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Décélération en courbe et explosion à la sortie : quantification de l'accumulation micro-anaérobie et de la valeur de la préservation du réservoir W' lors d'un passage en courbe fluide

Science de l’entraînement
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1. Introduction et contexte de la recherche de pointe

Dans le monde du cyclisme de compétition, le roulage sur le plat et la production de puissance en montée occupent souvent la majeure partie des plans d’entraînement et des analyses scientifiques. Cependant, pour les contre-la-montre ou les courses en circuit comportant de nombreux virages, demi-tours et sections techniques, la clé de la victoire se cache souvent dans les détails apparemment insignifiants de la « gestion des virages ». Plus particulièrement, dans le contexte spécifique du terrain et de la culture de course taïwanaise, qu’il s’agisse des épingles à cheveux successives en descente du « Vent et Épée » (Feng Zhong Jian) sur le mont Yangming, des virages serrés balayés par le vent latéral sur la route côtière de la côte nord, ou des fréquents demi-tours à 180 degrés dans les courses en circuit, chaque décélération et ré-accélération ne représente pas seulement une perte de temps, mais constitue également une « dette invisible » prélevée silencieusement sur le réservoir d’énergie anaérobie du corps humain (W’).

L’analyse de puissance traditionnelle se concentre excessivement sur la puissance normalisée (NP) et le facteur d’intensité (IF), négligeant souvent la consommation dynamique du système énergétique anaérobie sous intensité variable. Ces dernières années, la recherche en science du sport sur le « modèle dynamique d’équilibre W’ » (W’bal Dynamics Model) a fait des progrès majeurs. Le modèle W’bal, proposé par Skiba et al. en 2012, a été le premier à quantifier la consommation et la récupération de l’énergie anaérobie à l’aide d’une fonction de décroissance exponentielle, permettant aux entraîneurs et aux athlètes de « visualiser » combien chaque dépassement de la puissance au seuil fonctionnel (FTP) emprunte sur le réservoir d’énergie futur.

Cependant, ce modèle présente encore une zone d’ombre majeure dans son application pratique : il suppose que la production de puissance est un flux de données continu et lisse, mais il ne peut pas capturer avec précision l’impact sur le W’ des pics de puissance extrêmement élevés (>120 % FTP) générés en peu de temps (<5 secondes) par la décélération dans les virages et l’explosion à la sortie. Une analyse des données de puissance du contre-la-montre individuel des Championnats du Monde UCI 2023 a montré que sur les parcours sinueux, les cyclistes d’élite subissent en moyenne un cycle « freinage-sprint de sortie de virage » toutes les 90 secondes, avec des fluctuations de puissance dépassant 300 watts à chaque cycle. Ces fluctuations violentes au niveau micro, une fois lissées par le calcul traditionnel de la puissance moyenne sur 3 ou 5 secondes, sont souvent gravement sous-estimées.

Cet article examinera en profondeur, sous les angles jumeaux de la physiologie de l’exercice et de la biomécanique, le coût physique de chaque virage, et démontrera, à travers des modèles quantitatifs et des études de cas pratiques, comment une « prise de virage fluide » devient un atout stratégique clé pour préserver le réservoir de W’ dans les courses sinueuses et maintenir la dernière attaque avant la ligne d’arrivée.

2. Mécanismes fondamentaux de la physiologie de l’exercice et de la biomécanique

Pour comprendre l’impact de la décélération dans les virages sur le W’, il faut d’abord clarifier la nature physiologique du W’. Le W’ (W prime) représente la quantité totale de travail pouvant être effectuée au-dessus de la puissance au seuil fonctionnel (FTP). Sa base physiologique correspond principalement aux réserves du système des phosphates à haute énergie (ATP-PCr) dans les muscles squelettiques, à la capacité maximale de la glycolyse, ainsi qu’à la tolérance d’accumulation et de tamponnement des ions hydrogène (H⁺) qui en découle. Lorsque la puissance de pédalage dépasse la FTP, le corps commence à « puiser » dans le W’. Lorsque le W’ est épuisé, même si le système aérobie peut encore fournir de l’énergie, les muscles ne peuvent plus maintenir une production de puissance élevée en raison de l’accumulation de métabolites, ce qui entraîne une chute brutale de la puissance.

