
Point de départ : Lixing, un nom facilement oublié
Si vous mentionnez « Mont Hehuan » dans le milieu du cyclisme, la plupart des gens imaginent la photo de groupe devant l’arche du col de Wuling, ou la route classique qui serpente depuis Cingjing et Puli. Mais le nom « Lixing » est étranger pour beaucoup de cyclistes. Ce n’est pas un nom que l’on voit sur les affiches touristiques ; il appartient à un autre itinéraire, moins discuté, mais qui mène tout aussi bien vers le même ciel de haute montagne.
Lixing, ce nom évoque en lui-même la simplicité propre aux villages de montagne. Il fait partie du réseau de routes industrielles du système de la route transcentrale, reliant les tribus isolées aux zones agricoles de haute altitude. Les zones traversées sont principalement des territoires traditionnels du peuple Atayal, notamment Cuiluan et Ruiyan. Ces noms de tribus portent une histoire bien plus ancienne que la route elle-même — bien avant que le bitume moderne ne soit posé, ces forêts étaient déjà la maison où les Atayal vivaient, migraient, cultivaient et chassaient depuis des générations.
Quant à l’itinéraire « Les 14 derniers kilomètres du côté de Lixing vers le Mont Hehuan », comme son nom l’indique, il s’agit du dernier tronçon qui approche le système routier du Mont Hehuan depuis la direction de Lixing — 14,29 kilomètres, 940,2 mètres de dénivelé positif, emmenant le cycliste des zones agricoles tribales de moyenne altitude jusqu’à l’endroit du réseau routier taïwanais le plus proche du ciel. Cette façon de nommer l’itinéraire révèle un romantisme propre à la culture du cyclisme sur route taïwanais : il ne se définit pas par la notoriété de son point d’arrivée, mais par cette expression ritualisée de « derniers kilomètres », suggérant qu’il s’agit d’un défi méritant d’être discuté à part entière, d’être pris au sérieux.
J’ai entendu parler de cet itinéraire pour la première fois lors d’une conversation entre amis cyclistes. Quelqu’un a dit que tout le monde avait gravi Wuling, mais que rares étaient ceux qui avaient vraiment roulé sérieusement le dernier tronçon du côté de Lixing. Cette phrase a planté une graine dans mon esprit — comparé aux itinéraires populaires bondés, ce défi de haute montagne, relativement méconnu mais tout aussi exigeant, semblait plus proche de l’esprit originel du cyclisme sur route : non pas pour le check-in, mais pour dialoguer avec soi-même et avec la montagne.
Le système de la route transcentrale et le contexte géographique de Taroko
Pour comprendre l’importance de la route de Lixing, il faut élargir la perspective et examiner le contexte géographique et historique dans lequel elle s’inscrit. Le système de la route transcentrale de Taïwan est un chapitre emblématique de l’histoire du génie routier taïwanais. Ce réseau franchit la chaîne centrale, reliant les côtés est et ouest de Taïwan, incluant la ligne principale bien connue de la route transcentrale, ainsi que plusieurs branches et routes de liaison menant à la région du Mont Hehuan. La route industrielle de Lixing en fait partie, jouant un rôle crucial dans la connexion entre les tribus isolées et le réseau routier de haute montagne.
Cette région entière, administrativement, s’étend à cheval sur la frontière entre le canton de Xiulin du comté de Hualien et le canton de Ren’ai du comté de Nantou, et se trouve en grande partie dans les limites du parc national de Taroko. Le parc national de Taroko est mondialement connu pour ses gorges spectaculaires et son riche écosystème de haute montagne, depuis les forêts de feuillus de basse altitude, en passant par la zone de conifères, jusqu’aux paysages de toundra alpine au-delà de 3 000 mètres — cette variation écologique verticale est l’une des caractéristiques les plus fascinantes et les plus exigeantes du relief de haute montagne taïwanais.
Pédaler dans un tel paysage, c’est en quelque sorte vivre, avec ses jambes et ses pédales, un manuel de géographie condensé. Depuis les pentes encore marquées par les traces de l’agriculture le long de la route industrielle, on s’élève progressivement vers des forêts primaires, puis plus haut, la végétation devient plus basse et plus clairsemée, l’air se raréfie — cette transition progressive de l’environnement ne peut pas être ressentie en passant en voiture ; ce n’est qu’avec le mode de déplacement le plus primitif, en grimpant kilomètre après kilomètre, que l’on peut véritablement apprécier cette frontière invisible mais bien réelle entre l’altitude et l’écologie.
