De Shouka à Xuhai : un souvenir à vélo entre le point culminant de la route Sud-Huilong et l'océan

Le dernier regard avant le départ
L’aube n’était pas encore levée, mes bagages étaient prêts, et je contemplais sur la carte cet itinéraire sinueux menant à Shouka, puis s’étendant jusqu’à Xuhai, le cœur plein d’attente et d’une appréhension mêlée d’inconnu. Ce n’était pas ma première fois sur la route du Sud, mais c’était la première fois que je fixais réellement comme destination Xuhai, ce nom qui résonne déjà avec une touche de poésie. Cette sensation à la fois familière et nouvelle m’accompagna tandis que j’enfourchais mes pédales, avançant lentement en direction de Shouka.
Franchir Shouka, c’est entrer dans un autre monde
Parmi les cyclistes qui font le tour de Taïwan, une expression circule : une fois Shouka franchi, on peut officiellement dire bonjour à Pingtung ou à Taitung. Ce col, situé au croisement de la route provinciale 9 (section Sud) et de la route départementale 199, est le point culminant de la route du Sud, et un repère mémoriel collectif forgé par d’innombrables tours de pédales. J’ai entendu plus d’un ancien du tour de l’île décrire ce moment précis de l’arrivée à Shouka, ce mélange complexe d’essoufflement, de sueur et de sentiment d’accomplissement, comme l’un des instants les plus marquants de tout le périple.
Cette fois, je n’ai pas choisi de continuer vers le sud ou le nord le long de la route provinciale 9 après Shouka, mais de bifurquer sur la route départementale 199, en direction de Xuhai. Cet itinéraire fait près de 20 kilomètres de long, avec plus de 500 mètres de dénivelé positif. Comparé aux montées éreintantes de Shouka qui font flancher les jambes, la suite du parcours semblait bien plus douce — mais cette douceur recèle pourtant un tout autre paysage et un changement d’état d’esprit radicalement différent.
Une transition de paysage, des montagnes à la côte
Après avoir quitté Shouka, la route commence à redescendre doucement, et la végétation des deux côtés passe progressivement des forêts denses de moyenne et basse altitude qui bordent la route du Sud à un relief de collines plus ouvertes. Cette transition de paysage n’est pas un changement brutal et soudain, mais plutôt comme un mouvement de caméra au cinéma, qui se déplace lentement, image par image. J’apprécie particulièrement ce type de changement progressif de décor : il laisse au cycliste le temps d’assimiler et de ressentir l’atmosphère propre à chaque portion de terrain.
La route départementale 199 traverse en partie les villages de la commune de Mudan, une région où cohabitent les communautés Paiwan et, dans une moindre mesure, Amis. Bien que je ne puisse pas, pendant la randonnée, vérifier en détail l’histoire complète de chaque village, cette atmosphère de brise de montagne caressante et de rythme de vie tribal lent et posé se ressent de manière très concrète lorsqu’on s’y trouve. Parfois, on aperçoit des récoltes mises à sécher au bord du chemin, quelques poules se promenant nonchalamment, ou des enfants jouant devant leur maison. Ces scènes de vie quotidienne donnent à cette route, à l’origine simple « liaison entre deux points », une touche profondément humaine.
Le moment du choix au carrefour
En arrivant dans le secteur de Shangmudan, je suis parvenu à la bifurcation entre la route principale 199 et la route 199甲. C’est un point géographiquement discret, mais crucial pour la planification de l’itinéraire — à gauche (ou tout droit, selon le terrain réel), en continuant sur la 199 principale, on rejoint le centre de Mudan, Shimen et Sichongxi ; en bifurquant de l’autre côté sur la 199甲, on file tout droit vers Xuhai. Je me suis arrêté un instant à ce carrefour, observant ces deux directions radicalement différentes, et j’ai soudain trouvé cette image très métaphorique : dans la vie aussi, nous nous trouvons souvent à des carrefours qui semblent similaires, où nous prenons des décisions qui dessinent le paysage de notre avenir.
