De la côte de Jinshan au cratère volcanique : géothermie, brume et convivialité à Xiaoyoukeng sur la route Yangjin

De la côte de Jinshan au cratère volcanique : géothermie, brume et chaleur humaine à Xiaoyoukeng sur la route Yangjin
Résumé : La route Yangjin relie Jinshan à Yangmingshan, serpentant d’une petite ville portuaire jusqu’à Xiaoyoukeng, où la géothermie est toujours active. C’est un périple à vélo qui part du niveau de la mer, traverse une ceinture de nuages et de brume, pour finalement atteindre un paysage volcanique imprégné d’odeurs de soufre. C’est aussi, pour d’innombrables cyclistes de Taipei, le symbole même du « chemin de pèlerinage vers l’arrière-pays ».
À cinq heures et demie du matin à Jinshan, le ciel commence à peine à s’éclaircir d’une lueur blanchâtre. Au bord du port de pêche, des pêcheurs matinaux trient déjà leurs prises, et l’air est imprégné d’un mélange de sel marin et de l’arôme de patates douces fraîchement cuites — les patates douces du vieux quartier de Jinshan sont une spécialité locale réputée, et de nombreux cyclistes s’offrent une portion avant de partir pour se caler l’estomac. On sort le vélo, on ajuste la hauteur de la selle, on inspire profondément cet air chargé d’embruns, prêt à relever le défi des 17,8 kilomètres et 793 mètres de dénivelé de la route Yangjin. Cette route, les cyclistes la surnomment familièrement « Yangjin » ; son nom officiel est la ligne provinciale 2C, l’un des corridors les plus emblématiques reliant Jinshan au parc national de Yangmingshan.
Une route, la rencontre de deux merveilles géologiques
Pour comprendre ce qui rend la route Yangjin si unique, il faut d’abord s’intéresser à la terre que l’on foule. Jinshan se situe à la lisière nord du groupe volcanique de Datun, tout près de l’océan Pacifique, dans une zone typique de transition entre plaine alluviale et collines. Le terminus de la route Yangjin, Xiaoyoukeng, est quant à lui perché sur le flanc nord-ouest du mont Qixing, l’un des rares endroits du groupe volcanique de Datun où l’activité géothermique reste encore nettement visible. Autrement dit, ce périple à vélo part d’un relief alluvial côtier et grimpe jusqu’à un paysage de cratère encore « en respiration ». Ce basculement géologique spectaculaire est l’une des dimensions les plus fascinantes — et les plus souvent négligées — de la route Yangjin.
Peu après le départ, la route entame une montée progressive. Les bâtiments bas du centre-ville de Jinshan cèdent peu à peu la place à des champs et des vergers, puis à un paysage vallonné où se mêlent forêts secondaires et herbes hautes. Sur ce tronçon, on croise parfois des aînés partis travailler aux champs de bon matin, une houe sur l’épaule en direction de leur potager ; ils saluent d’un signe de tête bienveillant les cyclistes qui passent — ce rythme de vie tranquille et posé, si caractéristique des petites villes de montagne, contraste fortement avec l’agitation du centre de Taipei. C’est aussi pour cela que beaucoup de cyclistes choisissent de partir à l’aube, pour goûter à cette sérénité avant que la ville ne s’éveille.
Le théâtre de brume des lacets successifs
Le tronçon central de la route Yangjin (environ du kilomètre 7 au kilomètre 13) est la section la plus dramatique de tout l’itinéraire. Le terrain y est escarpé, les virages s’enchaînent, et la route s’élève en une série de lacets serrés, bordée d’une végétation dense souvent enveloppée d’une fine brume matinale. Lorsque le soleil perce peu à peu la couche nuageuse et filtre à travers les arbres, la brume dérive lentement au gré du vent, créant un jeu de lumière et d’ombre presque onirique. De nombreux photographes font spécialement le trajet à vélo ou en voiture pour capturer ces instants de « théâtre de brume ».
