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Un voyage de six kilomètres dans le temps : mémoire du 921 sur la route de Caoling, jeux de lumière sur les plantations de thé et chaleur humaine de Zhushan

挑戰心得

Un voyage de six kilomètres dans le temps : la route de Caoling, la mémoire du 921, la lumière des plantations de thé et la chaleur humaine de Zhushan

Depuis Zhushan, un voyage de six kilomètres dans le temps

À six heures du matin, la ville de Zhushan est encore enveloppée d’une fine brume. De la vapeur s’échappe des cuiseurs des petits déjeuners dans la rue, et de temps à autre une moto passe en trombe, déchirant le calme si particulier de cette petite ville. Je remplis ma gourde, vérifie la pression des pneus, et sors mon vélo de la maison d’hôtes où j’ai passé la nuit, prêt à relever le défi de la route de Caoling que je mijote depuis longtemps. Sur la carte, la distance à vol d’oiseau d’ici à Caoling n’est que d’un peu plus de six kilomètres, mais le dénivelé dépasse les quatre cents mètres — pour un cycliste du dimanche habitué aux pistes cyclables le long des rivières, ce chiffre est à la fois excitant et un peu effrayant.

Zhushan, cette petite ville située à l’angle sud-est du comté de Yunlin, adjacente au canton de Zhushan de Nantou (il s’agit ici de la localité montagneuse du Yunlin voisine du Zhushan de Nantou sur le plan administratif), est depuis toujours la porte d’entrée vers les collines du versant ouest de la chaîne d’Alishan. C’était autrefois un centre majeur de l’industrie du bambou, d’où son nom « Zhushan » (montagne de bambou), et les forêts de bambous qui couvrent les montagnes restent encore aujourd’hui l’empreinte paysagère la plus marquante de cette terre. La route de Caoling est précisément l’artère qui, depuis cette ville du bambou, serpente et s’élève vers les régions plus profondes de la montagne.

Une fois en selle, après seulement quelques tours de pédale, la pente s’élève déjà discrètement. Les maisons le long de la route se font plus rares, remplacées par des plantations de bétel et de thé superposées. La lumière du matin tombe en biais sur les feuilles, les gouttes de rosée reflètent d’infimes points de lumière. L’air est imprégné d’une odeur particulière — un mélange d’humidité de la terre, de fraîcheur végétale, et d’un soupçon de parfum de thé, cette odeur propre aux montagnes du Yunlin, celle du petit matin.

La blessure du 921 et la vie antérieure du lac Caoling

En pédalant, si l’on prête un peu attention aux textures géologiques au bord de la route, on remarque que les strates rocheuses de cette région montagneuse ne sont pas aussi stables et planes qu’on pourrait l’imaginer. En réalité, la région de Caoling est l’une des zones les plus profondément marquées par la page la plus violente de l’histoire géologique récente de Taïwan — le séisme du 921 en 1999. Cette année-là, le tremblement de terre a provoqué un effondrement massif des versants en amont de la rivière Qingshui, et les débris accumulés ont un temps barré le cours d’eau, formant le célèbre lac de barrage naturel « lac Caoling ». Ce lac né d’une catastrophe, au cours des années suivantes, a connu plusieurs ruptures et reformations, affectant la vie et la sécurité d’innombrables habitants en aval, et gravant profondément le nom de « Caoling » dans la mémoire collective des Taïwanais.

Aujourd’hui, en passant à vélo dans cette région montagneuse, il est difficile de ne pas imaginer la secousse de ce tremblement de terre il y a plus de vingt ans. Le séisme n’a pas seulement changé la surface du terrain, il a aussi remodelé la manière dont les habitants locaux cohabitent avec cette terre — les routes réparées puis à nouveau endommagées, les habitants déplacés puis revenus, et les forêts de Caoling, avec une vitalité presque obstinée, ont repoussé leur verdure, encore et encore, après chaque traumatisme. En tant que voyageur de passage à vélo, on ne peut peut-être pas vraiment mesurer la difficulté de ces années marquées par la catastrophe naturelle, mais en posant le pied sur cette route qui tient toujours debout après ces bouleversements géologiques, on ressent un peu plus de respect et d’humilité.

Outre le séisme du 921, la région de Caoling a également été éprouvée par de nombreux typhons et pluies torrentielles au cours des décennies suivantes, et la fragilité géologique de la montagne reste un défi avec lequel cette terre doit composer. C’est pourquoi, si vous prévoyez d’y aller à vélo, veillez à consulter les dernières informations sur l’état des routes — c’est non seulement une responsabilité envers votre propre sécurité, mais aussi le respect dû aux traumatismes que cette terre a traversés.

