Pédaler vers le lieu sacré Saisiyat : la distance entre la montée de Xiangtian Lake et la légende du Pas-ta'ai

Nanzhuang : la porte d’entrée où se rencontrent montagnes et ethnies
Pour atteindre Xiangtian Lake, il faut d’abord traverser Nanzhuang. Ce bourg de montagne situé au sud-est du comté de Miaoli, réputé depuis longtemps pour son charme de vieille rue et ses paysages forestiers, est une destination prisée des Taïwanais pour les escapades de week-end. Mais pour les voyageurs à vélo, l’importance de Nanzhuang réside surtout dans le fait qu’il s’agit d’un lieu de rencontre entre plusieurs ethnies — on y trouve à la fois les racines profondes des communautés hakka et les territoires traditionnels des peuples autochtones Saisiyat et Atayal. Ces multiples cultures tissent une trame humaine unique dans ce paysage de collines.
En partant du centre-ville de Nanzhuang et en pédalant le long des routes sinueuses en direction de Xiangtian Lake, on ressent clairement la transformation des formes d’habitat. Les abords du centre-ville conservent l’atmosphère commerciale typique des bourgs hakka de montagne, avec les bâtiments en bois de la vieille rue et les échoppes de snacks alignées. Mais à mesure que l’altitude augmente, le paysage le long de la route se mue en forêts denses ponctuées de villages tribaux épars. Cette double transition, à la fois paysagère et humaine, est ce qui rend la montée vers Xiangtian Lake si fascinante — ce n’est pas seulement un défi physique, c’est un voyage à travers les frontières culturelles des ethnies.
Le relief de Nanzhuang est principalement composé de collines et de vallées, traversé par des ruisseaux sinueux. Autrefois, en raison de l’abondance des ressources forestières et de l’isolement géographique en zone montagneuse, la région a conservé des territoires traditionnels et des modes de vie autochtones relativement intacts. La zone où se trouve Xiangtian Lake est précisément le cœur du territoire où les Saisiyat vivent depuis longtemps et célèbrent leurs rituels importants. C’est ce qui donne à la route de la montée vers Xiangtian Lake une profondeur culturelle bien plus grande que de simples données sportives.
Xiangtian Lake : le site sacré des Saisiyat
Xiangtian Lake est un lac de montagne renommé dans le canton de Nanzhuang, à Miaoli. Sa surface calme, entourée de montagnes, en fait déjà un site pittoresque. Mais si Xiangtian Lake occupe une place particulière dans l’histoire culturelle des peuples autochtones de Taïwan, c’est parce qu’il est l’un des lieux importants où se déroule le rituel le plus sacré des Saisiyat — le Pas-ta’ai (矮靈祭).
Les Saisiyat sont un peuple autochtone de Taïwan relativement peu nombreux, mais dont les traditions culturelles sont remarquablement bien préservées. Ils sont principalement répartis dans le canton de Wufeng, comté de Hsinchu, et le canton de Nanzhuang, comté de Miaoli. Le Pas-ta’ai est le rituel le plus représentatif et le plus connu des Saisiyat. Selon la tradition, il est lié à une légende ancienne entre les ancêtres Saisiyat et les peuples nains noirs (les ta’ai). D’après les récits transmis oralement de génération en génération, les peuples nains noirs vivaient autrefois en voisins des Saisiyat et leur enseignaient l’agriculture, le chant et la danse. Mais un conflit éclata plus tard, et les peuples nains noirs furent presque entièrement décimés. Pour apaiser les esprits des nains, prier pour la paix et des récoltes abondantes, les Saisiyat établirent ce rituel qui perdure encore aujourd’hui.