Pédaler sur ce tronçon est physiquement exigeant — les virages successifs signifient des variations de pente fréquentes, rendant difficile l’établissement d’un rythme de pédalage stable. L’ombre des arbres limite en outre la visibilité, obligeant à se concentrer sur le petit bout de route qui s’offre à soi. Mais c’est justement pour cela que cette section invite particulièrement à un état de « flux » : la respiration, le pédalage, le rythme cardiaque, tout se synchronise avec la route qui serpente devant soi, et les pensées parasites semblent être laissées derrière, dans les virages. De nombreux cyclistes chevronnés décrivent l’expérience du tronçon central de la route Yangjin comme « une méditation en mouvement », où la souffrance et la concentration s’entremêlent pour laisser place, une fois l’effort terminé, à une sensation de bien-être indescriptible.
Xiaoyoukeng : un volcan encore en respiration
Au moment d’atteindre Xiaoyoukeng, le spectacle qui s’offre aux yeux fait instantanément oublier la fatigue de la montée. Ici, le paysage est radicalement différent de la verdure luxuriante du parcours : le sol, jauni et désolé par les émissions géothermiques persistantes, est presque totalement dépourvu de végétation. L’air est chargé d’une légère odeur de soufre, et des volutes de vapeur blanche jaillissent sans cesse des fissures du sol, accompagnées d’un sifflement sourd et continu — comme si la terre respirait encore. C’est l’un des rares endroits du groupe volcanique de Datun où l’on peut observer de ses propres yeux une activité géothermique. Les géologues indiquent que la chaleur d’une chambre magmatique située en profondeur continue de remonter vers la surface, faisant de Xiaoyoukeng une fenêtre précieuse pour observer la topographie de l’un des rares volcans actifs de Taïwan.
Une fois le vélo garé sur le parking du centre des visiteurs, il est recommandé de consacrer une quinzaine ou une vingtaine de minutes à parcourir à pied le sentier de Xiaoyoukeng pour ressentir de près ce paysage surréaliste. Le long du sentier, des panneaux explicatifs décrivent le mécanisme de formation des fumerolles et des sources de vapeur sulfureuse, ainsi que l’écologie végétale particulière des environs — en raison de la forte acidité du sol et des températures élevées, seules quelques plantes très résistantes parviennent à survivre ici, formant un paysage unique de « steppe géothermique ». Par temps clair, en regardant vers le nord depuis Xiaoyoukeng, on aperçoit au loin la ligne côtière de Jinshan et de Wanli, embrassant d’un seul regard tout le chemin parcouru. Cette sensation de « je suis vraiment monté d’aussi loin et d’aussi bas » est une expérience commune à tous les cyclistes qui relèvent le défi.
Chaleur humaine et saveurs locales en chemin
Bien que la majeure partie de la route Yangjin traverse des paysages forestiers, les abords du point de départ côté Jinshan conservent plusieurs éléments locaux qui méritent une halte. Le vieux quartier de Jinshan est réputé pour ses produits à base de patate douce — croustillants, glacés ou rôtis, ils figurent parmi les choix favoris des visiteurs. Après avoir relevé le défi, les cyclistes se retrouvent souvent autour du vieux quartier dans une petite échoppe pour se récompenser d’un bol de nouilles fumantes ou d’une spécialité locale. Jinshan dispose également de sources chaudes, avec plusieurs établissements thermaux disséminés dans la région. De nombreuses équipes de cyclistes ont d’ailleurs inscrit « pédaler sur Yangjin, se détendre dans les sources chaudes » comme programme fixe du week-end, utilisant la chaleur des sources pour soulager les courbatures accumulées pendant la montée — une combinaison parfaite entre effort et détente.
Les prises du port de pêche de Jinshan sont également une spécialité locale. En début d’après-midi, on voit souvent arriver des fruits de mer fraîchement débarqués. Les cyclistes amateurs de produits de la mer peuvent donc planifier leur sortie pour la mi-journée et, après la descente, se rendre directement autour du port pour déguster des poissons de saison fraîchement pêchés, vivant ainsi une expérience complète allant de la montagne à la mer, de la sueur aux papilles. Cette combinaison — « une seule sortie à vélo, deux paysages, une multitude de plaisirs sensoriels » — est précisément ce qui fait que la route Yangjin attire année après année les cyclistes qui reviennent sans cesse.
