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Pédaler vers le toit de Taïwan : mer de nuages, arbres jumeaux et dialogue avec soi-même sur la nouvelle route transcentrale de Tataka

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Pédaler vers le toit de Taïwan : nuages, arbres jumeaux et un dialogue avec soi-même sur la nouvelle route transcentrale de Tataka

Certaines routes sont faites pour la compétition ; d’autres, pour le dialogue avec soi-même. Tataka appartient à la seconde catégorie.

« Tataka », trois syllabes issues de la langue tsou, signifiant « terre de la vaste plaine herbeuse ». À 2 610 mètres d’altitude, c’est le point culminant de la nouvelle route transcentrale, le nœud où la route provinciale 18 et la route provinciale 21 se croisent entre les montagnes, nichée dans l’écrin du parc national de Yushan. Lorsque vous partez de Shuili, longeant la vallée de la rivière Chenyoulan en montant doucement, traversant Xinyi, Heshe, Dongpu, Shangdongpu, pour enfin atteindre cette prairie d’altitude dans l’air raréfié, vous ne parcourez pas seulement 70 kilomètres d’asphalte, mais page après page de la géographie et de la culture de la chaîne centrale de Taïwan.

Cet article ne parle ni d’allure, ni de braquet, ni de puissance. Il veut simplement vous emmener, à travers les yeux et la respiration d’un cycliste, redécouvrir cette route classique surnommée « le toit de Taïwan ».

I. Le départ depuis la vallée : parfums de pruniers et de raisins au bord de la Chenyoulan

Au petit matin à Shuili, l’air est encore imprégné de l’humidité de la vallée. Lorsque vous posez le pied sur la pédale et remontez la rivière Chenyoulan, ce sont d’abord les paysages champêtres de Xinyi qui vous accueillent.

Xinyi est la célèbre terre des pruniers de Taïwan. Chaque fin d’hiver et début de printemps, les montagnes se couvrent de fleurs de prunier comme de neige, et l’air est parcouru d’un délicat parfum de prune ; en pleine saison, prunes, raisins et thé d’altitude se succèdent, composant un tableau des quatre saisons agricoles de cette ville de montagne. Sur cette section de route de vallée relativement plate, vous ralentirez naturellement — non par fatigue, mais parce que vous n’aurez pas envie d’aller plus vite.

La beauté de la section de vallée réside dans son « absence de hâte ». La rivière apparaît et disparaît à votre droite ou à votre gauche, les crêtes des montagnes lointaines se superposent, et parfois des agriculteurs s’affairent sous leurs treilles de raisin. C’est la partie du parcours qui ressemble le plus à un « voyage » plutôt qu’à un « défi ».

Chaque village ici a son propre rythme de vie. Vous traverserez de petites communautés et verrez le quotidien des habitants. Si le temps le permet, n’hésitez pas à échanger quelques mots avec les commerçants lors d’un ravitaillement, à écouter leurs histoires sur la météo en montagne ou la récolte de l’année. Ces conversations resteront souvent plus gravées dans votre mémoire que n’importe quelle photo de paysage.

II. Heshe et Dongpu : la transition au pays des sources chaudes

À mesure que l’altitude monte doucement, le parcours atteint la zone de Heshe et Dongpu. C’est une importante zone de transition le long de la nouvelle route transcentrale, et pour beaucoup de cyclistes, une étape intermédiaire.

Dongpu est l’un des villages de sources chaudes les plus réputés de Taïwan. Dans cette vallée encerclée de montagnes, la vapeur des sources chaudes se mêle à la fraîcheur des forêts. Bien que les cyclistes y passent généralement « en route » plutôt que pour « se baigner », la simple idée de pouvoir, après l’ascension, tremper ses jambes dans une source chaude en contrebas suffit à nourrir un petit espoir pour tenir pendant les pentes difficiles de la seconde partie.

Sur cette section, la pente commence à montrer son caractère. Vous sentez la température de vos jambes monter progressivement, et votre rythme respiratoire commence à exiger une gestion consciente. Mais le paysage offre une récompense tout aussi généreuse — les montagnes deviennent de plus en plus majestueuses, les nuages de plus en plus bas. Vous grimpez pas à pas, du « monde des humains » vers le « monde céleste ».