La tenue du Pas-ta’ai est profondément régulière et sacrée. Le déroulement du rituel comprend plusieurs phases — l’invitation des esprits, le divertissement des esprits, le renvoi des esprits, etc. Pendant le processus, les membres de la tribu chantent des chants rituels spécifiques et exécutent des pas de danse particuliers. L’atmosphère de l’ensemble du rituel est solennelle et recueillie, constituant le cœur de la cohésion identitaire et de la transmission culturelle des Saisiyat. Les abords de Xiangtian Lake sont précisément l’un des lieux importants où les tribus Saisiyat organisent leurs activités rituelles, et c’est pourquoi le site est considéré comme sacré pour les Saisiyat. Quant à la périodicité exacte du Pas-ta’ai, aux détails précis du rituel et aux règles d’ouverture au public, ces éléments relèvent du système de croyances profond des Saisiyat et de l’autonomie tribale. Il est recommandé à ceux qui souhaitent approfondir leurs connaissances ou participer sur place de se référer impérativement aux annonces officielles des tribus Saisiyat et des organismes culturels concernés, et d’aborder ce précieux patrimoine culturel immatériel avec respect et humilité.
En tant que cyclistes venus d’ailleurs, lorsque nous passons à vélo près de Xiangtian Lake, l’attitude la plus importante à adopter est le respect — ce n’est pas seulement un site touristique propice aux photos, c’est un lieu sacré où un peuple transmet depuis des générations sa foi et sa mémoire.
Paysages et points de repère le long du parcours
La montée vers Xiangtian Lake offre une grande variété de paysages. Le début du parcours traverse principalement les vergers et les habitations éparses de la périphérie de Nanzhuang. À mesure que l’altitude augmente, on pénètre dans des zones forestières plus profondes, la végétation passant des arbres fruitiers cultivés à des forêts secondaires naturelles, tandis que l’humidité de l’air et les senteurs boisées s’intensifient. Dans la section médiane, où les pentes alternent montées et descentes, la vue est relativement limitée en raison du relief — on y trouve surtout des virages entrecoupés d’ombrages. Le cycliste doit rester pleinement concentré pour gérer les changements de pente, mais parfois, au détour d’un virage, on peut entrevoir au loin les contours des montagnes en couches successives — une récompense visuelle rare sur ce tronçon.
En approchant de Xiangtian Lake, le terrain s’ouvre progressivement et le paysage alpin caractéristique des abords du lac commence à se dévoiler. Le lac lui-même est d’un calme parfait, encerclé de montagnes. Par temps clair, la surface reflète les couleurs des montagnes environnantes et du ciel, composant un tableau paisible et magnifique. C’est d’ailleurs l’une des origines du nom « Xiangtian Lake » (littéralement « lac qui reflète le ciel ») — la surface du lac semble refléter le ciel, dans une immensité silencieuse.
Autour de Xiangtian Lake, une passerelle circulaire permet, après avoir relevé le défi à vélo, de passer au rythme de la marche pour faire lentement le tour du lac et admirer l’écosystème et les paysages environnants. La zone du lac abrite également un musée des artefacts Saisiyat, présentant les costumes traditionnels, les ustensiles de vie et les objets liés à la culture rituelle des Saisiyat. C’est une fenêtre essentielle pour comprendre en profondeur l’histoire et le contexte culturel de ce peuple. Si le temps le permet, il est vivement recommandé de prévoir une visite, afin que cette sortie à vélo ne soit pas seulement un défi physique, mais aussi un véritable voyage d’apprentissage culturel.
Culture locale et mémoire culinaire
La culture culinaire de Nanzhuang et des environs de Xiangtian Lake fusionne deux traditions gastronomiques radicalement différentes mais tout aussi riches : hakka et autochtone. Côté saveurs hakka, on trouve tout au long du parcours des petites échoppes locales proposant des plats familiaux comme les tripes sautées au gingembre en filaments, le « petit sauté hakka » (客家小炒) ou les nouilles de riz ban tiao (粄條). En revanche, plus on s’approche de Xiangtian Lake et plus on pénètre dans le territoire traditionnel des Saisiyat, plus on a l’occasion de rencontrer des stands de cuisine autochtone ou des échoppes de produits de la montagne, proposant par exemple des plats de légumes sauvages ou de viande de sanglier préparés avec des ingrédients locaux.