(1) Modèle de consommation micro-anaérobie lors de l’accélération en sortie de virage

Prenons l’exemple d’un cycliste de 70 kg qui doit accélérer de 25 km/h à 45 km/h à la sortie d’un virage. La variation d’énergie cinétique de ce processus peut être calculée avec précision à l’aide de la formule de la mécanique newtonienne :

[
\Delta E_k = \frac{1}{2} m (v_f^2 - v_i^2)
]

En substituant les valeurs (m = 70 kg cycliste + 8 kg vélo = 78 kg ; v_i = 25 km/h ≈ 6,94 m/s ; v_f = 45 km/h ≈ 12,5 m/s) :

[
\Delta E_k = 0,5 \times 78 \times (12,5^2 - 6,94^2) = 0,5 \times 78 \times (156,25 - 48,16) \approx 4 216 \text{ joules}
]

Ces 4 216 joules représentent le travail mécanique pur nécessaire pour augmenter l’énergie cinétique du corps et du vélo. Cependant, l’efficacité nette des muscles humains (Gross Efficiency) n’est que d’environ 20 à 25 %, de sorte que la dépense énergétique chimique réelle est d’environ 17 000 à 21 000 joules (environ 4 à 5 kcal). Parmi ceux-ci, lorsque la production de puissance instantanée dépasse la FTP (supposée être de 300 W), la partie excédentaire est fournie par le W’. En supposant que la puissance moyenne de l’accélération en sortie de virage soit de 600 W pendant 8 secondes, le travail total effectué est de 4 800 joules. La partie dépassant la FTP est de (600-300) W × 8 s = 2 400 joules, ce qui représente la consommation de W’ pour une seule sortie de virage.

(2) Équilibre dynamique W’bal et effet de superposition des fluctuations micro

La formule du modèle W’bal de Skiba est la suivante :

[
W’{bal} = W’{0} - \int_{0}^{t} (P_{ex} - P_{CP}) e^{-\frac{(t-u)}{\tau}} du
]

Où ( P_{CP} ) est la puissance critique (équivalente à la FTP), ( P_{ex} ) est la puissance instantanée, et ( \tau ) est la constante de temps de récupération (généralement liée à l’intensité relative de la puissance). Ce modèle révèle deux faits importants : premièrement, la consommation de W’ est cumulative ; même si chaque virage ne consomme que 2 000 à 3 000 joules, sur un parcours comportant 20 virages, la consommation totale atteindra 40 000 à 60 000 joules, soit l’équivalent de 2 à 3 fois la réserve totale de W’ d’un cycliste de 70 kg (environ 20 000 à 25 000 joules). Deuxièmement, la récupération du W’ prend du temps et son taux est inversement proportionnel à la production de puissance actuelle. Dans des virages consécutifs, si l’intervalle entre deux sprints de sortie de virage est trop court (<30 secondes), la récupération du W’ sera bien inférieure à la consommation, ce qui entraînera une diminution « en escalier » du réservoir d’énergie.

(3) Effet exponentiel de la vitesse d’entrée dans le virage sur l’efficacité globale

La résistance de l’air est proportionnelle au carré de la vitesse, selon la formule ( F_d = 0,5 \rho C_d A v^2 ). Lorsque la vitesse passe de 25 km/h à 45 km/h, la résistance de l’air augmente pour atteindre 3,24 fois sa valeur initiale. Cela signifie que si l’on peut maintenir une vitesse plus élevée avant d’entrer dans le virage (par exemple, entrer à 40 km/h et ne décélérer qu’à 35 km/h plutôt qu’à 25 km/h), bien que la perte due au freinage avant le virage augmente légèrement, le déficit d’énergie cinétique à combler après la sortie du virage sera considérablement réduit. En prenant le même objectif de vitesse de 45 km/h comme exemple, si la vitesse d’entrée dans le virage est de 35 km/h (nécessitant une accélération à 45 km/h à la sortie), le déficit d’énergie cinétique n’est que de :

