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Le col du vent : gravir Fengguizui, le premier jalon pour chaque nouveau cycliste de Taipei

挑戰心得

Vent du col : gravir Fengguizui, le premier jalon pour chaque cycliste débutant de Taipei

Vent du col : gravir Fengguizui, le premier jalon pour chaque cycliste débutant de Taipei

À cinq heures et demie du matin, le ciel n’est pas encore tout à fait éclairci. Je remplis ma gourde, sors mon vélo et prends la route. Aujourd’hui, ma destination est Fengguizui — ce nom, pour les cyclistes de Taipei, est presque synonyme de « montée ». Il se situe à la frontière entre le district de Xishan, dans le district de Shilin, et le district de Wanli, dans la Nouvelle Taipei, en bordure du parc national de Yangmingshan, sur la ligne de crête entre le mont Xiangdui et le mont Neishuangxi. La distance n’est pas longue, 6,13 kilomètres, mais le dénivelé atteint 410,8 mètres, avec une pente moyenne de 7,2 % — ces chiffres, pour ceux qui s’y attaquent pour la première fois, suffisent à constituer toute une matinée de préparation mentale.

Un col choisi par le vent

Pour comprendre Fengguizui, il faut d’abord comprendre l’origine de ces deux caractères, « fenggui ». Selon les anciens, la topographie des lieux évoque le « fenggui » — un soufflet utilisé autrefois dans les forges pour attiser le feu — un instrument actionné à la force des bras dont la buse de sortie d’air est étroite et concentrée, produisant un vent particulièrement puissant. Appliqué à la topographie, Fengguizui désigne précisément une telle « sortie d’air étroite et concentrée » : les montagnes se resserrent de part et d’autre, laissant au milieu un passage en col, et la mousson du nord-est qui entre dans le bassin de Taipei, comme la mousson du sud-ouest qui en sort, doivent presque toutes deux passer par cet unique passage.

C’est pourquoi, quelle que soit la saison, Fengguizui est presque toute l’année balayé par le vent. En hiver, la mousson du nord-est s’y engouffre dans le bassin, chargée d’une humidité froide ; en été, le flux du sud-ouest en ressort en sens inverse, emportant la chaleur étouffante du bassin. Cette position géographique de « passage obligé » fait de Fengguizui un lieu très particulier, tant sur le plan météorologique que topographique — ce n’est pas seulement un sommet, mais une véritable soupape dans le système respiratoire de tout le bassin de Taipei.

À 597 mètres d’altitude, le col ne semble pas particulièrement élevé à première vue, mais le vent qu’on y ressent une fois sur place fait souvent redécouvrir le sens de ce chiffre. L’effet de resserrement du relief comprime le vent, le rendant plus concentré et plus puissant — c’est aussi pourquoi de nombreux cyclistes qui atteignent le sommet pour la première fois gardent un souvenir marquant de ce vent latéral soudain. Ce genre de connaissance géographique n’est peut-être qu’un passage de manuel scolaire, mais lorsque vous vous tenez réellement sur la ligne de crête, presque déséquilibré par le vent, vous comprenez alors tout le poids de l’expression « le relief détermine le climat ».

Je pense souvent qu’il y a quelque chose de très romantique à ce qu’un sommet reçoive un nom aussi ancré dans la vie quotidienne. Non pas un terme géographique académique, mais une comparaison avec l’outil le plus familier de la vie des anciens — cette façon de nommer révèle une observation empreinte de simplicité. Les premiers habitants ont dû se tenir d’innombrables fois sur ce col, ressentant ce vent plus fort qu’ailleurs, pour penser au soufflet qui attisait le feu de la forge. Ce nom issu de l’expérience vécue, plus que tout langage fleuri, transmet avec précision le caractère de ce lieu. Chaque fois que je grimpe ici, j’imagine qu’il y a des centaines d’années, quelqu’un menant son bétail ou portant ses fardeaux franchissait péniblement ce col, ressentant le même vent, mais son but n’était pas le sport de loisir, mais la nécessité vitale d’aller et venir entre les deux versants de la montagne.

Départ du pont Fenglin : la première bouffée d’air de l’aube

Je gare mon vélo près du pont Fenglin, à environ 182 mètres d’altitude, le point de départ habituel pour la plupart. Le jour vient de se lever, l’air de la montagne est encore chargé de l’humidité de la nuit, et son contact en inspirant est d’une fraîcheur limpide. Avant de monter en selle, je prends deux grandes respirations, je remets mon compteur à zéro d’un coup d’œil, puis je pars officiellement.