Comme ces petites échoppes locales et ces restaurants de produits de la montagne sont pour la plupart des entreprises familiales de petite taille, leurs noms et horaires d’ouverture peuvent varier selon les saisons ou les arrangements personnels des propriétaires. Il est conseillé aux cyclistes de se fier à l’observation sur place ou aux renseignements des habitants locaux une fois arrivés, sans s’attacher à des établissements particuliers — c’est d’ailleurs la meilleure façon de goûter au rythme de vie décontracté et spontané de cette terre.
Les environs de Xiangtian Lake sont également l’une des zones de production des cultures traditionnelles et de l’artisanat des Saisiyat. Si l’occasion se présente, on peut rencontrer en chemin des stands vendant des produits agricoles de saison ou des objets tissés à la main — c’est le moyen le plus direct de vivre la vie locale et de soutenir concrètement l’économie des tribus.
Récit de cyclisme à la première personne : la première rencontre avec le lac
Ce jour-là, je suis parti du centre-ville de Nanzhuang. Le temps était dégagé, le soleil traversait les nuages pour se répandre sur la route sinueuse. La première section en pente douce a permis à mon corps de s’échauffer progressivement, accompagné par les vergers et les habitations éparses — mon moral était encore léger. Mais en entrant dans la deuxième section aux pentes irrégulières, j’ai réellement compris que la montée vers Xiangtian Lake était bien différente de ce que j’avais imaginé en voyant « pente moyenne de 7,1 %, ça devrait aller » — le rythme des pentes tantôt raides tantôt douces m’obligeait à ajuster constamment mon intensité de pédalage. Ce processus de changements continus épuise davantage la concentration qu’une simple pression soutenue.
En entrant dans la troisième section, le cœur de l’ascension principale, la pente s’est nettement redressée, ma respiration s’est accélérée, la sueur coulait le long de mes joues. J’ai essayé de me rappeler les informations que j’avais consultées avant de partir — le terminus de cette route est le site sacré des Saisiyat, l’un des lieux importants où se déroule le Pas-ta’ai. Cette pensée, au moment où j’appuyais fort sur les pédales, a soudain donné à cette montée un poids différent de celui d’un simple défi sportif. Je ne conquérais pas seulement une pente ; c’était plutôt avec un sentiment proche du pèlerinage que je m’approchais pas à pas d’un lieu chargé de la mémoire et de la foi d’un peuple.
Dans la dernière section de montée finale, la pente s’est de nouveau relevée, mais l’excitation intérieure montait en proportion. Lorsque la vue s’est enfin ouverte et que la surface de Xiangtian Lake est apparue devant mes yeux, toute la fatigue semblait s’être instantanément diluée. Le lac était d’un calme absolu, les reflets des montagnes environnantes se dessinaient nettement à la surface de l’eau. Cette atmosphère mêlant sérénité et solennité m’a fait ralentir ma respiration sans m’en rendre compte, et j’ai même ressenti une impulsion à m’incliner légèrement devant cette terre.
J’ai garé mon vélo au bord du lac et je suis resté debout quelques minutes en silence. Ce qui me venait à l’esprit n’était pas le chiffre de satisfaction d’avoir relevé le défi, mais un profond respect pour cette terre et la culture de ce peuple. Cette sortie m’a fait comprendre que le sens de certaines routes dépasse de loin ce que la pente et le kilométrage peuvent définir.
La signification de cette route pour les cyclistes
La montée vers Xiangtian Lake est pour moi une route qui m’a appris l’« humilité ». Contrairement à certains tronçons purement tournés vers la vitesse et les records, qui poussent à ne se concentrer que sur les performances chiffrées, cette route, parce que son terminus porte la profonde signification culturelle et spirituelle des Saisiyat, oblige chaque cycliste, au moment d’atteindre le sommet, à ralentir son rythme cardiaque et à repenser sa relation avec cette terre et ce peuple.