Le nom de Xiulin, lui aussi, marque les liens profonds de cette terre avec le peuple Taroko (et plus largement la famille Atayal). En parcourant cet itinéraire, si l’on peut apporter un peu plus de connaissance et de respect pour l’histoire et la culture locales, le sens de ce voyage ne se limite plus à un défi physique personnel, mais devient une compréhension concrète de la diversité de cette terre taïwanaise — la montagne n’est jamais seulement un paysage ; c’est aussi un vecteur culturel vivant.
Paysages et écologie en chemin : un festin visuel en ascension verticale
Ce qui rend cet itinéraire le plus émouvant, c’est peut-être sa « verticalité ». 14,29 kilomètres, ce n’est pas long, mais 940,2 mètres de dénivelé signifient que le cycliste traverse, sur une distance horizontale relativement courte, une variation d’altitude extrêmement marquée, et cette variation se reflète directement dans les paysages et la végétation le long du parcours.
Dans la partie inférieure de l’itinéraire, si l’on aperçoit encore les caractéristiques des zones agricoles tribales environnantes, on peut voir des cultures de produits agricoles de haute altitude, des habitations villageoises construites à flanc de montagne, et parfois des vues sur les vallées fluviales qui émergent entre les sentiers sinueux. C’est un paysage de montagne empreint de chaleur humaine — non pas un désert pur, mais un paysage façonné par la cohabitation à long terme entre l’homme et la nature.
À mesure que l’altitude augmente, la végétation montre une transition nette, passant des forêts de feuillus aux forêts de conifères, et l’odeur de l’air change subtilement — ce mélange unique d’humidité du sol, d’aiguilles de pin et d’air froid d’altitude est, après le visuel, le souvenir sensoriel le plus souvent évoqué par les cyclistes expérimentés décrivant leurs expériences en haute montagne.
La mer de nuages est l’un des paysages les plus souvent évoqués sur ces itinéraires de haute altitude. Dans des conditions météorologiques et horaires favorables (le spectacle réel dépend du climat du jour, aucune garantie de le rencontrer à chaque sortie), lorsque le cycliste atteint une certaine altitude et se retourne vers le chemin parcouru, il a l’occasion de voir les nuages déferler et s’étendre dans les vallées, formant une mer blanche majestueuse, tandis qu’il se tient au-dessus de la mer de nuages, chaque tour de pédale semblant le rapprocher un peu plus du ciel. Ce caractère imprévisible de ce spectacle fait en partie le charme du cyclisme en haute montagne — il récompense non seulement l’effort physique, mais aussi une part de chance et de patience face aux caprices du temps.
Quant à l’aspect écologique, le parc national de Taroko et ses zones de haute montagne environnantes comptent parmi les régions les plus riches en biodiversité endémique de Taïwan. Pendant la montée, avec un peu de chance, on peut apercevoir au loin des macaques de Taïwan s’activant dans la forêt ; ce sont des primates relativement courants dans les forêts de moyenne et haute altitude de Taïwan. Dans les prairies de bambous nains ou les forêts de conifères plus en altitude, les oiseaux de montagne endémiques de Taïwan — notamment diverses espèces de faisans et de timalidés — y vivent également. Bien que l’observation effective relève du hasard, ces instants où, entre deux respirations haletantes, on aperçoit soudain un signe de vie dans la forêt, deviennent souvent des souvenirs étonnamment marquants de la sortie.
Il faut être honnête : la présentation de ces paysages et de cette faune dépend fortement des conditions météorologiques, de la saison et de la chance du moment. Personne ne peut garantir qu’à chaque tentative de cet itinéraire, on verra la mer de nuages déferler ou des animaux sauvages apparaître. Mais c’est précisément cette incertitude qui rend chaque sortie unique — on ne sait jamais, en tournant au prochain virage, quelle réponse la montagne nous réservera.
Récit de cyclisme : un dialogue entre un homme et une montagne
L’air du matin était encore frais lorsque j’ai bien verrouillé mon bidon, vérifié une nouvelle fois le braquet et les freins, puis pris une profonde inspiration avant d’engager les premiers coups de pédale en direction du côté de Lixing. Pendant les quatre premiers kilomètres, le corps restait relativement à l’aise, et je me suis même surpris à penser : « Cette route n’a finalement pas l’air si redoutable » — une illusion qui, comme je l’ai compris plus tard, n’était que la politesse courtoise de la montagne envers un visiteur de première rencontre.
