
Wuling par le Nord : à 113 km du pont Tayal, un autre Wuling
Prologue : pas par l’Est, mais par le Nord
Dans le milieu du cyclisme sur route taïwanais, le mot « Wuling » est presque auréolé d’un prestige sacré. Pour la plupart des gens, évoquer Wuling fait immédiatement surgir l’image du Taiwan KOM Challenge, cette ascension qui part du niveau de la mer, depuis la côte Pacifique des falaises de Qingshui à Hualien, jusqu’à 3 275 mètres d’altitude — cette route par l’Est, couverte par d’innombrables médias internationaux, figure sur la liste ultime des pèlerinages que tout passionné de cyclisme sur route rêve d’accomplir une fois dans sa vie.
Mais ce dont je veux parler ici, ce n’est pas cette route-là.
Ce dont je veux parler, c’est du « Wuling par le Nord — départ du pont Tayal » : une route qui part de la zone montagneuse de Yilan, dans une direction totalement opposée à celle de l’Est, avec un tracé également très différent. 113,91 kilomètres, 3 926,8 mètres de dénivelé positif total, et un point de départ : le pont Tayal. Ce nom porte en lui-même une histoire : les Tayal sont l’un des peuples autochtones de Taïwan, et la région de Datong à Yilan, notamment les villages de Nanshan et de Siji, constitue le cœur du territoire traditionnel des Tayal. La première fois que j’ai vu ce nom dans une base de données d’itinéraires, j’ai su que ce ne serait pas qu’un simple voyage de chiffres d’ascension, mais un voyage sur la terre, sur les peuples et sur les directions.
Avant d’écrire, je veux être honnête et clair : cet article n’a pas pour but de copier un récit de pèlerinage du Taiwan KOM Challenge par l’Est, ni de suggérer que cet itinéraire par le Nord est celui de cette course internationalement reconnue. Ce sont deux routes totalement différentes, avec des directions, des points de départ et des rythmes de terrain différents. Le seul point commun, c’est l’arrivée : Wuling, le point culminant du réseau routier taïwanais, à 3 275 mètres d’altitude, dans la zone montagneuse de Hehuan, à la frontière entre Nantou et Hualien. Dans ce qui suit, je décrirai aussi honnêtement que possible ce que je connais et ce que j’ai ressenti de cet itinéraire par le Nord. Lorsque je rencontrerai des détails que je ne peux pas confirmer, je dirai franchement « je ne suis pas sûr », plutôt que d’inventer un tracé pour rendre le récit plus complet.
Le poids de Wuling : la montagne sacrée des passionnés de cyclisme sur route taïwanais
Pour comprendre ce que cet itinéraire du Wuling par le Nord représente pour les cyclistes, il faut d’abord comprendre la place de Wuling lui-même dans la culture du cyclisme sur route à Taïwan.
Wuling n’est pas qu’un chiffre d’altitude, c’est un symbole. 3 275 mètres, c’est le point le plus élevé accessible par toute route goudronnée à Taïwan. Au-delà, il n’existe que quelques chemins forestiers ou sentiers de haute montagne, qui ne sont généralement pas des itinéraires légaux et sûrs pour un vélo de route. Ainsi, pour la communauté cycliste taïwanaise, Wuling joue un rôle spirituel comparable à celui des grands cols classiques européens (comme le col du Tourmalet sur le Tour de France) — c’est une forme de certification du type « as-tu déjà gravi Wuling ? », un objectif ultime que tout cycliste qui prend au sérieux le défi de la montée finira par vouloir conquérir un jour.
Parmi les nombreuses voies d’accès possibles à Wuling, la route par l’Est — celle empruntée par le Taiwan KOM Challenge — est sans conteste la plus connue, celle qui rassemble le plus de participants et qui bénéficie de la plus grande exposition médiatique. Chaque année, pendant la course, des cyclistes professionnels et amateurs du monde entier se rassemblent à Hualien et partent des falaises de Qingshui, sur la côte Pacifique, pour gravir en une journée la distance verticale qui sépare le niveau de la mer de 3 275 mètres, coup de pédale après coup de pédale. La notoriété de cet itinéraire a, dans une certaine mesure, établi un signe d’égalité dans l’esprit de nombreux cyclistes entre « Wuling », « route par l’Est » et « Taiwan KOM ».