Pour les cyclistes habitués à considérer le vélo comme un simple entraînement physique, la montée vers Xiangtian Lake est un excellent rappel — chaque route de montagne de cette île qu’est Taïwan porte souvent un poids historique et culturel qui dépasse le simple sport. Lorsque nous traversons ces routes à vélo, nous nous rapprochons aussi, d’une autre manière, des cultures plurielles qui existent déjà sur cette terre, et nous apprenons à les respecter.
La vie tribale et la sagesse de la terre des Saisiyat
Bien que les Saisiyat soient l’un des groupes de population les plus réduits parmi les peuples autochtones de Taïwan, l’unicité et la complétude de leur culture sont hautement valorisées dans les milieux académiques et dans le domaine de la préservation culturelle. Vivant depuis longtemps dans les régions montagneuses de Nanzhuang et de Wufeng, les Saisiyat ont développé une sagesse de vie étroitement adaptée à l’environnement forestier et montagnard. De la reconnaissance traditionnelle des sentiers de chasse, au calendrier des cultures, jusqu’au lien étroit entre les rituels cérémoniels et les saisons naturelles, tout cela démontre la compréhension profonde et le respect que ce peuple porte à la terre.
En pédalant sur la montée vers Xiangtian Lake, si vous prêtez attention aux villages tribaux et aux formes de maisons traditionnelles qui apparaissent occasionnellement au bord du chemin, vous remarquerez que l’aménagement de l’espace d’habitation des Saisiyat se déploie naturellement en suivant la topographie des pentes, plutôt que de modifier de force le relief pour répondre aux besoins d’habitation. Cette philosophie de vie qui consiste à « s’adapter à la nature » plutôt qu’à « conquérir la nature » fait écho, dans une certaine mesure, à l’esprit fondamental du cyclisme en montée — on ne peut pas vaincre la pente par la force brute ; on ne peut que comprendre les schémas de variation de la pente pour trouver un rythme qui permet de coexister avec elle et de suivre son mouvement.
Ces dernières années, avec la prise de conscience accrue de la préservation culturelle, les villages Saisiyat ont progressivement développé un modèle de tourisme communautaire combinant artisanat traditionnel, produits agricoles et visites guidées écologiques, permettant aux visiteurs extérieurs d’avoir l’opportunité de découvrir le contenu culturel des Saisiyat de manière plus approfondie, plutôt qu’une simple visite touristique superficielle. En tant que voyageur traversant cette région à vélo, si le temps le permet, n’hésitez pas à ralentir le rythme et, à travers des visites guidées officielles du village ou des activités d’expérience culturelle, à vous rapprocher de cette terre avec humilité et profondeur, plutôt que de considérer Xiangtian Lake comme un simple point d’arrivée de défi cycliste à survoler rapidement.
La légende du lac et la mémoire tribale
Le lac Xiangtian lui-même occupe également une place importante dans les récits traditionnels et la mémoire tribale des Saisiyat. La topographie particulière du lac, entouré de montagnes, ainsi que sa caractéristique de ne jamais tarir, font de Xiangtian Lake un point d’ancrage majeur pour la vie et les activités de foi du peuple depuis des temps anciens. Quant à l’origine du nom de Xiangtian Lake et aux légendes tribales associées, les versions sont nombreuses et portent souvent une forte coloration de littérature orale — c’est d’ailleurs une grande particularité de la transmission culturelle des peuples autochtones de Taïwan : une grande partie des précieuses mémoires historiques n’est pas consignée dans des textes écrits, mais se perpétue de génération en génération par la transmission orale.
