La route qui mène à la mer de nuages : la colline Yunling de Shibi, un voyage de 1 400 mètres de dénivelé pour dialoguer avec le ciel

Contexte géographique : un village de montagne au cœur des bambouseraies
Shibi, ce nom évoque en lui-même une certaine rudesse et un mystère. Cette zone appartient à la région montagneuse du canton de Gukeng, dans le comté de Yunlin, avec une altitude se situant approximativement entre 1 400 et 1 700 mètres, ce qui en fait l’une des zones les plus élevées du comté de Yunlin. En raison des conditions topographiques et climatiques favorables à la croissance du bambou Moso, la région de Shibi a développé une bambouseraie d’une envergure considérable. L’océan de bambous qui s’étend à perte de vue sur les montagnes constitue l’un des paysages naturels les plus représentatifs de la région. Lorsque le vent traverse la bambouseraie, des dizaines de milliers de feuilles de bambou se frottent les unes aux autres, produisant un son continu, semblable au clapotis des vagues — c’est d’ailleurs l’origine de l’appellation « mer de bambous » : de loin, les bambouseraies ondulant sous le vent ressemblent effectivement à un océan vert en mouvement.
Shibi entretient une relation géographique indissociable avec la zone panoramique voisine de Caoling. Les deux sites appartiennent à la même ceinture touristique importante des montagnes de Yunlin et constituent ensemble la zone montagneuse la plus élevée et la plus accidentée du comté de Yunlin. La topographie de cette région a historiquement été affectée par des séismes, et le relief en a été modifié — c’est la trace du passage des forces naturelles sur cette terre au fil des longues années. Aujourd’hui, lorsque l’on reprend la route à vélo à travers cette région montagneuse, on peut encore ressentir, à travers les ondulations sinueuses du terrain et les traces de routes partiellement réparées, les bouleversements que cette terre a traversés, et mieux apprécier combien cette route agricole si durement acquise est le fruit d’innombrables efforts d’ingénierie et d’entretien.
Cette perception profonde du relief montagneux est précisément une dimension psychologique difficile à éprouver sur d’autres itinéraires lorsqu’on gravit la Colline des Nuages de Yunling à Shibi. Lorsque l’on pédale lentement, en contemplant les parois rocheuses rendues particulièrement escarpées par les mouvements géologiques, on pense naturellement que cette forêt de montagne, apparemment paisible et sereine, recèle en réalité une force naturelle difficile à prévoir. Et c’est précisément parce que les habitants, après avoir subi les épreuves des forces naturelles, ont choisi de rester pour reconstruire leurs foyers, réparer les routes et continuer à cultiver cette terre, qu’aujourd’hui Shibi et la région de Caoling peuvent accueillir chaque voyageur et cycliste venu de loin avec un visage aussi complet et magnifique. Ce lien résilient entre la terre et les hommes confère à la pratique de cet itinéraire une dimension supplémentaire de respect et d’émotion face aux forces de la nature et de la vie.
La taille du village de Shibi n’est pas très importante ; les habitants vivent principalement de l’agriculture et des activités liées au tourisme, ce qui confère au rythme de vie local une lenteur et une simplicité particulières. Le long du chemin, on peut parfois apercevoir des habitants faisant sécher devant leur porte des pousses de bambou fraîchement récoltées ou d’autres produits de la montagne, ainsi que quelques épiceries et échoppes de restauration à l’apparence modeste mais pleines de chaleur humaine. Ces scènes de vie apparemment ordinaires constituent précisément le quotidien le plus authentique et le plus touchant de ce village de haute montagne qu’est Shibi. Pour les cyclistes habitués à la vie urbaine, pouvoir, à travers un défi d’ascension, être témoin de ce mode de vie montagnard si différent du rythme citadin, constitue en soi une expérience rare de purification de l’esprit.
L’altitude de 1 400 à 1 700 mètres confère au climat de la région de Shibi des différences notables par rapport aux plaines de Yunlin ou aux collines de Gukeng. La température moyenne annuelle y est nettement plus basse, et l’humidité y est généralement élevée en raison du relief et de l’omniprésence des nuages et du brouillard. Ces conditions climatiques favorisent précisément une végétation alpine riche et diversifiée. Outre les bambouseraies visibles partout, on peut également observer le long du chemin de nombreux arbustes et fleurs typiques de haute montagne, qui déploient au fil des saisons des couleurs et une vitalité végétale différentes. Cet écosystème si distinct des plaines constitue l’un des charmes naturels les plus fascinants de l’itinéraire de la Colline des Nuages de Yunling à Shibi.