Après avoir tourné sur la 199甲, cette route secondaire d’environ 8,6 kilomètres m’a conduit vers Xuhai, sur le flanc est de la péninsule de Hengchun. L’air commençait à porter une odeur saline, subtile mais perceptible, et la direction du vent changeait également. Ces variations olfactives et tactiles, si fines, étaient des signaux que le corps percevait bien avant que la raison ne comprenne que « la mer approchait ».
L’atmosphère singulière du flanc est de la péninsule de Hengchun
Le flanc est de la péninsule de Hengchun, où se trouve Xuhai, contraste totalement avec l’effervescence commerciale de Kenting à l’ouest. Ici, la nature conserve un visage relativement simple, préservé d’un développement touristique excessif. Au loin, la ligne de côte scintille sous les rayons du soleil, et la montagne et la mer s’enlacent ici d’une manière particulièrement intime, créant un paysage géographique unique — on peut, tout en pédalant, ressentir à la fois les ondulations du relief montagneux et l’horizon qui s’ouvre à mesure qu’on approche de l’océan. Cette expérience de cyclisme où montagne et mer s’entrelacent n’est pas facile à reproduire sur d’autres itinéraires de Taïwan.
La péninsule de Hengchun est mondialement connue pour ses puissants vents de « Luoshan » (vents de descente de montagne). Bien que la zone d’impact principale se concentre sur le flanc ouest de la péninsule, j’ai tout de même ressenti, en parcourant la 199甲 à l’approche de Xuhai, de fortes rafales de vent qui me fouettaient le visage. Cette sensation de devoir légèrement ajuster son centre de gravité et contrôler l’équilibre du vélo est, d’une certaine manière, la façon dont cette terre exprime sa propre personnalité — derrière une ligne de côte douce se cache une force naturelle qu’il ne faut pas sous-estimer.
La philosophie du cyclisme dans le vent de Luoshan
Honnêtement, la première fois qu’on roule sur une section où le vent latéral est marqué, on a l’impression d’être contraint à un dialogue frontal avec la force de la nature. On ne peut pas lutter contre le vent par la force brute ; on doit apprendre à s’y adapter, à s’ajuster. Réduire la vitesse, relâcher le haut du corps, laisser le corps ajuster finement son angle au rythme du vent — cette technique de pilotage est, d’une certaine manière, aussi un exercice mental : face à des conditions extérieures que l’on ne contrôle pas, plutôt que de s’opposer frontalement, il vaut mieux apprendre à les comprendre, à s’y conformer, et à trouver une manière de coexister avec elles.
Rouler dans une région réputée pour ses vents violents comme la péninsule de Hengchun est, d’une certaine manière, un exercice d’humilité. Cette terre ne vous épargnera pas parce que vous êtes un cycliste venu de loin ; elle a son propre tempérament et son propre rythme, et tout ce que vous pouvez faire, c’est, avec respect, apprendre à composer avec ces conditions naturelles, plutôt que d’imaginer pouvoir la conquérir par vos seules forces.
Une halte brève à la gare-relais de Shouka
Avant de partir officiellement, je me suis arrêté un moment à la gare-relais pour cyclistes de Shouka, j’ai bu quelques gorgées d’eau et échangé quelques mots avec de jeunes cyclistes qui venaient d’arriver au même moment et qui relevaient le défi du tour de l’île. Cette complicité de rencontre fortuite, où l’on se comprend sans se dire un mot, est l’un des aspects les plus touchants de la culture du cyclisme de longue distance — chacun vient peut-être d’une ville différente, avec des objectifs de randonnée différents, mais à cet instant précis, parce qu’on a ensemble franchi Shouka, cette ligne de partage à la fois géographique et psychologique, un lien indicible se crée naturellement entre nous.
