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La sphère blanche à dix kilomètres : un voyage à vélo vers le mont Wufen, entre nuages et lumière

挑戰心得

La boule blanche à dix kilomètres : un voyage à vélo vers Wufen Mountain à travers nuages et lumière

L’autre visage de Pingxi

Pour la plupart des gens, l’image de Pingxi reste figée sur cet instant où les lanternes célestes s’élèvent dans le ciel — la foule dense de la vieille rue de Shifen, les lanternes couvertes de vœux le long des voies ferrées, le ciel teinté d’un jaune chaleureux au moment où l’on appuie sur le déclencheur. Mais Pingxi possède un autre visage, un visage que les touristes voient rarement : celui des crêtes qui encerclent cette vallée, des filons de charbon noir qui ont jadis fait vivre tout le village, et de la vie quotidienne montagnarde qui s’est peu à peu apaisée après le déclin de l’industrie minière.

Le nom même de Pingxi porte une franchise géographique — « la rivière au cours paisible » — désignant le tronçon relativement large et calme du cours supérieur de la rivière Keelung qui traverse la région. Mais ce qui a véritablement façonné le caractère de cette terre, ce sont les montagnes, et non l’eau. De l’époque coloniale japonaise jusqu’aux décennies d’après-guerre, la région de Pingxi recelait d’abondantes réserves de charbon, faisant d’elle l’un des principaux centres d’extraction du nord de Taïwan. La ligne ferroviaire de Pingxi, construite pour répondre aux besoins du transport minier, s’est aujourd’hui reconvertie en ligne touristique, emmenant les visiteurs à travers les petites villes de Shifen, Jingtong et Wanggu, autrefois prospères grâce à l’or noir.

Et Wufen Mountain se dresse au point culminant de cette région jadis criblée de puits de mine, observant silencieusement l’ascension et le déclin de tout cela. Lorsque j’ai entamé cette montée de 10,28 kilomètres, je ne pensais pas seulement à l’épreuve des 577,4 mètres de dénivelé qui m’attendait, mais aussi au poids que cette terre a porté — ces gens qui gagnaient leur vie dans l’obscurité des mines, le paysage qu’ils voyaient en levant les yeux vers les sommets, c’était peut-être le même ciel que celui que je gravis en ce moment.

Le dialogue entre la boule blanche et la crête verte

Le repère le plus inoubliable de Wufen Mountain est sans conteste l’énorme boule radar blanche au sommet — la station radar météorologique de Wufen Mountain du Bureau central de météorologie. Ceux qui l’aperçoivent de loin pour la première fois marquent généralement un temps d’arrêt : au milieu de ces montagnes verdoyantes qui se superposent à perte de vue, comment une boule blanche aussi massive et incongrue a-t-elle pu surgir ?

Mais plus on s’en approche à vélo, plus cette impression d’incongruité se transforme en une harmonie singulière. Cette station radar météorologique est un maillon essentiel du réseau d’observation météorologique taïwanais, scrutant jour et nuit les variations de précipitations et de champs de vent dans l’atmosphère, fournissant des données de première main au système d’alerte et de prévention des catastrophes du nord de Taïwan. C’est un pur produit de la technologie moderne — précis, froid, fonctionnel ; et autour d’elle, le paysage naturel le plus brut — des crêtes ondulantes, des herbes de pampa balancées par le vent, des vallées enveloppées de nuages et de brume.

Ce contraste d’images saisissant fait écho, d’une certaine manière, à la double personnalité de la terre de Pingxi : d’un côté, le rituel romantique et traditionnel des vœux par lanternes célestes, de l’autre, la surveillance scientifique froide et rationnelle du radar météorologique ; d’un côté, la mémoire du labeur humain dans les vieux puits de mine, de l’autre, les installations modernes fonctionnant en automatique. En pédalant sur la route de Wufen Mountain, on ne cesse de ressentir cette atmosphère unique où l’ancien et le nouveau s’entremêlent, où la culture humaine et la technologie coexistent — c’est ce qui rend cet itinéraire si fascinant au-delà du simple défi physique.

