Pédaler vers les trois sources célestes du Japon : le Tour du Mont Shirane de Kusatsu, un voyage thermal des vapeurs de Yubatake aux hauts plateaux enneigés

Au petit matin à Kusatsu, l’air est imprégné d’une odeur de soufre. Le Yubatake, au cœur de la ville thermale, dégage encore une vapeur blanche ; les conduits en bois acheminent l’eau bouillante de la source, la guidant de bassin en bassin, tandis que la brume se condense en un voile blanc dans l’air froid des dernières neiges du début de printemps. J’appuie mon vélo sur le côté, observant ce petit bourg thermal, l’un des « trois sources célèbres du pays » et le plus important du Japon en termes de débit, s’éveiller. Je me dis : dans un instant, je vais partir de cette vapeur chaude pour grimper jusqu’au haut plateau volcanique, à environ 2 000 mètres d’altitude.
C’est le premier choc que m’a offert le parcours du Tour du Mont Kusatsu-Shirane : ce n’est pas une simple montée, c’est un voyage qui vous mène de la vapeur des sources chaudes au haut plateau enneigé. Les chiffres du parcours en eux-mêmes ne sont pas impressionnants : environ 12,1 kilomètres, 957 mètres de dénivelé positif, une pente moyenne de 6,2 %, avec pour point d’arrivée le parking du volcan Shirane, à environ 2 000 mètres d’altitude. Mais derrière ces chiffres se dessinent la fumée des sources de Kusatsu, les paysages grandioses du haut plateau Shiga-Kusatsu, les reliefs volcaniques et sulfureux, ainsi que les murs de neige et l’air glacial, réservés à la période de fonte.
Certaines routes vous marquent par leurs chiffres, d’autres par leurs odeurs. Kusatsu appartient à la seconde catégorie : vous vous souviendrez toujours de cette odeur de soufre et de vapeur mêlées qui flotte au départ.
Dans cet article, je n’ai pas l’intention de parler de braquets et de puissance (ce sera le sujet d’un autre texte). Je veux, à la première personne, vous faire parcourir la géographie, l’histoire, les paysages, la culture et la gastronomie de cette route, et vous expliquer pourquoi un cycliste, pour Kusatsu, devrait se donner la peine d’amener son vélo dans les montagnes reculées de la préfecture de Gunma.
1. Les trois sources célèbres du pays : géographie et histoire de Kusatsu Onsen
Pour comprendre cette route, il faut d’abord comprendre la ville de Kusatsu.
Kusatsu Onsen se trouve dans le bourg de Kusatsu, au nord-ouest de la préfecture de Gunma. C’est l’un des « sanctuaires thermaux » les plus vénérés du Japon. Avec Arima et Shiro, elle forme ce que l’on appelle les « trois sources célèbres du pays », et ce dont Kusatsu est la plus fière, c’est son débit, qui serait le plus important du Japon — une telle abondance que la ville entière semble « flotter sur les sources chaudes ».
- Yubatake : le monument emblématique au centre de la ville thermale. L’eau bouillante jaillit des profondeurs, puis est canalisée et refroidie par une rangée de conduits en bois, les « yubiki », tout en récoltant les cristaux de source, les « yu-no-hana ». Le débit du Yubatake se compte en plusieurs milliers de litres par minute ; c’est l’image la plus classique de Kusatsu, et une fois éclairé la nuit, le spectacle est féerique.
- Yumomi (brassage de l’eau) : comme la source de Kusatsu est extrêmement chaude, les anciens ont développé une tradition consistant à brasser l’eau avec de grandes planches de bois pour la refroidir sans en diluer les qualités, au rythme de la chanson folklorique « Kusatsu Yumomi Uta ». C’est devenu une performance culturelle unique à Kusatsu. C’est la preuve d’une certaine poésie : transformer une « sagesse pratique » en « rituel culturel ».
La culture thermale de Kusatsu n’est pas un décor ; c’est la respiration même de la ville. Lorsque vous vous tenez près du Yubatake, que vous regardez la vapeur s’élever, que vous sentez le soufre et écoutez la mélodie du yumomi, vous comprenez : le point de départ de cette montée est en soi une destination.