Respiration et pensées dans la montée

La pente commence vraiment à se faire sentir environ deux kilomètres après le départ. Le souffle qui permettait encore de tenir une conversation est peu à peu remplacé par une respiration haletante, la sueur sur le front coule le long de la sangle du casque et tombe sur le cintre. C’est à ce moment-là que les épingles à cheveux successives de la route de Caoling montrent leur vraie nature — l’une après l’autre, comme des étapes savamment conçues par la montagne, mettant à l’épreuve la volonté de chaque challenger.

Je me souviens qu’à un virage, en levant les yeux, j’ai vu un groupe d’aigrettes survoler les plantations de thé au loin, leurs ailes brillant d’un éclat argenté dans la lumière du matin. À cet instant précis, la douleur dans mes jambes sembla brièvement mise en pause, remplacée par une étrange sensation de sérénité — c’est peut-être là ce que la montée à vélo a de plus fascinant : le corps est soumis à une charge extrême, tandis que l’esprit, à un moment donné, est totalement guéri par le paysage qui s’offre à lui.

Le rythme de pédalage en montagne n’a rien à voir avec celui du plat. Pas de feux rouges pour interrompre, pas de vacarme de la circulation, seulement le son de son propre cœur, le léger cliquetis de la chaîne, et de temps à autre le chant des oiseaux. Cet état de concentration quasi méditatif fait de la montée non plus une simple dépense d’énergie, mais plutôt un voyage de dialogue avec soi-même — on commence à se demander pourquoi on est venu s’infliger cette route qui semble si punitive. La réponse, souvent, devient d’une clarté absolue au moment d’atteindre le sommet.

Plantations de thé et de bétel en chemin : le paysage industriel des montagnes du Yunlin

L’impression visuelle la plus marquante le long de la route de Caoling est sans conteste les plantations de thé et de bétel qui se superposent en terrasses. Bien que les montagnes du Yunlin ne soient pas aussi réputées à l’échelle nationale pour leur thé que Lugu à Nantou, ces collines peu élevées produisent néanmoins des variétés de thé locales d’une qualité non négligeable. De nombreuses plantations maintiennent encore un modèle d’exploitation paysanne traditionnelle, et au petit matin, on voit souvent les cultivateurs de thé, coiffés de chapeaux de paille et portant des paniers de cueillette, se déplacer entre les rangées bien alignées de théiers.

Les plantations de bétel, elles, racontent un tout autre langage paysager. Les troncs fins et droits des palmiers à bétel s’alignent en couches successives, créant sur les pentes un rythme visuel unique, et l’ombre entrelacée de leurs frondaisons offre un abri bienvenu sur les sections de route les plus chaudes. Bien que l’industrie du bétel ait été de plus en plus controversée et soumise à des pressions de reconversion ces dernières années en raison de préoccupations sanitaires, elle reste, en tant que pilier économique majeur des montagnes du Yunlin depuis des décennies, une mémoire industrielle incontournable de cette terre, et une partie indissociable de la compréhension des mutations agricoles locales.

En traversant ces paysages industriels à vélo, n’hésitez pas à ralentir et à observer les subtiles différences de répartition des cultures selon l’altitude — à basse altitude dominent le bétel et les bambous, puis, à mesure que l’on s’élève, on passe progressivement à un entrelacement de plantations de thé et de vergers. Ce paysage agricole à distribution verticale est le modèle typique d’utilisation des terres des collines peu élevées de Taïwan, et c’est une connaissance géographique vivante que le cycliste peut ressentir de ses propres sens, mais que les manuels scolaires peinent à transmettre pleinement.

Au sommet de Caoling : l’instant où la vue s’ouvre

Quand la pente commence enfin à s’adoucir, cela signifie que le tronçon le plus difficile est derrière vous. En relevant la tête, tout essoufflé, le paysage s’ouvre soudainement — la vue sur la région de Caoling se déploie entièrement à cet instant, les montagnes en couches successives s’étendent au loin, et des brumes passent parfois entre les vallées, créant un paysage vaporeux digne d’une peinture à l’encre. À cet instant précis, chaque douleur de pédalage, chaque pensée de presque abandonner, semble enfin trouver sa récompense.

La région de Caoling conserve un caractère de village de montagne simple et authentique. En chemin, on croise parfois de petites boutiques de produits locaux ou des étals improvisés tenus par des habitants (l’ouverture effective et les produits proposés sont à vérifier sur place), vendant des fruits de saison, des produits de la montagne et du thé fait maison — une excellente occasion de reprendre des forces et de goûter à l’atmosphère de la vie locale en cours de route. Comparés aux supérettes standardisées de la ville, ces brefs échanges empreints de chaleur humaine sont souvent parmi les moments les plus mémorables d’un voyage à vélo en montagne.

