
Une route provinciale au cœur des rizières : la route Dongfu et le rythme respiratoire de la vallée
Si vous dépliez une carte du comté de Hualien, vous verrez la vallée de Huatung comme un long corridor doucement enserré entre deux chaînes de montagnes : à l’ouest, la barrière imposante de la chaîne centrale, à l’est, la crête ondulante de la chaîne côtière. La route Dongfu, également connue sous le nom de route provinciale n° 9D, repose tranquillement dans la section sud de ce corridor, reliant Dongli et Fuli, deux petites localités dont les noms évoquent respectivement les images de « village » et d’« abondance ». Rien qu’en entendant le nom de Fuli, on comprend à quel point cette terre est intimement liée à l’agriculture — c’est l’une des régions rizicoles les plus réputées de la vallée de Huatung. Le riz Taikeng y pousse depuis plusieurs générations, produisant non seulement de la nourriture, mais aussi un rythme de vie étroitement lié aux saisons.
En pédalant sur la route Dongfu, vous découvrirez une atmosphère radicalement différente de celle de la route provinciale n° 9, l’artère principale de la vallée de Huatung. La route n° 9, plus fréquentée, relie les villages et les bourgs avec l’efficacité propre aux grands axes ; la route Dongfu, en tant qu’itinéraire alternatif, voit passer peu de véhicules, bordée de champs agricoles et de collines éparses. Cette sensation de quiétude, enveloppée par les rizières et accompagnée par les ombres des montagnes, est un luxe que l’on ne peut goûter qu’en roulant sur ces routes « secondaires ». D’une certaine manière, cette route est un microcosme du rythme de vie de la vallée — on n’y court pas après le temps, on n’y cherche pas l’efficacité du raccourci ; elle vous invite à ralentir pour ressentir la respiration de la terre elle-même.
Fait intéressant, le relief de cet itinéraire semble lui aussi répondre à cette sensation de « respiration ». Sur 17,9 kilomètres, le dénivelé total est de 457,8 mètres, avec une pente moyenne de seulement 2,1 %. Sur le papier, ces chiffres semblent anodins, mais une fois en selle, on ressent un rythme de montées et de descentes — une courte ascension suivie d’une descente douce, puis une autre montée, comme une respiration : inspirer, expirer, en boucle. Ces ondulations ne sont pas des montagnes russes spectaculaires, mais un tempo doux, régulier, sans pour autant manquer de variations — exactement comme le cycle des saisons dans les rizières de Fuli, du repiquage à la montaison, du remplissage du grain à la moisson : pas de retournements brusques, mais une progression constante et lente.
Pour les cyclistes qui roulent depuis des années dans la vallée de Huatung, la route Dongfu est rarement la vedette d’un voyage. Elle joue plus souvent le rôle d’une route secondaire reliant la route n° 9, un pont entre les étapes d’un circuit. Mais c’est précisément pour cela que cet itinéraire est dépourvu de l’agitation et de l’esprit de compétition des routes principales, et qu’il conserve une pureté presque oubliée. Lorsque vous y roulez, entouré d’épis de riz ondulant sous le vent, avec au loin les silhouettes entrelacées de la chaîne côtière et de la chaîne centrale, vous comprenez pourquoi tant de vétérans du cyclisme disent que les plus beaux paysages de la vallée de Huatung ne se trouvent souvent pas sur l’axe principal, mais dans ces paisibles ramifications que l’on appelle « routes alternatives ».
Entre les ondulations : un récit de cyclisme à la première personne
À six heures du matin, le ciel passait du bleu profond à un or pâle. J’ai glissé ma gourde dans le porte-bidon, pris une profonde inspiration et me suis élancé sur la route provinciale n° 9D depuis Dongli. L’air portait une odeur humide de rizière, mêlée à celle de la terre et de la rosée du matin — un parfum que l’on ne trouve que dans la vallée de Huatung. Les premiers kilomètres étaient très plats ; j’ai maintenu une cadence moyenne pour laisser mon corps s’éveiller progressivement, tandis que du coin de l’œil je balayais les rizières continues de part et d’autre, leurs vagues vert émeraude ondulant doucement sous la brise, comme si elles battaient la mesure de mon pédalage.