2. La route du haut plateau Shiga-Kusatsu : la légende de la route vers le point culminant des routes nationales
Cette route qui grimpe depuis Kusatsu Onsen appartient à un itinéraire très célèbre dans les cercles cyclistes et automobiles japonais : la route du haut plateau Shiga-Kusatsu (route nationale 292).
Cette route nationale, communément appelée « route du haut plateau Shiga-Kusatsu », part de Kusatsu Onsen, traverse les secteurs de Shiga et Manza, et rejoint Shibu Onsen dans la préfecture de Nagano, sur environ 43 kilomètres. Ce qui la rend célèbre, c’est qu’elle abrite le point culminant des routes nationales du Japon (aux environs de Shibu-toge, à environ 2 172 mètres d’altitude). Autrement dit, lorsque vous roulez sur cette route, vous êtes sur une portion de « la route nationale la plus haute du Japon accessible en voiture ».
Notre parcours vers le mont Shirane part du côté de Kusatsu pour grimper jusqu’au parking du volcan Shirane, à environ 2 000 mètres d’altitude. Bien que nous n’atteignions pas le point culminant de Shibu-toge, cette portion suffit à vous faire comprendre ce que signifie « un paysage qui change de saison avec l’altitude » :
- Section de basse altitude : en quittant la ville thermale, la route est encore bordée de forêts et de verdure, et l’odeur de soufre s’estompe progressivement avec l’altitude.
- Section de moyenne altitude : les arbres se raréfient, la vue s’ouvre, et l’on commence à voir en contrebas le bassin de Kusatsu et les montagnes environnantes.
- Section de haute altitude : à l’approche du mont Shirane, la végétation devient basse, voire disparaît, laissant place aux reliefs volcaniques et sulfureux — roches nues, cristaux de soufre jaune pâle, un paysage désolé et grandiose, comme si l’on pédalait sur une autre planète.
Plus on monte, plus le monde devient silencieux et désolé. Lorsque la forêt reste derrière vous, qu’il ne reste que le vent et les paysages volcaniques, vous ressentez une étrange solitude et une immense liberté — c’est la récompense unique des grandes ascensions.
3. Le mont Shirane et Yugama : le lac de cratère vert émeraude
Près du point d’arrivée de cette route, ce qui coupe le souffle, c’est le mont Kusatsu-Shirane et son lac de cratère, « Yugama ».
Le mont Shirane est un volcan actif, et près de son sommet se trouve un lac de cratère nommé Yugama. Ce qui rend Yugama inoubliable, c’est sa couleur — ses eaux fortement acides présentent un vert émeraude / vert laiteux irréel, au milieu d’un environnement de cendres volcaniques blanches, tel un joyau serti dans une plaine désolée. Cette couleur provient du soufre et des minéraux dissous dans l’eau ; c’est un tableau peint par la nature et la géologie.
Il faut le rappeler : le mont Shirane étant un volcan actif, son activité peut affecter l’accès et la visite des environs — cette course a d’ailleurs été annulée une année en raison de l’activité volcanique, et la montagne est également soumise à des restrictions selon le niveau d’alerte volcanique. Ainsi, lorsque vous avez la chance de voir Yugama de vos propres yeux, considérez-le comme un cadeau que « la nature a bien voulu vous montrer », et faites preuve de respect.
Debout au point d’arrivée, à environ 2 000 mètres d’altitude, vous vous retournez sur toute la pente que vous venez de gravir avec vos jambes, et devant vous s’étend la désolation volcanique et (si vous pouvez la voir) le vert de Yugama. À cet instant, les 955 mètres de dénivelé prennent tout leur sens.
Ce qui rend Yugama si spécial, ce n’est pas seulement sa couleur, c’est aussi le fait qu’il soit la preuve directe d’un volcan « vivant ». Le relief de ce haut plateau — roches blanches nues, dépôts de soufre jaune pâle, plaine stérile — est le résultat de siècles d’activité volcanique. En pédalant au milieu de tout cela, on ressent intensément la petitesse de l’être humain : ici, tout est déterminé par les forces souterraines, et nous ne sommes que de simples passagers, autorisés à jeter un œil.
