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Paris-Brest-Paris : une odyssée de 1 200 km sans sommeil

挑戰心得

Le PBP (Paris-Brest-Paris) est le défi cycliste d’ultra-distance le plus ancien et le plus prestigieux au monde. J’ai passé deux ans à me préparer, dans le seul but de boucler ce périple français de 1 200 km en moins de 90 heures.

Qu’est-ce que le PBP ?

Paris-Brest-Paris, ou PBP, se déroule tous les quatre ans et constitue le temple du randonneur. Le parcours part de la périphérie de Paris, file vers l’ouest jusqu’à Brest, en Bretagne, puis revient par le même chemin, pour un total d’environ 1 200 kilomètres. Les participants doivent terminer dans un délai de 90 heures (le groupe horaire le plus large), sans repos obligatoire en cours de route : chacun choisit combien rouler et combien dormir, mais le temps n’attend personne.

Pour obtenir sa qualification au PBP, il faut avoir bouclé, la même année, une série de brevets de 200, 300, 400 et 600 kilomètres, dans l’ordre. Ce parcours à lui seul constitue déjà une longue épreuve.

Deux années de préparation

J’ai commencé à me préparer sérieusement pour le PBP en 2022. La première année a été consacrée aux fondations : améliorer ma condition physique, travailler ma stratégie de ravitaillement pour les longues distances, et apprendre la technique des micro-siestes sur le vélo. Oui, vous avez bien lu : à ce niveau de défi, savoir maintenir sa capacité à rouler avec un minimum de sommeil est une discipline à part entière.

2023 a été l’année des qualifications. J’ai bouclé les 200 km en février, les 300 km en avril, les 400 km en juin et les 600 km en juillet. Chaque brevet était une répétition à petite échelle du PBP, qui m’a peu à peu habitué à l’état physique et mental exigé par le roulage longue durée.

Le brevet de 600 km reste particulièrement inoubliable. Je suis parti de Taipei, j’ai emprunté la route transversale du Sud jusqu’à Taitung, puis je suis revenu à Taipei. Je n’ai dormi que deux heures durant tout le trajet, effondré sur une chaise devant une supérette, la tête posée sur mon sac à dos. À mon réveil, mon corps était raide comme une planche, mais après une dizaine de minutes de vélo, tout est redevenu normal. Cette expérience m’a permis d’aborder le PBP avec une préparation mentale bien plus concrète.

Direction la France

En août 2023, je me suis envolé pour Paris avec six autres amis cyclistes taïwanais. Chacun avec son propre vélo, nous avons effectué les formalités d’inscription à Rambouillet, au sud de Paris. L’ambiance sur le site d’inscription ressemblait à un carnaval : plus de six mille coureurs venus du monde entier s’y étaient rassemblés, et l’air était chargé d’une odeur d’huile de chaîne et d’excitation.

La veille du départ, j’étais allongé dans mon lit d’hôtel, incapable de dormir. Ce n’était pas le décalage horaire : c’était le flot ininterrompu de coureurs poussant leur vélo sous ma fenêtre, le cliquetis du métal et les conversations dans mille langues qui donnaient vie à toute la petite ville.

Le départ : trouver son propre rythme parmi six mille coureurs

J’ai été affecté à la vague de départ de 16 heures. Quand le signal du départ a retenti, plus de six cents coureurs ont déferlé sur la route en même temps, un spectacle à donner la chair de poule. Mais je me suis répété : ne te laisse pas emporter par l’ambiance, roule à ton propre rythme.

Les 300 premiers kilomètres se sont déroulés dans l’obscurité. Les petites routes de campagne françaises étaient étonnamment silencieuses, et au-delà du faisceau de mes phares, tout n’était que noir. De temps à autre, en traversant un petit village, des habitants postés au bord de la route agitaient des cloches pour nous encourager — on se serait cru sur une étape du Tour de France.