Debout au point culminant, on peut ressentir les épreuves et la résilience de cette terre. De la dévastation du séisme du 921, à l’érosion des typhons successifs, en passant par les reconstructions et la persévérance répétées des habitants, le nom de Caoling ne porte pas seulement un point sur une carte géographique, mais aussi une histoire sur la manière dont une terre et ses habitants coexistent, et comment ils retrouvent la vie après les catastrophes.

Paysages saisonniers et suggestions d’itinéraire

La route de Caoling offre des visages différents à chaque saison. Au printemps, les jeunes pousses des plantations de thé pointent, et la montagne entière est d’un vert tendre et plein de vie ; l’été est la saison où la verdure est la plus dense, et bien que les températures soient plus élevées, la montagne conserve un peu de fraîcheur aux premières heures du jour, une période prisée par les cyclistes locaux. En automne et en hiver, l’air des montagnes du Yunlin est généralement plus limpide, la visibilité s’améliore, et la vue panoramique depuis les hauteurs de Caoling est à son meilleur — c’est la saison idéale pour la photographie.

Si vous avez le temps, il est recommandé de combiner la montée de la route de Caoling avec une visite du vieux quartier de Zhushan. Le vieux Zhushan conserve de nombreux bâtiments traditionnels et des spécialités locales. Après avoir relevé le défi du vélo, aller déguster un bol de spécialité locale ou une boisson pour reprendre des forces constitue une conclusion chaleureuse à ce voyage (les boutiques et produits effectifs sont à découvrir sur place).

Un mot pour le prochain challenger

Si vous me demandez si la route de Caoling vaut le détour, ma réponse est oui, sans hésiter — non seulement parce que ses données de dénivelé suffisent à en faire un itinéraire d’entraînement représentatif du centre-sud de Taïwan, mais surtout parce que cette route porte l’histoire d’une terre taïwanaise qui, après avoir subi de violentes secousses, a choisi de se relever. Chaque coup de pédale est comme un dialogue avec le passé de cette terre ; chaque souffle au sommet rappelle que, quelle que soit la raideur de la pente devant soi, si l’on accepte de continuer à pédaler, on finit toujours par atteindre ce moment où la vue s’ouvre.

Pour les cyclistes habitués aux voies urbaines et aux pistes vertes le long des rivières, la route de Caoling représente peut-être un défi de taille, mais c’est précisément pour cela qu’elle mérite d’être mémorisée. La prochaine fois que vous aurez l’occasion de visiter le Yunlin, n’hésitez pas à inscrire cette route à votre programme — non seulement pour la satisfaction des données d’entraînement, mais surtout pour ressentir de vos propres sens cette beauté des collines qui, malgré les épreuves, reste magnifique.

Notes de sortie : les traces laissées dans le corps et la mémoire

Après avoir relevé le défi de la route de Caoling, les courbatures aux jambes du lendemain sont souvent le souvenir le plus honnête. Mais ce qui dure plus longtemps que les douleurs musculaires, ce sont ces images gravées dans la mémoire — les silhouettes des bambous dans la brume matinale, le héron blanc qui surgit soudain au détour d’un virage, le profil concentré des cueilleurs de thé, et cette émotion complexe mêlant fatigue et satisfaction lorsqu’on contemple les montagnes depuis le sommet.

C’est précisément là que réside la plus grande différence entre le cyclisme sur route et le pur entraînement physique. Les vélos d’appartement ou les tapis de course en salle de sport peuvent renforcer les muscles et le cardio, mais ils ne peuvent offrir cette expérience de connexion avec la terre, l’histoire et la vie locale. La route de Caoling met vos jambes à l’épreuve avec ses pentes raides, mais elle nourrit aussi, par ses paysages et ses histoires, une compréhension et une affection plus profondes pour cette île dans le cœur de chaque cycliste.

Si vous avez déjà, un matin, gravi cette route sinueuse en solitaire ou accompagné, et ressenti cette contradiction à la fois douloureuse et apaisante, vous comprendrez — c’est précisément ce qui fait la beauté la plus fascinante et la plus savoureuse de la culture cycliste taïwanaise.

Brèves rencontres avec les habitants

En cours de route, il arrive parfois de croiser des agriculteurs qui s’affairent dans leurs plantations de thé. La plupart d’entre eux adoptent une attitude amicale et curieuse envers les voyageurs à vélo ; ils s’arrêtent parfois de travailler pour lever les yeux vers ces inconnus qui, ruisselants de sueur, s’acharnent à pédaler vers le sommet. Cette chaleur humaine typique des régions montagneuses est une forme de tendresse qui se fait de plus en plus rare dans la vie urbaine.