Paysages en chemin : plantations de thé, bambouseraies et mer de nuages dans la vallée

En quittant le village au pied de la montagne, les roues mordent la pente qui s’élève doucement, et le paysage se transforme progressivement. Sur le tronçon de basse altitude, des plantations de thé apparaissent çà et là, disposées en terrasses qui suivent les courbes de niveau ; les rangées de théiers d’un vert éclatant, sous la lumière du matin ou de l’après-midi, renvoient un éclat doux et chaleureux. L’histoire de la culture du thé dans cette région montagneuse est d’ailleurs étroitement liée à son relief vallonné et à ses conditions climatiques — pluies abondantes, brumes fréquentes, amplitudes thermiques modérées entre jour et nuit, des conditions naturelles communes à de nombreuses régions productrices de thé du nord de Taïwan.

En poursuivant la montée, les plantations de thé cèdent peu à peu la place à des bambouseraies denses. Le bruissement du vent à travers les bambous est l’une des bandes-son les plus apaisantes de cet itinéraire — un son difficile à décrire avec précision, entre murmure et soupir, qui enfle et décroît selon la force du vent, comme si toute la forêt respirait au rythme de votre cadence. Les sections de bambouseraies annoncent généralement une pente qui se stabilise dans une plage régulière — c’est le moment idéal de la sortie pour laisser le rythme cardiaque redescendre et se concentrer sur les sons et les odeurs environnants.

Le spectacle le plus à couper le souffle survient souvent dans des conditions météorologiques particulières : la mer de nuages dans la vallée. Lorsque les nuages bas, soulevés par le relief, s’accumulent et déferlent entre les vallées, formant une mer de nuages aussi douce que du coton, se tenir au bord de la crête et regarder en bas procure une illusion d’être dans un monde immortel — le monde sous vos pieds est enveloppé de brume, ne laissant émerger que les crêtes de quelques sommets lointains, telles des îles flottant sur les nuages. Une telle mer de nuages n’est pas au rendez-vous à chaque sortie ; elle exige une conjonction favorable du ciel et de la terre, mais c’est précisément parce qu’elle est rare qu’elle rend chaque rencontre d’autant plus précieuse.

L’ascension à la première personne : le dialogue du rythme, du souffle et du cœur

En gravissant Wufen Mountain, la sensation la plus profonde n’est pas un choc instantané, mais un sens du rythme qui s’accumule continuellement. 577,4 mètres de dénivelé répartis sur 10,28 kilomètres signifient que ce n’est pas une de ces pentes courtes et raides qui vous laissent à bout de souffle en quelques minutes, mais une bataille de longue haleine qui exige un dialogue prolongé avec votre propre respiration et votre rythme cardiaque.

Dans les premiers centaines de mètres, le corps conserve encore l’élan de la conduite sur le plat, la cadence est légère, la respiration sereine. Mais à mesure que la pente se dessine, je commence consciemment à ralentir mon rythme — non pas parce que je ne veux pas aller vite, mais parce que cette route m’apprend que la ressource la plus précieuse dans une longue montée n’est pas la puissance explosive, mais la patience. Chaque expiration, chaque inspiration, chaque cycle complet de pédalage devient une sorte de répétition quasi méditative. Cette répétition, à la longue, produit un état de flow étrange — on cesse de calculer combien de kilomètres il reste, pour s’immerger totalement dans « le pédalage de cet instant précis ».

Dans la section médiane, la pente est constante et régulière, sans faux-plat pour reprendre son souffle, ni raidillon soudain pour vous prendre au dépourvu. Cette « constance » devient en soi une discipline — elle vous oblige à être honnête avec votre condition physique, impossible de tricher avec un sursaut d’explosivité ; il faut simplement, par des cycles de pédalage stables et répétés, grignoter la distance mètre après mètre. La sueur commence à couler le long des tempes, le bruit de la respiration finit par couvrir celui du vent ; à ce moment-là, le monde devient très petit — réduit à la roue avant, à la route, et au prochain virage.

