Pédaler au pied du mont Dawu : une conversation à vélo entre le village de Paiwan de Jiaping et la montagne sacrée

Introduction : l’aube au pied de la montagne sacrée

Le ciel n’était pas encore éclairci que je pédalais déjà sur la route menant au village de Jiaping, prêt à entamer ce voyage au cœur des territoires autochtones des montagnes de Pingtung.

Jiaping, le cœur du canton de Taiwu

Avant même d’atteindre le village de Jiaping, le mont Dawu, au loin, occupait déjà tout le ciel. Les six villages du canton de Taiwu, dans le comté de Pingtung — Wan’an, Jiaping, Wutan, Pinghe, Taiwu et Jiaxing — sont presque tous situés dans le territoire traditionnel du peuple Paiwan, et Jiaping en est le chef-lieu, le centre administratif et le cœur culturel. Beaucoup de gens, en entendant pour la première fois le nom « Jiaping », pensent instinctivement au canton voisin de Wanluan, mais le village de Jiaping n’a en réalité aucun lien administratif avec Wanluan. Il est solidement ancré dans le canton de Taiwu et constitue l’un des villages Paiwan les plus représentatifs de tout le canton.

Avant de m’engager à vélo dans cette région montagneuse, j’ai d’abord révisé mentalement la carte : dans le canton de Taiwu, près de 94 % de la population est Paiwan, et le village de Jiaping, en tant que chef-lieu, porte naturellement les strates culturelles et les modes de vie les plus essentiels de ce peuple. Le mont Dawu, culminant à 3092 mètres, se dresse à la jonction du village de Haocha dans le canton de Wutai, du village de Taiwu dans le canton de Taiwu et du village de Jialan dans le canton de Jinfeng, comté de Taitung. C’est le plus haut sommet de la partie sud de la chaîne centrale, et surtout la montagne sacrée commune aux peuples Paiwan et Rukai. Depuis le village de Jiaping, contempler cette montagne procure un double choc, visuel et psychologique, qu’aucune photographie ne saurait pleinement transmettre.

Le poids de la montagne sacrée

Dans le contexte de la littérature et de la musique taïwanaises, le mont Dawu n’a jamais été simplement « une très haute montagne ». La création classique du regretté musicien Hu De-fu, La belle mère du mont Dawu, transforme cette montagne en une image maternelle à la fois douce et ferme ; l’écrivaine Lung Ying-tai a intitulé directement son long ouvrage Au pied du mont Dawu, utilisant cette montagne comme point de repère spirituel de toute l’œuvre ; plus tôt encore, l’écrivain hakka Zhong Li-he a laissé un récit écrit intitulé Ascension du mont Dawu. Ces créateurs, issus peut-être de milieux ethniques différents, ont tous été convoqués, sans s’être concertés, par la présence de cette montagne, écrivant chacun leur propre dialogue avec le mont Dawu.

Lorsque je pédalais sur les routes agricoles qui s’étendent du village de Jiaping vers la montagne, haletant dans les montées, j’essayais d’imaginer : pour les Paiwan et les Rukai qui vivent sur cette terre depuis des générations, la signification du mont Dawu dépasse de loin ce que le système moderne de classification des « Cent sommets de Taïwan » peut résumer. Il est l’un des symboles d’origine dans les légendes ancestrales, le point de repère directionnel des villages, et le décor récurrent d’innombrables littératures orales et rituels de vie. En tant que cycliste venu de l’extérieur, tout ce que je peux faire, c’est, fort de cette conscience, traverser à vélo cette terre au pied de la montagne sacrée, à une allure plus lente et plus humble que d’habitude.

Les paysages villageois en chemin

Les rues du village de Jiaping ne sont pas larges ; de part et d’autre, on aperçoit parfois des murets de pierre ardoisière et des traces de maisons traditionnelles, mêlées à des constructions modernes en béton, dessinant un paysage villageois où l’ancien et le nouveau, la tradition et la modernité se côtoient. Dans la culture de l’habitat traditionnel Paiwan, la pierre ardoisière a toujours été le matériau de construction central. Cette sagesse architecturale, qui utilise les ressources locales et s’adapte au relief et au climat montagnard, reste identifiable dans les recoins du village après des centaines d’années. Des panneaux indiquant les toponymes en langue autochtone apparaissent régulièrement au bord de la route, rappelant à chaque voyageur de passage : cette terre possède son propre système de dénomination et son propre contexte culturel, complets et indépendants, et n’est pas un simple « point géographique ».