Chaque point de contrôle (Contrôle) était un petit paradis de ravitaillement. Croissants, sandwichs au jambon, soupe chaude et café préparés par les bénévoles français devenaient, tous les quelques dizaines de kilomètres, quelque chose que j’attendais avec impatience. Ce qui m’a le plus touché, c’est l’attitude des bénévoles : même à trois heures du matin, ils accueillaient chaque coureur qui arrivait avec le sourire, tamponnaient les cartes et distribuaient de la nourriture.

Le demi-tour à Brest : un tournant psychologique

En arrivant à Brest, j’avais déjà parcouru près de 600 kilomètres en environ 36 heures. Au point de contrôle du demi-tour, je me suis autorisé deux heures de sommeil — allongé sur un matelas de fortune posé à même le sol d’un gymnase, entouré des ronflements et des gémissements de centaines d’autres coureurs tout aussi épuisés.

Mon état d’esprit après le demi-tour était totalement différent. À l’aller, Brest était un objectif clair, une source de motivation pour avancer. Mais au retour, l’objectif devenait Rambouillet, à 600 kilomètres de là — une distance qui, face à un corps épuisé, paraissait particulièrement lointaine.

L’enfer du troisième jour

Le deuxième jour du retour (le troisième jour au total) a été le moment le plus douloureux. Le manque de sommeil accumulé a commencé à provoquer des hallucinations : je voyais des arbres au bord de la route prendre forme humaine, une grange au loin ressembler à un château. Le moment le plus dangereux est survenu dans une descente, quand je me suis rendu compte que je roulais les yeux fermés — c’est le cri d’un coureur italien à mes côtés qui m’a réveillé.

Cet après-midi-là, j’ai pris une décision difficile : m’arrêter et dormir pour de bon. Sur l’herbe à côté d’un point de contrôle, enroulé dans une couverture de survie, j’ai dormi trois heures pleines. À mon réveil, je me sentais renaître. Le prix de ces trois heures fut une marge de temps plus serrée, mais je savais que c’était le bon choix.

Les 200 derniers kilomètres : la course contre la montre

Après ce sommeil, j’étais comme transformé. Sur les 200 derniers kilomètres, j’ai maintenu une allure stable à 25 km/h de moyenne, une belle performance pour des jambes ayant déjà parcouru 1 000 kilomètres. Sous la lumière du matin, la campagne française était d’une beauté presque irréelle — champs de blé dorés, vieilles églises de pierre, petites routes sinueuses — et si je n’avais pas été pressé par le temps, j’aurais vraiment aimé m’arrêter pour en profiter pleinement.

Sur les 50 derniers kilomètres, j’ai retrouvé Lao Zhang, mon compagnon de route taïwanais. Nous avons roulé côte à côte en silence, sans besoin de parler : notre seule présence l’un pour l’autre était le meilleur des encouragements.

Le sens de la ligne d’arrivée

Quand l’arche d’arrivée de Rambouillet est apparue dans mon champ de vision, mes yeux se sont immédiatement embués. Temps total : 87 heures et 22 minutes. Avant la fermeture des 90 heures, j’avais bouclé la plus longue sortie de ma vie.

À l’arrivée, un vieux monsieur français passait une médaille au cou de chaque finisseur. En posant cette lourde médaille de métal sur ma poitrine, il m’a dit doucement : « Bravo, vous l’avez fait. »

Retour au quotidien

Il a fallu deux semaines complètes après mon retour à Taïwan pour que mon corps se rétablisse totalement. Mais ce que le PBP m’a laissé ne se résume pas à une médaille et un chiffre : c’est une toute nouvelle compréhension des objectifs à long terme. Deux ans de préparation, quatre brevets de qualification, plus de dix mille kilomètres d’entraînement — tout cela s’est condensé dans ces 87 heures.

La leçon la plus importante que le PBP m’a enseignée est celle-ci : dans un défi d’ultra-distance, ce n’est pas la vitesse qui fait la différence, mais la constance. Savoir prendre les bonnes décisions au moment où l’on est le plus épuisé — quand manger, quand dormir, quand accélérer, quand ralentir — voilà le véritable secret pour boucler 1 200 kilomètres.

J’attends déjà avec impatience le prochain PBP, dans quatre ans.

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