Paysages et points de repère le long du parcours : la mer de bambous ondulante et la splendeur de la Colline des Nuages
En poursuivant l’ascension le long de cette longue pente douce, le premier spectacle qui s’offre aux yeux et qui marque le plus les esprits n’est autre que l’océan de bambous à perte de vue. Les bambous Moso poussent droits et denses des deux côtés de la route, leurs tiges oscillant doucement au gré du vent, tandis que la lumière du soleil filtre à travers les interstices des feuilles pour se répandre sur la chaussée en créant des jeux d’ombre et de lumière dansants. Ce paysage n’est pas seulement agréable à contempler, il apporte également, sur les plans visuel et auditif, une sérénité quasi méditative au long effort d’ascension — le rythme de la cadence de pédalage, la respiration, et le bruissement des feuilles de bambou s’entremêlent pour conférer à cette longue montée, par ailleurs ardue et éprouvante, une dimension thérapeutique difficile à décrire.
À mesure que l’altitude gagne, la végétation des deux côtés de la route se transforme progressivement, passant des forêts de feuillus typiques des basses altitudes à des espèces mieux adaptées au climat de haute altitude. Cette transition végétale progressive le long du parcours constitue en soi une expérience d’observation naturaliste des plus intéressantes — on a l’impression de ressentir, à travers ses yeux et ses jambes, l’impact réel de l’altitude sur l’écosystème. Lorsqu’on atteint enfin la zone de la Colline des Nuages de Yunling, la vue qui s’ouvre soudainement devant soi compense en un instant toute la fatigue accumulée. La Colline des Nuages de Yunling doit sa renommée à sa position géographique privilégiée, qui en fait un point d’observation exceptionnel pour admirer la mer de nuages et les paysages nocturnes — depuis la plateforme d’observation, en regardant vers le bas, si les conditions sont favorables, on peut voir d’immenses masses de nuages et de brume déferler et onduler entre les vallées, comme si l’on se trouvait dans un royaume céleste au-dessus des nuages. Ce spectacle laisse souvent les cyclistes de première visite émerveillés.
Outre la mer de nuages, le paysage nocturne depuis la Colline des Nuages de Yunling est également réputé. La vue plongeante permet d’embrasser d’un seul regard la plaine de Yunlin et même les lumières lointaines, ce qui incite de nombreux cyclistes à organiser spécialement leur visite à des moments précis pour capturer cette image où les lumières scintillantes de la plaine en contrebas se mêlent à un ciel étoilé. La zone panoramique voisine de Caoling, quant à elle, est célèbre pour sa riche écologie naturelle et ses paysages géologiques. Si le temps le permet, de nombreux cyclistes qui se rendent à la Colline des Nuages de Yunling à Shibi en profitent également pour inclure une étape à Caoling, enrichissant ainsi leur petite excursion en montagne.
Outre la mer de bambous et la plateforme d’observation, les variations topographiques de cet itinéraire constituent en elles-mêmes un récit visuel unique. Depuis les sections plus douces et ouvertes au pied de la montagne, en passant par la section médiane où les hauts bambous encadrent la route des deux côtés, tel un tunnel vert, jusqu’à l’approche du sommet où la vue s’élargit progressivement et où les chaînes de montagnes se déploient en couches successives dans un spectacle grandiose, tout le parcours ressemble à une symphonie visuelle savamment orchestrée, offrant au cycliste, à mesure que l’altitude gagne, un festin de paysages en progression constante. Cette transition progressive des paysages confère également aux 10,76 kilomètres d’ascension de nombreux moments qui méritent d’être attendus et savourés, sans jamais laisser place à l’ennui. De nombreux cyclistes ralentissent même délibérément, simplement pour contempler un peu plus longtemps la vue sur une vallée qui se dévoile soudainement à un virage, ou une scène de bambouseraie teintée d’or par la lumière du matin.