III. Entrer dans l’altitude des nuages : de Shangdongpu aux arbres jumeaux

Après Shangdongpu, le parcours entre dans sa section la plus chargée d’âme. L’altitude franchit les 2 000 mètres, l’air se raréfie, la température chute nettement, et le paysage, à cet instant, passe de « grandiose » à « sacré ».

Le monument le plus célèbre ici est constitué par les arbres jumeaux.

Les arbres jumeaux sont deux immenses arbres morts dressés au bord de la nouvelle route transcentrale. Autrefois de vigoureux cyprès rouges, ils furent réduits à l’état d’arbres morts après un incendie de forêt, mais continuent de veiller sur ces montagnes sous une autre forme. Les deux troncs se tiennent côte à côte, bravant vents, givre, pluie et neige, nuages et brumes, sans tomber depuis des décennies. Beaucoup de cyclistes s’arrêtent ici, non seulement pour prendre une photo, mais aussi pour puiser dans cette vigueur et ce silence une force difficile à exprimer.

Lorsque, à plus de 2 000 mètres d’altitude, les jambes en plomb et le souffle court, vous levez les yeux vers ces deux arbres morts qui, après avoir traversé le feu et les années, se tiennent toujours debout, vous comprenez soudain : ce qu’on appelle persévérance, ce n’est pas de ne pas être fatigué, c’est d’être fatigué et de continuer quand même.

Depuis les arbres jumeaux, la mer de nuages roule souvent sous vos pieds. Au petit matin ou en fin de journée, si la météo est favorable, vous verrez une vaste mer de nuages s’étendre entre les sommets, avec au loin le pic principal de Yushan émergeant de la surface des nuages comme une île. À cet instant, toute la fatigue est momentanément emportée par ce spectacle, et vous vous réjouissez d’être monté à cette altitude de la manière la plus lente et la plus honnête — coup de pédale après coup de pédale — plutôt que de passer en voiture dans un souffle.

IV. Le col de Tataka : le terminus sur la vaste plaine herbeuse

Enfin, vous atteignez le col de Tataka. À 2 610 mètres d’altitude, c’est le point culminant de la nouvelle route transcentrale, la porte d’entrée du sentier de Yushan.

« Terre de la vaste plaine herbeuse » — ce n’est qu’une fois réellement sur place que vous comprenez à quel point ce nom donné par les ancêtres tsou est juste. Comparé aux pentes raides et tendues du parcours, le col de Tataka se déploie en une prairie d’altitude relativement plate et ouverte. Le centre des visiteurs de Tataka, le sentier du grand sapin de fer et le départ du sentier de Yushan s’y concentrent. C’est le point de départ d’innombrables randonneurs pour leur conquête de Yushan, et le point d’arrivée d’innombrables cyclistes pour leur conquête sur deux roues.

Debout sur cette prairie, vous pouvez contempler au loin les sommets de Yushan. L’air est froid et doucement sucré, la lumière du soleil paraît particulièrement éclatante dans l’atmosphère raréfiée. Vous venez d’accomplir un voyage de la vallée au sommet, avec un dénivelé positif de plus de 2 500 mètres. À cet instant, pas besoin de chrono, pas besoin de classement — entre vous et cette montagne, une complicité qui n’appartient qu’à vous est née.

V. Points de repère et suggestions d’étapes le long du parcours

La nouvelle route transcentrale de Tataka est bien plus qu’une simple route de montée. Elle relie toute une mosaïque de paysages naturels et culturels. Voici les points dignes d’attention le long du parcours :

Point Particularité Signification pour le cycliste
Vallée de Xinyi Région productrice de prunes, raisins et thé d’altitude Section d’échauffement, profiter des paysages champêtres
Rivière Chenyoulan Vallée traversant tout le parcours Le bruit de l’eau et les paysages qui accompagnent
Heshe / Dongpu Village de sources chaudes, étape de ravitaillement Point de repos et de ravitaillement important
Shangdongpu Porte d’entrée vers la haute altitude Le paysage passe de grandiose à sacré
Arbres jumeaux Monument paysager d’arbres morts Point d’ancrage spirituel, photos et repos
Départ du sentier de Yushan Point de départ pour gravir Yushan Jalon proche de l’arrivée
Col de Tataka Point culminant de la nouvelle route transcentrale, centre des visiteurs Terminus du voyage, vue sur Yushan
Sentier du grand sapin de fer Sentier de forêt primaire d’altitude Balade d’agrément, détente des jambes