Mais Wuling n’a jamais été accessible par une seule route. La zone de Hehuan, en tant que nœud important de la chaîne centrale, dispose de plusieurs points d’accès routiers dans différentes directions, même si leur notoriété et leur nombre de participants sont loin derrière la route par l’Est. La route par le Nord est précisément l’une de ces voies d’accès, relativement discrète mais tout aussi réelle, qui exige un effort considérable pour être menée à bien. Elle part de Yilan, traverse une géographie et un tissu humain complètement différents, et aboutit finalement, par des chemins différents, au même portique de Wuling.
Je pense que c’est précisément ce qui rend cet itinéraire du Wuling par le Nord si fascinant : il fait de la « conquête de Wuling » une aventure qui n’a plus une seule réponse standard, un seul itinéraire sous les projecteurs des médias, mais ouvre une autre possibilité : depuis une direction inattendue, à un rythme inattendu, on peut tout aussi bien atteindre ce point culminant du réseau routier taïwanais. Et avec ses 113,91 kilomètres de longueur totale et 3 926,8 mètres de dénivelé positif, cette route est en réalité plus longue et plus exigeante en dénivelé que la route par l’Est, même si elle reste relativement méconnue.
La signification du point de départ : le pont Tayal et la mémoire des peuples de la région montagneuse de Yilan
Le nom du point de départ, « pont Tayal », mérite à lui seul qu’on s’y arrête un instant.
Les Tayal sont l’un des peuples autochtones de Taïwan dont la répartition démographique est assez large ; leur territoire traditionnel s’étend sur plusieurs comtés montagneux du nord de Taïwan, et les villages de Nanshan et de Siji, dans la région de Datong à Yilan, constituent d’importants lieux de peuplement tayal dans cette zone. Cette région montagneuse est depuis longtemps le territoire traditionnel où les Tayal vivent, cultivent et chassent ; chaque ruisseau, chaque crête dans ces montagnes peut porter, pour les Tayal, une signification géographique et culturelle différente de celle du réseau routier moderne.
Lorsque j’ai appris que le point de départ de cet itinéraire était le « pont Tayal », ce qui m’est venu à l’esprit n’était pas seulement une coordonnée géographique, mais un rappel — le rappel que cette région montagneuse n’a jamais été une « nature vierge » attendant d’être traversée par un réseau routier, mais une terre déjà chargée d’une profonde signification culturelle. Alors que je m’apprêtais à enfourcher mon vélo, à la poursuite d’un dépassement physique personnel et d’un sentiment d’accomplissement, je me suis aussi rappelé d’aborder ce voyage avec respect pour cette terre et pour les Tayal qui y vivent depuis des générations.
Je dois honnêtement admettre que je n’ai pas d’informations de première main à cent pour cent certaines sur les villages précis que cet itinéraire traverse, ni sur les exacts changements de toponymes. Je ne veux pas inventer des détails d’itinéraire ou des chiffres de kilométrage pour rendre le récit plus riche. Ce que je peux honnêtement partager, c’est cette impression générale : cet itinéraire par le Nord suit approximativement le réseau routier de la région montagneuse de Yilan, partant de la zone relativement basse autour du pont Tayal, progressant progressivement vers les hautes montagnes, pour finalement atteindre Wuling. Les zones traversées appartiennent au chevauchement géographique entre la région montagneuse de Yilan et le territoire traditionnel des Tayal — c’est là un contexte que je peux confirmer et que je partage volontiers.
Si, comme moi, vous êtes un cycliste attiré par le nom de cet itinéraire et décidez de relever le défi, je vous suggère, en plus de vous concentrer sur les données physiques et la stratégie d’ascension, de prendre aussi le temps de découvrir la culture et l’histoire tayal de cette région montagneuse, afin que ce voyage à vélo ne soit pas seulement un défi physique, mais aussi une reconnaissance et un hommage à la diversité culturelle des peuples de Taïwan.
De la plaine aux nuages : la succession des étages écologiques
113,91 kilomètres, 3 926,8 mètres de dénivelé positif total — une telle combinaison de chiffres garantit que ce voyage traversera une succession extrêmement riche d’étages écologiques, un aspect des longues routes de haute montagne qui est parmi les plus fascinants, mais aussi le plus souvent négligé par les stratégies purement chiffrées.