[
\Delta E_k = 0,5 \times 78 \times (12,5^2 - 9,72^2) \approx 2 387 \text{ joules}
]

Par rapport à l’accélération depuis 25 km/h (4 216 joules), chaque virage permet d’économiser environ 1 829 joules de travail mécanique, ce qui se traduit par une réduction de la consommation de W’ d’environ 1 000 à 1 500 joules. Sur une course comportant 20 virages, cela signifie que l’on peut préserver plus de 20 000 à 30 000 joules d’énergie anaérobie, suffisants pour soutenir un sprint final à pleine puissance sur le dernier kilomètre.

3. Mesures réelles des paramètres clés et analyse comparative

Afin de présenter concrètement l’impact des différentes stratégies de prise de virage sur la consommation de W’, voici une comparaison simulée de trois scénarios typiques de prise de virage. Paramètres du scénario : poids du cycliste 70 kg, poids du vélo 8 kg, FTP 300 W, réserve initiale de W’ 22 000 joules, longueur totale du parcours 20 km, comprenant 15 virages à vitesse moyenne ou élevée.

Paramètre Scénario A : Freinage brutal Scénario B : Fluide et régulier Scénario C : Entrée en virage extrême
Vitesse d’entrée dans le virage (km/h) 42 42 45
Vitesse minimale en sortie de virage (km/h) 22 30 36
Vitesse cible en sortie de virage (km/h) 45 45 45
Déficit d’énergie cinétique par virage (joules) 4 980 3 120 1 890
Consommation de W’ par virage (joules) 3 200 1 950 1 150
Consommation totale de W’ sur 15 virages (joules) 48 000 29 250 17 250
W’ restant estimé (joules) -26 000 (épuisé) -7 250 (épuisé) 4 750 (préservé)
Puissance moyenne sur les 5 derniers km (W) 285 (forte dégradation) 310 (légère dégradation) 345 (maintien d’un niveau élevé)

Interprétation des données :
Le tableau ci-dessus montre clairement que dans le scénario A (freinage brutal), le W’ est épuisé prématurément dans la seconde moitié de la course, ce qui entraîne un effondrement de la puissance. Même avec une excellente base aérobie, il est impossible de compenser l’effondrement de l’efficacité de contraction musculaire après l’épuisement du réservoir d’énergie anaérobie. Le scénario B (fluide et régulier) peut maintenir difficilement une vitesse moyenne, mais la capacité de sprint final est déjà considérablement réduite. Seul le scénario C (entrée en virage extrême), en augmentant la vitesse d’entrée dans le virage et en optimisant la trajectoire, parvient à préserver près de 5 000 joules de W’, ce qui est suffisant pour soutenir un sprint final à pleine puissance de 500 W pendant 10 secondes.

Examinons plus en détail la proportion de consommation de W’ selon les différents types de parcours :

Type de parcours Densité de virages (virages/km) Consommation de W’ par tour (joules) Proportion du W’ total
Course en circuit sur le plat (ex. Tour de Hualien-Taitung) 0,8 18 000 82 %
Contre-la-montre vallonné (ex. Vent et Épée) 1,5 25 000 114 % (nécessite une récupération)
Contre-la-montre en montagne (ex. Wuling) 0,5 8 000 36 % (principalement en montée)

Ces données soulignent que dans les courses de montagne à faible densité de virages, le W’ est principalement consommé lors des attaques en montée ; mais dans les courses en circuit et vallonnées à forte densité de virages, la technique de prise de virage devient le facteur dominant déterminant la quantité de W’ préservée.

4. Plan d’entraînement périodisé et guide de réglage de l’équipement

Pour améliorer la fluidité de la prise de virage et réduire la consommation de W’, une intervention systématique doit être menée sur trois aspects : le « contrôle neuromusculaire », la « réserve de puissance anaérobie » et le « réglage de l’équipement ».