Petites suggestions d’étapes :

  • Marche autour du départ du sentier : une fois à Tataka, ne redescendez pas immédiatement. Parcourez un petit bout du sentier du grand sapin de fer pour détendre vos jambes tendues et vraiment « être » dans cette prairie d’altitude, plutôt que simplement « y passer ».
  • L’idée des sources chaudes au retour : si votre programme le permet, faites une halte du côté de Dongpu après la descente, et laissez la fatigue de la journée se dissoudre lentement dans la chaleur des sources.
  • Produits agricoles en souvenir : les produits à base de prune et les fruits de saison de Xinyi sont des souvenirs pleins de chaleur pour ce voyage.

VI. Des paysages propres à chaque saison

La beauté de ce parcours change de vêtements au fil des saisons.

  • Printemps : neige de pruniers et verdure nouvelle. En fin d’hiver et début de printemps, les fleurs de prunier de Xinyi sont en pleine floraison, et la section de vallée semble plongée dans un pays de neige ; en altitude, les arbres commencent à bourgeonner, et tout le parcours respire la vie.
  • Été : mer de nuages et verdure. En été, les nuages et brumes de l’après-midi en montagne s’agitent, la probabilité de mer de nuages est élevée, mais il faut aussi se méfier des changements de temps soudains en après-midi. Les cyclistes partis à l’aube capturent souvent les mers de nuages les plus spectaculaires autour des arbres jumeaux.
  • Automne : ciel haut et air vif. L’automne est la saison où le temps est le plus stable et la visibilité la meilleure sur ce parcours. Quand le ciel est sans nuages, les sommets de Yushan semblent si proches qu’on pourrait les toucher ; c’est la période dorée pour les photos et les vues lointaines.
  • Hiver : froid et mordant. En hiver, la haute altitude est froide et mordante ; en cas de vague de froid, il peut même neiger ou geler. Le risque augmente alors en montant, mais cette beauté solitaire du silence absolu n’est accessible qu’à ceux qui sont les mieux préparés.

À chaque saison, Tataka vous dit quelque chose de différent. Certains viennent pour la neige de pruniers, d’autres pour la mer de nuages, d’autres encore pour la transparence de l’automne. Et quelle que soit la saison, lorsque vous aurez mesuré à la force de vos deux roues cette distance de la vallée au sommet, cette montagne laissera dans votre cœur la même phrase : ça valait le coup.

VII. Le sens de ce parcours : une ascension comme pratique spirituelle

Pourquoi tant de cyclistes sont-ils prêts à passer une grande partie de leur journée, à supporter l’air raréfié, les jambes en plomb, un temps changeant entre soleil et brume, juste pour atteindre Tataka ?

Parce que ce parcours est, par essence, une pratique spirituelle.

Il ne ressemble pas à ces montées courtes et raides qui vous offrent en quelques dizaines de minutes une explosion et une libération intenses ; il exige une patience longue, un rythme stable, et, sur les sections les plus difficiles en haute altitude, la volonté de choisir encore un tour de pédale de plus. Dans ce processus, vous êtes contraint de vous retrouver seul avec vous-même — sans les distractions du téléphone, sans le tumulte du travail, seulement la respiration, le battement du cœur, et la route qui s’élève sans cesse devant vous.

Lorsque la douleur dans vos jambes atteint un certain seuil, le cerveau commence à se taire. Les soucis, angoisses et dilemmes qui vous hantent d’ordinaire sont momentanément vidés par le manque d’oxygène et la concentration. Vous découvrez que vous pensez de moins en moins, et ressentez de plus en plus — la forme des montagnes, le mouvement des nuages, la température du vent, l’angle de la lumière. C’est un état proche de la méditation, et c’est le cadeau le plus précieux d’une longue montée.

Et lorsque vous atteignez enfin le col de Tataka, debout sur cette « terre de la vaste plaine herbeuse » dont parlaient les ancêtres tsou, contemplant Yushan au loin, ce que vous obtenez est bien plus qu’un simple record de sortie à vélo. Vous obtenez un vous-même plus lucide, plus apaisé, et plus résilient.