Culture locale et gastronomie : la saveur authentique des produits de montagne et des plats de pousses de bambou
En tant que village de haute montagne typique, la culture culinaire de la région de Shibi reflète pleinement les caractéristiques des produits locaux. Les pousses de bambou, l’un des produits agricoles les plus représentatifs de la région, figurent fréquemment au menu des restaurants locaux. Qu’elles soient simplement blanchies et accompagnées d’une sauce, ou sautées et mijotées avec des ingrédients locaux, elles révèlent toujours la saveur fraîche, sucrée et croquante des pousses de bambou. Outre les pousses de bambou, les restaurants de montagne proposent également des produits de saison et des légumes sauvages récoltés localement. Ces ingrédients ne sont pas nécessairement précieux, mais grâce à leur fraîcheur et aux méthodes de cuisson locales, ils offrent une saveur simple mais inoubliable.
Après avoir relevé le défi de l’ascension de 10,76 kilomètres, s’installer dans une petite échoppe locale en bord de route, commander un plat de pousses de bambou bien chaud accompagné d’un simple sauté de produits de montagne, et une bolée de soupe chaude, cette expérience de repas où l’on est à la fois épuisé physiquement et mentalement mais infiniment satisfait, est souvent plus émouvante que n’importe quel plat de restaurant gastronomique. L’environnement des repas en montagne est généralement très simple — quelques tables et chaises disposées dans un espace avec vue sur les montagnes — mais c’est précisément cette atmosphère de repas en communion avec la nature qui donne à chaque bouchée l’impression de porter le souffle et la chaleur de cette forêt de montagne, devenant ainsi une autre forme de souvenir profond de ce voyage à la Colline des Nuages de Yunling à Shibi.
Outre les pousses de bambou et les produits de montagne, cette région, grâce à ses conditions particulières d’altitude et de climat, produit également de nombreux spécialités agricoles au goût alpin, comme le thé de haute montagne et d’autres fruits et légumes de saison adaptés aux climats frais. Ce sont autant de saveurs locales que les cyclistes peuvent déguster ou rapporter après avoir relevé le défi. Comparée à la restauration de plaine, la cuisine de montagne est souvent moins raffinée, mais elle offre davantage la saveur authentique des ingrédients et une chaleur humaine — la patronne pourrait bien, tout en servant les plats, discuter avec enthousiasme des changements de saisons dans cette forêt de montagne, ou partager la meilleure période pour venir admirer les paysages. Ces interactions empreintes de chaleur constituent également l’un des plus précieux bonus de la pratique du vélo en montagne. Chaque fois que l’on s’assoit dans une de ces petites échoppes, contemplant par la fenêtre les montagnes enveloppées de brume, en mâchant lentement les pousses de bambou fraîchement servies, on ressent sincèrement que ce défi d’ascension éprouvant n’apporte pas seulement un sentiment d’accomplissement physique, mais constitue un voyage complet mêlant saveurs, paysages et chaleur humaine.
Récit de cyclisme à la première personne : des profondeurs de la forêt de bambous jusqu’au-dessus des nuages
Dans les premiers kilomètres de l’attaque, j’ai délibérément retenu mon rythme, car je savais qu’il me restait près de neuf kilomètres de route à parcourir, et que la moindre impulsion téméraire pourrait me coûter cher dans la seconde partie. La brume matinale ne s’était pas encore complètement dissipée, et les forêts de bambous de part et d’autre de la route apparaissaient et disparaissaient dans la brume, comme une peinture à l’encre, une atmosphère qui donnait envie de ralentir et d’admirer un peu plus ce paysage voilé. La cadence tournait régulièrement, et ma respiration trouvait peu à peu le rythme propre à cette longue ascension — pas rapide, mais soutenue ; pas violente, mais déterminée.
Vers le quatrième ou cinquième kilomètre, le changement d’altitude devenait nettement perceptible. La température avait encore baissé de quelques degrés par rapport au départ, et la résistance respiratoire semblait aussi avoir discrètement augmenté. Je sentais mon cœur battre plus vite qu’en plaine, pour un même effort de pédalage. C’était l’effet réel de l’altitude sur le corps, un changement subtil difficile à décrire précisément avec des mots, mais que le corps enregistre honnêtement. J’ai ajusté mon rythme respiratoire, allégé légèrement ma cadence, laissant à mon corps plus de temps pour s’adapter à cet air qui se raréfiait. Les forêts de bambous des deux côtés restaient denses, et le vent produisait en les traversant un bruissement continu, comme s’il accompagnait mon ascension solitaire mais déterminée d’une mélodie propre aux montagnes.