Après environ quatre kilomètres, le terrain a commencé à changer. Une courte côte, pas raide mais dont on sentait nettement le poids, s’est dressée devant moi. J’ai instinctivement rétrogradé d’un pignon, la cadence est montée d’un coup et le rythme de mes jambes s’est accéléré. Ces petites côtes ont quelque chose de fascinant : elles ne vous imposent pas la pression psychologique d’une longue ascension comme celle de Wuling, avec son « il reste encore plusieurs kilomètres » ; elles ressemblent plutôt à une série de petits défis — on sait qu’elles se termineront vite, alors on est prêt à y mettre un peu plus de force. Une fois cette bosse franchie, une descente douce s’ensuivait ; j’ai relâché les épaules, laissant le vent siffler à mes oreilles. Cette bascule instantanée de la tension vers la détente évoquait étrangement l’alternance quotidienne de la vallée entre les travaux agricoles pressés et les après-midis paisibles.
Arrivé au milieu du parcours, la vue s’est soudainement élargie. Le relief vallonné faisait onduler la route, et à chaque sommet, on découvrait un panorama plus vaste de la vallée — des rizières en couches successives s’étendant jusqu’au pied de la chaîne côtière, ponctuées çà et là de fermes dont les cheminées laissaient monter de fines volutes de fumée. Cette variation du paysage est le cadeau unique du relief vallonné : si la route Dongfu était une route parfaitement plate, vous ne verriez jamais ces perspectives plongeantes sur la vallée. Les ondulations n’apportent pas seulement un défi physique, mais aussi des surprises visuelles et émotionnelles qui se déploient couche après couche.
Sur la section suivante, les ondulations se sont faites plus rapprochées. J’ai commencé à sentir l’acidité s’accumuler dans mes cuisses, mais curieusement, cette sensation n’avait rien de désagréable — elle portait plutôt une satisfaction tangible. Chaque montée était une petite victoire, chaque descente une récompense tendre. Je repensais au dénivelé total de cet itinéraire, 457,8 mètres, bien plus que ce que la pente moyenne de 2,1 % laissait imaginer ; à cet instant, mon corps vérifiait concrètement la réalité derrière ces chiffres — ce n’est effectivement pas une route qui « monte doucement d’un bout à l’autre », mais une succession de petites ondulations empilées, comme ces journées de la vie qui semblent banales mais recèlent des tournants discrets.
À quelques kilomètres de l’arrivée, la route s’est adoucie et ma respiration s’est ralentie en conséquence. Je me suis retourné vers le chemin parcouru : les lignes ondulées du relief se dessinaient nettement sous le soleil, comme un ruban sinueux enroulé autour de la vallée. En atteignant le côté de Fuli, pas de célébration grandiose — seulement cette sensation de plénitude après un effort bien dosé, et l’émotion d’avoir compris cette terre un peu plus profondément. Cette sortie n’avait rien d’une difficulté spectaculaire, mais elle m’a permis, avec la plus grande douceur, de redécouvrir un autre visage de la vallée de Huatung.
La mémoire rizicole de la vallée : les histoires de terres de Fuli et Dongli
Fuli — ce nom porte en lui une imagination d’abondance. C’est l’une des communes les plus méridionales de la vallée de Hualien, face à Chishang à Taïwan, elle aussi installée sur la plaine de la vallée, entre la chaîne centrale et la chaîne côtière, bénéficiant d’un écart de température jour-nuit exceptionnel et de sources d’eau pures qui donnent naissance à un riz d’une qualité remarquable. Le riz Taikeng y est cultivé depuis des décennies, devenant depuis longtemps l’une des industries et des identités culturelles les plus importantes de la région. Chaque saison de croissance du riz, la vallée entière se teinte d’un vert éclatant qui, au fil des semaines, vire progressivement à l’or. Cette gradation de couleurs est à elle seule une épopée naturelle silencieuse.