Je les ai regardés continuer vers le sud sur la route provinciale 9, prêts à achever le reste de leur tour de l’île, tandis que je bifurquais sur la route départementale 199, en direction de Xuhai. Bien que nos routes divergent ensuite, ce bref moment de rencontre à Shouka est devenu un intermède chaleureux et inattendu de ce voyage à vélo.
Traces de vie et paysages humains en chemin
En pédalant le long des routes départementales 199 et 199甲, outre les changements de paysage naturel, ce qui m’a le plus marqué, ce sont ces détails disséminés au bord du chemin, apparemment anodins mais débordants de vie — des filets de pêche ou des récoltes séchant dans les cours, la fumée d’encens s’élevant des petits temples au bord de la route, et ces habitants locaux qui, parfois, me croisaient et me saluaient d’un signe de tête. Ces images n’ont subi aucun emballage touristique artificiel, et c’est précisément pour cela qu’elles semblent d’autant plus authentiques et émouvantes, et qu’elles laissent un souvenir durable.
J’ai toujours pensé que l’un des plus grands attraits du voyage à vélo réside dans le fait qu’il vous permet, à une vitesse au plus près de la terre, d’observer et de ressentir ces détails de la vie quotidienne que les moyens de transport rapides effacent en un éclair. L’itinéraire de Shouka à Xuhai, bien que dépourvu de grands sites touristiques renommés, me rappelle, par la simplicité de ses paysages en bord de route, que l’essence du voyage n’a jamais été seulement d’atteindre la destination, mais bien ces petits instants imprévus rencontrés en chemin.
L’état d’esprit à l’arrivée à Xuhai
Lorsque la vue s’est progressivement élargie et que la ligne d’horizon de la mer est apparue clairement, la sensation d’arrivée a été particulièrement intense. Xuhai, ce nom porte en lui-même une poésie — la côte qui fait face au soleil levant. Bien que je sois arrivé non pas à l’aube, sans pouvoir assister au lever de soleil que son nom évoque, la lumière de l’après-midi se reflétant en scintillements sur la surface de la mer offrait une autre beauté, tout aussi paisible et vaste.
Debout au bord de la côte, je me suis retourné pour contempler le chemin parcouru, depuis le col élevé de Shouka, en passant par les descentes et les virages, jusqu’à cette ligne de côte ouverte. Cette expérience de transformation simultanée du paysage et de l’état d’esprit est le plus beau cadeau que cet itinéraire m’ait offert. Il m’a appris que le sens du cyclisme n’a jamais été seulement de conquérir des chiffres d’altitude ou de distance, mais, au fil du mouvement, de se donner l’opportunité de ressentir véritablement le pouls complet d’une terre, de la montagne à la mer.
Un mot pour le prochain cycliste
Si vous aussi vous envisagez de relever le défi de l’itinéraire Shouka-Xuhai, je veux vous dire ceci : ne le considérez pas simplement comme une portion « à accomplir » dans votre tour de l’île. Ralentissez, soyez attentifs aux panneaux aux carrefours, et prêtez attention aux paysages de vie anodins qui jalonnent le chemin. Cet itinéraire ne fera peut-être pas briller vos statistiques Strava avec des chiffres de dénivelé impressionnants, mais il vous offrira une expérience complète de transition de paysage, des montagnes à la côte, de l’agitation à la sérénité — et cette expérience-là vaut souvent bien plus la peine d’être précieusement chérie qu’un simple défi physique.
Avant de quitter Xuhai, j’ai jeté un dernier regard sur cette vaste ligne de côte, notant silencieusement dans mon cœur l’émotion que ce lieu m’a procurée. Si l’occasion se présente à nouveau, je pense que je prévoirai plus de temps pour explorer en profondeur cette terre relativement simple mais débordante de vitalité du flanc est de la péninsule de Hengchun, et pour découvrir, à un rythme encore plus lent, chacune de ses histoires.