VIII. L’histoire de la nouvelle route transcentrale : une route à travers la chaîne centrale

Pour vraiment comprendre Tataka, il faut d’abord comprendre l’histoire de la « nouvelle route transcentrale » qui court à ses pieds.

La nouvelle route transcentrale est un système routier reliant la plaine occidentale de Taïwan au cœur de la chaîne centrale. Elle relie Chiayi, Nantou et la région montagneuse de Yushan, rendant accessibles en voiture des montagnes qui exigeaient auparavant de longs voyages. La route provinciale 18 s’étend de Chiayi vers Alishan et Yushan, tandis que la route provinciale 21 grimpe de Shuili vers Yushan ; les deux se rejoignent à Tataka, formant le squelette de ce parcours classique du « toit de Taïwan ».

Pour un cycliste, cette route signifie bien plus qu’« une route où l’on peut rouler ». C’est un manuel vivant qui traverse verticalement les étages de végétation de Taïwan — vous partez des forêts de feuillus de basse altitude et des zones agricoles, grimpez à travers les forêts mixtes de conifères et de feuillus, pour finalement atteindre les forêts de conifères et les prairies d’altitude. En à peine 70 kilomètres, vos roues mesurent un condensé complet de l’écologie taïwanaise, de la zone subtropicale à la zone froide-tempérée.

Lorsque, le même jour, vous passez des treilles de raisin en contrebas aux forêts de sapins de fer enveloppées de brume en altitude, vous feuilletez en réalité, de la manière la plus lente et la plus proche de la terre, un manuel de géographie naturelle de Taïwan.

En chemin, vous traversez le parc national de Yushan. Ce parc national, dont le cœur est le plus haut sommet de Taïwan, Yushan, protège un précieux écosystème d’altitude. En tant que cyclistes, nous ne sommes que des passants sur cette terre, et nous devons la respecter — ne pas laisser de déchets, ne pas faire de bruit, ne pas déranger la faune sauvage, afin que ceux qui viendront après puissent voir une montagne tout aussi pure.

IX. La terre des Tsou : l’histoire derrière le nom de Tataka

« Tataka », ce nom est lui-même une histoire.

Il provient de la langue tsou et signifie « terre de la vaste plaine herbeuse ». Les Tsou sont l’un des peuples autochtones de Taïwan qui vivent depuis toujours dans la région d’Alishan et de Yushan. Avant l’arrivée des Han et des routes modernes, cette prairie d’altitude était déjà un territoire où les ancêtres tsou vivaient, chassaient et migraient. Ils ont nommé cette vaste plaine de col avec les mots les plus justes — lorsque vous vous tenez vous-même sur Tataka, contemplant ce paysage d’altitude relativement plat et ouvert, vous ne pouvez qu’admirer la précision de ce nom.

Pédaler sur ce parcours, c’est en réalité avancer sur une terre foulée par les ancêtres tsou de génération en génération. Cette profondeur historique fait de Tataka bien plus qu’une coordonnée géographique : c’est un lieu chargé de la mémoire culturelle des peuples autochtones. Lorsque nous approchons cette terre à vélo, une meilleure connaissance et un plus grand respect de la culture autochtone donnent à ce voyage une épaisseur supplémentaire.

Dans la région de Xinyi, outre les villages agricoles han, on trouve aussi des traces de vie des Bunun et d’autres peuples autochtones. Derrière l’industrie des prunes, des raisins et du thé d’altitude se dessine un tableau de vie tissé ensemble par différents groupes ethniques dans ces forêts. Ce sont autant de paysages humains qui méritent d’être savourés au-delà du simple pédalage.

X. Les gens et les paysages rencontrés en chemin

Ce qu’il y a de plus fascinant dans une longue sortie, ce sont souvent les rencontres imprévues.

Dans la section de vallée, vous croiserez peut-être des agriculteurs levés tôt, s’affairant sous leurs treilles de raisin ou dans leurs champs de thé. Un simple bonjour, un sourire et un hochement de tête donnent instantanément à l’asphalte froid une chaleur humaine. Dans la petite épicerie de ravitaillement, le patron vous glissera peut-être un « Il fait froid là-haut, faites attention », et cette recommandation ordinaire deviendra un filet de chaleur au moment où vous serez le plus fatigué.