Des tranches de paysage saisonnières
La route Yangjin offre des visages différents à chaque saison. Au printemps (mars-avril), le parc national de Yangmingshan entre dans sa saison des fleurs : le long du parcours et dans les environs de Zhuzihu et de Qingtiangang, les azalées et les callas s’épanouissent successivement, attirant une foule de visiteurs et de photographes. Les cyclistes peuvent admirer ces couleurs éclatantes en pédalant, mais doivent aussi rester attentifs au risque accru de circulation les jours de week-end. En été (juin-août), malgré la chaleur accablante, les forêts enveloppées de brume aux premières heures du matin sont d’une tranquillité exceptionnelle. De plus, comme la végétation est clairsemée autour de Xiaoyoukeng, lorsque le soleil de l’après-midi frappe directement la zone géothermique, le spectacle des vapeurs qui s’élèvent en volutes est particulièrement spectaculaire — un sujet de prédilection pour les photographes.
À l’automne et en hiver (d’octobre à février de l’année suivante), la mousson du nord-est apporte brume et pluie plus fréquentes, et les températures en montagne chutent nettement. Autour de Xiaoyoukeng, on peut parfois assister à de magnifiques mers de nuages tourbillonnantes, et avec un peu de chance, même capturer le phénomène spectaculaire de la « cascade de nuages » — des couches de nuages qui dévalent le relief des vallées comme une chute d’eau. C’est, pour de nombreux cyclistes chevronnés, « la plus belle image saisonnière de la route Yangjin ». Bien sûr, la pratique hivernale s’accompagne aussi de défis : vents forts, basses températures et chaussée glissante augmentent les risques. Il est recommandé de bien se couvrir et d’évaluer prudemment les conditions météorologiques avant de partir.
Ce que cette route représente pour les cyclistes
Pour beaucoup de cyclistes qui arpentent la route Yangjin depuis des années, cette route dépasse largement le simple entraînement ou le « check-in » sur les réseaux sociaux. C’est un terrain d’épreuve pour les débutants qui veulent prouver qu’ils peuvent réussir leur première vraie montée, un examen régulier pour les plus expérimentés qui veulent jauger leur condition physique, et un espace social où l’on se retrouve entre amis le week-end, pédalant tout en discutant, partageant sueur et paysages. Certains cyclistes choisissent même de refaire la route Yangjin spécialement pour leur anniversaire ou une date commémorative, reliant ainsi l’expérience du vélo à des jalons personnels et conférant à cette route une signification émotionnelle plus intime.
Debout sur le parking du centre des visiteurs de Xiaoyoukeng, à regarder la vapeur s’échapper sans fin des fissures du sol, puis en se retournant vers la longue route parcourue en montée, beaucoup ressentent une satisfaction indicible — celle d’un accomplissement gagné à la force des jambes, coup de pédale après coup de pédale, que nul autre moyen de transport ne peut remplacer. Xiaoyoukeng sur la route Yangjin n’est pas qu’un simple itinéraire : c’est, dans la mémoire collective des cyclistes de Taipei, ce chemin de pèlerinage à vélo qui relie l’océan au volcan, la sueur aux paysages.
Conseils pour ceux qui tentent l’aventure pour la première fois
Si vous vous apprêtez à relever pour la première fois le défi de la route Yangjin jusqu’à Xiaoyoukeng, optez de préférence pour un départ matinal un jour de semaine par temps clair. Vous éviterez ainsi la foule du week-end et disposerez de plus de temps pour admirer tranquillement les paysages en chemin, sans manquer les images uniques où se mêlent brume et géothermie. Prévoyez suffisamment d’eau et de ravitaillement, portez des vêtements adaptés pour le froid comme pour le soleil, et gardez votre téléphone ou votre appareil photo à portée de main : le paysage géothermique de Xiaoyoukeng mérite amplement que l’on s’arrête pour appuyer plusieurs fois sur le déclencheur.