C’est aussi pour cette raison que l’accès et la visite autour du mont Shirane sont toujours réglementés en fonction du niveau d’alerte volcanique. Cette course a d’ailleurs été annulée une année en raison de l’activité volcanique, et l’ouverture ou la fermeture de la montagne obéit toujours au principe suprême de la sécurité. Alors si, le jour de votre venue, Yugama est caché par les nuages, ou si certaines zones sont interdites d’accès, ne soyez pas déçu — c’est la montagne qui vous rappelle que certains paysages dépendent de la chance, et du respect.
4. Une saison limitée : la période de fonte des neiges et le corridor de neige
Le Tour de Kusatsu est organisé au début du printemps, pendant la période de fonte des neiges. Ce choix confère à cette route une magie saisonnière introuvable ailleurs.
Au printemps, lorsque la route du haut plateau vient tout juste d’être rouverte après sa fermeture hivernale, des « corridors de neige » se forment de part et d’autre de la chaussée — d’imposants murs de neige vous encadrent, et vous pédalez comme dans un couloir blanc. Ce spectacle n’est visible que pendant la courte fenêtre de la fonte des neiges, juste après le déneigement ; c’est véritablement un « privilège de saison ».
Imaginez la scène : vous partez de la ville thermale de Kusatsu, où la vapeur s’élève, vous grimpez, il fait de plus en plus froid, et vous finissez par pénétrer sur une route de haute altitude bordée de murs de neige, votre haleine blanche se confondant avec la neige environnante. De la vapeur chaude aux murs de neige, cette route vous fait traverser toute une saison en à peine 12 kilomètres.
- Visuel : la vapeur blanche du Yubatake → la verdure nouvelle des forêts → le blanc des cendres volcaniques du haut plateau → le blanc pur des corridors de neige.
- Température : la chaleur de la ville thermale → la chaleur de l’effort en montée → le froid mordant de la haute altitude à l’arrivée.
- Odeurs : le soufre intense du départ → la fraîcheur de la forêt → l’air raréfié et glacial du haut plateau.
Cette expérience sensorielle à plusieurs niveaux, un home-trainer ne pourra jamais vous l’offrir. C’est aussi la raison pour laquelle, à mon avis, Kusatsu mérite que tout passionné de vélo et de voyage s’y rende en personne.
Pour vous donner une image plus concrète de ce voyage « qui change de saison avec l’altitude », voici un tableau récapitulatif :
| Section d’altitude | Visuel | Sensation thermique | Odeur / Son |
|---|---|---|---|
| Départ : Kusatsu Onsen | Vapeur blanche du Yubatake, ville thermale | Chaud | Soufre intense, chanson du yumomi |
| Section forestière de basse altitude | Arbres, verdure nouvelle | Échauffement de l’effort | Fraîcheur, bruit de la chaîne |
| Section dégagée de moyenne altitude | Vue sur le bassin de Kusatsu et les montagnes | Commence à faire frais | Le vent qui se renforce |
| Section volcanique de haute altitude | Plaine sulfureuse, (si visible) vert de Yugama | Mordant | Air raréfié et froid, silence |
| Corridor de neige | Murs de neige d’un blanc pur des deux côtés | Le plus froid | Le silence du vent coupé par les murs de neige |
Le passage du couloir de neige
Je veux écrire quelques lignes supplémentaires sur le couloir de neige. Lorsque vous pédalez dans cette section où les murs de neige s’élèvent de part et d’autre, vous ressentez une illusion très étrange — comme si toutes les couleurs du monde avaient été retirées, ne laissant que les murs blancs, la route grise, et la buée blanche que vous expirez. Les murs de neige coupent le vent ; parfois, vous entrez soudainement dans une section étrangement silencieuse, où vous n’entendez que la chaîne et votre respiration ; parfois, à un virage, le vent froid s’engouffre à nouveau, vous rappelant que vous êtes sur un plateau à près de deux mille mètres d’altitude.