Après environ un tiers du parcours, la pente a commencé à révéler son vrai caractère. Ma respiration, d’abord régulière, s’est progressivement accélérée — non pas parce que la pente devenait soudainement plus raide, mais à cause d’un changement plus subtil, plus difficile à décrire : c’était le signal de l’altitude qui commençait à s’adresser au corps. Chaque inspiration semblait demander un effort supplémentaire pour obtenir la même quantité d’oxygène. Cette sensation est difficile à décrire avec précision ; disons simplement que le corps prend conscience plus tôt que le cerveau qu’il est en train d’entrer dans une altitude différente.
À un lacet situé au milieu du parcours, je me suis arrêté pour boire une gorgée d’eau et j’ai regardé en arrière, vers la direction d’où je venais. Le spectacle qui s’offrait à moi m’a fait instantanément oublier la douleur dans mes jambes — les crêtes qui s’empilaient dans la vallée, sous la lumière d’avant midi, révélaient des dégradés de bleus et de verts de différentes profondeurs. Au loin, une brume légère semblait se rassembler lentement, comme si la montagne préparait quelque chose. À cet instant, j’ai soudain compris pourquoi certaines personnes revenaient encore et encore pour se défier sur de telles routes — non pas pour se comparer aux autres, mais pour ces moments de dialogue avec le ciel et la terre que seul un corps présent sur place peut ressentir.
Les trois derniers kilomètres furent la partie la plus honnête de toute la sortie. Les forces étaient presque épuisées, mais la pente ne montrait aucun signe de relâchement ; chaque tour de pédale exigeait une intervention plus nette de la volonté pour maintenir un pédalage régulier. C’est à ce moment-là que des pensées diverses surgissent involontairement dans l’esprit — « Encore combien de temps ? », « Et si je descendais et poussais le vélo un moment ? », « Pourquoi ai-je choisi de relever ce défi ? ». Mais c’est aussi dans cet état d’épuisement physique et mental qu’une forme de concentration plus pure émerge : le monde se réduit à ce petit tronçon de bitume devant soi, au son de sa propre respiration, et à la sensation tangible de chaque coup de pédale.
Au moment d’atteindre le sommet, il n’y a pas de grande célébration, seulement un sentiment indescriptible de calme et de satisfaction. En regardant la route parcourue, puis les chiffres affichés sur le compteur — 14,29 kilomètres, plus de 940 mètres de dénivelé positif — je me suis soudain rendu compte que ces chiffres représentaient bien plus que leur simple valeur. C’était un record personnel sur la persévérance, sur le dialogue avec soi-même, sur le choix de continuer à avancer même aux limites de ses capacités.
La signification de cette route pour les cyclistes : un rituel de réalisation de rêve
Dans la communauté du cyclisme sur route à Taïwan, la route de Hehuanshan et ses itinéraires de haute altitude environnants sont depuis longtemps considérés par de nombreux cyclistes comme un défi de niveau « réalisation de rêve ». Cette expression peut sembler exagérée, mais si vous vous êtes entraîné dur en basse altitude pendant des mois et que vous vous retrouvez enfin au départ d’une telle route par un matin clair, vous comprendrez le poids de ce mot.
Pour de nombreux cyclistes amateurs, l’entraînement quotidien se limite généralement aux routes ordinaires ou aux collines proches de chez eux, et les pentes et distances qu’ils peuvent affronter restent finalement limitées. Les itinéraires du système de Hehuanshan, en particulier des sections comme les 14 derniers kilomètres du côté de Lixing qui combinent distance, dénivelé et particularités de haute altitude, représentent en quelque sorte un « examen de fin d’études » — il ne teste pas seulement la force des jambes, mais aussi la capacité du système respiratoire à s’adapter à un environnement pauvre en oxygène, la stabilité du mental dans des conditions extrêmes, ainsi que le degré de préparation en amont.
