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Vers le pays des nuages : un voyage à vélo à la découverte des Rukai de Wutai et de la double migration de la tribu Haocha

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Vers le pays des nuages : un voyage à vélo à la découverte des Rukai de Wutai et de la double migration de la tribu Haocha

Prologue : entre attente et appréhension avant le départ

À l’aube, je me préparais dans la plaine de Sandimen, regardant les montagnes en couches au loin, le cœur partagé entre l’attente de ce voyage vers Wutai et cette appréhension familière, jamais tout à fait dissipée, face au défi de la pente qui m’attendait.

La route vers le pays des nuages

La route provinciale 24, qui serpente depuis la plaine de Pingtung jusqu’au village d’Ali à Wutai, sur environ 47,5 kilomètres, était l’artère principale de mon voyage. Et la montée vers Wutai, c’est précisément ce tronçon emblématique qui plonge au cœur du territoire de Wutai — à peine 6,8 kilomètres, mais qui porte en lui le condensé géographique et historique de ce canton où se concentre la plus grande population Rukai de tout Taïwan.

Le canton de Wutai, à une altitude moyenne d’environ 1000 mètres, est le canton le plus élevé du comté de Pingtung. Sa superficie totale est d’environ 279 kilomètres carrés, et ses six villages — Wutai, Jiamu, Dawu, Jilu, Ali et Haocha — sont répartis au cœur de ces hautes montagnes. Tandis que je pédalais en traversant la rivière Ailiao et en franchissant le pont de Sandimen, je sentais l’air se transformer à mesure que l’altitude grimpait, et une attente et une crainte indescriptibles montaient en moi — je savais que je m’approchais d’une terre imprégnée de la profonde culture Rukai.

Le regard depuis le pont de Guochuan

En franchissant le pont de Guochuan à Wutai, au-dessus de la rivière Beinan Nord, j’ai volontairement ralenti pour contempler l’eau qui coulait sans fin sous le pont et les parois abruptes et majestueuses des deux rives. Ce pont, lors du typhon Morakot en 2009, a été témoin du moment où tout le système de transport reliant Wutai au reste du monde a été totalement isolé après la destruction du pont d’Yila. Aujourd’hui, le pont a été réparé et reconstruit, et véhicules et piétons peuvent à nouveau circuler en toute sécurité, mais ces mois difficiles de coupure forcée avec l’extérieur restent sans doute profondément gravés dans la mémoire collective des habitants de Wutai, impossibles à effacer.

J’essayais d’imaginer comment, pendant ces jours où les routes étaient coupées et tout le trafic paralysé, les habitants de Wutai avaient pu tenir avec force face à la pénurie de vivres et à la difficulté des secours extérieurs. Cette imagination donnait à cette structure de pont, en apparence banale, un poids supplémentaire de respect et d’émotion dans mon cœur.

Le regard des migrants : la double dispersion de la tribu Haocha

Tout au long de ma montée, je n’arrêtais pas de penser à l’histoire poignante et déchirante de la double migration de la tribu Haocha (Kucapungane). En 1977, les membres de la tribu ont d’abord déménagé à Nouveau-Haocha pour des raisons de sécurité. Mais en 2009, le typhon Morakot a de nouveau frappé Nouveau-Haocha, dévasté par les inondations, forçant la tribu à une seconde migration, pour finalement s’installer dans la base de logements permanents de Rinari, sur le territoire du canton de Majia.

En tant que lieu sacré reconnu comme le berceau du peuple Rukai, la tribu Haocha ne porte pas seulement un espace de vie géographique, mais aussi la racine de l’identité culturelle et de la foi spirituelle de tout le groupe ethnique. Le site de l’ancienne tribu Haocha, bien que déserté, a été officiellement désigné monument national en 1991, niché entre 950 et 1050 mètres d’altitude, comme si ce peuple, de la manière la plus solennelle, laissait un mémorial et un témoignage éternels de cette histoire de double dispersion.

Je n’ai pas eu l’occasion de visiter moi-même le site de l’ancienne Haocha (cela nécessite un équipement de randonnée plus spécialisé et l’aide d’un guide local), mais le simple fait de pédaler le long de ce corridor de la route 24, si étroitement lié à l’histoire migratoire de la tribu Haocha, m’a déjà permis de comprendre cette histoire de manière plus profonde et plus proche de la terre.