Jusqu’à ce qu’à un certain instant, la boule radar blanche émerge sans prévenir de derrière la cime des arbres. L’émotion de ce moment est difficile à décrire — comme voir enfin la lumière au bout d’un long tunnel, toute la fatigue accumulée soudain diluée par une vague d’excitation. Je me souviens avoir accéléré ma cadence sans m’en rendre compte, même si la raison me disait de garder une marge, mais le corps était déjà propulsé vers l’avant par ce désir de « la fin est en vue ».

Au sommet : la majesté de Keelung Islet et du littoral

Au moment d’atteindre le sommet de Wufen Mountain, si les conditions météorologiques sont favorables, le panorama qui s’offre à vous fait instantanément oublier la fatigue des dix kilomètres parcourus. Vers le nord-est, cette petite île en forme de baleine — Keelung Islet — flotte paisiblement sur une mer bleu azur ou voilée de brume ; en étendant le regard de part et d’autre, c’est le littoral sinueux de la côte nord-est, où le ciel et la mer se confondent dans une majesté qui contraste fortement avec le vert des forêts que l’on vient de traverser. De l’autre côté, on devine la silhouette urbaine du bassin de Taipei ; par temps clair, on perçoit même cette distance subtile entre la ville et la montagne — à peine dix kilomètres parcourus à vélo, et pourtant l’impression d’avoir franchi deux mondes radicalement différents.

Que cette vue se dégage pleinement dépend en grande partie des conditions météorologiques et de la visibilité du moment. Le temps en montagne est par nature changeant ; parfois, après avoir peiné jusqu’au sommet, on est accueilli par un mur blanc de nuages et de brume où l’on ne voit pas à un mètre. Mais c’est précisément cette incertitude qui rend chaque expérience d’arrivée au sommet avec une vue sur la mer d’autant plus précieuse. J’ai un jour entendu un cycliste chevronné dire une phrase qui m’a marqué : « On ne grimpe pas pour voir le paysage, mais pour être digne du paysage. » Cette phrase s’applique étrangement bien à Wufen Mountain — il faut d’abord accomplir honnêtement ces 577,4 mètres d’ascension pour mériter de se tenir à cet endroit et accepter que la nature veuille bien vous offrir cette étendue de mer et de ciel.

Près de la station radar météorologique, le vent est toujours plus fort qu’en bas, mêlant l’humidité marine à la fraîcheur âpre de la forêt. En regardant cette énorme boule blanche continuer de tourner, surveillant jour après jour les changements de ce ciel, on ressent une étrange sensation de stabilité — comme si, quels que soient les allées et venues des gens, ce sommet gardait toujours un œil, veillant silencieusement sur le pouls météorologique de cette terre.

Ce que cette route représente pour les cyclistes

Pour moi, Wufen Mountain a depuis longtemps dépassé le simple statut de « route de montée ». C’est davantage un miroir : à chaque sortie, elle reflète honnêtement qui je suis à ce moment précis — si ma condition physique progresse, si mon état d’esprit est plus posé, et si je parviens à conserver patience et concentration face à un rythme de montée long et monotone.

Cette route ne présente aucun changement de pente spectaculaire, aucun sprint court qui fait monter l’adrénaline. Ce qu’elle vous offre, c’est un long et honnête dialogue avec soi-même. On ne peut pas gravir Wufen Mountain par chance ; on ne peut y parvenir que par l’accumulation d’entraînements répétés, par des ajustements successifs de l’allure, en raccourcissant peu à peu le temps et en repoussant toujours plus loin le seuil de la fatigue ressentie. Cette « honnêteté » est précisément sa valeur la plus précieuse — à une époque saturée de raccourcis et de solutions rapides, pouvoir compter sur une route qui reflète si fidèlement vos efforts est en réalité un cadeau rare.

Chaque fois que le rythme de vie devient chaotique et que les pensées se compliquent, je pense à ce segment du milieu de Wufen Mountain — pente régulière, paysage similaire, aucun repère marquant, où l’on ne peut avancer qu’en suivant son propre rythme intérieur. Cette sensation ressemble beaucoup à ces phases de la vie où il faut cultiver sur le long terme sans résultats immédiats, et Wufen Mountain, par l’expérience physique la plus directe, m’a appris à coexister paisiblement avec ce processus.