En suivant les routes agricoles en direction du mont Dawu, la pente se fait de plus en plus exigeante et la respiration s’accélère. La végétation le long de la route passe progressivement des vergers et potagers autour du village à une forêt primaire ; l’ombre des arbres découpe la lumière brûlante du soleil en taches dansantes qui se répandent sur le bitume. On entend parfois le bruit d’un muntjac ou d’un faisan de Swinhoe qui s’enfuit, effrayé, ainsi que des chants d’oiseaux plus lointains. Ce paysage sonore propre à la montagne est une expérience qu’aucune sortie à vélo en ville ne peut reproduire.

Un changement de perspective dans la sueur

Pour être honnête, cette route, qui grimpe de plus de 1300 mètres, n’est pas facile à parcourir à vélo. Les premiers kilomètres, j’arrivais encore à maintenir un certain rythme, tout en prêtant attention au paysage au bord de la route ; mais à mesure que la pente devenait plus raide, le bruit de ma respiration a couvert celui du vent, et mon attention s’est peu à peu resserrée, passant de « admirer le paysage » à « tenir jusqu’au prochain virage ». Cette transformation de l’état physique et mental est précisément ce que la montée à vélo en montagne a de plus fascinant et de plus honnête — elle ne laisse aucune place à la chance ; votre condition physique et votre force de volonté sont mises à nu, sans fard, face aux chiffres de la pente.

Alors que je m’arrêtais un instant pour reprendre mon souffle dans un virage, en me retournant vers le chemin parcouru, je me suis rendu compte que j’étais déjà monté assez haut pour dominer les toits du village. À cet instant précis, toute la fatigue semblait avoir trouvé une issue légitime. Ce rituel du « regard en arrière » est un moment que je chéris particulièrement lors des sorties sur des parcours exigeants — il vous fait prendre conscience que chaque souffle, chaque coup de pédale s’est réellement transformé en un gain d’altitude, et non en une dépense d’énergie vaine.

En continuant à monter, le vent de montagne a commencé à souffler avec une fraîcheur qui contrastait nettement avec la chaleur étouffante d’en bas. Cette variation de température par paliers symbolise, d’une certaine manière, l’entrée progressive du cycliste dans un autre monde — du tumulte de la plaine au calme de la forêt ; du rythme urbain et moderne au tempo de la cohabitation entre les villages et la nature.

L’ombre de Morakot et la force de la reconstruction

En pédalant dans cette région montagneuse, il est difficile de ne pas penser au typhon Morakot de 2009, qui a bouleversé le destin de tout l’arrière-pays montagneux de Pingtung. Les archives de l’époque montrent que le canton de Taiwu a enregistré des précipitations stupéfiantes de plus de 1100 millimètres en une seule journée — un chiffre qui, où qu’il se produise, suffirait à provoquer des dégâts dévastateurs. De nombreux villages de l’arrière-pays montagneux de Pingtung, notamment dans les cantons de Sandimen, Wutai et Majia, ont connu lors de cette catastrophe des routes coupées, des maisons détruites, voire un déplacement permanent de leur communauté.

Bien que les détails précis de la reconstruction du village de Jiaping et de l’ensemble du canton de Taiwu après Morakot doivent s’appuyer sur les dernières données officielles et les récits des anciens du village, une chose est certaine : tout l’arrière-pays montagneux autochtone de Pingtung a parcouru, au cours des dix dernières années, un long chemin allant du traumatisme à la reconstruction, de la migration à l’enracinement. Lorsque je pédalais sur cette route relativement paisible, qui semble n’être « qu’une simple route agricole », je savais au fond de moi que cette terre avait subi l’impact d’immenses forces naturelles, et que le fait de pouvoir aujourd’hui l’approcher et la vivre avec la légèreté et la liberté d’une sortie à vélo est en soi le fruit d’innombrables travaux de reconstruction accumulés.

Conseils pour le prochain challenger

Si vous envisagez également de relever le défi du parcours du mont Dawu via Jiaping, mon conseil ne porte pas tant sur la pente ou le braquet que sur « l’état d’esprit ». Ce n’est pas un parcours de compétition destiné à battre des records personnels ou à chercher la vitesse ; il se prête bien mieux à être vécu comme un voyage « en hommage à la montagne ». Ralentissez, soyez attentifs aux villages et aux toponymes en langue autochtone le long du chemin ; lors des ravitaillements ou des pauses, si l’occasion se présente d’échanger avec les habitants, écoutez avec curiosité, mais sans esprit de voyeurisme ; après avoir relevé le défi, regardez en arrière la trace de votre ascension, et aussi le poids historique que porte cette terre.