La respiration sur la pente et la résilience des Rukai

Ce tronçon de 6,8 kilomètres avec 359,6 mètres de dénivelé vers Wutai, avec une pente relativement régulière, mettait tout de même à l’épreuve l’endurance, la force et la volonté ferme du cycliste. Tout en m’efforçant de maintenir mon rythme de pédalage, j’essayais d’imaginer comment les habitants de cette terre montagnarde avaient, de génération en génération, bâti leur foyer et leur vie dans des conditions de terrain aussi escarpées et accidentées.

L’architecture traditionnelle des maisons Rukai utilise l’ardoise comme matériau de construction principal. Cette sagesse architecturale, qui utilise les matériaux locaux et s’adapte au relief, se transmet depuis des centaines d’années et reste clairement identifiable dans les villages. Les maisons des chefs sont plus grandes et ornées de sculptures sur bois raffinées, tandis que les maisons des gens du commun sont plus modestes. Cette esthétique de classe reflète, dans une certaine mesure, la profondeur culturelle de la structure sociale Rukai. Tout en pédalant, j’essayais de repérer les traces de ces constructions traditionnelles et de ressentir la profonde signification sociale et la sagesse de vie que ce système architectural porte en lui.

Le murmure silencieux du lys

En passant par un tronçon à la vue dégagée, j’ai remarqué quelques lys blancs en fleur au bord de la route. Dans la culture traditionnelle Rukai, le lys porte une signification culturelle particulière, étroitement liée à la vertu et à la conduite des femmes et aux exploits de chasse des hommes — un système de codes culturels à la fois concret et d’une portée profonde. Je me suis arrêté, j’ai contemplé silencieusement ces fleurs en apparence ordinaires mais chargées d’un poids culturel immense, et une émotion complexe et subtile m’a envahi.

En tant que cycliste venu de l’extérieur, je ne peux pas pleinement comprendre la signification symbolique fine et rigoureuse du lys dans le contexte culturel Rukai, mais cette humilité face à la compréhension et cette soif d’apprendre sont peut-être précisément l’attitude de base que tout voyageur visitant les villages des peuples autochtones devrait avoir — ne pas porter de jugements hâtifs, mais aborder avec un esprit ouvert et respectueux, pour ressentir et apprendre.

Les champs de millet et le condensé de la sagesse agricole

Tout au long de la montée, je pouvais parfois apercevoir des champs de millet et des jardins de taro autour des villages. La culture de ces plantes traditionnelles reflète la sagesse agricole accumulée par les Rukai au fil des générations, en harmonie avec l’environnement montagnard. Le millet, le taro, la patate douce, le haricot arbre et l’arachide sont des cultures généralement résistantes à la sécheresse et adaptées aux sols pauvres des montagnes, capables de fournir régulièrement la nourriture nécessaire aux habitants dans un environnement comme Wutai, où le terrain est escarpé et les terres cultivables limitées.

J’ai volontairement ralenti pour observer attentivement ces paysages agricoles, essayant d’imaginer comment, de génération en génération, les membres de la tribu avaient, par des essais et des ajustements répétés, accumulé cette sagesse agricole capable de coexister en harmonie avec l’environnement. Cette philosophie de vie profondément enracinée dans la terre dépasse de loin la logique d’efficacité que peut offrir la technologie agricole moderne ; c’est un précieux héritage culturel de coexistence avec la nature, transmis de génération en génération.

L’émotion à l’arrivée au village de Wutai

Enfin arrivé au village de Wutai, chef-lieu du canton, je me suis retourné pour contempler silencieusement ces 6,8 kilomètres d’ascension interminable, et cette émotion mêlant fatigue et émotion m’a de nouveau envahi, persistante. Ce village, niché silencieusement à plus de mille mètres d’altitude, porte en lui la communauté Rukai la plus concentrée de tout Taïwan, ainsi que la vitalité culturelle résiliente de ce peuple qui a survécu à la dévastation du typhon Morakot et à la dispersion des tribus.

Je me suis assis au bord de la route pour me reposer un moment, contemplant les montagnes en couches et la ligne d’horizon enveloppée de brume, et un profond respect indescriptible monta en moi — respect pour la grandeur et la difficulté de cette terre, et respect pour la sagesse résiliente, la vitalité et l’espoir que les générations de ce peuple ont démontrés sur cette terre.