Dongli, l’autre extrémité de la route Dongfu, se trouve elle aussi sur cette plaine fertile de la vallée, en tant que hameau de la commune de Fuli. Le rythme de vie y est lent et régulier, suivant le tempo des travaux agricoles — l’agitation du repiquage, l’attente de la montaison, la liesse de la moisson. Pour ceux qui vivent depuis longtemps en ville, ce mode de vie si intimement lié à la terre peut sembler étranger, mais c’est précisément cette étrangeté qui permet aux cyclistes de passage de ressentir une rare sédimentation intérieure. Lorsque vous roulez sur la route Dongfu, regardant les épis de riz onduler au vent, vous assistez en réalité à une scène de vie agricole qui se perpétue depuis plusieurs générations.
La culture rizicole de la vallée n’est pas qu’une industrie ; c’est une philosophie de vie. Les agriculteurs d’ici travaillent selon les saisons, sans hâte, respectant le cycle naturel de la terre. Cette philosophie fait écho, d’une certaine manière, au relief même de la route Dongfu — non pas un défi d’ascension continue jusqu’au sommet, mais un itinéraire rythmé d’alternances, de montées et de descentes, de moments rapides et lents, qui demande au cycliste d’apprendre à composer avec le terrain plutôt qu’à le combattre. C’est peut-être la métaphore la plus savoureuse de cet itinéraire : qu’il s’agisse de cultiver le riz ou de pédaler, suivre le rythme de la nature donne souvent des fruits plus abondants que de rechercher à tout prix l’efficacité.
Il convient de noter que Fuli et sa voisine Chishang, dans le comté de Taitung, appartiennent toutes deux au même grenier à riz de qualité de la vallée de Huatung. Leurs cultures rizicoles, bien que chacune avec ses particularités, partagent la même lumière, le même ciel et la même eau de la vallée. De nombreux amateurs de cyclisme planifient leurs circuits de la vallée de Huatung comme des voyages de plusieurs jours traversant les deux régions, et la route Dongfu est précisément l’une des sections de liaison fréquemment utilisées dans ce type d’itinéraires, permettant aux cyclistes, au fil de leur déplacement, de ressentir de première main la continuité des paysages de ce grenier à riz, de Fuli à Chishang, plutôt que de simplement passer en coup de vent.
Le sens de cet itinéraire pour les cyclistes : un rôle de liaison et d’accompagnement
Parmi les nombreux itinéraires cyclables réputés de la vallée de Huatung, la route Dongfu n’est peut-être pas une « section vedette » — elle n’a pas la légende du défi ultime du mont Wuling, ni l’importance de la route provinciale 9 qui relie les villes et assume une fonction de transport majeure. Mais c’est précisément pour cette raison qu’elle possède une valeur d’existence unique : en tant qu’itinéraire de liaison, elle accompagne silencieusement chaque cycliste qui la choisit, jouant le rôle de transition dans l’ensemble du parcours de la vallée de Huatung.
Pour les cyclistes qui planifient un tour de plusieurs jours dans la vallée de Huatung, la route Dongfu n’est souvent pas une section particulièrement mise en avant dans l’itinéraire, mais elle est fréquemment l’intermède qui marque le plus les esprits lors de l’expérience réelle de pédalage. Lorsque vous terminez une section de la route provinciale 9 et que vous bifurquez sur la route Dongfu comme itinéraire alternatif, la circulation devient soudainement rare, l’agitation environnante s’estompe progressivement, remplacée par un paysage paisible où se mêlent rizières et collines. Cette sensation de détente psychologique apportée par la transition est souvent plus mémorable que le défi topographique de l’itinéraire lui-même. Lorsque de nombreux cyclistes évoquent leurs souvenirs de pédalage dans la vallée de Huatung, ce n’est pas nécessairement un monument célèbre qui leur vient à l’esprit, mais des « sections secondaires » comme la route Dongfu, qui offrent des surprises au détour du chemin.