Après avoir relevé le défi, ne redescendez pas précipitamment. Prenez le temps de vous asseoir près du centre des visiteurs, de sentir la brise de montagne sur votre visage et d’écouter le grondement sourd des émissions souterraines, laissant le corps et l’esprit se poser. Ce périple à vélo qui part de la côte de Jinshan pour atteindre un cratère encore en respiration mérite d’être savouré avec le plus grand détachement, en appréciant chaque paysage et chaque respiration.
Les souvenirs de la route Yangjin dans les équipes
Dans le cercle des cyclistes du nord, presque chaque équipe expérimentée a sa propre histoire avec la route Yangjin. Certaines équipes programment leur première sortie groupée annuelle sur la route Yangjin, comme point de départ du cycle d’entraînement de l’année ; d’autres choisissent de relever à nouveau ce parcours lors d’occasions spéciales comme l’anniversaire d’un coéquipier ou une retraite, gravant des moments importants de la vie dans la sueur et les paysages. Beaucoup de cyclistes ont aussi découvert sur la route Yangjin, pour la première fois, que « la montée est certes douloureuse, mais la satisfaction d’atteindre le sommet dépasse de loin la peine du processus », et se sont ainsi pris de passion pour les défis de longue distance, progressant de la route Yangjin jusqu’au Wuling, au mont Hehuan, et même jusqu’à s’attaquer aux cols classiques à l’étranger.
Il y a aussi un groupe de cyclistes plus âgés qui ont découvert le vélo de route après la retraite et qui ont fait de la route Yangjin leur parcours hebdomadaire en semaine. Ils se retrouvent à quelques-uns à l’aube, pédalent en bavardant, et apprécient ce rythme de vie où « le vélo crée des liens ». Pour eux, la vitesse et le classement ne sont plus l’essentiel ; ce qui compte, c’est de pouvoir chaque semaine s’éloigner de l’agitation urbaine et trouver sa propre sérénité entre montagnes et paysages marins. Cette participation intergénérationnelle et de tous niveaux fait de la route Yangjin un parcours véritablement « accessible à tous, jeunes et moins jeunes ».
Le parc national de Yangmingshan vu depuis le vélo
Beaucoup de gens gardent du parc national de Yangmingshan l’image des floraisons saisonnières ou des activités touristiques comme le téléphérique et les bus. Mais en grimpant lentement à vélo, on perçoit une toute autre dimension. En voiture, il suffit d’une quinzaine de vingt minutes pour atteindre le sommet, les paysages défilent en un éclair ; mais à vélo, parce que la vitesse est lente et l’effort physique important, on a bien plus d’occasions de remarquer les changements de végétation au fil de l’altitude — des forêts de feuillus de basse altitude, on passe progressivement aux forêts secondaires et aux paysages de roseaux de moyenne altitude, pour finalement atteindre le terrain géothermique quasi désertique autour de Xiaoyoukeng. Cette transition écologique progressive ne peut être réellement ressentie qu’en se déplaçant de la manière la plus proche de la terre.
Il n’est pas rare non plus de croiser par hasard la faune sauvage pendant la montée. Dans les zones montagneuses, on peut parfois voir des groupes de macaques de Taïwan s’activer au bord de la route, rappelant aux cyclistes de ne surtout pas les nourrir ni s’en approcher délibérément, mais de les observer à distance raisonnable ; à l’aube ou au crépuscule, avec un peu de chance, on peut aussi entendre le chant des perdrix de bambou ou d’autres oiseaux traverser les bois, ajoutant une touche de vitalité naturelle à une montée qui ne comptait jusqu’alors que le souffle et le bruit des engrenages.