Un mot pour le prochain cycliste

Si vous aussi vous envisagez de relever le défi de la montée vers Wutai, je voudrais vous inviter à ne pas la considérer uniquement comme un test physique. Ralentissez, prêtez attention aux maisons traditionnelles, aux lys et aux champs de millet le long du chemin, et essayez aussi, dans votre esprit, de revoir l’histoire de la double migration de la tribu Haocha et l’impact profond que le typhon Morakot a eu sur tout le canton de Wutai. Abordez cette terre, chargée de la profonde culture Rukai, avec respect et humilité — cette expérience de cyclisme sera bien plus profonde et précieuse que la simple poursuite de la vitesse et des records.

Avant de quitter le village de Wutai, j’ai jeté un dernier regard sur la crête des montagnes doucement enveloppée de brume, notant silencieusement dans mon cœur toutes les émotions et les prises de conscience que ce voyage m’avait apportées. Cette route ne m’a pas seulement appris comment configurer les braquets ou comment affronter un défi de montée de difficulté moyenne ; plus important encore, elle m’a appris comment comprendre, avec respect, un peuple qui, après avoir été durement frappé par une catastrophe naturelle, reste inébranlable, et le lien profond et durable qui les unit à cette terre de haute montagne.

La mémoire visuelle des nuages et de la brume

Le nom même du canton de Wutai est empreint de poésie et d’images — « Wu » (brume) et « Tai » (terrasse), comme s’il racontait ce paysage climatique unique où cette terre de haute montagne est souvent doucement enveloppée de nuages et de brume. Le jour de ma visite, le temps était relativement dégagé, mais à mesure que l’altitude montait, je pouvais encore sentir une humidité diffuse dans l’air, et de fines brumes passaient parfois sur les sommets lointains, ajoutant une beauté vaporeuse et mystérieuse à l’ensemble des montagnes.

J’essayais d’imaginer à quoi ressemblerait ce paysage, onirique et irréel, si je le visitais pendant une saison ou à un moment où les nuages sont plus denses. Peut-être que tout le village de Wutai serait enveloppé dans une brume blanche et diffuse, ne laissant apparaître que les toits et quelques contours de bâtiments, comme un rouleau de peinture à l’encre de style libre. Cette imagination et cette attente de la beauté des nuages et de la brume sont, d’une certaine manière, devenues l’une des principales motivations de mes futurs projets de revisiter ce canton de haute montagne.

Le partage d’un jeune homme de la tribu

Lors d’une halte au village de Wutai, j’ai rencontré un jeune homme de la tribu qui s’occupait de sa cour. En me voyant arriver à vélo, essoufflé et couvert de sueur, il m’a adressé un sourire amical et a échangé quelques mots avec moi. Il m’a raconté que ces dernières années, grâce à la prise de conscience croissante autour du tourisme et de la préservation culturelle, de plus en plus de jeunes de la tribu choisissaient de rester au village, s’investissant dans l’artisanat traditionnel, l’agriculture ou le travail de guide-interprète, dans l’espoir de contribuer au développement durable de leur communauté.

En écoutant son partage, un sentiment de réconfort et d’émotion m’a envahi. Après avoir traversé les ravages du typhon Morakot et la dispersion liée à la relocalisation de la tribu, la jeune génération de cette terre choisit pourtant de rester, s’efforçant à sa manière de perpétuer et de protéger ces racines culturelles profondes et cet attachement à la terre. Cette persévérance et cette transmission à travers les générations comptent parmi les forces les plus émouvantes et les plus admirables que j’ai ressenties au cours de ce voyage.

La contemplation devant la maison en dalles de pierre

En cours de route, j’ai fait exprès de m’arrêter pour observer attentivement une maison traditionnelle en dalles de pierre relativement bien conservée. Les murs faits d’épaisses dalles empilées, malgré les outrages du temps, se dressaient toujours solidement. Sous l’avant-toit, quelques décorations semblant être des créations artisanales traditionnelles se balançaient doucement au vent. Je ne me suis pas approché pour prendre des photos, je suis simplement resté immobile à distance, pour ressentir avec les yeux et le cœur le caractère unique et la profondeur historique que dégageait ce bâtiment.

Cette sagesse architecturale qui consiste à utiliser les matériaux locaux et à s’adapter à l’environnement naturel, à une époque où les matériaux et techniques de construction modernes dominent, paraît d’autant plus précieuse et digne d’être protégée. Je pense que c’est là ce qu’il y a de plus touchant dans la culture traditionnelle : elle n’est pas un spécimen figé exposé dans un musée, mais elle existe encore vivante dans la vie quotidienne de la tribu, continuellement utilisée, entretenue et transmise par ses membres, démontrant une vitalité et une résilience qui traversent les époques.