Au départ, autour du pont Tayal, la zone de basse altitude de Yilan bénéficie d’un climat chaud et humide, typique de la forêt subtropicale de basse altitude. En chemin, on peut croiser des champs, des vergers et des forêts de feuillus de basse altitude en alternance, avec dans l’air cette humidité caractéristique de la région montagneuse de Yilan. À ce stade, la sensation de pédaler est celle d’un corps qui s’échauffe progressivement, de muscles qui entrent en condition ; la verdure environnante conserve encore la densité et la vitalité des plaines.
À mesure que l’altitude grimpe, on entre dans la zone de moyenne montagne, et la végétation commence à changer nettement. La forêt dense de feuillus cède progressivement la place à une forêt mixte de conifères et de feuillus, la température se rafraîchit avec l’altitude, et l’air devient plus rare et plus vif. À ce stade, la sensation physique est celle d’un corps qui commence à comprendre que « ce n’est pas une sortie ordinaire » — la respiration devient plus laborieuse, et même en maintenant la même puissance, la fatigue subjective augmente nettement. C’est la manifestation concrète de l’effet de l’altitude sur la physiologie humaine.
Et lorsque l’itinéraire continue de s’enfoncer vers le cœur de la haute montagne, pour finalement approcher la zone de haute altitude autour de Wuling, le paysage se transforme en étage végétal alpin typique de Taïwan — les forêts de conifères s’éclaircissent, les prairies de bambous nains et les arbustes d’altitude deviennent les protagonistes du champ de vision, et l’air est si rare qu’on en ressent la différence à chaque respiration. À ce stade, chaque coup de pédale semble lutter contre une double contrainte : la gravité et l’oxygène raréfié. Mais en même temps, la vue alpine dégagée qui s’ouvre devant soi, les crêtes montagneuses qui se superposent au loin, procurent une sensation de grandeur inédite, un choc visuel et psychologique que le cyclisme de basse altitude ne pourra jamais offrir.
Cette succession continue d’étages écologiques, de la chaleur étouffante des plaines à la fraîcheur raréfiée des hautes montagnes, condensée en une seule journée de vélo, constitue en quelque sorte le cœur le plus fascinant de l’ascension de Wuling : vous ne faites pas que gagner de l’altitude, vous vivez littéralement avec vos jambes un voyage écologique vertical, de la zone subtropicale à la zone alpine froide. C’est une expérience profonde qu’aucun moyen de transport ne peut véritablement offrir ; ce n’est qu’en comptant sur ses propres forces, en hissant son corps centimètre par centimètre de la plaine jusqu’aux nuages, qu’on peut vraiment comprendre le poids de cette transformation.
À la première personne : les hauts et les bas psychologiques de 113 kilomètres
Je vais prendre un peu de temps pour décrire honnêtement le parcours psychologique que ce long défi m’a fait traverser, car je crois que, plus qu’une simple description de paysages, ce témoignage sincère de la dimension psychologique est peut-être ce qui rend le mieux compte de la véritable nature du défi que représente cet itinéraire.
Le matin du départ, l’air autour du pont Tayal gardait encore la fraîcheur de la nuit. Le ciel commençait tout juste à s’éclaircir. Après avoir vérifié mon équipement et confirmé mes provisions, j’ai enfourché mon vélo, le cœur mêlé d’excitation et d’une pointe d’appréhension incertaine. 113,91 kilomètres, 3 926,8 mètres de dénivelé positif — ces chiffres en tête, je savais rationnellement que ce serait un long voyage, mais émotionnellement, j’ai sous-estimé l’épuisement psychologique qu’il allait réellement engendrer.
Sur la première partie, à basse altitude, la sensation était effectivement agréable, presque une joie de sortie champêtre. Dans la fraîcheur du matin, la région montagneuse de Yilan offrait un air pur, et la verdure le long du chemin mettait l’esprit à l’aise. J’ai même pensé un instant que je pourrais maintenir ce rythme longtemps. Mais je savais très bien que cette phase de « bien-être » est précisément le piège le plus classique de la gestion de l’allure — si l’on accélère inconsciemment parce que la sensation est facile, les dizaines de kilomètres et les milliers de mètres de dénivelé qui suivent vous le feront payer au double. J’ai délibérément réprimé cette envie d’accélérer, me rappelant que ce n’était que le début d’un voyage de 113 kilomètres.