En guise de conclusion : la route Yangjin qui appartient à chacun
Si le Xiaoyoukeng de la route Yangjin est devenu un classique, ce n’est pas seulement grâce à sa difficulté modérée ou à son sommet géothermique spectaculaire, mais surtout parce qu’il porte les histoires personnelles de tant de cyclistes différents — certains y ont relevé leur premier vrai défi de montée, d’autres y ont vu la courbe de leurs progrès physiques, et d’autres encore y trouvent simplement un coin où reprendre leur souffle et dialoguer avec eux-mêmes dans une vie trépidante.
Que vous veniez avec l’ambition de conquérir les chiffres du dénivelé, ou simplement pour admirer ce paysage unique où se mêlent mer et montagne, vapeurs géothermiques et brumes, la route Yangjin répondra à l’effort de chaque cycliste à son propre rythme. La prochaine fois que vous planifierez une sortie dans le nord, n’hésitez pas à remettre le Xiaoyoukeng de la route Yangjin dans votre liste, et à redécouvrir à coups de pédales cette distance qui va de l’océan au volcan. Vous vivrez une expérience unique, bien à vous.
Suggestions d’itinéraire : intégrer la route Yangjin dans une journée complète sur la côte nord
Ce serait un peu dommage de ne considérer le Xiaoyoukeng de la route Yangjin que comme un simple défi isolé — la région peut en réalité se combiner en une riche journée de petite randonnée cycliste sur la côte nord. Après avoir relevé le défi de la montée au petit matin depuis Jinshan, on peut redescendre et longer la route provinciale 2 vers l’est pour visiter le géoparc de Yehliu et admirer la célèbre Reine et les rochers en champignon ; vers l’ouest, on peut se diriger vers Wanli et Keelung, en longeant le littoral pour ressentir l’immensité marine, si différente de la montagne. Ce programme « d’abord la montagne, ensuite la mer » permet à une seule sortie de couvrir merveilles géologiques, paysages forestiers et panoramas côtiers, une richesse bien supérieure à un simple enchaînement de montées.
Pour les cyclistes qui préfèrent prendre leur temps, on peut aussi envisager de scinder la route Yangjin sur deux jours : le premier après-midi, pédaler jusqu’aux environs de Jinshan pour explorer, puis s’installer dans une maison de sources chaudes pour se détendre ; le lendemain à l’aube, s’attaquer à la route Yangjin en léger, sans la fatigue du corps, pour aborder la montée dans les meilleures conditions. Les sources chaudes autour de Jinshan sont pour la plupart des eaux bicarbonatées sodiques faiblement alcalines ; après le bain, la peau est douce et lisse, ce qui est particulièrement bénéfique pour soulager les courbatures après une longue sortie. C’est un secret de récupération bien gardé par de nombreux cyclistes chevronnés.
Pour les familles qui souhaitent faire découvrir l’éducation naturelle du parc national de Yangmingshan à leurs enfants, on peut aussi envisager de ne pas chercher la performance et de faire de la route Yangjin un parcours d’exploration naturelle en famille. On s’arrête devant les panneaux d’interprétation pour expliquer aux enfants la géologie et l’écologie, faisant du vélo non plus seulement un sport, mais une véritable leçon de nature en plein air. Autour de Xiaoyoukeng, des sentiers et des installations d’interprétation bien aménagés en font un point d’arrivée idéal pour une sortie en famille, permettant aux enfants d’observer de près les fumerolles et les cristaux de soufre, et d’éveiller leur intérêt et leur connaissance des paysages géologiques particuliers de Taïwan.
Cette diversité d’usages est aussi la raison pour laquelle le Xiaoyoukeng de la route Yangjin ne se démode pas et continue d’attirer toutes sortes de cyclistes — ce n’est pas seulement un parcours de montée qui teste l’endurance, c’est aussi une porte ouverte sur les riches ressources humaines et naturelles de la côte nord, attendant que chaque cycliste, à sa manière, découvre les histoires uniques de cette terre.