C’est précisément pour cette raison que les détails des versions concernant Xiangtian Lake et la légende du rituel des esprits courts (Pasi-ta’ai) peuvent présenter quelques différences entre les anciens des différents villages ou entre les différents documents écrits. C’est un phénomène tout à fait naturel dans les cultures orales, et cela nous rappelle qu’en abordant ce type de patrimoine culturel, nous devons adopter une attitude ouverte et respectueuse, sans utiliser une version unique comme norme absolue pour juger de la véracité d’autres récits. Si l’on souhaite comprendre plus en profondeur le contexte culturel complet et précis du rituel des esprits courts Pas-ta’ai, la meilleure façon reste de passer par les travailleurs culturels de la tribu Saisiyat elle-même, les récits oraux des anciens, ou les informations fournies par des institutions culturelles officiellement certifiées — c’est ainsi que l’on peut véritablement se rapprocher du droit d’interprétation que ce peuple détient sur sa propre culture.
Une réflexion cycliste sur le respect
Après avoir relevé le défi de la montée vers Xiangtian Lake, je suis resté assis longtemps au bord du lac, réfléchissant à la relation entre le cyclisme et la culture locale. La culture du cyclisme à Taïwan s’est considérablement développée ces dernières années ; d’innombrables cyclistes sont passionnés par la collecte de records Strava sur diverses routes de montée, relevant des défis sur les classements KOM/QOM. Mais dans cette quête de données et de classements, ne devrions-nous pas également consacrer plus d’efforts à comprendre l’histoire et le poids culturel que chaque itinéraire traverse, ce que la terre porte derrière elle ?
L’itinéraire de la montée vers Xiangtian Lake n’a pas pour point d’arrivée un simple repère créé à des fins touristiques, mais un lieu de foi ethnique vivant, qui perdure encore aujourd’hui. Lorsque nous arrivons ici à vélo, avec notre compteur GPS et notre capteur de puissance, à la poursuite de notre record personnel, nous devrions peut-être aussi nous rappeler de ralentir un peu le rythme et, avec une attitude plus humble, d’apprendre à connaître la culture Saisiyat qui existait déjà sur cette terre et dont l’histoire est bien plus ancienne que celle du cyclisme. Cette transformation de perception n’améliorera pas vos performances cyclistes, mais elle rendra le sens de ce voyage plus complet et plus profond.
De la vieille rue de Nanzhuang à Xiangtian Lake : une transition ethnique
Si vous choisissez de partir de la vieille rue de Nanzhuang et de pédaler jusqu’à Xiangtian Lake, ce parcours renferme en réalité un axe clair de transition ethnique et paysagère qui mérite d’être savouré. Autour de la vieille rue de Nanzhuang se trouve une agglomération commerciale typiquement mixte hakka et hokkian. Le style architectural des maisons de rue fusionne des vocabulaires architecturaux de différentes époques ; le bureau de poste, l’ancien cinéma, les épiceries traditionnelles s’y entremêlent, racontant le rôle historique de cette ville de montagne en tant que point de collecte des ressources forestières et montagnardes d’autrefois.
Au fur et à mesure que les pneus du vélo écrasent la surface de l’asphalte et que l’on s’éloigne progressivement de l’agitation urbaine, vous commencerez à remarquer que les panneaux indicateurs et les noms de lieux commencent à laisser apparaître des traces de la langue Saisiyat, et que les formes des maisons des villages tribaux sont radicalement différentes de celles des rues urbaines, avec davantage de cette simplicité de construction adossée à la montagne et utilisant les matériaux locaux. Cette transformation du paysage au cours de la montée est en réalité une leçon vivante de géographie humaine — sans manuel scolaire, simplement à travers les changements de perspective apportés par le pédalage, on peut ressentir de manière tangible les strates et les métissages des cultures ethniques de cette île qu’est Taïwan.
J’apprécie particulièrement, pendant mes montées, de ralentir délibérément pour observer les noms de lieux en chinois et leurs transcriptions phonétiques dans les langues autochtones qui figurent côte à côte sur les panneaux. Cette coexistence de systèmes d’écriture symbolise, dans une certaine mesure, la réalité de la coexistence multiculturelle de Taïwan. La montée vers Xiangtian Lake n’est pas seulement un itinéraire sportif ; elle ressemble davantage à un manuel vivant condensé, offrant à chaque voyageur qui traverse cette région l’opportunité de redécouvrir, par l’expérience physique, l’île sur laquelle il vit.