L’écho historique du poste de contrôle de Shouka
Pour beaucoup de jeunes cyclistes, le nom de Shouka n’est peut-être qu’un simple point de passage sur l’itinéraire du tour de l’île, mais il porte en réalité une signification historique bien plus profonde. Cet endroit était autrefois un « poste de contrôle des zones montagneuses », jouant, à une période historique donnée, le rôle de contrôle des personnes entrant et sortant des zones administratives montagneuses, jusqu’à ce qu’il prenne officiellement sa retraite en 1997 et entre dans l’histoire. Aujourd’hui, ce poste de contrôle qui portait autrefois des missions de surveillance s’est transformé en une halte chaleureuse pour les cyclistes, témoignant de la transition de la société taïwanaise, du contrôle vers l’ouverture, de la méfiance vers la convivialité.
Debout devant la halte de Shouka, je regarde les cyclistes du tour de l’île, poussiéreux et fatigués, qui vont et viennent, prenant des photos, remplissant leurs gourdes, s’encourageant mutuellement, et je réalise soudain que cet endroit est en lui-même un récit silencieux sur le temps et la transformation. L’ancien poste de contrôle frontalier est devenu un point de rencontre chaleureux où les voyageurs se croisent et se soutiennent. Ce renversement de sens historique mérite d’être savouré bien plus que n’importe quelle photo de paysage.
Les routes 199 et 199甲 : deux facettes d’une même narration routière
La route départementale 199 et sa branche 199甲 sont comme deux dénouements différents d’une même histoire. La ligne principale mène au centre de Mudan, à Shimen, à Sichongxi, pour finalement atteindre Tongpu, traversant davantage de villages et de paysages culturels ; la branche 199甲 est quant à elle relativement plus simple, se dirigeant tout droit vers la côte de Xuhai, avec encore moins de présence humaine sur le chemin, mais préservant d’autant plus une atmosphère naturelle originelle et paisible.
Pendant ma randonnée, j’imaginais souvent un autre moi dans un univers parallèle, qui aurait choisi la ligne principale plutôt que la branche, et je me demandais quels paysages différents il aurait vus, quelles personnes et quelles histoires différentes il aurait rencontrées. Cette « possibilité de choix » est, dans une certaine mesure, ce qui rend le cyclotourisme si fascinant — un même point de départ, selon l’itinéraire choisi, vous mène finalement à des destinations et des états d’esprit radicalement différents. Cette fois-ci, je suis heureux d’avoir choisi la 199甲 vers Xuhai, donnant à ce voyage une arc narrative plus complète et plus proche de l’océan, et m’offrant une compréhension plus tridimensionnelle et plus profonde de la texture géographique de cette terre.
Une autre interprétation du vent de montagne
Le vent de montagne de la péninsule de Hengchun est, en météorologie, un vent descendant puissant formé par des effets topographiques, mais pour les habitants qui vivent sur cette terre depuis des générations, il ressemble peut-être davantage à un rythme de vie en coexistence avec la nature. J’ai entendu dire (bien que je n’aie pas pu vérifier les détails un par un pendant ma randonnée) que les habitants locaux se sont depuis longtemps habitués à suivre les rythmes saisonniers du vent de montagne, ajustant leurs cultures, leur pêche et le rythme de leur vie quotidienne. Cette sagesse de vie qui consiste à s’adapter à la nature plutôt qu’à la combattre fait écho, dans une certaine mesure, à l’état d’esprit que j’ai développé en affrontant les vents violents pendant ma randonnée : celui de suivre le courant.
En tant que simple passant, je ne peux pas pleinement comprendre la complicité profonde, accumulée au fil des générations, entre cette terre et le vent de montagne. Mais au moins, à travers cette expérience de pédaler personnellement dans le vent, j’ai gagné un peu plus de respect et de compréhension pour cette terre, et j’ai développé une appréciation plus concrète de l’expression « s’adapter aux conditions locales ».