Cet itinéraire convient également très bien à un usage d’entraînement. Son profil vallonné — alternance de courtes montées et de descentes douces — en fait un terrain idéal pour travailler les changements de vitesse, l’enchaînement des intervalles et la transition de rythme de croisière. Pour les cyclistes locaux de Hualien qui disposent d’options d’entraînement limitées au quotidien, la route Dongfu offre une option d’entraînement à faible circulation, avec un terrain varié et une distance raisonnable, permettant d’obtenir les bénéfices d’un entraînement sur relief sans avoir à s’aventurer en haute montagne. Ce rôle de « partenaire d’entraînement quotidien » est peut-être plus proche de la réalité du cyclisme de la plupart des cyclistes que n’importe quelle expédition longue distance ambitieuse.
D’un point de vue plus large, l’existence de la route Dongfu nous rappelle que la valeur d’un itinéraire ne provient pas nécessairement de sa difficulté ou de sa notoriété. Certains itinéraires sont destinés à devenir des objectifs de pèlerinage, tandis que d’autres se contentent de jouer un rôle de liaison, d’accompagnement et d’entraînement quotidien, soutenant silencieusement un territoire cyclable plus vaste. La route Dongfu appartient à cette seconde catégorie : elle ne figure peut-être pas en tête de la « liste des incontournables » de la plupart des gens, mais pour les cyclistes qui connaissent véritablement la vallée de Huatung, elle est une pièce indispensable du puzzle de cette terre.
Le paysage de la vallée au fil des saisons : le festin visuel des vagues de riz et de la moisson
Les rizières de la vallée de Huatung sont un paysage vivant qui se transforme au fil des saisons. Dans la région de Fuli et Dongli que traverse la route Dongfu, le riz est généralement cultivé deux fois par an, ce qui signifie que les cyclistes qui visitent cet itinéraire à différents mois de l’année découvrent des spectacles visuels radicalement différents, conférant à cette route un charme unique : praticable presque toute l’année, mais différente à chaque saison.
À la fin du printemps et au début de l’été, pendant la période de croissance vigoureuse de la première récolte, les rizières présentent un vert émeraude intense. Lorsqu’une brise légère souffle, les vagues de riz ondulent au gré du vent, telles une mer verte qui ondule sous vos yeux. Pédaler sur la route Dongfu à cette période offre la sensation visuelle la plus fraîche et la plus agréable : l’air est imprégné d’un mélange d’herbe fraîche et de terre, et combiné au relief vallonné de l’itinéraire lui-même, l’ensemble du parcours est empreint d’une énergie débordante de vitalité.
À mesure que la saison avance vers l’été, les épis de riz commencent à monter et à se remplir, la couleur évoluant progressivement du vert émeraude vers des dégradés dorés, et l’atmosphère des champs passe de la fraîcheur à un parfum de riz plus intense. C’est la période de transition visuelle la plus spectaculaire de la vallée de Huatung. Si le timing est bien choisi, les cyclistes peuvent même observer au cours d’une même sortie des parcelles présentant des nuances différentes de vert et d’or en raison de légers décalages dans les dates de repiquage, comme un tableau impressionniste en cours de réalisation.
À la saison de la moisson, toute la vallée se teinte d’un jaune doré éclatant, les épis de riz courbés oscillent au vent en produisant un bruissement. Pédaler sur la route Dongfu à cette période, avec un peu de chance, permet d’assister aux moissonneuses-batteuses en plein travail dans les champs. L’air est imprégné du parfum du riz fraîchement récolté, une odeur que l’on ne trouve absolument pas en ville — celle de la terre et de la sueur. Après la moisson, les rizières présentent brièvement un aspect austère mais paisible, les lignes des diguettes nettement visibles, un moment particulièrement prisé des photographes.