En montagne, vous croiserez peut-être d’autres cyclistes qui relèvent le même défi. La camaraderie entre cyclistes en altitude est particulièrement pure — un pouce levé, un « courage ! », même entre inconnus, peut apporter un immense encouragement. Sur les pentes difficiles en haute altitude, où l’oxygène manque et les jambes sont en plomb, ces encouragements mutuels sont parfois plus efficaces que n’importe quel gel énergétique.

Vous rencontrerez aussi des randonneurs en route vers Yushan. Le col de Tataka est le point de départ du sentier de Yushan, et on y voit toujours des montagnards chargés de gros sacs à dos, prêts à partir ou venant d’achever leur conquête de Yushan. Cyclistes et randonneurs approchent la même grande montagne par des moyens différents, et à ce point de rencontre, chacun lit dans le regard de l’autre une complicité de « celui qui comprend ».

Ces rencontres n’apparaîtront pas dans votre journal de sortie, mais elles resteront au plus profond de votre mémoire. Des années plus tard, vous aurez peut-être oublié combien d’heures a duré cette sortie, mais vous vous souviendrez de ce cycliste inconnu qui vous a fait un pouce en montagne, et de ce « Il fait froid là-haut, faites attention ».

XI. Rouler seul, ou rouler à plusieurs ?

Ce parcours se prête aussi bien à la sortie en solitaire qu’à la sortie en groupe, chacune ayant sa saveur.

En solitaire, vous pouvez vous immerger complètement dans votre propre rythme et vos pensées. Personne ne contraint votre allure, personne n’interrompt votre méditation. Dans la longue ascension, vous engagez avec vous-même le dialogue le plus profond. Cette expérience de solitude altière est le cadeau que Tataka offre aux solitaires. Mais la condition préalable à une sortie en solitaire est une « préparation complète » — car les secours sont difficiles en montagne, vous devez avoir une maîtrise suffisante de votre condition physique, de votre équipement et de votre capacité d’adaptation, et surtout informer vos proches de votre itinéraire.

En groupe, il y a en plus la sécurité et la compagnie. Sur les sections les plus dures, avoir quelqu’un à vos côtés qui serre les dents en même temps, ce sentiment de « je ne suis pas le seul à souffrir », augmente considérablement la volonté d’aller au bout. L’entraide lors des ravitaillements, le soutien mutuel en cas d’imprévu, tout cela rend la sortie en groupe plus rassurante. Il faut simplement veiller à ce que, chacun ayant un niveau différent, le principe soit établi à l’avance : « chacun son allure, rendez-vous à l’arrivée », pour ne pas perturber le rythme de chacun en voulant s’adapter aux autres.

Seul ou en groupe, Tataka répondra à votre manière. L’important est de choisir la formule qui correspond le mieux à votre état d’esprit du moment, et de parcourir cette route, tout simplement, jusqu’au bout.

XII. Le meilleur moment pour partir : prendre la route avec la lumière de l’aube

Si vous me demandez quel est le meilleur moment pour s’élancer sur ce parcours, ma réponse est : au petit matin, avant que le jour ne se lève.

L’aube en montagne a une magie difficile à décrire. Lorsque vous partez de Shuili dans la lumière naissante, la vallée est encore enveloppée d’une fine brume matinale, l’air est froid et doucement sucré. Au moment où les premiers rayons du soleil franchissent les crêtes et se déversent, toute la vallée se teinte d’un or chaleureux. Vous roulez au milieu, comme si vous pédaliez dans un tableau que la lumière est en train de peindre, trait après trait.

Partir à l’aube présente aussi des avantages très concrets. Vous pouvez terminer les sections les plus difficiles en haute altitude avant que les brumes et le changement de temps de l’après-midi n’arrivent. Pendant que ceux qui se sont levés tard luttent dans le brouillard épais et la bruine de l’après-midi, vous êtes peut-être déjà debout sur le col de Tataka baigné de soleil, savourant la joie d’avoir atteint le sommet.