La signification du musée des artefacts Saisiyat
Une fois arrivé à Xiangtian Lake, si le temps le permet, je recommande vivement de prévoir du temps pour visiter le musée des artefacts Saisiyat. Ce musée conserve et expose les costumes traditionnels, les ustensiles de vie, les objets cérémoniels et les documents iconographiques historiques des Saisiyat. C’est un canal important permettant aux visiteurs extérieurs de découvrir le contexte culturel Saisiyat dans un cadre officiel et vérifié. Par rapport à une impression fragmentaire reconstituée à partir de simples informations en ligne ou de rumeurs, le musée offre une interprétation culturelle élaborée conjointement par les membres de la tribu et les travailleurs culturels, plus proche du point de vue des Saisiyat eux-mêmes.
En entrant dans le musée, vous verrez les motifs caractéristiques des costumes traditionnels Saisiyat, les clochettes de hanche utilisées lors des cérémonies et d’autres objets emblématiques. Ces objets portent souvent en eux des significations culturelles profondes et des techniques artisanales transmises de génération en génération. Pour un cycliste venant tout juste de terminer un défi de montée intense, le corps encore parcouru de légères courbatures et d’excitation, entrer dans un tel espace d’exposition calme et solennel constitue, dans une certaine mesure, un excellent processus de recentrage psychologique — passer du défi physique extrême à l’apprentissage et à l’absorption sur les plans spirituel et culturel. Cette transition de rythme rend l’ensemble du voyage à Xiangtian Lake plus tridimensionnel et plus complet.
Après la montée, une méditation sur le lac et le temps
Avant de quitter Xiangtian Lake, je suis retourné au bord du lac pour y rester un moment de plus. L’angle du soleil de l’après-midi s’inclinait progressivement, et les jeux de lumière sur la surface du lac changeaient en conséquence. L’atmosphère silencieuse et solennelle du petit matin s’était teintée d’une couche de tons chauds et doux. J’observais quelques personnes âgées, apparemment des résidents locaux, assises sur un banc en bois au bord du lac en train de discuter, le ton posé, le rythme tranquille, totalement indifférentes à ma présence de visiteur extérieur et aux autres touristes qui passaient de temps à autre. À cet instant, j’ai soudain réalisé que pour eux, Xiangtian Lake n’est pas un site touristique à « visiter », mais une partie tout à fait naturelle de la vie quotidienne — aussi ordinaire que le parc au pied de l’immeuble ou le petit déjeuner au coin de la rue pour un citadin, mais portant en même temps un lien affectif profond accumulé au fil des générations.
Ce contraste m’a amené à une réflexion plus profonde sur mon propre statut de visiteur extérieur « de passage à vélo ». Nous qui venons de la ville à vélo, nous arrivons souvent avec un objectif bien précis — conquérir une pente, prendre une photo à publier, collectionner un badge Strava — puis, après un bref arrêt, nous repartons précipitamment vers l’étape suivante. Mais pour les résidents locaux, Xiangtian Lake est le décor quotidien de leur vie, le lieu de foi hérité de leurs ancêtres, une scène de vie réelle qui continuera de fonctionner normalement, que nous, visiteurs, venions ou non. Prendre conscience de ce décalage de perception du temps et de l’espace m’a fait particulièrement ralentir sur la route en quittant Xiangtian Lake, essayant de savourer à nouveau, avec un rythme plus humble et plus lent, chaque fragment de ce voyage.