Il convient de noter que, comme la vallée de Huatung produit deux récoltes de riz par an, les dates réelles de repiquage et de moisson varient en fonction du climat de l’année et des décisions des agriculteurs, et ne suivent pas un calendrier fixe. Si vous souhaitez particulièrement capturer les vagues de riz ou les scènes de moisson, il est conseillé de vous renseigner sur les informations agricoles locales ou d’interroger les habitants avant de partir, afin de saisir le moment le plus précis — mais même sans tomber exactement au bon moment, les paysages champêtres que cette vallée offre tout au long de l’année constituent en eux-mêmes une raison suffisante d’y revenir.
Suggestions d’escales : le parfum du riz de Fuli et la balade lente autour de Dongli dans la vallée
Après avoir terminé le parcours de la route Dongfu, n’hésitez pas à ralentir le rythme et à laisser votre corps et votre esprit s’attarder un peu plus longtemps dans cette vallée généreuse. Fuli, en tant que berceau renommé du riz dans la vallée de Huatung, propose des produits à base de riz et des spécialités agricoles locales que de nombreux visiteurs ne manquent pas. Que ce soit pour rapporter chez soi un sac de riz blanc de qualité supérieure produit localement, ou pour déguster un repas paysan simple préparé avec des ingrédients locaux, ce sont autant de souvenirs gustatifs supplémentaires qui s’ajoutent à l’expérience du pédalage.
La région de Dongli et Fuli, située dans la plaine de la vallée, présente un terrain plat et ouvert, ce qui en fait un point d’étape idéal pour que les cyclotouristes fassent une pause, se réhydratent et reprennent des forces. Les petites échoppes ou épiceries locales, bien que modestes, conservent souvent l’atmosphère la plus authentique de la vie dans la vallée. Un simple bol de soupe de vermicelles de riz ou une spécialité locale, accompagnés d’une conversation avec le patron sur les histoires de la région, sont autant de façons d’approfondir la connaissance de cette terre au-delà du simple vélo.
Si le temps le permet, il est recommandé d’intégrer la route Dongfu dans un programme cycliste plus long dans la vallée de Huatung : vers le sud, on peut rejoindre la route provinciale 9 pour continuer en direction de Chishang et Guanshan, en découvrant les paysages champêtres qui s’étendent à travers le grenier à riz de la vallée ; vers le nord, on peut revenir sur la route provinciale 9 pour rejoindre Yuli, Ruisui et d’autres localités, explorant la richesse des paysages et du patrimoine humain du centre de la vallée. Une telle organisation permet à la route Dongfu de jouer pleinement son rôle d’« itinéraire de liaison », plutôt que d’être simplement parcourue comme une courte section isolée.
Pour les cyclistes qui préfèrent un rythme de voyage lent, la région de Fuli et Dongli se prête également à un séjour d’un à deux jours : sans se presser, sans courir après les kilomètres, simplement se déplacer à vélo entre les rizières et les villages, pour ressentir le rythme le plus originel de la vie dans la vallée. Cette façon de voyager au ralenti est peut-être précisément le message que la route Dongfu souhaite transmettre à chaque cycliste — toutes les sorties à vélo ne doivent pas nécessairement rechercher les limites de la vitesse et de la difficulté ; parfois, prendre le temps de ressentir la respiration de la terre est la récompense la plus précieuse du cyclisme.
Les rencontres fortuites avec les habitants de la vallée : le paysage humain en chemin
Ce qu’il y a de plus charmant dans le pédalage sur la route Dongfu, outre le relief et les paysages de rizières, c’est un élément difficile à quantifier mais bien réel — ces instants où l’on croise brièvement les habitants locaux en chemin. Aux premières heures du matin, vous pourriez rencontrer un agriculteur portant ses outils se rendant aux champs, ou une personne âgée passant lentement à bord d’une vieille moto. Face à un cycliste inconnu, ils ne portent généralement pas une attention excessive, mais n’hésitent pas à offrir un signe de tête ou un simple salut. Cette forme d’interaction, ni forcée ni trop chaleureuse mais empreinte de bienveillance, est précisément la chaleur humaine propre aux campagnes de la vallée, contrastant nettement avec la distance habituelle qui caractérise les relations entre les personnes en ville.