Sur les 1,5 premiers kilomètres, la pente s’installe directement entre 5 et 8 %, sans aucune transition. Je me souviens de ma première fois sur cette route : à peine dix minutes de pédalage, et mes cuisses commençaient déjà à ressentir cette courbature familière, ma respiration passant d’un rythme régulier à un souffle court et saccadé. Cette sensation est honnête — le corps vous dit vite si votre préparation du jour est suffisante.

Sur le tronçon ombragé du petit matin, la lumière du soleil n’a pas encore tout à fait pénétré, la route est humide de rosée, et de temps à autre un chant d’oiseau matinal déchire le silence de l’air. Dans ces moments-là, le vélo n’est pas seulement un défi physique, c’est plutôt un processus de dialogue avec soi-même. Chaque coup de pédale est une négociation avec le moi qui a veillé tard la veille, avec le moi qui manque d’exercice au quotidien ; chaque souffle court rappelle qu’aujourd’hui, sur cette route, il n’y a pas de raccourci.

Les herbes hautes et les arbustes au bord de la route ondulent doucement sous la brise, et parfois on entend au loin le bruit subtil des changements de vitesse d’autres cyclistes matinaux — à cette heure, ils sont déjà nombreux sur la montagne à avoir choisi, comme moi, d’accueillir le jour à coups de pédale. Cette complicité silencieuse est, d’une certaine manière, l’une des choses les plus chaleureuses de la culture cycliste de Taipei : des inconnus, unis par le même amour des routes de montagne à l’aube, partagent soudain un même rythme à un instant donné.

En chemin, on rencontre plusieurs virages où la pente semble prendre un malin plaisir à jouer avec vous — vous croyez avoir trouvé votre rythme, et après le virage suivant, la pente se redresse un peu plus, vous obligeant à réajuster votre respiration et votre cadence. Ce processus d’ajustement continu est d’ailleurs ce qui rend la montée si fascinante : ce n’est pas une répétition monotone, mais un dialogue constant, une négociation permanente entre le corps et le terrain. Chaque ajustement de cadence, chaque légère sortie de selle pour relancer, est une trêve temporaire conclue avec la pente qui se présente. À force de rouler, j’ai fini par prendre une habitude : ne plus regarder les chiffres qui défilent sur le compteur, mais me concentrer sur les signaux du corps — le degré de courbature des cuisses, la profondeur de la respiration, le rythme du cœur. Cette façon de rouler, qui délaisse les chiffres pour revenir aux sensations du corps, est peut-être ce que la montée m’a vraiment appris.

La vue depuis la crête : le premier cadeau après l’effort

Une fois les pentes raides du début surmontées, le parcours devient progressivement vallonné, alternant sections douces et sections raides. C’est à ce moment que la vue commence à s’ouvrir peu à peu : la forêt dense laisse apparaître des brèches, et les contours des vallées lointaines se dessinent progressivement. J’aime ralentir légèrement sur ce tronçon, non pas par manque de force, mais parce que je ne veux pas manquer cette transition de paysage — ce passage de « enveloppé par la forêt » à « la vue qui s’élargit » est comme une ouverture qui se déploie lentement, annonçant l’instant du sommet.

Lorsque la roue franchit enfin la dernière montée, le vent du col vous frappe sans prévenir. À cet instant précis, vous comprenez vraiment pourquoi cet endroit s’appelle « Fengguizui » — non pas par une description dans un document, mais par la force du vent réellement ressentie par le corps, comprimé et concentré par le relief. Debout sur la ligne de crête à 597 mètres, on peut contempler le bassin de Taipei et les vallées environnantes en couches successives ; par temps clair, vers le nord-est, on peut même parfois apercevoir au loin la ligne côtière. Cette sensation d’ouverture rend instantanément tous les souffles courts et les courbatures précédents dignes d’intérêt.

Certains cyclistes décrivent le vent de Fengguizui non pas comme un vent qui « vous traverse », mais qui « vous transperce » — à cause du relief, le vent y porte une franchise sans détour, comme s’il avait fait un détour exprès pour vous accueillir vigoureusement au moment où vous atteignez le sommet.

La première fois que j’ai atteint le col, j’ai presque été projeté en arrière par cette bourrasque, m’accrochant tant bien que mal au guidon, partagé entre surprise et joie — surprise par une force dépassant l’imagination, joie de m’être réellement hissé à vélo jusqu’à ce lieu réputé pour son vent. Cette expression mêlant essoufflement et sourire est sans doute le portrait commun à tous ceux qui atteignent Fengguizui pour la première fois.