Dans les trois derniers kilomètres, la fatigue physique était bien réelle, et les muscles de mes jambes commençaient à envoyer des signaux de courbature et de gonflement. Mais curieusement, plus l’altitude augmentait, plus une attente indescriptible grandissait aussi — je savais que j’approchais de ce point de vue célèbre pour sa mer de nuages, et cette suggestion psychologique d’« être sur le point d’atteindre un lieu spécial » devenait une motivation essentielle pour tenir sur cette dernière portion épuisante. Enfin, lorsque la vue s’est ouverte après le dernier virage, j’ai vu devant moi cette mer de nuages mouvante et ondulante — d’immenses masses de brume s’étalaient entre les vallées, fluides et changeantes au gré des courants d’air, la lumière du soleil perçant les interstices des nuages et projetant des taches dorées à la surface de la mer de nuages. À cet instant, toute la fatigue semblait s’être dissipée face à ce spectacle saisissant, ne laissant place qu’à une admiration et une émotion sincères. J’ai arrêté le vélo, me suis tenu silencieusement sur la plateforme d’observation, sentant la brise fraîche de la montagne effleurer mes joues, contemplant cette mer de nuages presque à portée de main, et j’ai soudain compris pourquoi tant de gens étaient prêts à passer toute une matinée, à endurer la peine d’une longue ascension, juste pour voir de leurs propres yeux ce paysage au-dessus des nuages.
La signification de l’itinéraire pour le cycliste : une double ascension, celle de l’altitude et celle de l’esprit
Pour moi, la signification la plus profonde de l’itinéraire de Yunling Zhiqiu à Shibi réside dans le fait qu’il offre une expérience unique d’ascension simultanée de « l’altitude du corps » et de « l’altitude de l’esprit ». Cette longue pente douce de 10,76 kilomètres ne met pas seulement à l’épreuve la force musculaire des jambes et l’endurance cardio-respiratoire, mais aussi une qualité psychologique exigeant patience et constance — on ne peut pas conquérir cet itinéraire par une explosion de puissance brève ; on ne peut compter que sur un effort soutenu et régulier, avançant pas à pas, tour de pédale après tour de pédale, vers l’objectif. Ce processus qui exige une persévérance de longue durée pour atteindre le but reflète, d’une certaine manière, bien des enjeux importants de la vie qui demandent une gestion patiente et ne peuvent être menés à bien dans la précipitation.
Et lorsque l’on atteint enfin Yunling Zhiqiu, que l’on contemple depuis la plateforme d’observation cette mer de nuages ondulante, cette sensation de libération et d’élévation simultanée du corps et de l’esprit amène souvent à repenser la valeur de la « persévérance ». L’ascension en altitude est un chiffre concret et mesurable — 545,6 mètres de dénivelé total — mais la transformation intérieure, elle, est difficile à quantifier précisément par quelque donnée que ce soit : c’est un processus qui va de l’appréhension et de l’inquiétude du pied de la montagne, se transformant progressivement en calme et satisfaction au sommet. Et ce processus, c’est précisément le cadeau le plus précieux que l’itinéraire de Yunling Zhiqiu à Shibi offre à chaque cycliste prêt à le mesurer avec ses jambes.
J’ai parcouru cet itinéraire à plusieurs reprises, en différentes saisons et avec différents états d’esprit, et chaque arrivée à Yunling Zhiqiu a été légèrement différente. Parfois, j’arrivais avec un objectif d’entraînement, surveillant en permanence les données de puissance et de fréquence cardiaque, et à l’arrivée, je ressentais un solide sentiment d’accomplissement et une satisfaction liée aux chiffres ; d’autres fois, c’était simplement pour fuir l’agitation de la ville, montant lentement avec un esprit fatigué, et à l’arrivée, je ressentais une libération, une guérison complète par l’environnement naturel. Cette caractéristique d’un même itinéraire capable de porter différents états d’esprit et d’offrir différentes récompenses est peut-être la raison profonde pour laquelle Yunling Zhiqiu à Shibi donne envie d’y revenir encore et encore. Ce n’est pas seulement un itinéraire pour accumuler des données d’entraînement ; c’est plutôt comme un vieil ami qui accompagne silencieusement le cycliste et répond différemment selon son état d’esprit du moment.