(1) Phase d’adaptation neuromusculaire (semaines 1 à 4) : entraînement à la perception géométrique des virages

L’objectif de cette phase est d’établir une « mémoire implicite » entre le cerveau et les muscles concernant la trajectoire et la vitesse dans les virages, réduisant ainsi le freinage excessif causé par la panique dans les virages serrés.

Jour d’entraînement Contenu de la séance Intensité/zone spécifique Remarques
Mardi Entraînement au slalom entre cônes : 10 cônes espacés de 15 mètres, slalom à haute vitesse Zone de fréquence cardiaque Z2~Z3 (puissance 60-75 % FTP), pas de pédalage dans les virages, se concentrer sur la trajectoire extérieur-intérieur-extérieur Récupération de 2 minutes entre chaque passage, 8 passages au total
Jeudi Sortie rythmée en descente avec virages : trouver une descente de 3 km avec 6 à 8 virages consécutifs Puissance maintenue en Z2 (55-65 % FTP), vitesse déterminée par la géométrie du virage, freinage brusque strictement interdit Se concentrer sur le guidage du regard et le transfert du centre de gravité
Samedi Intégrer le défi du « virage sans frein » dans une sortie d’endurance longue distance Fréquence cardiaque Z2, 3 heures au total, à chaque virage, seul un ralentissement anticipé de la cadence est autorisé, l’utilisation des freins est interdite Cet entraînement doit être effectué sur une route fermée ou avec très peu de circulation

(2) Phase de réserve de puissance anaérobie (semaines 5 à 8) : entraînement au sprint de sortie de virage

Renforcer la capacité de production de puissance élevée au moment de la sortie du virage, améliorer l’efficacité de recrutement neuromusculaire, afin de combler chaque déficit d’énergie cinétique plus rapidement.

Jour d’entraînement Contenu de la séance Intensité/zone spécifique Exigence de récupération
Mercredi Intervalles de sprint en sortie de virage : sur une section plate, simuler une sortie de virage, accélérer à pleine puissance pendant 10 secondes depuis 25 km/h jusqu’à plus de 45 km/h Pic de puissance >130 % FTP, puissance moyenne >110 % FTP Après chaque répétition, 5 minutes de récupération en Z1, répéter 6 à 8 fois
Vendredi Intervalles micro-anaérobies 30/30 : 30 secondes à 120 % FTP, suivies de 30 secondes de récupération en Z1 Puissance : 120 % FTP / récupération 40 % FTP Durée totale de l’entraînement 20 minutes, 10 séries au total
Dimanche Contre-la-montre sur parcours simulé : 2 fois 10 km sur le parcours de course réel Objectif NP à 95 % FTP, enregistrer les vitesses d’entrée et de sortie de chaque virage 20 minutes de repos entre les deux tentatives, utiliser un capteur de puissance tout au long

(3) Guide de réglage de l’équipement

  1. Pression des pneus : Pour les parcours sinueux, il est recommandé de réduire la pression des pneus de 10 à 15 psi (par exemple de 100 psi à 85-90 psi) afin d’augmenter la surface de contact et l’adhérence latérale dans les virages, permettant des vitesses d’entrée plus élevées. Cependant, il faut noter qu’une pression trop basse augmente la résistance au roulement ; il est nécessaire de trouver le point d’équilibre optimal par des tests réels.
  2. Géométrie du cadre et position de pédalage : Dans les virages, la pédale extérieure doit être placée en bas (position 6 heures), le centre de gravité doit être reculé et le haut du corps abaissé, afin d’augmenter la limite d’inclinaison du vélo. En même temps, le genou intérieur doit être légèrement rentré pour éviter tout contact avec la roue avant.
  3. Choix du braquet : Pour l’accélération en sortie de virage, le braquet doit permettre de maintenir une cadence de 90 à 100 rpm, afin de garantir que la production de puissance se situe dans la zone d’efficacité musculaire maximale, évitant ainsi une consommation supplémentaire de W’ due à un pédalage trop lourd.