Lors d’une sortie, alors que je m’arrêtais au bord de la route pour reprendre mon souffle, j’ai rencontré un vieil homme qui s’occupait de son potager. Me voyant haletant, arrêté sur le bas-côté, il m’a spontanément tendu une bouteille de thé aux herbes fait maison, en me disant avec un sourire que la route de montagne était difficile et qu’il fallait bien se reposer. Cette boisson glacée, légèrement amère avec une pointe de douceur, était d’autant plus précieuse sous le soleil brûlant — au-delà de sa fonction désaltérante, c’était un échange de bienveillance transcendant les âges et les milieux de vie. Ces rencontres, bien que brèves, sont souvent les moments les plus chaleureux dans la mémoire d’un cycliste, et une richesse qu’aucune donnée de puissance, aussi précise soit-elle, ne saurait quantifier.

Les habitants de la région montagneuse de Yunlin maintiennent pour la plupart un mode de vie étroitement lié à la terre ; pendant les saisons agricoles, leur rythme suit le lever et le coucher du soleil. Ce tempo simple et régulier contraste fortement avec le rythme effréné de la ville, où chaque seconde compte. En tant que cycliste de passage, pouvoir s’immerger brièvement dans ce rythme spatio-temporel, ne serait-ce que quelques minutes, est une rare occasion de recentrage intérieur.

Les jeux de lumière dans la bambouseraie

L’un des paysages naturels les plus marquants le long de la route de Caoling est celui des bambouseraies à perte de vue. La lumière du matin filtre à travers les interstices des feuilles de bambou denses, projetant au sol des ombres mouvantes et tachetées ; sous la brise, les feuilles bruissent, composant une symphonie sensorielle unique, à la fois auditive et visuelle. Le nom de Zhushan n’est pas un hasard — les liens entre cette terre et le bambou sont profondément enracinés dans l’histoire industrielle et la culture locale.

Par le passé, l’industrie du bambou de Zhushan a connu son âge d’or, de la vannerie aux meubles en bambou, faisant vivre d’innombrables familles locales. Bien que l’industrie traditionnelle du bambou ait décliné avec le temps, ces collines conservent encore de vastes étendues de bambouseraies, devenant l’une des images visuelles les plus emblématiques pour les cyclistes qui les traversent. Si l’on s’arrête un instant en cours de route pour écouter le vent dans les feuilles de bambou, on découvre un bruit blanc naturel extrêmement apaisant, capable de détendre les nerfs les plus tendus.

Le sens du cyclisme en solitaire

Une route comme celle de Caoling se prête particulièrement bien à la pratique en solitaire. Sans les conversations ni les comparaisons entre compagnons, on peut dialoguer plus purement avec son propre corps et l’environnement qui nous entoure. Chaque respiration haletante, chaque goutte de sueur qui perle, chaque panorama qui se dévoile soudain après un virage, tout devient plus réel et plus profond.

Dans ces moments de solitude, les pensées dérivent souvent, sans qu’on s’en rende compte, vers tout ce qu’on n’a pas le temps d’aborder dans la vie quotidienne — le stress au travail, les nœuds relationnels, les incertitudes face à l’avenir. Chose étrange, lorsque les jambes sont soumises à l’effort maximal de la montée, ces soucis qui occupent habituellement l’esprit semblent s’évaporer avec la sueur, ne laissant que la connexion la plus pure entre l’instant présent, ce lieu, et cette route sinueuse.

C’est peut-être pour cela que, même si la société moderne offre toutes sortes de loisirs plus pratiques et plus confortables, tant de personnes sont encore prêtes à se lever tôt le week-end, malgré le sommeil qui n’est pas tout à fait dissipé, pour gravir une route de montagne raide et éprouvante. Car dans ce processus, nous ne retrouvons pas seulement un entraînement physique, mais aussi une occasion, longtemps oubliée, de nous confronter honnêtement à nous-mêmes.

À ceux qui envisagent de relever le défi de Caoling

Si vous hésitez encore à planifier une sortie sur la route de Caoling, je veux vous dire ceci : cette route ne vous décevra pas. Elle n’a peut-être pas la renommée retentissante du mont Wuling, ni le prestige des cent routes incontournables de Taïwan, mais elle possède un charme authentique et sincère — en un peu plus de six kilomètres, elle concentre les plus beaux paysages naturels de la région montagneuse de Yunlin, les souvenirs géologiques les plus profonds, et les histoires humaines les plus chaleureuses.