Les fermes de poulet au sommet et le goût de la vie locale

Une fois au sommet, on trouve autour de Fengguizui quelques fermes de poulet, un lieu de halte habituel pour de nombreux cyclistes et motards après l’effort. On commande un bol de soupe chaude, accompagné de plats de montagne tout juste sortis du feu, et tout en buvant, on regarde les autres cyclistes arriver les uns après les autres, échangeant des signes de tête — cette complicité est une forme de convivialité propre aux parcours vallonnés de Taipei. On ne se connaît pas, mais parce qu’on a gravi la même pente et affronté le même vent, il s’installe une familiarité de « camarades de promotion ».

Cette culture culinaire locale prolonge, d’une certaine manière, le caractère de Fengguizui en tant que carrefour historique. À une époque où ni téléphériques ni routes n’étaient développés, ce col était naturellement un passage obligé entre les villages, et l’apparition de simples points de restauration et de repos au sommet était une évolution logique. Aujourd’hui, même si la plupart des visiteurs sont des cyclistes, des motards ou des automobilistes en balade, ce rythme de vie — « franchir le col, reprendre son souffle, manger un morceau puis repartir » — semble n’avoir jamais vraiment changé.

Assis sur les chaises en plastique de la ferme de poulet, regardant la soupe fumante sur la table, écoutant les cyclistes à la table voisine discuter avec excitation de leur temps de parcours du jour, ou se plaindre de la raideur de la montée — cette scène se répète presque chaque week-end au sommet. Cette culture de repos simple, sans décoration sophistiquée ni présentation raffinée, reste pourtant, pour de nombreux cyclistes, le rituel d’arrivée le plus réconfortant qui soit.

J’aime particulièrement observer, dans ces haltes au sommet, la rencontre de différentes générations et de différents groupes. De jeunes passionnés de vélo de route en maillot de course aux couleurs vives peuvent être assis à la table voisine d’un motard en cuir sur sa grosse cylindrée à l’ancienne ; le week-end, des familles montent en voiture, les enfants courent et sautent dans la cour, tandis que dans un coin, quelques seniors sirotent tranquillement leur thé en échangeant des histoires de cols parcourus d’innombrables fois. Fengguizui est comme un espace social naturel, réunissant brièvement, autour d’un même sommet et d’un même vent, des gens dont les trajectoires de vie ne se seraient jamais croisées. Cette chaleur humaine, simple mais authentique, est, au-delà du défi physique, l’une des choses que je chéris le plus à chaque fois que je grimpe ici.

Le point de départ de la grande traversée : du vélo à la randonnée

Fengguizui n’est pas seulement le terminus des parcours cyclistes, c’est aussi le point de départ de la quatrième section du système de randonnée « Grande Traversée de Taipei ». Le sentier qui part d’ici mène au mont Daluntou, au pont suspendu de Baishihu, au parc aquatique de Dagouxi, pour finalement rejoindre le parc Dahu à Neihu, sur environ dix kilomètres — l’un des rares sentiers de longue distance de la banlieue de Taipei à enchaîner les paysages forestiers.

Bien que la piste cyclable elle-même ne passe pas par les sections de randonnée comme le pont suspendu de Baishihu, de nombreux cyclistes ayant relevé le défi de Fengguizui garent leur vélo au sommet et parcourent à pied une petite portion de la grande traversée, pour goûter au changement de rythme entre « mesurer la montagne à coups de pédales » et « ressentir la forêt à pied ». Cette transition illustre, d’une certaine manière, la particularité de Fengguizui — à la fois terminus d’un parcours cycliste et départ d’un sentier de randonnée, comme un point de rencontre qui rassemble des pratiquants de différentes disciplines.

Un après-midi où j’avais encore pas mal d’énergie, j’ai cadenassé mon vélo et marché un petit bout depuis l’entrée du sentier. Le rythme de la randonnée n’a rien à voir avec celui du vélo — plus besoin de surveiller sa cadence ni de penser aux vitesses, il suffit de se concentrer sur la terre sous ses pieds et les changements de végétation autour de soi. Cette expérience de changement de mode d’exercice est devenue, de manière inattendue, une autre façon de se détendre, en dehors du pédalage. C’est peut-être aussi ce qui rend Fengguizui si particulier — il ne sert pas seulement les loisirs d’un seul groupe, mais rassemble sur un même col cyclistes, randonneurs, motards, et même de simples automobilistes en balade, pour partager le même paysage et le même vent.