Pendant ces longues périodes de pédalage continu, je pense souvent aussi aux nombreux parcours importants de la vie qui exigent une accumulation patiente et ne peuvent être accomplis en un jour. Qu’il s’agisse du développement de carrière, de l’entretien des relations humaines, ou de tout objectif à long terme qui mérite d’être investi, c’est souvent comme cette longue pente douce de 10,76 kilomètres : ce qu’il faut, ce n’est pas une explosion de puissance instantanée, mais un effort soutenu et régulier, une persévérance. Sur cet itinéraire, on ne peut pas atteindre le sommet par un sprint bref ; ce n’est qu’à travers des tours de pédale solides, les uns après les autres, que l’on peut véritablement contempler la vue grandiose de la mer de nuages au sommet. Cette prise de conscience fait de chaque parcours de cet itinéraire un voyage de cultivation simultanée du corps et de l’esprit.
Les sons et les jeux de lumière dans la mer de bambous : une esthétique du cyclisme lent
Si je devais définir le caractère unique de l’itinéraire de Yunling Zhiqiu à Shibi par une expérience sensorielle, je dirais « le son ». La mémoire sensorielle que la plupart des itinéraires de montée laissent aux cyclistes est souvent dominée par la vision — les sommets, la mer de nuages, les virages — mais ce tronçon de Shibi, long de plus de dix kilomètres et étroitement bordé de forêts de bambous, rend l’expérience auditive exceptionnellement vive. Le bruissement des feuilles de bambou qui se frottent les unes aux autres produit des volumes et des rythmes radicalement différents selon la force du vent : quand la brise est douce, le son est léger comme un murmure ; quand le vent de montagne se renforce, toute la mer de bambous émet un grondement semblable à des vagues, une sensation d’enveloppement sonore difficile à reproduire sur la plupart des autres itinéraires de montée.
J’ai peu à peu développé une habitude en parcourant Shibi : à intervalles réguliers, je ralentis délibérément ma cadence, laissant ma respiration passer au second plan, pour me concentrer sur les variations sonores de la forêt de bambous environnante. Ce rythme de pédalage quasi méditatif transforme ce qui devrait être une ascension longue et pénible en une expérience de détente physique et mentale. Les variations de lumière et d’ombre méritent tout autant d’être savourées : au petit matin, le soleil est bas et oblique, traversant les interstices des bambous pour former de longs faisceaux de lumière qui changent d’angle au fil de l’avancée des roues, comme si l’on roulait dans un labyrinthe naturel de lumière et d’ombre ; vers midi, la lumière tombe d’aplomb, et les points de lumière filtrant à travers les feuilles de bambou se dispersent sur le bitume comme des diamants concassés, scintillant et dansant au gré du vent. Ce processus qui élève l’expérience du cyclisme au rang d’un festin esthétique sensoriel est précisément ce qui rend l’itinéraire de Yunling Zhiqiu à Shibi bien plus riche et plus émouvant que ce que les simples données de pente peuvent transmettre.
La discipline mentale apportée par la longue pente douce
Une distance de 10,76 kilomètres, un dénivelé total de 545,6 mètres, une pente moyenne de seulement 4,2 % — ces chiffres ne semblent pas impressionnants à première vue, et sont même bien plus modérés que les itinéraires pentus comme Xianshan ou Luchang mentionnés précédemment. Mais quiconque a réellement parcouru cet itinéraire comprend que le défi posé par une longue pente douce est en réalité une discipline mentale radicalement différente. La douleur d’une pente raide est brève et intense : la sensation de brûlure musculaire et la pression maximale sur le système cardio-respiratoire atteignent leur pic en quelques minutes, mais se terminent aussi souvent dans un laps de temps relativement court. Le défi d’une longue pente douce, lui, est continu et s’étire dans la durée : il faut apprendre à coexister avec un inconfort léger mais prolongé, apprendre à trouver sa propre patience et son propre rythme dans une ascension qui semble ne jamais finir.