5. Ravitaillement, adaptation à l’environnement et stratégie de course

La consommation et la récupération du W’ ne dépendent pas uniquement de la production de puissance, mais sont également fortement influencées par l’environnement métabolique énergétique. Dans les courses sinueuses, en raison de la proportion plus élevée de métabolisme anaérobie, le taux de consommation de glycogène musculaire augmentera de 30 à 50 % par rapport à un cyclisme purement aérobie. Par conséquent, la stratégie de ravitaillement doit être ajustée en conséquence.

(1) Recommandations quantitatives pour l’apport en glucides

  • 3 heures avant la course : Consommer 2 à 3 g/kg de poids corporel de glucides (pour un cycliste de 70 kg, environ 140 à 210 grammes), en privilégiant les sources à indice glycémique (IG) bas, comme le pain complet, l’avoine, afin de maintenir un apport en glucose sanguin stable.
  • Chaque heure pendant la course : Consommer 60 à 90 grammes de glucides (environ 240 à 360 kcal), en utilisant un mélange de glucose et de fructose dans un rapport de 2:1 pour maximiser le taux d’absorption intestinale (1,2 à 1,7 g/min par heure). Dans les sections sinueuses, comme le rythme est interrompu, il est recommandé d’alterner gels énergétiques et ravitaillement liquide, en évitant les aliments solides qui alourdissent la digestion.
  • 10 minutes avant le sprint final : Un apport supplémentaire de 25 grammes de glucides à indice glycémique élevé (IG élevé) (comme des bonbons énergétiques, de la gelée de glucose) peut être pris pour reconstituer rapidement le glucose sanguin et fournir un carburant immédiat pour le sprint final.

(2) Gestion de l’hydratation et des électrolytes

Le métabolisme anaérobie accélère la perte d’électrolytes dans le corps, en particulier les ions sodium. Il est recommandé de consommer 500 à 750 ml de boisson électrolytique par heure (concentration en sodium de 400 à 600 mg/L). Dans les environnements chauds (comme les courses de la côte nord en été), la consommation d’eau doit être augmentée à 750 à 1 000 ml par heure, avec un supplément de magnésium et de potassium, afin de maintenir l’excitabilité neuromusculaire normale et d’éviter les crampes musculaires dues à un déséquilibre électrolytique qui forceraient à ralentir.

(3) Adaptation à l’environnement et rythme de course

  • Gestion de la chaleur : Effectuer un entraînement d’acclimatation à la chaleur 5 à 7 jours avant la course, en réalisant chaque jour 60 à 90 minutes de cyclisme en Z2 dans un environnement à plus de 30°C, afin de favoriser l’expansion du volume plasmatique (augmentation de 5 à 10 %) et d’améliorer l’efficacité de la dissipation thermique.
  • Sections de vent latéral (comme la côte ouest, la côte nord) : Dans les virages exposés au vent latéral, il faut choisir à l’avance une trajectoire d’entrée du côté sous le vent, en utilisant la direction du vent pour réduire la demande de puissance à la sortie du virage. En groupe, il faut éviter de rouler côte à côte dans les virages, afin d’éviter que les turbulences ne provoquent un écart de trajectoire et une perte de vitesse.

6. Erreurs courantes et idées reçues démystifiées par la science

Idée reçue n°1 : « Continuer à pédaler dans le virage permet de maintenir la vitesse et de réduire le besoin d’accélération à la sortie »
Démystification scientifique : Dans les virages avec une inclinaison supérieure à 30 degrés, le pédalage continu augmente le risque de contact de la pédale intérieure avec le sol (frottement de la pédale), et en raison de l’augmentation de la force latérale sur la roue motrice, peut provoquer un dérapage du pneu. De plus, en position inclinée, l’efficacité de transmission de la force de pédalage diminue considérablement, et peut même perturber la géométrie de passage du vélo en raison du transfert du centre de gravité. La bonne pratique est la suivante : effectuer le dernier coup de pédale avant d’atteindre le point de corde du virage, puis appuyer sur la pédale extérieure et lever la pédale intérieure, en utilisant l’élan pour passer le point de corde, et recommencer à pédaler au point de sortie du virage.