Le premier jalon des débutants

Dans le parcours de formation des cyclistes de Taipei, Fengguizui est une étape quasi incontournable. Je connais beaucoup d’amis qui viennent de se mettre au vélo de route : les premiers mois, ils accumulent les kilomètres sur les pistes cyclables des berges et le plat, jusqu’au jour où un cycliste plus expérimenté les emmène pour leur première tentative à Fengguizui — cette expérience d’être durement éprouvé par la pente, puis de ressentir au sommet un sentiment d’accomplissement inédit, devient souvent pour eux la ligne de partage à partir de laquelle ils se souviennent avoir « commencé à prendre le vélo au sérieux ».

À peine 6,13 kilomètres, mais pour beaucoup, c’est la première fois qu’ils comprennent vraiment ce qu’est la « montée » : ce n’est pas une affaire de force brute, mais de rythme ; pas une question d’élan passager, mais de compréhension et de confiance en son propre corps. Cette image de la première ascension complète, les jambes presque en crampes mais le sourire aux lèvres pour la photo au sommet, est presque un souvenir commun à tous les cyclistes de Taipei.

Aussi, grâce à sa courte distance et à son accès facile, Fengguizui est devenu pour beaucoup un lieu fixe pour « mesurer ses progrès ». Les sections qu’on gravissait à bout de souffle il y a six mois, en mettant pied à terre à mi-pente, on peut peut-être désormais les avaler d’une traite, sans s’arrêter pour reprendre son souffle. Ces progrès que l’on peut ressentir physiquement sont plus convaincants que n’importe quel chiffre, et c’est aussi pourquoi cette route occupe une place si particulière dans le cœur des cyclistes de Taipei.

Je me souviens de la première tentative d’une amie débutante que j’accompagnais : dans les 1,5 premiers kilomètres de montée raide, elle était au bord des larmes, me demandant sans cesse « c’est encore loin », « on arrive bientôt ? ». Je ne lui ai pas menti en disant qu’on y était presque, je suis simplement resté à ses côtés, roulant lentement au même rythme qu’elle. Quand elle a enfin atteint la crête, plissant les yeux sous le vent, mais avec un sourire plus éclatant que quiconque, j’ai su que cette route avait encore accompli ce qu’elle sait faire de mieux — transformer une débutante terrifiée par les montées en une cycliste qui croit désormais pouvoir relever le défi.

Les brumes d’hiver et la clarté d’été

Le paysage de Fengguizui change radicalement au fil des saisons. En hiver, quand la mousson du nord-est domine, le brouillard s’installe facilement en montagne, les nuages remontant le long du col pour envelopper tout le parcours dans une brume diffuse. À vélo dans ces conditions, le monde se réduit à quelques dizaines de mètres de bitume devant soi, les arbres de part et d’autre apparaissent et disparaissent, et quand le vent faiblit un instant, le brouillard s’écarte pour révéler un aperçu de la vallée, aussitôt disparu. Cette expérience de pédalage porte une atmosphère à la fois solitaire et paisible, comme si l’on se confiait à la montagne, au brouillard, à l’inconnu du virage suivant.

L’été est un tout autre tableau. Sous l’influence de la mousson du sud-ouest, le ciel est généralement dégagé, le soleil filtre à travers les arbres, et la lumière danse sans cesse entre les feuilles, créant un effet visuel rythmé. Une fois au sommet de la crête, la visibilité est exceptionnelle : le contour du bassin de Taipei se distingue clairement sous le soleil, les chaînes de montagnes s’empilent à l’horizon jusqu’où le regard porte. Bien sûr, l’été impose aussi de se méfier des orages d’après-midi — une constante des montagnes de Taipei en cette saison. Il est généralement conseillé de partir à l’aube, pour terminer le défi avant que les nuages ne s’accumulent et que l’orage ne se prépare, et le retour permet souvent d’éviter la période la plus instable de l’après-midi.

Deux saisons, deux paysages, mais une seule et même route. C’est aussi pourquoi de nombreux cyclistes reviennent sans cesse à Fengguizui — même après l’avoir gravi d’innombrables fois, chaque passage, selon la saison et le temps, offre une expérience jamais tout à fait identique. J’ai moi-même vécu une ascension complète dans le brouillard épais de l’hiver, où l’on distingue à peine dix mètres devant soi, et où l’on ne peut avancer qu’en s’appuyant sur sa connaissance du parcours et son instinct — une expérience psychologique radicalement différente de la vision panoramique d’une journée d’été dégagée. C’est précisément pour cela que je suis convaincu que ce qui fait la valeur d’un parcours, ce n’est ni sa longueur ni sa difficulté, mais sa capacité à offrir, à chaque rencontre, quelque chose de nouveau.