Ce spectacle est précieux parce qu’il a une stricte « date de péremption ». Il n’apparaît que dans cette courte fenêtre où la route fermée en hiver vient d’être déneigée et rouverte, alors que la neige résiduelle n’a pas encore fondu. Trop tôt, la route n’est pas ouverte ; trop tard, la neige a fondu. Il faut venir à la bonne saison, par le bon temps, dans les bonnes conditions volcaniques pour le rencontrer. C’est précisément parce que c’est rare que ce pédalage entre les murs de neige restera gravé dans votre mémoire pendant de nombreuses années.
V. Première personne : mon souvenir de l’ascension de Kusatsu
Permettez-moi d’utiliser un récit personnel pour vous faire « ressentir » cet itinéraire.
Au coup de sifflet du départ, je sentais encore la chaleur résiduelle de la vapeur de Yubatake sur mon visage. La première section était une montée d’approche relativement douce, la forêt défilait des deux côtés, l’odeur de soufre se diluait peu à peu dans l’air froid du plateau à mesure que l’altitude augmentait. Je me suis rappelé : ne fonce pas, c’est une longue conversation de 12 kilomètres, pas un sprint.
En entrant dans la section médiane, la pente s’est redressée. La route est devenue silencieuse ; à part ma propre respiration et le bruit de la chaîne, il n’y avait presque aucun autre son. J’ai fixé mon regard sur la route devant moi, poussant l’altitude vers le haut mètre par mètre à un rythme de pédalage constant. En me retournant, le bassin de Kusatsu et les montagnes étaient déjà sous mes pieds. Ce sentiment concret de « s’être hissé à cette hauteur avec ses propres jambes » a commencé à monter en moi.
Passé 1 500 mètres d’altitude, l’air s’est nettement raréfié. La même pente, mais il fallait respirer plus fort. C’est là toute l’honnêteté de l’ascension en haute montagne — elle ne vous donne pas plus d’oxygène parce que vous êtes fort mentalement ; vous ne pouvez qu’accepter, vous adapter, continuer. J’ai réduit mon objectif de « l’arrivée » à « le prochain virage », un virage, puis un autre.
Dans les deux derniers kilomètres, les arbres ont presque disparu, remplacés par les étendues sauvages du volcan et (avec de la chance ce jour-là) les couleurs du plateau qui se devinaient au loin. Le vent est devenu plus fort, plus froid, mais l’arrivée était juste devant. Lorsque j’ai enfin pédalé dans le parking du mont Shirane, à environ 2 000 mètres d’altitude, la première chose que j’ai faite n’a pas été de célébrer, mais de sortir rapidement ma veste coupe-vent de ma poche pour l’enfiler — le froid en haute altitude, c’est vraiment froid.
Puis seulement, je me suis retourné pour contempler tout ce que je venais de gravir.
La récompense de l’ascension n’a jamais été seulement le paysage à l’arrivée, mais ce moment où, en regardant le chemin parcouru, vous vous dites : « Alors, j’en étais capable ».
VI. En chemin et alentours : faire de Kusatsu un voyage
Après avoir terminé cet itinéraire, ne repartez pas trop vite. La région de Kusatsu mérite que vous y restiez une journée de plus pour en faire un véritable voyage complet de plateau thermal.
Les expériences incontournables de la rue thermale :
- Flânerie autour de Yubatake : Le jour, regardez la vapeur ; la nuit, admirez les illuminations. Yubatake est le cœur de Kusatsu, faites le tour lentement.
- Spectacle de Yumomi : Voyez de vos propres yeux la performance traditionnelle du « chant de Yumomi de Kusatsu » où l’on remue l’eau thermale avec de grandes planches de bois, et ressentez comment les habitants de Kusatsu transforment la vie en culture.
- Bain thermal : Après la fatigue de l’ascension dans vos jambes, plongez dans la source de Kusatsu, au débit le plus important du Japon — c’est la conclusion parfaite de ce voyage. La source de Kusatsu est réputée pour la qualité de ses eaux ; l’eau acide est très efficace pour dissiper la fatigue.