Idée reçue n°2 : « La perte d’énergie cinétique due au freinage est faible, cela ne vaut pas la peine de prendre des risques en augmentant la vitesse d’entrée dans le virage pour économiser un peu d’énergie »
Démystification scientifique : Cette idée reçue ignore complètement la relation quadratique entre l’énergie cinétique et la vitesse. Prenons l’exemple d’un freinage brusque de 45 km/h à 25 km/h : la perte d’énergie cinétique atteint 6 500 joules (travail mécanique). Si l’on convertit cette énergie en une production de puissance de 300 W, cela équivaut à gaspiller 21,7 secondes de cyclisme à la FTP. Sur une course de 15 virages, cela représente une perte de temps équivalente cumulée de plus de 5 minutes, qu’aucun moteur aérobie, même puissant, ne peut compenser.

Idée reçue n°3 : « Le W’ se récupère complètement après la course avec du repos, une consommation plus importante pendant la course n’est pas grave »
Démystification scientifique : La récupération du W’ n’est pas linéaire, mais suit une décroissance exponentielle. Selon le modèle de Skiba, lors d’une récupération à faible intensité (<FTP), la constante de temps de récupération est d’environ 300 à 600 secondes. Autrement dit, la récupération de 50 % du W’ prend 5 à 10 minutes, et la récupération de 90 % prend 20 à 40 minutes. Dans les courses sinueuses, l’intervalle entre deux virages est souvent inférieur à 2 minutes, de sorte que la récupération nette du W’ est extrêmement faible. Si l’on consomme excessivement dans la première moitié, on sera confronté dans la seconde moitié au dilemme « assez d’aérobie, pas assez d’anaérobie », ce qui rendra impossible de suivre le rythme du groupe à chaque sortie de virage.

Idée reçue n°4 : « Si la puissance moyenne affichée par le capteur de puissance est la même, cela signifie que le niveau de fatigue du corps est le même »
Démystification scientifique : La puissance moyenne (AP) et la puissance normalisée (NP) ne reflètent pas la consommation dynamique du W’. Si deux cyclistes ont la même AP et la même NP, mais que l’un d’eux a des fluctuations de puissance plus importantes (oscillations fréquentes de 0 à 700 W), sa consommation de W’ sera bien supérieure à celle de l’autre dont la puissance est stable (plage de 300 à 350 W). Des études montrent que pour chaque augmentation de 10 % du coefficient de variation (CV) de la puissance, la consommation de W’ augmente d’environ 15 à 20 %. Par conséquent, dans les courses sinueuses, la « régularité » est en soi une stratégie d’économie d’énergie.

7. FAQ des experts

Q1 : Comment puis-je utiliser les données de mon capteur de puissance pour déterminer si ma prise de virage consomme trop de W’ ?
R1 : Il est recommandé d’utiliser un logiciel doté d’une fonction de calcul du W’bal (comme le graphique d’équilibre W’ de TrainingPeaks, le modèle mFTP de WKO5). Lors de l’analyse post-course, concentrez-vous sur l’observation du pic de puissance et de la durée de chaque phase d’accélération en sortie de virage. Si la puissance d’une seule sortie de virage dépasse 130 % de la FTP et dure plus de 10 secondes, cela signifie que vous consommez trop de W’. Idéalement, l’accélération en sortie de virage doit être contrôlée entre 110 et 120 % de la FTP et la vitesse doit être rétablie en 5 à 8 secondes. De plus, vous pouvez vérifier le coefficient de variation (CV) de la puissance ; si le CV est supérieur à 15 %, cela signifie que votre rythme de pédalage est trop irrégulier et que vous devez renforcer votre entraînement à la technique de prise de virage.