De nombreux cyclistes considèrent l’accomplissement de ce type d’itinéraire comme une étape importante de leur carrière cycliste, allant même jusqu’à planifier spécialement du temps, inviter des compagnons de route, et en faire un défi collectif empreint de rituel. Ce phénomène reflète en réalité une valeur à la fois simple et profonde de la culture cycliste taïwanaise : plutôt que de courir après la vitesse et le classement, ce qui importe à la plupart des cyclistes, c’est de savoir « si j’ai déjà affronté une montagne de manière authentique et honnête ».
Le côté de Lixing, une section relativement moins mentionnée, offre en quelque sorte une autre option — pour les cyclistes qui ont déjà parcouru l’itinéraire classique de Wuling et qui aspirent à découvrir une perspective et un tracé différents, c’est une route alternative capable d’apporter de la nouveauté tout en ayant un poids suffisant. Elle n’a pas besoin de rivaliser en notoriété avec les itinéraires populaires, car ses propres données — 14,29 kilomètres, 940,2 mètres de dénivelé positif, 6,6 % de pente moyenne, classement Strava Catégorie 5 — suffisent à prouver sa valeur.
Paysages saisonniers : feuilles d’automne, mer de nuages et neige possible
Les changements saisonniers en haute montagne sont souvent plus marqués et plus spectaculaires qu’en plaine, ce qui fait que les itinéraires autour de Hehuanshan présentent des visages radicalement différents selon les saisons. Il faut d’abord préciser que les paysages saisonniers décrits ci-dessous dépendent fortement des conditions climatiques de l’année ; la possibilité réelle de les observer doit être vérifiée en fonction des conditions actuelles sur place et des informations officielles publiées, et ne doit pas être considérée comme une garantie.
Les feuilles rouges d’automne sont l’un des paysages les plus connus de certaines régions de haute altitude à Taïwan à des périodes spécifiques. Lorsque les températures se rafraîchissent progressivement, les feuilles de certaines espèces d’arbres à feuilles caduques virent au rouge et au jaune, ajoutant une touche de couleur éclatante à une forêt de montagne dont le vert était la teinte dominante. Si vous affrontez cet itinéraire à la bonne période, par une journée ensoleillée, vous aurez peut-être l’occasion de capturer ce paysage exclusif de la saison, mais le moment précis du changement de couleur et son intensité varient chaque année en fonction des conditions climatiques.
La mer de nuages, comme mentionné précédemment, est un spectacle relativement courant sur ces itinéraires de haute altitude, mais reste tout de même une rencontre qui ne se commande pas. Dans des conditions spécifiques de pression atmosphérique et d’humidité, des nuages peuvent s’accumuler et déferler dans les vallées, créant des tableaux spectaculaires. Pour les cyclistes qui partent tôt le matin ou avant midi, la probabilité de voir ce paysage est relativement plus élevée, mais cela dépend toujours des conditions météorologiques réelles du jour.
Le paysage enneigé hivernal est un spectacle particulier qui peut apparaître dans cette région de haute altitude lorsque les conditions sont réunies. Les régions montagneuses de Taïwan ont effectivement des records de chutes de neige en hiver, mais le moment, l’étendue et l’épaisseur de la neige varient considérablement chaque année. De plus, lorsque la route est enneigée ou verglacée, le risque pour la pratique du vélo de route classique est très élevé. Il est impératif de se référer aux annonces officielles concernant l’état d’ouverture de la route, et il n’est pas recommandé de tenter cet itinéraire pendant les périodes de verglas ou d’enneigement.
Quel que soit le paysage saisonnier, le message qu’ils transmettent tous est en réalité cohérent : cet environnement de haute montagne conserve toujours son propre rythme et son propre caractère, et ne changera pas pour satisfaire les attentes des voyageurs. Et cette imprévisibilité est, dans une certaine mesure, l’un des aspects les plus fascinants du cyclisme en haute altitude — on ne peut jamais tout maîtriser, mais c’est précisément pour cela que chaque rencontre est d’autant plus précieuse.
Suggestions d’itinéraire complémentaire et rappels avant le départ
Si vous prévoyez de relever le défi des 14 derniers kilomètres du côté de Lixing à Hehuanshan, en plus de la préparation physique et de l’équipement, vous pourriez également envisager de planifier l’ensemble du voyage comme une expérience approfondie combinant le défi cycliste et l’exploration de la culture locale.