Un paysage propre à chaque saison : mer de nuages, herbes de pampas et sensation de froid humide

Le visage de Wufen Mountain change radicalement au fil des saisons, et c’est l’une des raisons pour lesquelles cette route mérite d’être parcourue à plusieurs reprises.

En été, les convections de l’après-midi en zone montagneuse sont intenses, avec un risque d’orages localisés en fin de journée. Il est conseillé de partir tôt le matin, ce qui permet à la fois d’éviter les fortes chaleurs et d’avoir plus de chances de rencontrer la beauté brumeuse des nuages matinaux encore présents. La végétation estivale est la plus dense et luxuriante ; la superposition de verdure qui enveloppe tout le parcours est la plus marquée des quatre saisons.

En automne, alors que la mousson du nord-est commence à se renforcer, les herbes de pampas au sommet montent progressivement en épis, formant dans le vent une vague argentée qui se reflète avec le bleu profond de la mer au loin. C’est une saison importante pour de nombreux amateurs de photographie qui se rendent spécialement dans cette région montagneuse. Les températures commencent également à se rafraîchir pendant la saison des pampas, offrant un confort relatif appréciable pour les cyclistes en montée.

En hiver, la mousson du nord-est se déchaîne pleinement, et Wufen Mountain est en première ligne. Le froid humide au sommet s’intensifie nettement, souvent accompagné de bruine persistante et de brouillard épais, réduisant considérablement la visibilité. Relever le défi de Wufen Mountain en cette saison ne teste pas seulement la condition physique, mais aussi la préparation en équipement et la résilience mentale face au froid humide — il est impératif de prévoir une protection complète contre le vent et le froid.

La mer de nuages, quant à elle, n’appartient pas à une saison spécifique mais dépend de conditions particulières de pression atmosphérique et d’humidité — lorsque l’humidité est élevée en contrebas et que la stratification thermique est propice à une inversion de température, se tenir sur la crête de Wufen Mountain offre l’opportunité de capturer ce spectacle grandiose de mer de nuages. Cette rencontre que l’on ne peut ni provoquer ni prévoir ajoute à chaque sortie une part d’attente et la possibilité d’une surprise.

Suggestions d’itinéraire : intégrer Wufen Mountain dans une journée à Pingxi

Si le temps et l’énergie le permettent, Wufen Mountain se prête très bien à une combinaison avec les sites célèbres des environs de Pingxi, pour organiser un petit voyage approfondi alliant sport et culture.

La cascade de Shifen, l’une des cascades en rideau les plus célèbres de Taïwan, déverse son large voile d’eau depuis la paroi rocheuse avec une puissance impressionnante, contrastant nettement avec la sérénité introvertie des forêts de Wufen Mountain. Elle constitue une étape de détente idéale après la sortie à vélo.

La vieille rue de Jingtong a conservé de nombreuses structures architecturales des villages miniers de l’époque coloniale japonaise. La gare en bois et les cylindres de vœux en bambou environnants sont très caractéristiques ; s’y promener donne presque l’impression de ressentir l’atmosphère de vie de cette époque prospère de l’exploitation houillère.

La culture des lanternes célestes de Pingxi est l’image la plus largement connue de cette terre. Que l’on tombe ou non sur une période de lâcher de lanternes, marcher entre les installations de lanternes célestes couvertes de messages de vœux le long des voies ferrées permet de ressentir la chaleur de cette culture populaire unique.

Quant aux horaires d’ouverture exacts de ces sites, aux conditions d’exploitation des commerces ou aux calendriers des événements, il est recommandé de se fier aux annonces sur place ou aux dernières informations officielles, car ces détails sont susceptibles d’évoluer avec le temps et les saisons. Ce qui est certain, c’est que Wufen Mountain et la région montagneuse de Pingxi méritent d’être parcourues plus d’une fois — chaque visite, qu’elle soit consacrée au défi physique de la montée elle-même ou à la découverte au ralenti du paysage culturel environnant, vous apportera des récoltes et des émotions d’un niveau différent.