Q2 : Dans un contre-la-montre en montée (comme Wuling), la gestion des virages est-elle également importante ?
R2 : Très importante, mais la stratégie est différente. Dans une course de montée, comme la vitesse est plus faible (généralement 15-25 km/h), l’influence de la résistance de l’air est réduite et la perte d’énergie cinétique dans les virages est relativement faible. Cependant, la composante gravitationnelle en montée signifie qu’à chaque ré-accélération après une décélération, il faut travailler contre la gravité, et la consommation de W’ peut même être plus élevée que sur le plat. Prenons l’exemple de l’étape de Wuling : dans les épingles à cheveux consécutives entre Kunyang et Wuling, si la vitesse de sortie de virage chute de 15 km/h à 10 km/h, le déficit d’énergie cinétique est faible, mais l’augmentation de l’énergie potentielle nécessaire pour la montée fera grimper la demande de puissance instantanée à 150 % de la FTP. Il est recommandé d’adopter une trajectoire plus large « extérieur-intérieur-extérieur » dans les virages en montée, en essayant de maintenir une vitesse supérieure à 15 km/h.

Q3 : Lors de l’entraînement à la prise de virage, comment garantir la sécurité et éviter les risques de chute ?
R3 : La sécurité est toujours la priorité absolue. Tout d’abord, assurez-vous de choisir une route fermée ou un lieu avec très peu de circulation pour l’entraînement. Ensuite, augmentez progressivement la vitesse d’entrée dans les virages, en n’augmentant que de 1 à 2 km/h à chaque fois. Il est recommandé d’utiliser un compteur GPS pour enregistrer la trajectoire et la vitesse dans les virages, et d’optimiser progressivement la trajectoire grâce à l’analyse des données. En ce qui concerne le matériel, vérifiez que les pneus sont en bon état, que la pression est adéquate, et utilisez un système sans chambre à air (Tubeless) pour réduire le risque de crevaison. De plus, il est recommandé de faire appel à un entraîneur expérimenté pour un encadrement individuel, en utilisant des caméras pour revoir la position du corps et le choix de la trajectoire.

Q4 : La consommation de W’ est-elle influencée par l’alimentation ou les compléments nutritionnels ?
R4 : Oui. La base physiologique du W’ comprend les systèmes ATP-PCr et glycolytique, qui dépendent tous deux des réserves de glycogène musculaire et de phosphocréatine (PCr). Des études montrent qu’une supplémentation en créatine (5 grammes par jour pendant 5 à 7 jours consécutifs) peut augmenter les réserves musculaires de PCr d’environ 10 à 20 %, augmentant ainsi la capacité totale du W’ et son taux de récupération. De plus, un apport suffisant en glucides pendant la course peut maintenir la concentration de glucose sanguin, favoriser l’efficacité de la glycolyse et retarder l’épuisement du W’. À l’inverse, en cas de déshydratation ou d’hypoglycémie, le taux de consommation du W’ augmentera considérablement et la récupération deviendra plus lente.

Q5 : Pour les courses de longue distance et sinueuses comme le One Day Taipei North ou le Double Tower, la stratégie de gestion du W’ est-elle différente ?
R5 : Ces courses durent de 12 à 20 heures et sont de très faible intensité (puissance moyenne d’environ 50-60 % de la FTP), sur de très longues distances. Dans ce contexte, le W’ n’est pas le facteur limitant principal, car la production de puissance dépasse rarement la FTP. Cependant, cela ne signifie pas que la gestion des virages n’est pas importante. Dans les courses de longue distance, les décélérations et ré-accélérations fréquentes entraînent une fatigue supplémentaire des fibres musculaires (non pas une fatigue métabolique, mais une fatigue neuromusculaire) et augmentent la dépense énergétique. Il est recommandé, dans les courses de longue distance, de privilégier le « maintien de la cadence » dans les virages, d’éviter les accélérations brutales, et d’utiliser l’effet de momentum du groupe pour réduire les fluctuations de puissance. L’objectif principal est de préserver la « fraîcheur » des muscles des jambes, plutôt qu’une simple gestion du réservoir d’énergie W’.

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