Balade sur le plateau / itinéraires prolongés :
- Route du plateau Shiga-Kusatsu : Si votre énergie et votre temps le permettent, cette route nationale s’étend en direction de Nagano et mène au point culminant des routes nationales japonaises (vers Toge, environ 2 172 mètres) — un itinéraire de pèlerinage pour les cyclistes et les motards.
- Paysages du plateau volcanique : Les environs du mont Shirane (selon les alertes volcaniques et les restrictions de circulation) sont un endroit exceptionnel pour admirer les reliefs volcaniques et les panoramas du plateau.
Petit conseil gastronomique local :
En tant que station thermale de longue tradition, la rue thermale de Kusatsu offre toutes sortes de manjū aux sources chaudes, de spécialités locales et de restaurants. Je ne citerai ici aucun nom d’établissement (car les commerces changent), mais je vous suggère d’adopter un esprit « laisser-faire » : flânez autour de Yubatake, et dès que vous voyez un manjū aux sources chaudes fumant, achetez-en un et dégustez-le bien chaud — après l’ascension, le bain, puis une bouchée de manjū tout juste cuit à la vapeur, c’est le bonheur très concret qui appartient à Kusatsu.
La flânerie dans la rue thermale est en soi un plaisir. Les rues pavées, les bâtiments en bois, les vapeurs qui s’élèvent de toutes parts, et cette odeur de soufre à peine perceptible dans l’air, tout cela compose une atmosphère très « station thermale japonaise ». Pendant la période de neige résiduelle, tout cela gagne une couche de clarté froide — l’eau chaude, l’air froid, la neige blanche résiduelle, les lumières chaudes, un contraste parfait. Vous ne pourrez vous empêcher de ralentir le pas, laissant la tension de l’ascension se relâcher peu à peu dans cette rue.
Conseils d’hébergement et d’itinéraire :
- Faire de la rue thermale de Kusatsu votre base : Que vous veniez spécialement pour gravir le mont Shirane ou que vous souhaitiez en profiter pour explorer le plateau Shiga-Kusatsu, réserver votre hébergement autour de la rue thermale est le plus pratique — après le vélo, vous êtes à quelques pas du bain, des restaurants et des boutiques.
- Prévoyez au moins une nuit : Pour une station thermale de plateau comme celle-ci, un aller-retour dans la journée serait bien dommage. Restez une nuit, vivez le Yubatake illuminé le soir et la vapeur qui ne s’est pas encore dissipée au petit matin ; votre souvenir de Kusatsu en sera bien plus complet.
- Planifiez le vélo pendant les périodes de temps stable : Le temps sur le plateau est changeant. Si vous avez de la flexibilité, essayez de placer votre ascension du mont Shirane dans la demi-journée où les prévisions sont les plus stables et la visibilité la meilleure — c’est à la fois plus sûr et le paysage est à son plus beau.
VII. Pour ceux qui veulent venir : saison, état d’esprit et une touche de romantisme
Si cet itinéraire vous a touché et que vous souhaitez l’intégrer à votre programme, voici quelques choses à partager avec vous :
- À propos de la saison : C’est une ascension de plateau en période de neige résiduelle ; le froid fait partie de son essence. Emportez suffisamment d’équipement chaud, ne laissez pas l’hypothermie gâcher une belle expérience. Et c’est précisément parce qu’elle est froide, exigeante et limitée à une saison que l’émotion ressentie en voyant le couloir de neige et le plateau volcanique est irremplaçable.
- À propos du volcan : Le mont Shirane est un volcan actif. Avant de partir, vérifiez impérativement les alertes volcaniques et les informations sur l’ouverture des routes. Les règles de la nature priment toujours sur nos plans ; ce respect fait aussi partie de ce voyage.
- À propos de l’état d’esprit : Kusatsu n’est pas un itinéraire pour « battre son record personnel » ; c’est un itinéraire pour « lire avec son corps une petite ville thermale et un volcan ». Ralentissez un peu, regardez deux fois de plus la vapeur de Yubatake, respirez une fois de plus l’air du plateau — vous repartirez avec bien plus qu’un temps chronométré.