Les fruits et légumes d’altitude et la résilience de l’économie tribale

Dans le canton de Wutai, outre les cultures traditionnelles comme le millet et le taro, la culture de fruits et légumes d’altitude et de plantes économiques s’est développée ces dernières années, insufflant une nouvelle vitalité et de nouvelles possibilités à l’économie tribale. Cet effort qui consiste à perpétuer la sagesse agricole traditionnelle tout en recherchant activement une adaptation et une transformation vers des modèles économiques modernes, témoigne de la flexibilité et de la résilience dont font preuve cette terre et ses habitants face aux mutations de l’époque.

Je n’ai pas eu l’occasion d’approfondir les détails et les défis spécifiques de cette transformation agricole moderne, mais à travers les paysages agricoles aperçus en chemin, j’ai pu ressentir que cette terre, autrefois durement frappée par une catastrophe naturelle, retrouvait à sa manière, pas à pas, son autonomie économique et sa voie vers un développement durable, traçant son propre avenir.

Un rappel pour mon futur moi

En écrivant cet article, je me suis aussi adressé, intérieurement, un rappel pour mon futur moi : ne pas réduire, par manque de temps ou d’énergie, la visite du canton de Wutai à un simple défi cycliste « de passage ». Le poids historique et culturel que porte cette terre dépasse de loin ce qu’une seule sortie à vélo peut permettre d’appréhender pleinement. Elle mérite que j’y retourne à plusieurs reprises, que j’y reste plus longtemps, pour approfondir progressivement ma compréhension et mon lien affectif avec cette terre.

Si l’occasion se présente à nouveau de revenir dans le canton de Wutai, je pense que je prévoirai plus de temps, peut-être même un séjour avec nuitée, pour m’immerger dans la tribu, échanger avec davantage d’habitants, et écouter plus d’histoires réelles et d’expériences de vie liées à cette terre et à ce peuple.

Le murmure et l’écho de la rivière Ailiao Nord

Sur le petit tronçon avant de franchir le pont de Gu Chuan, je me suis arrêté exprès pour m’approcher de la rive de la rivière Ailiao Nord et écouter le bruit de l’eau frappant les galets et dévalant le cours. Ce son d’eau, entre le tumultueux et le limpide, ressemble en quelque sorte au battement de cœur et à la respiration de cette terre elle-même — tantôt impétueux, tantôt paisible, mais toujours coulant sans fin, nourrissant les tribus, les champs et la riche biodiversité le long de ses rives.

J’ai essayé d’imaginer combien de générations cette rivière a vu vivre, et comment elle a aussi été témoin du typhon Morakot en 2009 qui a bouleversé le destin de tout le canton de Wutai. La force destructrice démontrée par la crue soudaine de la rivière contraste fortement et profondément avec l’aspect relativement calme et limpide que je voyais devant moi. Cette double nature de la force naturelle, à la fois douce et violente, est en quelque sorte le reflet le plus authentique et le plus brut de cette terre de haute montagne.

Les syllabes de la langue tribale emportées par le vent

Au cours de la montée, j’ai parfois entendu au loin des membres de la tribu converser en langue rukai. Ces syllabes mélodieuses, au rythme si particulier, bien que je n’en comprenne absolument pas le sens précis, m’ont profondément captivé par leur beauté linguistique unique. La langue est souvent le vecteur le plus direct et le plus précieux de la mémoire culturelle et de la vision du monde d’un peuple. Bien que je ne sois qu’un passant ne comprenant pas la langue tribale, j’ai pu ressentir, à travers la cadence et l’expression émotionnelle de cette langue, le lien affectif profond et sincère que ce peuple entretient avec sa culture et sa terre.

Je forme intérieurement le vœu que ce précieux patrimoine linguistique puisse, grâce aux efforts de l’éducation tribale et de la transmission intergénérationnelle, continuer à être préservé et perpétué, et ne disparaisse pas progressivement dans le courant de l’histoire, emporté par la vague violente de la modernisation.