Le parcours du mont Dawu via Jiaping n’est pas long — moins de 13 kilomètres au total — mais il concentre la raideur du relief, la profondeur de la culture et les cicatrices et la résilience de l’histoire. Pour moi, ce n’est pas seulement un défi physique, c’est une véritable occasion de dialogue à distance rapprochée avec l’arrière-pays montagneux autochtone de Pingtung. Lorsque, à bout de souffle, vous atteignez le terme du parcours et que vous vous retournez vers les chaînes de montagnes superposées et les toits du village en contrebas, cette émotion composite dépasse de loin tout ce que des données Strava pourraient enregistrer.

Suggestions d’itinéraire et précautions

Si votre emploi du temps le permet, je vous recommande d’inscrire cette sortie dans une journée complète, en la reliant à d’autres sites de la plaine de Pingtung ou à des centres culturels des villages, afin de donner un rythme plus détendu à votre itinéraire. Comme les horaires d’ouverture des commerces et restaurants du village peuvent varier selon la saison ou les circonstances, il est conseillé de se renseigner à l’avance par téléphone ou auprès des informations locales, et de ne pas présumer que vous trouverez forcément un point de ravitaillement en cours de route.

Côté équipement, outre les recommandations déjà mentionnées concernant un braquet court et des freins à disque, il est également conseillé d’emporter un appareil photo léger ou un téléphone bien protégé : les jeux de lumière et les paysages humains de cette forêt méritent d’être soigneusement documentés. Cependant, lorsque vous photographiez les villages et leurs habitants, veuillez impérativement demander leur accord. Le respect est une qualité fondamentale que tout voyage au cœur des territoires autochtones se doit de posséder.

Avant de quitter le village de Jiaping, prenez le temps de vous arrêter à l’entrée du village et de vous retourner vers cette montagne sacrée qui a nourri d’innombrables poèmes et images littéraires. À cet instant, vous comprendrez que si le parcours du mont Dawu via Jiaping mérite d’être documenté et recommandé, ce n’est jamais seulement à cause de ses chiffres de pente, mais parce qu’il permet à chaque cycliste qui accepte de ralentir d’établir un lien réel et profond avec cette terre et cette histoire.

Portrait d’un ancien du village (observation de terrain)

Sur une section légèrement plus douce de la route de montagne, j’ai rencontré une personne âgée assise sur une chaise en rotin devant sa maison, à l’ombre. Elle n’a pas dit grand-chose, mais m’a adressé un sourire discret alors que j’étais essoufflé, m’indiquant d’un geste que je pouvais me reposer sous l’avant-toit. Cette bienveillance propre aux communautés tribales de montagne, qui se transmet sans besoin de mots, est souvent ce que les cyclistes oublient le plus facilement en ville, mais qui se réveille à nouveau au cœur des montagnes. Je n’ai pas voulu m’imposer davantage ; j’ai simplement bu quelques gorgées d’eau, hoché la tête pour la remercier, puis repris ma route. Mais cette image est restée gravée dans ma mémoire — plus que n’importe quel paysage montagneux grandiose, cette interaction simple entre êtres humains est ce qu’il y a de plus chaleureux dans ce voyage.

La société tribale Paiwan possède traditionnellement un système de classes et de chefferie relativement rigoureux, qui influence profondément l’organisation spatiale des villages, la taille des habitations et même les codes de bienséance de la vie quotidienne. Bien que le mode de vie moderne ait entraîné des transformations et des adaptations de nombreux systèmes traditionnels, ce respect envers les aînés, la terre et la sagesse des ancêtres reste perceptible dans les interactions quotidiennes au sein des tribus. En tant que simple passant, je ne peux pas — et ne devrais pas — prétendre comprendre pleinement l’ensemble de ce système culturel, mais je peux au moins l’aborder avec humilité et respect, pour le ressentir et l’apprendre.

Vent de montagne, sueur et recalibrage de la perception du temps

L’un des aspects les plus fascinants de l’ascension d’un col exigeant, c’est qu’il vous force à recalibrer votre perception du « temps ». En ville, le temps est découpé en tranches d’agenda et en notifications, chaque seconde compte ; mais sur une route de montagne comme celle de Beidawu-Jiaping, le temps devient le rythme de la respiration, la fréquence cardiaque, et cette pente dont on ne voit pas le bout. On découvre que dix minutes qui semblent interminables en terrain plat ne suffisent peut-être qu’à parcourir moins de cinq cents mètres sur une pente raide ; et qu’un arrêt qui paraît bref peut pourtant offrir au corps et à l’esprit un repos et une récupération étonnamment complets.