Préparez votre bidon, ajustez votre braquet, et partez un matin ensoleillé. Lorsque vous atteindrez le sommet, à bout de souffle, et que vous vous retournerez pour contempler le chemin parcouru, cette émotion mêlant fatigue et fierté vous fera comprendre — certains paysages ne peuvent être véritablement gravés dans la mémoire de la vie que lorsqu’on les a parcourus de ses propres jambes (ou plutôt, de ses propres roues).

Les moments de recueillement dans la descente

Après la joie d’avoir atteint le sommet, vient la descente, qui exige une concentration tout aussi totale. Contrairement aux douleurs musculaires de la montée, la descente sollicite une tout autre forme d’attention — les doigts doivent être prêts à actionner les freins à tout moment, les yeux doivent anticiper la courbure des virages à l’avance, et le centre de gravité du corps doit s’adapter avec souplesse aux ondulations de la chaussée. Cet état de vigilance accrue est, d’une certaine manière, une expérience de flow particulière, qui fait oublier la fatigue de la montée pour entrer dans un autre rythme, celui de la pleine présence à l’instant.

Pendant la descente, le vent siffle à vos oreilles ; les paysages de plantations de thé et de bambouseraies, que l’on contemplait lentement à la montée, se transforment en une traînée de vert flou et mouvant. Ce changement de vitesse fait écho à la métaphore de ce voyage lui-même — à la montée, le temps semble s’étirer, chaque seconde est chargée de la lutte du corps et du bras de fer de la volonté ; à la descente, le temps se comprime soudain, et le chemin si durement conquis ne prend souvent qu’un tiers, voire moins, du temps de la montée pour ramener au point de départ.

De retour au centre-ville de Zhushan, le brouhaha du marché ramène soudain à la réalité. Mais cette sensation de sérénité rapportée de la montagne continuera de fermenter et de résonner dans les jours qui suivent, accompagnant les courbatures des jambes. C’est peut-être la raison pour laquelle tous ceux qui aiment le cyclisme en montée reviennent sans cesse sur des routes similaires — non par obsession du record, mais pour retrouver ce sentiment d’ancrage que l’on ne peut éprouver qu’à la rencontre de l’extrême et de la quiétude.

Les souvenirs de Caoling propres à chaque cycliste

Chaque cycliste qui parcourt la route de Caoling en garde une version de souvenir qui lui est propre — certains se rappellent la mer de nuages spectaculaire apparue soudain au détour d’un virage, d’autres ne peuvent oublier la glace à l’agar fait main achetée au sommet auprès d’un vendeur ambulant (la présence effective du stand et les articles vendus sont susceptibles de varier sur place), et d’autres encore savourent simplement cette sensation d’épuisement total mais infiniment exaltante après avoir repoussé leurs propres limites.

La route de Caoling n’est peut-être pas la plus spectaculaire ni la plus célèbre des routes cyclables de Taïwan, mais elle dévoile, de la manière la plus authentique et la plus proche de la terre, la douceur et la résilience uniques de la région montagneuse de Yunlin à chaque cycliste qui accepte d’y consacrer son énergie et son temps. Cette route porte la ténacité de la reconstruction après le séisme, la transmission de la culture agricole, et la sagesse des habitants qui vivent en symbiose avec la terre au quotidien — tout cela ne saurait être entièrement transmis par de simples chiffres de pente ou de dénivelé.

À tous ceux qui, en lisant ces lignes, sont en train de planifier leur itinéraire, je souhaite que, par un matin ensoleillé, vous puissiez enfourcher votre vélo sur cette route de montagne qui appartient à Zhushan et Caoling, et écrire, de vos propres roues, votre propre histoire.

Avant de repartir, n’hésitez pas à vous installer dans un petit restaurant local du centre-ville de Zhushan, à commander un bol de soupe de nouilles fumante ou un thé aux herbes glacé, et à laisser vos muscles, tendus toute la matinée, se détendre lentement. En regardant par la fenêtre la rue toujours animée, vous découvrirez que ces quelques heures passées en solitaire au cœur des montagnes sont devenues, silencieusement, un trésor indicible et infiniment précieux au fond de votre cœur. C’est sans doute là le plus fascinant du cyclisme : ce qu’il offre n’est jamais seulement l’entraînement des jambes, mais une occasion répétée de redécouvrir la terre et de se redécouvrir soi-même. Et la route de Caoling est précisément une de ces routes qui méritent d’être remémorées et parcourues encore et encore, une route qui vaut la peine que l’on remette une fois de plus le pied sur la pédale, pour affronter ce chemin qui serpente vers les hauteurs.

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