Une photo jamais prise

Au cours de la montée, je suis passé devant un point de vue à la vue extrêmement dégagée. Les montagnes en couches successives, baignées par le soleil de l’après-midi, offraient un paysage d’une beauté à couper le souffle. J’ai instinctivement voulu sortir mon téléphone pour immortaliser cet instant, mais juste avant d’appuyer sur le déclencheur, je me suis arrêté net — j’ai réalisé que certains paysages n’ont peut-être pas besoin d’être capturés par l’objectif d’un appareil photo, mais devraient simplement être ressentis et gardés en mémoire avec ses propres yeux et son propre cœur.

Ainsi, cette photo n’a finalement jamais été prise, mais elle s’est profondément gravée dans ma mémoire, devenant au cours de ce voyage un souvenir intime qui n’appartient qu’à moi, impossible à reproduire ou à partager, mais d’une valeur inestimable, qui refait parfois surface dans mon esprit lors des journées ordinaires qui suivent.

Épilogue : poursuivre la route avec respect

En quittant le canton de Wutai et en entamant le chemin du retour, le cœur plein d’émotions et de réflexions, j’ai continué à pédaler vers la prochaine étape de mon voyage. Cette route de Wutai, sur la montagne Shenshan, avec son dénivelé de difficulté moyenne et le poids historique et culturel profond qu’elle porte, m’a appris que chaque défi cycliste ne devrait pas être un simple test d’endurance physique, mais devrait être, à chaque fois, une précieuse occasion d’apprendre à connaître, avec humilité et respect, chaque terre et chaque peuple de cette île qui méritent d’être pris au sérieux.

Un intermède sur l’arc-en-ciel après la pluie

Alors que la montée touchait à sa fin, une averse d’après-midi, brève et soudaine, s’est abattue. Je me suis rapidement abrité sous un auvent au bord de la route, attendant que la pluie se calme. Une fois la pluie cessée, levant les yeux, un arc-en-ciel pâle s’étendait silencieusement entre les montagnes en couches du canton de Wutai. Ce spectacle inattendu et magnifique m’a fait m’arrêter dans tout ce que je faisais, pour contempler tranquillement ce phénomène naturel éphémère, d’une beauté indicible.

Je me suis souvenu que dans les récits culturels de nombreux peuples autochtones, l’arc-en-ciel porte souvent une signification symbolique particulière et profonde — peut-être un pont sacré reliant les esprits des ancêtres au monde des vivants, ou un présage de bonne fortune et d’espoir. Bien que je ne sois pas certain que la culture traditionnelle rukai ait une interprétation similaire de l’arc-en-ciel, cette image de l’arc-en-ciel après la pluie enjambant les montagnes a indéniablement apporté une conclusion particulièrement poétique et chaleureuse à ce voyage empli d’émotions et de réflexions.

Le dialogue silencieux avec mon compagnon de route

Pour ce voyage, j’étais accompagné d’un ami tout aussi passionné de cyclisme en montagne. À notre arrivée au village de Wutai, nous ne nous sommes pas empressés de discuter et de partager nos ressentis. Chacun a plutôt trouvé un coin, s’est assis en silence, contemplant les montagnes et les nuages devant nous, plongé dans ses propres pensées.

Cette cohabitation silencieuse, sans besoin de combler le vide par des paroles, est en quelque sorte une complicité particulièrement précieuse et rare dans les voyages profonds. Nous comprenions tous les deux que le poids historique et la profondeur culturelle que porte cette terre ne peuvent être entièrement digérés et exprimés en quelques mots. Autant laisser à chacun l’espace et le temps nécessaires pour décanter et ressentir à sa manière les chocs et les prises de conscience profonds que ce voyage a suscités.

En fin de compte : un travail continu

En repensant à ce voyage à vélo vers Wutai sur la montagne Shenshan, j’ai profondément réalisé que connaître une terre et la culture profonde d’un peuple n’est jamais une tâche que l’on accomplit en une seule fois, mais un travail de longue haleine qui demande du temps, des efforts, un investissement et une accumulation continus, sans jamais pouvoir être précipité. Cet article n’est qu’un petit fragment et un témoignage sommaire de mon parcours de compréhension du canton de Wutai et de la riche culture rukai. À l’avenir, je continuerai à apprendre, à explorer, et avec cette humilité et ce respect, à découvrir sur cette île encore d’autres terres et d’autres histoires qui méritent d’être vues et comprises. Je souhaite que chaque lecteur de cet article puisse, avec la même humilité, emprunter cette route lui-même et ressentir à sa manière la grandeur et la douceur uniques de cette terre de haute montagne qu’est le canton de Wutai.

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