En montagne, « être tôt » n’est pas seulement une vertu de diligence, c’est une stratégie de sécurité. La lumière de l’aube appartient à ceux qui se lèvent tôt, et le beau temps, lui aussi, ne reste souvent qu’aux cyclistes qui acceptent de se lever tôt.

À mesure que l’altitude monte et que le temps passe, vous verrez la lumière changer d’angle sans cesse à travers les forêts. Le soleil du matin traverse les conifères, projetant des taches de lumière mouchetée sur la route ; vers midi, la lumière d’altitude devient particulièrement éclatante et intense. Ce voyage entier en compagnie de la lumière est en lui-même une récompense réservée à ceux qui partent à l’aube.

XIII. Quand vous avez envie d’abandonner

Je dois être honnête avec vous : sur ce parcours, vous vivrez presque à coup sûr un moment où vous aurez « envie d’abandonner ».

Ce moment survient généralement sur les pentes difficiles de la quatrième section, en haute altitude. Les jambes sont comme du plomb, chaque coup de pédale est d’une lourdeur extrême ; la respiration est haletante, l’air raréfié semble insuffisant quelle que soit la profondeur de l’inspiration ; la pente semble sans fin, après un virage, un autre virage. À cet instant, votre cerveau commence à négocier avec vous : « Et si je m’arrêtais pour souffler ? » « Après tout, être arrivé jusqu’ici, c’est déjà pas mal, non ? » « Je pourrai toujours revenir une prochaine fois pour finir… »

Ces voix sont normales. Chaque cycliste qui a atteint Tataka a lutté contre ces voix.

Ce que je veux partager, c’est ceci : lorsque ces voix apparaissent, n’essayez pas de les « éliminer » par la force de la volonté, cela ne ferait que vous épuiser davantage. Ce que vous pouvez faire, c’est déplacer votre attention de « combien reste-t-il » vers « ce tour de pédale, ici et maintenant ». Concentrez-vous simplement, régulièrement, pour faire un tour de pédale de plus, puis encore un. Ne pensez pas à l’arrivée, contentez-vous de faire tourner les pédales.

Vous serez surpris de constater que, lorsque vous cessez d’être écrasé par le désespoir du « c’est encore loin » et que vous vous concentrez sur chaque coup de pédale devant vous, la route, elle, se laisse réellement avaler mètre après mètre derrière vous.

Ceux qui terminent ce parcours ne sont jamais ceux qui ne se fatiguent pas, mais ceux qui, fatigués et tentés d’abandonner, choisissent pourtant de faire un tour de pédale de plus. Ce qu’on appelle la force de volonté, ce n’est pas de ne pas souffrir, c’est, dans la souffrance, d’avancer quand même.

Et lorsque vous aurez enfin dépassé la section la plus difficile, et que vous verrez le col de Tataka devant vous, vous vous réjouirez sincèrement — de ne pas avoir vraiment abandonné à ce moment où vous en aviez le plus envie. Ce sentiment d’accomplissement, ce « je l’ai fait », dépassera de loin toute la satisfaction que peut procurer une sortie facile.

Conclusion : sur le toit de Taïwan, rencontrer un autre vous-même

La nouvelle route transcentrale de Tataka est un parcours qui vous fera redécouvrir Taïwan, et redécouvrir vous-même.

Il y a le parfum des pruniers et la chaleur humaine de Xinyi, la vapeur des sources chaudes de Dongpu, la vigoureuse veille des arbres jumeaux, l’immensité grandiose de la mer de nuages de Yushan, et surtout cette plaine de col nommée « vaste plaine herbeuse », qui attend silencieusement chaque voyageur qui la mesure à la force de ses deux roues.

Si vous hésitez encore à relever ce défi, voici ce que je veux vous dire : ne le voyez pas seulement comme un objectif de dénivelé. Voyez-le comme un voyage, un dialogue, une pratique. Préparez votre équipement, et préparez aussi votre cœur. Puis, par un matin dégagé, partez de Shuili, et, vers cette prairie au-dessus des nuages, coup de pédale après coup de pédale, roulez vers le toit de Taïwan.

Là-haut, vous rencontrerez la mer de nuages, vous rencontrerez Yushan, et vous rencontrerez aussi ce vous-même plus apaisé, plus complet.

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