Ce décalage dans la perception du temps est précisément l’un des cadeaux les plus précieux que la montagne offre aux citadins. Lorsque votre attention est contrainte de se concentrer sur « la prochaine cadence », « la prochaine respiration », « le prochain virage », ces tracas et angoisses qui vous obsèdent habituellement se trouvent, sans que vous vous en rendiez compte, dilués et oubliés. À l’arrivée, au-delà de la fatigue physique, c’est surtout un sentiment d’assurance, d’avoir été vidé puis rempli à nouveau, qui domine.

Le chemin de la reconstruction vu depuis le guidon

Chaque portion de route bien lisse, chaque pont ou ponceau en apparence anodin croisé en chemin, est probablement le résultat concret de projets de reconstruction post-catastrophe. Au cours des dix dernières années, les communautés autochtones des montagnes de Pingtung ont traversé un long processus, allant de la reconstruction des infrastructures de base à la restauration des fonctions vitales des tribus. Ces travaux ne figurent presque jamais sur les photos de promotion ou dans les brochures touristiques, mais ils constituent pourtant la base essentielle qui permet à des cyclistes extérieurs comme moi de pénétrer en toute sécurité et sans encombre au cœur des villages.

Je me dis souvent que derrière une route agricole en apparence banale se cachent peut-être des efforts et des coordinations considérables d’ingénieurs, d’habitants des tribus et des services publics. Lorsque je me plains, à bout de souffle, de la raideur de la pente, je devrais en réalité éprouver de la gratitude — gratitude que cette route existe, qu’elle soit correctement entretenue, et d’avoir l’opportunité, de la manière la plus proche de la terre qui soit, de ressentir par moi-même la respiration et le pouls de cette forêt de montagne.

En guise de conclusion : un voyage d’humilité

Sur la route qui m’éloignait de Taiwu, j’ai jeté un dernier regard dans le rétroviseur sur la crête du mont Beidawu qui s’estompait au loin. Cette montagne demeure là, immobile, dans la même posture qu’elle adopte depuis des millénaires pour veiller sur cette terre, sans qu’un cycliste extérieur à bout de souffle n’y change quoi que ce soit. Mais pour moi, cette expérience à vélo a laissé une empreinte indélébile dans mon cœur.

Ce que Beidawu-Jiaping m’a appris, ce n’est peut-être pas comment conquérir une route de montagne plus rapidement, mais comment aborder avec humilité une terre, un peuple, une histoire. Si l’occasion se présente à nouveau de visiter le village de Jiaping, je pense que je prendrai plus de temps, je ferai plus d’arrêts, pour découvrir chaque recoin, chaque habitant prêt à échanger avec moi. Car ce qui mérite véritablement d’être consigné, ce ne sont jamais seulement les données d’ascension sur Strava, mais ces dialogues entre la terre et les hommes qui se nouent discrètement, entre deux coups de pédale et deux respirations.

Les nuances subtiles des paysages au fil des saisons

Bien que cet itinéraire soit praticable toute l’année, visiter le village de Jiaping à différentes saisons offre des expériences visuelles et sensorielles radicalement différentes. Au printemps, la végétation de montagne s’éveille à peine de la torpeur hivernale ; les jeunes feuilles d’un vert tendre ponctuent la forêt primaire d’un vert profond, l’air est imprégné d’un léger parfum de feuillage, et c’est l’une des saisons les plus riches en strates visuelles. L’été, la forêt est à son apogée de densité et de luxuriance, mais s’accompagne d’un risque élevé d’orages vespéraux ; en partant tôt le matin, on peut souvent capturer les paysages les plus limpides et les plus purs avant que les brumes ne se lèvent.

En automne et en hiver, les montagnes de Pingtung subissent l’influence de la mousson du nord-est, les écarts de température entre le jour et la nuit se creusent nettement, et les sommets se drapent parfois de brume légère. Si l’on a la chance d’assister à l’apparition soudaine d’une mer de nuages, cette vue plongeante, où les brumes enveloppent les toits des villages à vos pieds, rend instantanément tous les efforts de l’ascension dignes d’intérêt. L’air hivernal est généralement plus sec et plus limpide ; la visibilité vers la crête du mont Beidawu est souvent la meilleure de toute l’année, mais les basses températures et les vents de montagne vigoureux imposent des exigences plus élevées en matière d’équipement thermique.

Quelle que soit la saison choisie, il est recommandé aux cyclistes de rester attentifs au caractère rapidement changeant de la météo dans les montagnes de Pingtung. Avant le départ, il est impératif de consulter les dernières prévisions météorologiques et l’état des routes, afin que chaque sortie puisse se dérouler en toute sécurité, tout en profitant pleinement des paysages uniques que les saisons successives offrent sur cette forêt de montagne.