Monologue d’un cycliste entre mer et montagne
Dans les derniers kilomètres de la 199甲 approchant de Xuhai, j’ai délibérément ralenti pour me laisser plus de temps pour absorber le paysage côtier qui se déployait progressivement devant moi. À ma gauche s’étendait la ligne de crête des collines, à ma droite se dessinait de plus en plus nettement la côte du Pacifique. Cette expérience de pédaler avec une double perspective, à la fois montagne et mer, n’est pas si courante sur les autres itinéraires de Taïwan.
Je me souviens que lors de mon premier tour de l’île à vélo, j’avais également ressenti, sur un tronçon similaire entre montagne et mer, cette sensation d’ouverture difficile à décrire — comme si le corps et l’esprit étaient simultanément enveloppés et guéris par les montagnes et l’océan qui s’offraient à moi. Cette sensation est difficile à décrire précisément avec des mots, mais une fois qu’on l’a vécue, on comprend pourquoi d’innombrables cyclistes reviennent sans cesse sur les côtes et dans les montagnes de Taïwan, mesurant chaque centimètre de la texture de cette terre avec leurs deux roues.
Une lettre à mon futur moi
Si un jour, pris par le rythme trépidant de la vie, j’en viens à oublier peu à peu cette expérience de pédaler de Shouka à Xuhai, j’espère que ces mots pourront rappeler à mon futur moi : il y a eu un après-midi où tu t’es arrêté brièvement au point culminant de la route Sud-Nord, où tu as échangé un sourire complice avec un cycliste du tour de l’île que tu ne connaissais pas, puis tu t’es engagé sur une route secondaire relativement calme, pédalant jusqu’à cette côte ouverte et paisible du côté est de la péninsule de Hengchun.
Ce jour-là, le vent était fort, le vent de montagne et le vent marin alternant constamment de direction sur le chemin. Tu as appris à garder ton équilibre et ta patience dans le vent fort, et tu as aussi appris à ralentir pour ressentir ces détails de vie discrets mais authentiquement émouvants le long du parcours. De telles expériences ne figureront peut-être dans aucun classement des attractions populaires, mais elles laisseront dans ton cœur un souvenir privé, unique en son genre, fait de montagnes, d’océan et de vent.
D’autres voyageurs rencontrés en chemin
Outre les cyclistes du tour de l’île croisés brièvement à la halte de Shouka, j’ai aussi rencontré sur la route 199甲, pendant ce voyage, un homme d’âge mûr qui faisait le tour de l’île en solitaire sur une grosse cylindrée vintage. Nous nous sommes arrêtés simultanément au bord d’un virage à la vue dégagée pour nous reposer. Il m’a dit en souriant qu’il avait déjà parcouru cette route trois fois, et que chaque fois, la sensation était différente. Cette fois, il avait délibérément choisi un jour de semaine pour éviter la circulation des week-ends et profiter d’un moment de conduite plus pur.
Cette persévérance et cet amour pour une même route, capable d’en extraire sans cesse des sensations différentes, m’ont profondément marqué et m’ont fait repenser la relation entre « répétition » et « nouveauté » : ce ne sont pas nécessairement deux extrêmes opposés. C’est peut-être là le paradoxe le plus fascinant du voyage et de la randonnée à vélo — même sur une même route, différentes saisons, différents états d’esprit, différentes conditions météorologiques peuvent donner aux paysages familiers des visages et des significations radicalement différents. Cela m’a permis d’avoir une compréhension et une attente entièrement nouvelles vis-à-vis du fait de « revisiter un même endroit ».