Lorsque je termine une sortie complète et que je me retourne vers cette sphère de radar blanche qui rapetisse peu à peu, ce qui me vient à l’esprit n’est pas le soupir de soulagement d’avoir « enfin terminé », mais une pensée légère, celle de vouloir revenir. C’est probablement ce que devrait être une bonne route — elle vous donne envie, dès l’instant où vous la terminez, de commencer à attendre avec impatience la prochaine retrouvaille.

Le chevauchement avec la mémoire minière : l’histoire noire sous le sentier

En roulant sur la route industrielle qui mène à Wufen Mountain, rares sont ceux qui réalisent que cette chaussée bitumée d’apparence banale sous leurs roues recouvre peut-être une ancienne voie de charbon abandonnée. L’exploitation minière dans la région de Pingxi, à son apogée, faisait vivre plusieurs milliers de personnes dans tout le village. Les mineurs entraient et sortaient des galeries dans l’obscurité chaque jour, échangeant leur force de travail la plus primitive contre la subsistance de leur famille, sous terre, dans l’humidité et la pénombre. À cette époque, le relief vallonné autour de Wufen Mountain était parsemé d’ouvertures de puits de mine, grandes et petites, et les voies ferrées légères de transport du charbon serpentaient entre les vallées, constituant un paysage industriel unique pour cette région montagneuse.

Avec la transition du mix énergétique et l’épuisement des gisements, ces mines autrefois bruyantes ont fermé les unes après les autres, sombrant dans le silence. De nombreux mineurs et leurs familles ont choisi de quitter la montagne pour chercher de nouveaux moyens de subsistance en ville. Aujourd’hui, la plupart des voies de transport du charbon sont recouvertes par les herbes folles, ou ont été transformées en ligne ferroviaire touristique de Pingxi. Quant aux galeries enfouies au cœur des montagnes, elles reposent silencieusement dans l’obscurité, devenant une mémoire collective peu à peu oubliée.

Souvent, pendant mes sorties, en particulier lorsque je passe sur certains tronçons où l’on distingue nettement des traces de creusement artificiel, je ne peux m’empêcher de ralentir et d’imaginer ce que cette voie a pu connaître il y a quelques décennies — les pas fatigués des mineurs rentrant chez eux après leur service, leurs outils sur l’épaule, le bruit régulier des wagonnets de charbon glissant sur les rails, les silhouettes des femmes et des enfants attendant au bord du chemin le retour des leurs. Ces images n’existent que dans l’imagination, mais elles confèrent à ce pur défi physique une épaisseur historique et une chaleur humaine supplémentaires. Wufen Mountain n’est pas seulement un sommet sur une carte géographique ; c’est aussi un témoin silencieux des mutations industrielles de cette terre, dressé là, observant l’intégralité du parcours de Pingxi, de village minier à petite ville touristique.

La ligne ferroviaire de Pingxi : une autre manière de se déplacer lentement

Si le vélo est un mode de déplacement actif et physiquement exigeant, la ligne ferroviaire de Pingxi, qui serpente le long de la vallée de la rivière Keelung, représente une philosophie de la lenteur radicalement différente. Cette ligne secondaire de la TRA relie une série de petites gares chargées de nostalgie — Sandiaoling, Dahua, Shifen, Wanggu, Lingjiao, Pingxi, Jingtong — et le train avance à vitesse modérée, se balançant doucement entre vallées et rivières, permettant aux passagers d’admirer le paysage de la vallée qui défile sous leurs yeux dans la position la plus détendue qui soit.

À l’origine, cette ligne ferroviaire a été construite dans un but indissociable du transport minier — c’est pour acheminer le charbon extrait dans la région de Pingxi jusqu’aux points de transbordement en contrebas qu’elle a vu le jour. Aujourd’hui, l’industrie minière appartient au passé, mais cette ligne, grâce à la culture des lanternes célestes et au charme rétro de ses gares, s’est inopinément reconvertie en chemin de fer touristique, transportant des voyageurs du monde entier pour leur faire vivre une expérience de déplacement lent radicalement différente du rythme de vie urbain.