Après la descente : prolonger la journée vers Neihu

Une fois le défi de Fengguizui relevé, l’organisation de l’après-descente fait aussi partie du plaisir de la sortie. Certains cyclistes choisissent de dévaler tranquillement, savourant la vitesse de la descente et les paysages qui défilent ; d’autres planifient une halte dans les environs de Neihu, s’installant dans un café pour un brunch, se remémorant la bourrasque ressentie sur la crête tout en refaisant le plein d’énergie.

Si le temps le permet, garer son vélo et marcher un petit bout le long du sentier de la grande traversée, pour contempler le bassin de Taipei sous un autre angle, est une extension que beaucoup recommandent. Passer de la vitesse du vélo au rythme lent de la marche permet d’observer plus attentivement la végétation et le relief, et d’apprécier la richesse des couches de cette terre en bordure du parc national de Yangmingshan.

Pour ma part, assis près de la fenêtre d’un café de Neihu après la descente, regardant le flot quotidien de la circulation dans la rue, puis repensant au fait qu’il y a à peine une heure je me tenais sur la crête balayée par le vent, ce contraste me fait toujours sourire. Ce qui rend Taipei si fascinante, c’est peut-être justement sa capacité à faire vivre en une seule matinée à la fois la commodité urbaine et la sauvagerie de la montagne — et Fengguizui est précisément le pont le plus court et le plus fidèle entre ces deux mondes.

Un seul col, d’innombrables raisons de pédaler

Ayant gravi Fengguizui tant de fois, j’ai peu à peu réalisé que chacun y trouve une raison bien différente. Certains viennent pour s’entraîner, y voyant un programme d’intervalles fixe ; d’autres pour la dimension sociale, retrouvant leurs coéquipiers au pont de Fenglin pour rouler et discuter ; d’autres encore, comme moi, cherchent simplement un endroit où, par la fatigue du corps, laisser les pensées confuses se décanter.

J’ai vu des cyclistes d’âge mûr gravir seuls la pente à l’aube, le regard concentré comme s’ils pratiquaient une forme de méditation ; j’ai aussi vu des familles entières sortir le week-end, les enfants peinant sur leurs petits vélos pour suivre leurs parents — une scène chaleureuse qui arrache toujours un sourire, même si les petits n’atteindront probablement jamais le sommet. Fengguizui ne se soucie jamais de qui vient le gravir, de son parcours ou de son intention — il se dresse simplement, honnêtement, offrant la même pente et le même vent à quiconque est prêt à enfourcher son vélo.

Cette inclusivité est sans doute la raison pour laquelle Fengguizui conserve une popularité inébranlable depuis tant d’années. Contrairement à certains sites qui exigent un billet, une réservation ou s’adaptent aux goûts d’un public spécifique, il ne demande que votre volonté de partir et de tenir sur les 1,5 premiers kilomètres de raidillon. En retour, il récompense chacun avec la plus grande équité.

Pour conclure : chaque ascension est une retrouvaille avec soi-même

Pour moi, Fengguizui n’est plus depuis longtemps une simple route d’entraînement. C’est l’endroit où je me rends seul quand l’esprit est agité, pour y remettre de l’ordre à coups de pédales ; la scène où j’ai vu des amis franchir leurs limites lors de leur première ascension ; et ce lieu qui, peu importe le nombre de passages, vous rappelle à l’arrivée que cette selle n’a jamais été vraiment domptée, par ce vent qui vous fouette sans ménagement.

6,13 kilomètres, 410,8 mètres de dénivelé — des chiffres qui semblent froids, mais quiconque les a gravis sait qu’ils renferment la mémoire collective d’innombrables cyclistes de Taipei : la nervosité de la première tentative, la lutte quand on a failli abandonner, la libération au sommet, et ce vent éternellement fidèle qui souffle sur la crête. C’est peut-être pour cela que, même après de nombreux passages, chaque retour à Fengguizui procure cette sensation de retrouvailles avec soi-même.

Si vous n’avez jamais gravi Fengguizui, choisissez un matin, sortez votre vélo et mettez le cap sur le pont de Fenglin. Pas besoin d’équipement sophistiqué ni de condition physique impressionnante. Il suffit de vouloir tenir sa respiration sur les 1,5 premiers kilomètres de raidillon, de retrouver patiemment son rythme dans les ondulations de la seconde partie, et d’accueillir avec le sourire la bourrasque finale. Fengguizui vous accueillera à sa manière — une pente honnête contre un sentiment d’accomplissement bien réel. Et ce sentiment sera, dans votre carrière de cycliste à Taipei, le premier sommet que vous aurez le plus envie de gravir encore et encore.

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