Des souvenirs de pédalage tissés de lumière et d’odeurs
Les cyclistes qui ont emprunté plusieurs fois la route Yangjin disent souvent que ce qui reste en mémoire, ce n’est pas seulement le paysage visuel, mais une expérience sensorielle multiple. À Jinshan, le point de départ, la brise marine porte une odeur saline et humide ; à mesure que l’altitude augmente, elle est peu à peu remplacée par les senteurs herbacées de la forêt ; et près de Xiaoyoukeng, elle se transforme en l’âcre parfum caractéristique du soufre — en seulement 17,8 kilomètres, les couches d’odeurs perçues par le nez sont d’une richesse et d’une variété surprenantes, une découverte inattendue pour bien des cyclistes.
Les jeux de lumière sont tout aussi spectaculaires. Au départ à l’aube, le ciel côté Jinshan est encore teinté de tons rose-violet d’avant le lever du soleil ; en grimpant dans la forêt, la lumière filtre à travers les cimes et dessine des taches mouchetées ; dans les enchaînements de virages du milieu, les nuages et la brume enveloppent souvent la route, la lumière apparaît et disparaît, créant un effet visuel presque cinématographique ; à l’arrivée à Xiaoyoukeng, si le timing est bon, on peut tomber sur le spectacle magnifique de la lumière matinale frappant directement la zone géothermique, les vapeurs s’élevant en volutes. Ces instants de lumière et d’ombre, impossibles à planifier, sont aussi la raison pour laquelle de nombreux photographes reviennent sans cesse sur la route Yangjin.
La stratification des sons mérite aussi qu’on s’y attarde. Les cris des mouettes près du port, les chants de coqs et les aboiements de chiens dans les hameaux périphériques, les insectes et les oiseaux dans la forêt, son propre souffle lourd et le bruit des engrenages dans les enchaînements de virages en montée, puis, à l’arrivée à Xiaoyoukeng, le sifflement grave et continu des fumerolles souterraines qui prend le relais — cette succession de sons, c’est comme une bande-son soigneusement composée par la nature pour le cycliste, du tumulte au calme, des fumées humaines au pouls primitif des profondeurs de la terre, interprétant pleinement ce voyage qui traverse à la fois l’espace et les émotions, de l’océan au volcan.
Ce sont précisément ces détails sensoriels impossibles à quantifier qui font du Xiaoyoukeng de la route Yangjin bien plus qu’un simple parcours sportif, mais un paysage intérieur que de nombreux cyclistes aiment à revivre et à redécouvrir sans cesse. À chaque sortie, même si les chiffres du dénivelé restent identiques, la lumière, les odeurs et les sons perçus présentent toujours de subtiles différences. C’est pourquoi, même après l’avoir parcourue dix ou vingt fois, les cyclistes chevronnés disent encore : « La route Yangjin, elle vaut toujours la peine d’être refaite. »
Épilogue : une raison de revenir
Chaque cycliste a sans doute, quelque part, une route qui, à une certaine saison, dans une certaine humeur, fait soudain naître l’envie « d’aller la refaire ». Pour les cyclistes du nord, le Xiaoyoukeng de la route Yangjin joue souvent ce rôle — ce n’est pas le parcours le plus difficile, ni le défi le plus long, mais son histoire géologique unique, sa richesse sensorielle, et cette narration spatiale qui monte du niveau de la mer jusqu’au cratère volcanique, lui confèrent un attrait difficilement remplaçable.
Si cela fait longtemps que vous n’avez pas roulé sur cette route, pourquoi ne pas repartir un matin où le ciel est dégagé ? Vous découvrirez que, même si le tracé et le dénivelé restent les mêmes, chaque sortie — l’humeur, la condition physique, les personnes et les paysages rencontrés en chemin — ajoute une nouvelle couche de mémoire à cette route familière. C’est peut-être là la raison la plus émouvante pour laquelle le Xiaoyoukeng de la route Yangjin continue d’être inscrit dans la mémoire collective des cyclistes de Taipei, et c’est aussi cette connexion authentique entre soi et la terre que tout amoureux du vélo cherche toute sa vie.
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