Vérification des informations avant le départ : Étant donné que cet itinéraire traverse des zones montagneuses, il est recommandé de consulter impérativement les dernières annonces sur l’état des routes publiées par l’administration du parc national de Taroko ou les organismes concernés, afin de confirmer si la route est ouverte à la circulation et s’il y a des restrictions ou des travaux en cours. L’état des routes de montagne évolue rapidement ; ne vous fiez pas à des informations obsolètes.
Respect et exploration de la culture des communautés locales : Si votre emploi du temps le permet, il est conseillé de ralentir le rythme et de faire une halte dans les villages traversés, afin de découvrir, avec respect et bienveillance, le mode de vie et le contexte culturel du peuple Atayal qui vit sur ces terres. Cela enrichit non seulement le sens de tout le voyage, mais constitue aussi un respect fondamental envers les habitants locaux — les cyclistes ne sont que des visiteurs de passage sur ces terres, tandis que les membres des communautés y vivent de génération en génération.
Accompagnement et sécurité de secours : Compte tenu de l’altitude de l’itinéraire et du risque potentiel de mal aigu des montagnes, il est fortement recommandé de ne pas tenter cet itinéraire seul, en particulier pour les cyclistes qui s’y essaient pour la première fois. Avoir un compagnon permet non seulement de se soutenir physiquement et mentalement, mais aussi de fournir l’assistance et le jugement les plus rapides en cas d’urgence.
Conseils pour la photographie et l’enregistrement : Les paysages le long de cet itinéraire sont d’une grande richesse. Si le temps et l’énergie le permettent, n’hésitez pas à faire une halte sur les accotements sûrs ou aux points de vue en cours de route pour photographier ou filmer les changements de paysage — des terres agricoles des communautés aux forêts de haute altitude, cette transition visuelle progressive est un atout tout à fait unique de cet itinéraire, qui mérite d’être immortalisé plutôt que simplement traversé à toute vitesse.
Repos et ravitaillement après la descente : Après avoir accompli un défi de haute altitude aussi intense, le corps est généralement dans un état de fatigue considérable. Il est recommandé de prévoir un temps de repos suffisant et un apport nutritionnel approprié après le retour ou la descente, afin de permettre au corps de récupérer progressivement de la charge physiologique de la haute altitude. Évitez absolument de conduire sur une longue distance immédiatement après, dans un état de fatigue extrême.
Lumière et ombre en montagne : le théâtre météorologique d’une journée
Quiconque a déjà roulé sur des routes de haute altitude partage une même conviction : en ces lieux, la météo n’est jamais un simple décor figé, mais plutôt un théâtre en perpétuelle évolution, dont vous êtes, vous-même, le personnage central.
Au départ, à l’aube, le ciel peut encore arborer une clarté presque translucide, le soleil glissant obliquement à travers les cimes, parsemant le bitume de taches de lumière délicates. L’air de cette tranche horaire est généralement le plus stable, la visibilité la meilleure — c’est l’une des raisons pour lesquelles de nombreux cyclistes chevronnés préfèrent s’élancer tôt : non seulement pour éviter les changements météorologiques susceptibles de survenir plus tard, mais aussi parce que cette atmosphère de forêt silencieuse, où ne résonnent que son propre souffle et le cliquetis des pédales, constitue en soi un plaisir rare.
Au fil des heures, surtout en fin de matinée ou dans l’après-midi, les systèmes convectifs s’activent en montagne. Le ciel initialement limpide peut, en l’espace d’une à deux heures à peine, se voir supplanté par des nuages qui s’amoncellent progressivement. La vitesse de cette transformation dépasse souvent les attentes de ceux habitués à la météo de plaine — vous venez à peine de vous réjouir du temps clair que, déjà, les sommets s’enveloppent d’une brume légère, la visibilité chute soudainement et la température baisse nettement.
Cette bascule météorologique spectaculaire participe, d’une certaine manière, de ce qui rend l’expérience du cyclisme en haute altitude à la fois si impressionnante et si humble. Elle rappelle à chaque cycliste qu’il n’est, en définitive, qu’un passager infime au sein de ces vastes étendues montagneuses ; la montagne ne modifie pas son rythme pour s’adapter à votre itinéraire. C’est précisément pour cela que ceux qui, par ciel dégagé et visibilité étendue, ont la chance d’assister à la mer de nuages en furie et à la chaîne ininterrompue des sommets, chérissent particulièrement cette fortune — car ils savent qu’à leur prochaine visite, ils ne retrouveront pas nécessairement le même spectacle.