Cette expérience de cyclisme se rapproche, d’une certaine manière, des qualités mentales requises par les courses sur route de longue distance ou les défis d’endurance tout-terrain — non pas surmonter les obstacles par une explosion de puissance instantanée, mais par une volonté soutenue et régulière, accumulant kilomètre après kilomètre. Au milieu du parcours de Shibi, vers le cinquième ou sixième kilomètre, je ressens souvent une impatience du type « on n’est pas encore arrivé ? ». À ce moment-là, apprendre à déplacer son attention de « combien de distance reste-t-il » vers « ce que je vis en ce moment » est souvent la clé pour traverser ce creux psychologique. Le bruissement des bambous, l’air qui se rafraîchit progressivement, le rythme régulier de la cadence des jambes — autant d’outils efficaces pour s’ancrer dans le présent et apaiser l’agitation. Cette résilience mentale forgée dans la longue pente douce se transfère, d’une certaine manière, aux défis de la vie quotidienne qui exigent une persévérance de longue durée avant de voir des résultats. C’est peut-être là, au-delà du paysage, le bien immatériel le plus précieux que l’itinéraire de Yunling Zhiqiu à Shibi offre au cycliste.
Paysages saisonniers et suggestions d’itinéraire
Le paysage de mer de nuages au sommet de Yunling, en général, a plus de chances d’être visible en automne et en hiver, mais la possibilité réelle d’observer la mer de nuages dépend toujours de l’interaction combinée de la pression atmosphérique, de l’humidité et des vents de relief du jour. Il n’existe pas de règle absolument fixe. Il est recommandé de consulter les tendances météorologiques récentes comme aide à la décision avant de s’y rendre, et d’adopter un état d’esprit « d’appréciation au gré des circonstances ». Même sans mer de nuages ce jour-là, les paysages de forêts de bambous à perte de vue et l’air pur de la montagne valent amplement le déplacement. Outre la mer de nuages, la végétation de cette région offre des couleurs variées au fil des saisons, du vert éclatant du printemps et de l’été aux teintes chaleureuses que prennent certaines plantes en automne et en hiver, conférant à cet itinéraire un charme unique à chaque saison.
Pour les cyclistes souhaitant organiser une petite excursion complète en montagne, au-delà du défi de la montée vers le sommet de Yunling à Shibi, la zone panoramique voisine de Caoling est également un site qui mérite amplement une visite. Sa riche écologie naturelle et ses paysages géologiques apporteront une expérience plus riche et plus variée à ce voyage en montagne. Il est recommandé de programmer l’ascension tôt le matin : d’une part, les températures plus fraîches sont plus adaptées à une longue sortie, et d’autre part, le petit matin est aussi le moment où il est relativement plus facile de capturer la mer de nuages et la beauté brumeuse des forêts de bambous. Après avoir relevé le défi, n’hésitez pas à faire une halte dans un restaurant local des environs pour déguster un plat de pousses de bambou simple mais savoureux, permettant au corps de refaire le plein d’énergie tout en laissant l’esprit s’imprégner de la quiétude unique de ce village de haute montagne, pour conclure ce voyage qui mène du pied de la montagne jusqu’aux nuages, sur une note chaleureuse et parfaitement aboutie.
Sur la route qui quitte Shibi, je ne peux m’empêcher de ralentir, de me retourner vers cette mer de bambous qui s’éloigne et ces sommets enveloppés de brume, notant silencieusement dans mon esprit les images les plus marquantes de cette sortie — peut-être ce tunnel de bambous nimbé de brume matinale, peut-être cette mer de nuages à couper le souffle depuis la plateforme d’observation, ou simplement ces quelques mots échangés avec le patron d’une petite échoppe en chemin. Ces précieux souvenirs qui s’accumulent font que le sommet de Yunling à Shibi n’est plus pour moi une simple route d’entraînement affichant 10,76 kilomètres et 545,6 mètres de dénivelé positif, mais un paysage secret qui offre à chaque visite de nouvelles découvertes et de nouvelles émotions, un chemin que l’on reprend avec plaisir, à différents moments de l’année et avec des états d’esprit différents, cette longue montée qui mène doucement du pied de la montagne vers les nuages, chaque passage offrant des paysages et des émotions uniques, propres à ce jour et à cet instant précis.
Lectures complémentaires
- 162甲瑞峰 : pédaler dans la mer de nuages de la région de thé d’Alishan, une longue montée en communion avec la brume matinale
- Guide pratique du sommet de Yunling à Shibi : l’art de l’endurance et de la gestion de l’allure sur une longue pente de 10,76 km
- Un voyage de six kilomètres à travers le temps : la mémoire du 921 sur la route de Caoling, les jeux d’ombre et de lumière des plantations de thé et la convivialité de Zhushan
- Guanhaiping : quand la montagne est assez haute pour voir la mer, les jardins de thé bagua et la mer de bambous de la route 49
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