Cette réflexion s’est d’ailleurs étendue par la suite à mon attitude envers d’autres itinéraires de montée. Avant de visiter Xiangtian Lake, j’avais peut-être davantage l’habitude de réduire chaque itinéraire à des indicateurs chiffrés comparables — distance, dénivelé, pente — et de simplifier le cyclisme en une série de compétitions personnelles visant à battre des records. Mais Xiangtian Lake m’a appris, au-delà des chiffres, à prendre conscience que derrière chaque itinéraire peut se cacher un poids humain bien plus ancien et plus profond que le simple défi sportif. Cette transformation de perception ne m’a pas fait renoncer à la poursuite du progrès et des records, mais elle m’a effectivement apporté, à chaque fois que je planifie désormais un itinéraire, une curiosité et un respect supplémentaires pour le contexte culturel et humain du parcours — c’est peut-être là le cadeau le plus précieux et le plus durable que la montée vers Xiangtian Lake m’ait laissé.
Paysages saisonniers et suggestions d’itinéraires
Le lac Xiangtian offre des visages différents selon les saisons. Au printemps et en été, les forêts environnantes sont verdoyantes et les eaux du lac sont cristallines, ce qui en fait la meilleure période pour une promenade autour du lac et l’observation de la faune et de la flore. En automne et en hiver, les températures en montagne se rafraîchissent, la clarté de l’air s’améliore, et la vue panoramique sur le lac et les montagnes est souvent la plus nette et la plus spectaculaire — c’est aussi le moment idéal pour admirer les magnifiques paysages de brume et de nuages.
Côté suggestions d’itinéraires, après avoir relevé le défi de la montée vers le lac Xiangtian, il est vivement recommandé de prendre le temps de visiter le musée des artefacts du peuple Saisiyat afin de mieux comprendre le contexte culturel du rituel Pas-ta’ai (la cérémonie des esprits nains) et l’histoire du peuple Saisiyat. Cela rendra l’expérience cycliste dans son ensemble plus complète et plus significative. Par ailleurs, vous pouvez également en profiter pour explorer la vieille rue de Nanzhuang et ressentir l’atmosphère unique où se mêlent la culture hakka des montagnes et celle des tribus, ou encore prolonger le défi sur les itinéraires voisins comme Xianshan et Shitan, transformant ainsi cette sortie en un véritable voyage d’exploration approfondie du patrimoine humain et des paysages de la région montagneuse de Nanzhuang, à Miaoli.
Que vous soyez venu pour battre votre record Strava ou simplement attiré par les paysages du lac Xiangtian et sa richesse culturelle, cet itinéraire saura rappeler à chaque visiteur, à sa manière unique, que le sens du cyclisme n’a jamais été seulement de conquérir des pentes, mais aussi d’apprendre à connaître et à respecter toutes les personnes qui ont vécu et vivent encore sur cette terre.
La prochaine fois que vous vous engagerez sur la montée vers le lac Xiangtian, essayez de ranger temporairement votre compteur dans votre poche et de ressentir cette route avec vos sens les plus primaires — la température du vent, les senteurs des arbres, la fumée des feux de cuisine du village qui apparaît et disparaît au loin, et enfin ce sentiment de sérénité et de solennité indicible lorsque vous atteignez enfin les rives du lac. Ces expériences, bien plus que n’importe quelle donnée de puissance ou temps d’arrivée, définissent véritablement la valeur de cette sortie et vous font comprendre pourquoi, de génération en génération, le peuple Saisiyat tient tant à ce lac et à ses paysages, et s’emploie à les protéger.
Lectures complémentaires
- Pédaler dans l’âme des montagnes de Nanzhuang : récits hakka, Saisiyat et de brumes sur l’itinéraire KOM de Xianshan
- Guide complet de la montée du lac Xiangtian : 5,83 km, 418 m de dénivelé, la montée classique difficile de Nanzhuang certifiée par Strava
- Itinéraire de Tongxiao (Miaoli) à la région montagneuse de Nanzhuang : guide complet du cyclisme en montée dans la ville hakka de montagne
- Pédaler dans le territoire de chasse des Atayal : souvenirs de cyclisme en montagne sur les pentes raides de Luchang et la cascade de Shenxiangu
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