J’ai toujours cru que les meilleurs itinéraires cyclistes sont ceux dont on a envie de parler même à quelqu’un qui ne fait pas de vélo. Kusatsu est exactement comme ça — elle a les sources des trois grandes célèbres du Japon, le débit le plus important du pays, le lac de cratère vert émeraude, la légende du point culminant des routes nationales, et le couloir de neige limité à la saison. Et vous, vous avez justement des jambes capables de vous porter jusqu’à tout cela.
Alors, trouvez un début de printemps où la neige résiduelle n’a pas encore fondu, prenez votre vélo, vos couches chaudes, et un cœur prêt à ralentir, et allez à Kusatsu. Partez de la chaleur de Yubatake, pédalez sans relâche, jusqu’à ce que vous entriez dans le ciel de ce plateau volcanique.
Un jour, vous découvrirez que ce dont vous vous souvenez, ce n’est pas la fatigue des 957 mètres de dénivelé, mais l’odeur de soufre au départ, les montagnes que vous contemplez en vous retournant à mi-parcours, et cette bouffée d’air froid, incroyablement limpide, à l’arrivée. C’est cela, Kusatsu, la température qu’elle laisse sur un cycliste.
VIII. Yubatake n’est pas qu’un site touristique : la philosophie de vie de la source thermale de Kusatsu
Restez quelques jours de plus, et vous découvrirez que la culture thermale de Kusatsu est bien plus profonde que le Yubatake des cartes postales.
L’attitude des habitants de Kusatsu envers la source thermale est une sagesse de « cohabiter avec la haute température ». L’eau de la source est extrêmement chaude ; un bain direct provoquerait des brûlures. C’est pourquoi les anciens ont inventé le yumomi (brassage de l’eau thermale) — on remue l’eau de la source d’avant en arrière avec de longues planches de bois, comme pour ramer, afin de faire baisser la température tout en préservant la qualité de l’eau sans la diluer avec de l’eau froide. Ce geste, accompagné du « chant de yumomi de Kusatsu » transmis de génération en génération, est devenu au fil du temps, d’un simple travail de refroidissement, une performance, une identité culturelle.
J’aime particulièrement ce moment passé debout près de Yubatake à regarder la vapeur. L’eau thermale jaillit des profondeurs de la terre, s’écoule lentement à travers les gouttières en bois compartimentées, et la vapeur d’eau blanche est particulièrement dense dans l’air froid de la période de neige résiduelle. Sur la paroi intérieure des gouttières en bois se dépose une « fleur de source » (cristaux thermaux) jaune pâle — la preuve que la source de Kusatsu est vivante. Vous prenez conscience que : le battement de cœur de cette petite ville, c’est ce flux thermal qui ne s’arrête jamais. Le débit le plus important du Japon n’est pas qu’un slogan publicitaire ; c’est la raison d’être de cette petite ville qu’est Kusatsu.
- Yubatake le jour : Vapeur, odeur de soufre, voyageurs qui vont et viennent, animé et ancré dans la vie quotidienne.
- Yubatake la nuit : Une fois éclairé, la vapeur est teintée par la lumière en une apparence féerique, silencieuse comme un tableau.
- Yubatake après l’ascension : Lorsque vous avez gravi le mont Shirane avec vos jambes et que vous revenez ici pour prendre un bain, Yubatake n’est plus pour vous un simple site touristique, mais un lieu où l’on « rentre à la maison ».
Ce rythme — « conquérir d’abord une montagne avec son corps, puis se récompenser avec la source thermale » — est ce qui rend Kusatsu si fascinante pour le cycliste voyageur. Votre fatigue a un endroit où se poser, vos efforts ont une récompense thermale.
IX. Placer Kusatsu sur une carte plus vaste : le puzzle cycliste du Kōshin’etsu Kōgen
Si vous acceptez d’élargir votre horizon, Kusatsu est en réalité la porte d’entrée de tout un « territoire cycliste des hauts plateaux du Kōshin’etsu ».