Une remarque sur la sensibilité culturelle

En rédigeant cet article, j’ai veillé tout particulièrement à éviter toute description qui pourrait verser dans le stéréotype ou l’exotisme lorsqu’il s’agit de présenter la culture tribale Paiwan. La richesse culturelle des peuples autochtones est extrêmement vaste et subtile ; toute description simplifiée ou généralisée risque, sans le vouloir, de créer des malentendus ou un manque de respect. En tant que cycliste et chroniqueur, je pense que l’approche la plus responsable consiste à rendre compte honnêtement de ce que j’ai observé et vécu, tout en indiquant clairement ce qui relève de mon ressenti personnel et ce qui s’appuie sur des informations publiques vérifiables, plutôt que de combler les lacunes de connaissance par l’imagination.

Si cet article peut inciter davantage de cyclistes, avec davantage de curiosité et de respect, à fouler eux-mêmes cette terre de montagne et à découvrir en personne l’histoire de ce peuple et de ce territoire, alors cette aventure à vélo aura une signification qui dépasse de loin le simple entraînement physique ou la contemplation des paysages, pour devenir une véritable rencontre interculturelle et un lien avec la terre.

Un moment de recueillement sur le chemin du retour

La descente est toujours bien plus rapide que la montée. Le vent siffle à vos oreilles, et chaque mètre de dénivelé si durement gagné à l’aller se dévale en quelques minutes à peine. Cet écart temporel immense entre la montée et la descente suscite toujours une émotion difficile à exprimer — le rythme de l’effort et de la récompense se présente sous une forme si asymétrique sur les routes de montagne, et pourtant si authentique.

Une fois redescendu en plaine, en tournant le regard vers ces montagnes superposées, j’ai du mal à imaginer que je me trouvais tout à l’heure à une telle altitude. Les données de ma sortie sur le téléphone affichent plus de 1 300 mètres de dénivelé positif, mais ces chiffres froids sont bien incapables de consigner chaque sourire croisé en chemin, chaque bourrasque de vent de montagne, et ces instants profonds de dialogue avec soi-même sur les pentes raides. C’est sans doute là ce qui rend les itinéraires exigeants si fascinants — ils ne vous offrent jamais seulement une satisfaction physique, mais un fragment de vie que seule l’expérience directe permet de comprendre véritablement.

Si l’occasion se présente à l’avenir, j’aimerais beaucoup retourner au village de Jiaping, peut-être à l’occasion des rituels traditionnels ou des activités culturelles de la tribu (les dates exactes étant à confirmer auprès des autorités officielles ou des annonces du village), afin de ressentir de manière plus complète la diversité des visages que cette terre déploie dans différents contextes spatio-temporels. Beidawu-Jiaping, cette route agricole d’ascension en apparence insignifiante, porte en réalité des histoires bien plus profondes et riches que ce que sa longueur pourrait laisser supposer.

Pour le milieu du cyclisme sur route à Taïwan, les itinéraires de montée dans les communautés autochtones des montagnes de Pingtung sont souvent moins connus que ceux de la route transcentrale ou de Wuling. Mais c’est précisément pour cette raison qu’ils conservent une authenticité préservée d’un emballage commercial excessif. Sur de telles routes, on n’est pas dérangé par un flot ininterrompu de cars de tourisme et de foules de visiteurs ; à la place, on trouve une forêt silencieuse, des villages authentiques, et des pentes successives qui méritent d’être savourées une à une. C’est peut-être précisément ce caractère « confidentiel » et « originel » qui rend des itinéraires comme Beidawu-Jiaping si précieux aux yeux des cyclistes qui aiment véritablement pédaler et explorer les histoires des territoires, et qui leur donnent envie d’y revenir sans cesse. C’est aussi ma motivation première pour continuer à écrire sur ces itinéraires de montagne de Pingtung — faire découvrir à travers les mots, au-delà des données et des paysages, ces histoires réelles cachées dans les virages des pentes et dans le quotidien des villages, et inciter chacun à les vivre et à les ressentir par lui-même, avec compréhension et respect. Le jour où vous emprunterez cette route à votre tour, souvenez-vous de ralentir, de laisser du temps aux paysages et aux gens qui jalonnent le parcours. Ce sera un souvenir de cyclisme bien plus précieux que n’importe quel record personnel, et ce sera aussi, entre vous et cette terre autochtone des montagnes de Pingtung, une histoire unique qui n’appartiendra qu’à vous.

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