Une fois entré dans la zone centrale d’ascension, la donne a commencé à changer. La montée en altitude a rendu la respiration plus laborieuse, et les variations de pente ont obligé le corps à alterner constamment entre montées et courtes accalmies. C’est à ce stade que mon état psychologique est le plus sujet aux fluctuations — la fatigue physique s’accumule, mais le Wuling de l’arrivée semble encore si loin. Ce décalage psychologique entre « j’ai déjà beaucoup roulé » et « il reste encore tellement de chemin » est la partie la plus réelle et la plus difficile à supporter d’un long défi de haute montagne. Je me souviens avoir refait plusieurs fois le calcul dans ma tête : combien de kilomètres déjà parcourus, combien de dénivelé restant. Ce calcul, d’une certaine manière, était aussi un mécanisme psychologique pour apaiser l’anxiété.
À mesure que l’altitude continuait de grimper, en approchant du cœur alpin proche de Wuling, la fatigue physique a commencé à se mêler aux réactions physiologiques du manque d’oxygène, pour devenir une fatigue plus complexe, plus globale. À ce stade, je me suis appuyé de plus en plus sur un soutien psychologique — me rappeler pourquoi j’avais choisi de relever ce défi, imaginer la scène de l’arrivée sous le portique de Wuling, me dire qu’à chaque tour de pédale, je me rapprochais un peu plus de l’arrivée. Cette adaptation psychologique, presque un dialogue avec soi-même, a été la force clé qui m’a permis de tenir sur les derniers kilomètres difficiles.
Et lorsque le portique de Wuling est réellement apparu dans mon champ de vision, je dois honnêtement dire que l’émotion qui a surgi a dépassé de loin ce que j’avais imaginé. Ce n’était pas seulement la satisfaction d’avoir accompli un défi de 113 kilomètres, mais une émotion complexe, mêlant le soulagement après l’épuisement physique, le respect pour cette terre et son histoire, et une redécouverte de ma propre volonté. Debout à 3 275 mètres d’altitude, regardant les crêtes montagneuses qui se succèdent au loin, je me suis souvenu de l’air chaud autour du pont Tayal au départ, de l’anxiété de la montée centrale où l’on ne voyait pas la fin, de la succession des étages écologiques tout au long du chemin — tous ces fragments, au moment de l’arrivée, semblaient se relier en un récit cohérent, me donnant de ces deux mots, « Wuling », une compréhension personnelle bien plus profonde et radicalement différente de celle que j’avais eue en découvrant la course par l’Est uniquement à travers les reportages médiatiques.
La signification symbolique de Wuling pour les passionnés de cyclisme sur route
Après avoir vécu ce défi par le Nord, j’ai acquis une compréhension plus tridimensionnelle de Wuling.
Pour les passionnés de cyclisme sur route taïwanais, Wuling n’a jamais été qu’une simple coordonnée géographique ; c’est plutôt un totem spirituel — le symbole ultime du défi d’ascension longue distance et de haute intensité. Et si le Taiwan KOM Challenge par l’Est est devenu une course internationalement reconnue, c’est non seulement grâce à l’organisation et au marketing de l’événement, mais surtout grâce à la tension narrative extrême qu’il représente : « du niveau de la mer au point culminant du réseau routier taïwanais ». Cette traversée verticale, de la mer à la montagne, de 0 à 3 275 mètres, possède en elle-même une forte puissance narrative et de diffusion.
Mais ce que je veux dire, c’est que la signification de Wuling ne devrait pas être monopolisée par un seul itinéraire. La route par le Nord, avec ses 113,91 kilomètres et ses 3 926,8 mètres de dénivelé, interprète à sa manière la difficulté et la valeur de l’ascension de Wuling, et dépasse même la route par l’Est en distance totale et en dénivelé cumulé. Elle n’a peut-être pas la notoriété internationale ni l’aura de compétition de la route par l’Est, mais pour le cycliste qui accepte de s’engager sur cette route, le sentiment de conquête, l’expérience profonde du dialogue avec la terre et l’histoire, ne sont en rien diminués par sa moindre notoriété. Bien au contraire, parce qu’elle est relativement discrète et moins empruntée, elle offre en plus un plaisir d’exploration et de découverte personnel et unique.