Les cyclistes expérimentés apprennent généralement à coexister paisiblement avec cette incertitude, plutôt qu’à la combattre. Faire ses devoirs avant le départ, surveiller constamment l’évolution du ciel, rebrousser chemin sans hésiter si nécessaire — ces décisions en apparence prudentes sont en réalité la marque du respect le plus élémentaire envers ces montagnes. Après tout, la montagne sera toujours là, mais les occasions n’attendent pas éternellement ceux qui ne sont pas préparés.
Rouler avec des compagnons : partager, plus significatif que d’accomplir seul
Bien que cet itinéraire puisse se tenter en solitaire, si l’occasion se présente, je recommande vivement de partir accompagné de compagnons de route que vous connaissez bien. Le cyclisme en haute altitude comporte intrinsèquement une part de risque ; la présence de partenaires n’est pas seulement une garantie de sécurité, elle constitue aussi un élément affectif indispensable de ce voyage.
Je me souviens d’avoir relevé un défi similaire sur une route de haute altitude avec quelques coéquipiers. Avant le départ, nous nous inspections mutuellement l’équipement au point de départ, vérifiant que bidons et ravitaillements étaient complets ; cette atmosphère, à la fois teintée de tension et d’anticipation, était en soi un souvenir collectif précieux. Pendant l’effort, bien que les rythmes et les niveaux de forme physique diffèrent d’un chacun, les écarts se creusant progressivement dans les pentes, il arrivait qu’à un virage l’on se retourne pour s’assurer que l’autre était toujours dans le champ de vision, ou que sur un accotement, lors d’une brève pause, l’on se tende une gorgée d’eau en lançant un « courage, on y est presque ». Ces micro-interactions restent souvent plus durablement gravées dans la mémoire que le sentiment d’accomplissement ressenti à l’arrivée.
Une fois au sommet, casques retirés, ruisselants de sueur mais le sourire aux lèvres, on se tape dans les mains, on prend des photos souvenirs, on partage impressions et anecdotes du parcours — qui a failli avoir une crampe à tel endroit, qui a été si saisi par la mer de nuages qu’il en a oublié de pédaler, qui a tenu bon sur les trois derniers kilomètres à la seule force de la volonté. Ces récits deviendront, dans les jours à venir, des sujets de conversation récurrents lors des retrouvailles de l’équipe, conférant à cet itinéraire, par ailleurs discret et peu évoqué, sa propre chaleur et sa propre signification entre amis.
C’est aussi pourquoi, même si cet itinéraire n’a pas la notoriété des tronçons classiques de Wuling, il mérite d’être documenté, partagé et découvert par davantage de cyclistes — car chaque route parcourue avec sérieux mérite d’avoir sa propre histoire.
Conclusion : un souvenir de haute altitude qui mérite d’être savouré à nouveau
Les 14 derniers kilomètres de la route de Lixing, côté Hehuanshan, ne se résument finalement pas à une simple série de chiffres sur Strava — 14,29 kilomètres, 940,2 mètres de dénivelé positif, 6,6 % de pente moyenne, catégorie 5. C’est un voyage complet, condensant les transformations géographiques, l’histoire humaine, la diversité écologique et l’épreuve de la volonté individuelle.
Pour les cyclistes qui ont personnellement foulé cet itinéraire, ce que ces chiffres portent en leur sein, c’est l’appréhension du départ à l’aube, le doute de soi lorsque la respiration s’accélère à mi-parcours, l’émerveillement lorsque la mer de nuages surgit soudain dans la vallée, et cette sensation d’accomplissement indicible mais ô combien réelle à l’arrivée. Ces ressentis, aucun tableau de données ne saurait les transmettre intégralement.
Si vous aussi êtes prêt à relever le défi de cet itinéraire, souvenez-vous — la montagne sera toujours là ; elle ne raccourcira pas la distance ni n’adoucira les pentes parce que votre préparation du jour est insuffisante. Le véritable accomplissement d’un rêve n’a jamais consisté à se précipiter pour conquérir une montagne, mais à gravir, pas à pas, tour de pédale après tour de pédale, ce chemin dans sa propre mémoire, avec un respect suffisant, une préparation adéquate et un cœur prêt à se confronter honnêtement à ses propres limites. Puisse chaque cycliste qui s’engage sur cet itinéraire achever son propre chapitre de haute altitude, en sécurité et avec émotion.
Lectures connexes
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