En montant vers Wufen Mountain, il arrive parfois, depuis les hauteurs, d’apercevoir la silhouette sinueuse des rails dans la vallée, ou d’entendre au loin le sifflet d’un train en marche. À cet instant, une étrange sensation de croisement spatio-temporel s’empare de vous — je gravis, à la force de mes jambes, centimètre par centimètre, un dénivelé de 577,4 mètres ; tandis que le train au fond de la vallée, avec son rythme lent immuable depuis un siècle, transporte un autre groupe de voyageurs qui vivent ce paysage d’une manière totalement différente. Deux modes de déplacement, deux vitesses de perception radicalement opposées, coexistent pourtant sans se contredire dans la même vallée, chacun racontant sa propre histoire.

Mémoire olfactive dans le vent de la montagne

Ce que l’on néglige le plus facilement en gravissant le mont Wufen, et qui pourtant s’imprime le plus profondément dans la mémoire, ce sont les couches d’odeurs qui changent sans cesse tout au long du parcours. Sur le tronçon à basse altitude, se mêlent la chaleur odorante de l’asphalte réchauffé par le soleil et les effluves de la vie quotidienne des habitants qui flottent par intermittence — peut-être l’odeur des plats qui s’échappe d’une cuisine, ou celle des légumes marinés exposés au soleil devant une petite épicerie du bord de route. Ces odeurs de la vie quotidienne des villages de montagne, bien qu’ordinaires, sont d’une authenticité saisissante.

À mesure que l’altitude gagne, les odeurs commencent à se transformer. Sur le tronçon des plantations de thé, l’air porte un parfum de feuilles de thé subtil et fugace, particulièrement prononcé autour de la saison de la récolte. En entrant dans le tronçon de la bambouseraie, l’humidité terreuse de la terre se mêle à l’âpreté verte caractéristique des feuilles de bambou. Ajoutez à cela la fraîcheur apportée par l’ombre des arbres, et l’on a l’impression d’être soudainement immergé dans une fraîcheur verdoyante.

Quant au tronçon proche du sommet, les odeurs y sont d’un tout autre registre — la brise marine se mêle aux senteurs de la forêt, portant une touche d’humidité saline de l’océan. Cela s’explique par la position géographique du mont Wufen, relativement proche de la côte du cap Nord-Est : lorsque le vent est favorable, les effluves marins sont portés jusqu’au sommet par les courants d’air ascendants du relief. Ce mélange complexe d’odeurs de la montagne et de la mer est une expérience unique que j’ai rarement ressentie sur d’autres itinéraires purement continentaux, et qui confère au mont Wufen, dans mon esprit, un caractère singulier où la montagne et la mer se fondent l’une dans l’autre.

À toi qui t’apprêtes à partir

Si tu es en train de lire cet article en hésitant à planifier une sortie vers le mont Wufen, je veux te dire que cet itinéraire t’offrira bien plus que les 577,4 mètres de dénivelé positif ou les 10,28 kilomètres de distance cumulée. Il t’apprendra, au fil des tours de pédale, à renouer avec ta propre respiration ; il te fera ressentir, à l’instant où tu atteindras le sommet, une sensation d’accomplissement bien tangible, que ton regard porte sur une vue marine grandiose ou sur des nuages virevoltants ; et il te laissera, sur le chemin du retour en descente, couvert de sueur et de fatigue, mais en même temps empli d’une satisfaction et d’une sérénité indicibles.

La région montagneuse de Pingxi porte en elle une multitude de récits en strates — la mémoire historique de l’essor et du déclin minier, la légende romantique des lanternes célestes porteuses de vœux, la nostalgie des trains qui avancent au ralenti, ainsi que cette station radar météorologique au sommet du mont Wufen, qui veille sur le ciel jour et nuit. Lorsque tu t’engages sur cet itinéraire, tu ne te contentes pas de relever le défi d’une pente ; tu engages aussi un dialogue silencieux et profond avec les multiples identités de cette terre.

Puisses-tu trouver ton propre rythme, et pédaler lentement, sûrement, vers cette boule blanche, pour ensuite, dans le vent du sommet, apercevoir ta propre mer.

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