Un jour, alors que je pédalais sur la route Dongfu, je me suis arrêté un instant au bord du chemin pour vérifier l’état de la route. Un vieux monsieur qui passait à bord de son tracteur agricole a ralenti spécialement pour me demander, dans un mandarin à l’accent prononcé de Hualien, où je me rendais. En apprenant que je comptais pédaler jusqu’à Fuli, il a souri, hoché la tête et dit : « Cette route est très facile à parcourir, pas trop fatigante », avant de repartir. Cette simple phrase, avec le recul, faisait en réalité écho à la classification de catégorie 0 de cet itinéraire — l’expérience vécue des habitants locaux est souvent plus proche de la difficulté réelle d’une route que n’importe quelle donnée chiffrée. Ces brèves rencontres avec la terre et ses habitants sont ce qu’il y a de plus facile à négliger, mais aussi de plus précieux à chérir, lors d’un parcours sur la route Dongfu.
Les routes de la campagne de la vallée sont depuis longtemps les chemins quotidiens empruntés par les habitants pour se rendre aux champs et entre les villages. Les cyclotouristes qui y circulent deviennent, dans une certaine mesure, une partie du paysage quotidien de cette terre. Comparée à de nombreux itinéraires touristiques très fréquentés et aménagés, la route Dongfu conserve davantage une atmosphère de vie brute et non apprêtée — pas de points de photo spécialement installés, pas d’infrastructures commerciales conçues pour les touristes, seulement les silhouettes laborieuses des agriculteurs au travail jour après jour, et les brèves intersections que les cyclistes créent avec cette terre lorsqu’ils passent par là. Ces rencontres sans fioritures confèrent à l’expérience du pédalage une authenticité difficile à reproduire ailleurs.
Épilogue : une route, un moment de dialogue avec la vallée
Après avoir parcouru la route provinciale Dongfu, je me retourne vers cette plaine de la vallée couverte de rizières et de collines, et je comprends soudain pourquoi cet itinéraire est si mémorable. Ce n’est pas parce qu’il présente un relief spectaculaire ou des chiffres impressionnants, mais parce qu’il offre à chaque cycliste, de la manière la plus douce et la plus proche de la vie, un dialogue silencieux avec cette terre. 457,8 mètres de dénivelé total, 17,9 kilomètres de distance — ces chiffres ne sont en fin de compte que des outils pour mesurer ce voyage. Ce qui reste vraiment gravé dans la mémoire, ce sont les rythmes de respiration entre les montées et les descentes, les images des vagues de riz ondulant sous le vent, et l’odeur de terre et de grain mêlée à l’air du matin.
La route provinciale Dongfu ne deviendra peut-être jamais la star la plus éclatante des itinéraires cyclistes de la vallée de Huadong, mais elle restera pour de nombreux cyclistes cette route qui, sans qu’on y prête attention, laisse une impression profonde. Elle nous apprend que les montées et les descentes ne sont pas des obstacles, mais un rythme ; et qu’un rôle secondaire peut aussi avoir son propre éclat. La prochaine fois que vous planifierez un itinéraire cycliste dans la vallée de Huadong, n’hésitez pas à réserver un peu de temps pour cette route provinciale tranquille, laissez-la vous emmener au cœur des rizières de Fuli et de Dongli, et vivez une expérience de pédalage lente et généreuse, propre à cette vallée.
Lectures complémentaires
- Route provinciale 9, vallée de Huadong : entre sérénité et vitesse, trouver le sens le plus pur du cyclisme
- Tour de la vallée de Huadong à vélo : l’expérience de la lenteur et les liaisons entre sites sur le tronçon Huadong
- Guide pratique de la route Dongfu : les pièges d’allure et les stratégies de braquet sur 17,9 km de relief vallonné
- Itinéraire cyclable Yuli-Fuli à Hualien : un pédalage champêtre et décontracté dans la vallée de Huadong
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