Je commence à penser que notre imaginaire de Wuling pourrait être plus vaste. Il n’est pas nécessaire qu’il n’existe qu’un seul itinéraire de pèlerinage standard ; il peut être multiple, accessible depuis différentes directions, à différents rythmes, porteur de différentes géographies et de différents contextes humains, vers un même point d’arrivée commun. Chaque route vers Wuling raconte à sa manière la diversité géographique et l’épaisseur humaine de cette terre taïwanaise.
Des paysages saisonniers et des raisons d’y revenir
Bien que je ne puisse pas décrire avec précision chaque repère à chaque virage de cet itinéraire par le Nord, je peux honnêtement partager ce que ce voyage m’a fait ressentir en termes de paysages saisonniers, et pourquoi je pense que c’est une route qui mérite d’être parcourue à plusieurs reprises.
Comme l’itinéraire traverse un dénivelé vertical considérable, de la basse altitude de Yilan jusqu’à la haute altitude de Wuling, le visiter à différentes saisons offre des expériences visuelles et physiques radicalement différentes. Au printemps et à l’automne, le climat est relativement stable, et la stratification est particulièrement nette, de la verdure nouvelle des basses altitudes au ciel dégagé des hautes altitudes ; ce sont des saisons relativement adaptées à une première tentative sur cet itinéraire.
En été, le contraste est saisissant entre la chaleur étouffante et humide des sections de basse altitude et la fraîcheur des hautes altitudes. Cet écart de température est en soi une expérience physique unique, mais il faut aussi gérer avec prudence le risque d’averses orageuses convectives de l’après-midi en montagne. En hiver, la zone de haute altitude autour de Wuling peut, sous l’influence de la mousson du nord-est et de masses d’air froid puissantes, connaître des températures basses, des brumes, voire de brèves chutes de neige. Si l’on peut s’y rendre dans des conditions de sécurité acceptables, l’image de l’arrivée au sommet dans le vent froid, accompagné d’une mer de nuages, sera l’un des paysages saisonniers les plus mémorables de cet itinéraire. Mais la sécurité doit rester la priorité absolue : il ne faut jamais tenter le défi par mauvais temps.
C’est précisément parce que les paysages varient à l’infini selon les saisons que je considère cet itinéraire du Wuling par le Nord comme absolument digne d’être parcouru à plusieurs reprises. Chaque tentative peut offrir une expérience et une compréhension radicalement différentes, selon la saison, la météo, et même son propre état psychologique du moment.
Suggestions d’itinéraire : prolonger le défi en un voyage profond
Si vous envisagez de relever le défi de cet itinéraire du Wuling par le Nord, je vous suggère de le planifier non pas comme un simple défi physique aller-retour sur une journée, mais comme un voyage profond mêlant culture locale et paysages naturels.
Avant le départ, vous pouvez prévoir de vous arrêter un moment dans la région de Datong à Yilan pour découvrir la culture et le mode de vie des Tayal locaux. L’épaisseur humaine de cette terre mérite absolument que les cyclistes prennent le temps de la comprendre, plutôt que de la considérer comme un simple décor de fond pour le vélo. Après avoir relevé le défi et atteint Wuling, la zone de Hehuan environnante est elle-même un site majeur d’écotourisme de haute montagne à Taïwan. Si votre énergie et votre temps le permettent, n’hésitez pas à vous arrêter un moment dans les zones d’altitude voisines pour admirer les paysages écologiques alpins caractéristiques et les vastes panoramas montagneux, afin que les fruits de ce voyage ne se limitent pas à la satisfaction d’avoir accompli un itinéraire, mais s’étendent à une compréhension plus profonde de l’écologie alpine et de la culture taïwanaises.
Étant donné la distance totale et le dénivelé considérables de cet itinéraire, je recommande également de le traiter comme un voyage nécessitant une planification préalable de l’hébergement et des transferts, plutôt qu’un défi que l’on peut tenter sur un coup de tête. De nombreux cyclistes choisissent de passer la nuit précédente dans la région montagneuse de Yilan, afin de laisser leur corps s’adapter au climat et à l’altitude locaux, puis de partir le lendemain matin avec un sommeil et une condition physique plus satisfaisants. Cette organisation permet, dans une certaine mesure, de réduire les risques liés à la fatigue et au manque de sommeil lors d’un long défi de haute montagne. Et après avoir relevé le défi et atteint Wuling, si la descente et les transferts sont bien planifiés, accordez-vous aussi une période de récupération, pour laisser le corps et l’esprit se remettre progressivement de l’intensité du défi, plutôt que de repartir précipitamment et de manquer ce moment qu’il faut se réserver pour digérer pleinement ce voyage.