La petite touche d’humanité à la halte de ravitaillement
Bien que les ressources de ravitaillement sur cet itinéraire soient relativement rares, lors de ma brève halte à la station de Shouka pour remplir ma gourde, j’ai tout de même ressenti une chaleur humaine précieuse. Le personnel de la halte, voyant mon état trempé de sueur et couvert de poussière, m’a spontanément tendu un verre d’eau fraîche et a échangé quelques mots avec moi sur la météo et l’état de la route du jour. Ce genre d’attention désinvolte, au cours d’une longue randonnée, apporte souvent un réconfort psychologique inattendu — on réalise que même dans les régions relativement reculées et aux ressources limitées, la bonté simple entre les êtres humains ne s’est jamais diluée pour autant.
Ces petits instants me confirment toujours davantage que le cœur véritablement émouvant du cyclotourisme n’a jamais été seulement les paysages grandioses ou les chiffres impressionnants, mais bien ces moments de rencontre, apparemment insignifiants, dispersés le long du voyage, qui réchauffent sincèrement le cœur.
Regard en arrière vers la route Sud-Nord, regard en arrière vers ce voyage
Lorsque j’ai finalement atteint Xuhai, assis au bord de la digue, contemplant au loin le Pacifique scintillant, repensant à tout ce voyage parti de Shouka, une sensation de satisfaction difficile à décrire a monté en moi. Ce n’est pas cette exaltation intense ressentie après avoir relevé le défi d’une montée difficile, mais plutôt une satisfaction intérieure plus calme, plus durable — comme si, à travers mes deux roues, je n’avais pas seulement parcouru près de 20 kilomètres, mais avais vécu pleinement une narration paysagère allant du col montagneux à la côte ouverte, tout en menant, en chemin, un dialogue sincère et profond avec les forces naturelles et les paysages humains de cette terre.
Si l’occasion se présente à nouveau de revenir sur cet itinéraire, je pense que je choisirai une saison différente, un moment différent, pour ressentir le vent de montagne le plus puissant de l’hiver, ou le paysage marin de Xuhai le plus doux à l’aube naissante, réécrivant avec une lumière et une vitesse de vent différentes ce dialogue unique entre cette terre et moi, ces souvenirs inoubliables. J’ai aussi hâte de partager ce voyage avec davantage d’amis passionnés de cyclisme et d’histoires de terres, pour ressentir ensemble le charme unique où se mêlent montagnes et mer, à la frontière entre la route Sud-Nord et la péninsule de Hengchun. Car j’ai désormais compris que le charme de cet itinéraire n’a jamais résidé dans une conquête unique, mais dans le fait qu’à chaque retour, on découvre des détails et des émotions différents. De Shouka à Xuhai, cette route discrète mais pleine d’histoires mérite d’être revisitée et réécrite sans cesse.
En guise de conclusion : à tous ceux qui franchissent Shouka
Dans la culture du tour de l’île à Taïwan, la signification portée par Shouka dépasse depuis longtemps sa définition géographique de point culminant de la route Sud-Nord. C’est, dans le cœur d’innombrables voyageurs, ce passage symbolique où « une fois franchi, c’est un autre monde », et la scène où se déroulent d’innombrables histoires de persévérance, de rencontres et de dialogues avec soi-même. Et ce tronçon des routes 199 et 199甲 qui s’étend de Shouka vers Xuhai, avec sa pente relativement douce et son paysage côtier qui se déploie progressivement, apporte à cette histoire de persévérance une conclusion apaisante et réparatrice.
Si vous avez déjà franchi Shouka, ou si vous vous apprêtez à le faire, je voudrais vous inviter, sur votre route, à accorder un peu plus de temps à cette branche qui mène à Xuhai. Ralentissez, ressentez les subtiles variations du vent de montagne et du vent marin qui soufflent en alternance, et ressentez comment cette terre du côté est de la péninsule de Hengchun, relativement simple mais débordante de vitalité, accueille à sa manière chaque voyageur désireux de la découvrir à travers ses deux roues. Cette route mérite que vous ralentissiez le pas pour la parcourir pleinement, et qu’après de nombreuses années, chargé de souvenirs, vous y reveniez une nouvelle fois.
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