La route Shiga Kusatsu Kōgen (route nationale 292) s’étend de Kusatsu en direction de la préfecture de Nagano, traverse la région de Shiga et de Manza, pour finalement atteindre Shibu Onsen dans la préfecture de Nagano, sur environ 43 kilomètres. Sur ce parcours se trouve le point culminant des routes nationales japonaises (aux environs de Shibu-tōge, à environ 2 172 mètres d’altitude), un lieu de pèlerinage pour d’innombrables cyclistes et motards. Autrement dit, notre itinéraire du mont Shirane n’est en réalité que le « prologue » de cette route nationale légendaire.
Imaginez une façon de faire plus avancée : en prenant Kusatsu Onsen comme camp de base, le premier jour vous parcourez l’itinéraire du mont Shirane, puis vous vous détendez dans les sources chaudes ; si votre condition physique et la météo le permettent, et si la route est ouverte, vous pouvez ensuite relever le défi du tronçon plus long en direction de Shibu-tōge et vous tenir de vos propres yeux au point culminant des routes nationales japonaises. Cette façon de voyager, qui consiste à « prendre une ville thermale pour campement et à conquérir les hauts plateaux jour après jour », est la combinaison parfaite entre vélo, sources chaudes et paysages à couper le souffle.
Bien sûr, tout cela a pour condition préalable absolue la sécurité et la saison. Ces routes de haute montagne sont fermées en hiver et ne sont progressivement déneigées qu’au début du printemps ; de plus, le mont Shirane étant un volcan actif, l’état de la circulation peut être modifié en fonction du niveau d’alerte volcanique. Alors, confiez le jugement de « peut-on rouler ou non » aux informations officielles du moment, et non à votre itinéraire prévu.
La montagne ne cède jamais au planning de qui que ce soit. Savoir venir à la bonne saison, dans les bonnes conditions, est en soi une forme de maturité cycliste.
X. À propos de la « lenteur » : ce que cet itinéraire m’a appris
Pour finir, j’aimerais aborder une chose qui n’a rien à voir avec les performances.
J’ai parcouru de nombreux itinéraires de montée, souvent pour battre mes records personnels, pour les chiffres sur ma feuille de résultats. Mais l’expérience que Kusatsu m’a offerte est totalement différente. Chaque élément ici — la vapeur de Yubatake, les paysages grandioses du Shiga Kusatsu Kōgen, l’aridité du soufre volcanique, le vert émeraude de Yugama, la blancheur immaculée du couloir des neiges — vous rappelle : ralentissez un peu, et vous verrez enfin.
Si, au moment le plus douloureux du manque d’oxygène dans la troisième section, vous acceptez de lever la tête pour regarder les montagnes derrière vous ; si, à l’arrivée, à bout de souffle, vous acceptez de rester trente secondes de plus pour sentir cet air froid des hauts plateaux ; si, après avoir gravi la montagne, vous acceptez de vous asseoir un peu plus longtemps près de Yubatake pour regarder la vapeur s’élever lentement — alors ce que vous emporterez dépassera de loin un simple temps d’arrivée.
Kusatsu n’est pas un itinéraire qu’on « conquiert », c’est un itinéraire qu’on « rencontre ». Vous y rencontrerez une petite ville thermale au débit le plus important du Japon, une route légendaire qui mène au point culminant des routes nationales, un volcan actif au lac de cratère vert émeraude, et, entre les murs de neige de la fin de saison, vous y rencontrerez aussi une version de vous-même qui accepte de ralentir pour admirer le paysage, tout en continuant de pédaler jusqu’au bout, les dents serrées.
Alors j’aimerais laisser cette histoire s’arrêter sur une image :
Vous venez de pédaler jusqu’au parking du mont Shirane, à environ 2 000 mètres d’altitude. Le vent est froid, vous enfilez rapidement votre coupe-vent. Puis vous vous retournez, vous regardez cette pente que vous venez de gravir en échange de 957 mètres de dénivelé, vous regardez en direction du bassin de Kusatsu au loin, et vous levez les yeux vers ce ciel rendu si vaste par le plateau volcanique.
À cet instant, vous ne pensez pas à vos performances. Vous inspirez profondément cet air vif et froid, puis vous vous souriez à vous-même.
Voilà, c’est Kusatsu. De la chaleur de Yubatake au ciel du mont Shirane — toute une douceur réservée à ceux qui arrivent par leurs propres jambes.
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