Le sens du partage entre passionnés : une route, des histoires multiples
Ces dernières années, j’ai peu à peu compris qu’un itinéraire de défi relativement discret mais tout aussi solide comme le Wuling par le Nord mérite d’être connu de davantage de personnes, non seulement parce que ses données sont suffisamment exigeantes et stimulantes, mais surtout parce qu’il offre une possibilité narrative radicalement différente de celle du Taiwan KOM Challenge par l’Est.
La route par l’Est, en raison de sa compétition et de son internationalisation, a dans une certaine mesure développé un récit collectif relativement figé — le départ spectaculaire des falaises de Qingshui, la beauté vertigineuse des gorges de Taroko, l’ultime épreuve de Dayuling. Ces images et ces histoires, à travers les médias et les partages des participants, sont profondément gravées dans l’esprit de beaucoup, devenant une sorte de « version standard » de l’histoire de Wuling.
La route par le Nord, en revanche, étant relativement méconnue et manquant de reportages et de partages systématiques, offre à chaque challenger la possibilité de construire sa propre narration de Wuling à sa manière. Les brumes que vous voyez, les écarts de température que vous ressentez, les pensées qui vous traversent l’esprit pendant la montée centrale, votre compréhension et votre imaginaire de la culture tayal — tout cela varie d’une personne à l’autre, et il n’existe pas de « réponse standard » à laquelle se référer ou se confronter. Cette ouverture narrative confère, dans une certaine mesure, à la route du Wuling par le Nord une valeur précieuse d’exploration personnelle, par rapport à la route par l’Est déjà hautement symbolisée.
Je voudrais aussi en profiter pour encourager les passionnés qui ont déjà parcouru cette route à partager davantage leurs expériences et ressentis réels, qu’il s’agisse de données physiques, de retours sur le matériel, ou d’angles narratifs comme le mien, davantage centrés sur le parcours psychologique et le contexte humain. Tous ces partages enrichissent la mémoire collective de cette route au sein de la communauté cycliste taïwanaise. Après tout, la signification d’une route ne peut jamais être entièrement interprétée par les seules données géographiques ; elle a besoin des expériences vécues et des partages sincères de générations de cyclistes pour accumuler progressivement sa propre épaisseur culturelle, comme la route par l’Est a accumulé un riche récit après des années de compétition. Le Wuling par le Nord se trouve peut-être précisément à ce point de départ, attendant d’être écrit par davantage de personnes et rempli de davantage d’histoires.
Conclusion : votre propre Wuling
Pour revenir au rappel initial : ce « Wuling par le Nord — départ du pont Tayal » n’est pas la course du Taiwan KOM Challenge par l’Est. C’est un itinéraire indépendant, avec une direction, un point de départ et un rythme différents, mais qui mène tout aussi bien au point culminant du réseau routier taïwanais. 113,91 kilomètres de distance, 3 926,8 mètres de dénivelé positif — derrière ces chiffres se cache un voyage complet, traversant les étages écologiques, porteur de la mémoire humaine du territoire traditionnel tayal, mettant à l’épreuve l’endurance physique et la résilience psychologique.
Pour moi, la signification de cette sortie dépasse de loin la satisfaction d’avoir « accompli un itinéraire difficile ». Elle m’a fait repenser le fait que Wuling, cette montagne sacrée des passionnés de cyclisme sur route taïwanais, n’a pas besoin d’avoir une seule manière d’y arriver, figée sous les projecteurs des médias. En partant de Yilan, en prenant le départ au pont Tayal, à son propre rythme, à sa propre manière, on peut tout aussi bien atteindre ce point culminant à 3 275 mètres d’altitude. Et les paysages et l’expérience psychologique que cette voie procure appartiennent à chaque cycliste qui accepte de s’engager sur cette route, de manière unique et irremplaçable.
Si vous aussi avez déjà été attiré par le Taiwan KOM Challenge par l’Est, mais que vous aspirez à un itinéraire qui vous soit propre, relativement discret mais tout aussi solide, alors peut-être que le Wuling par le Nord sera votre prochain objectif digne d’une planification sérieuse.
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