
Sueur et fumées : 7,6 kilomètres de montagne à vélo vers le temple Baoqing à Wulai
Avant le départ : un nom de lieu qui signifie « l’eau est très chaude »
Quand on roule à vélo depuis longtemps, on développe peu à peu une habitude : à chaque endroit où l’on se rend, on a envie de chercher l’histoire derrière ce nom de lieu. Le nom Wulai vient du mot atayal « Ulay », qui signifie « l’eau est très chaude, faites attention ». On raconte que les premiers Atayal ont découvert des sources chaudes jaillissant ici et ont averti les membres de leur tribu de faire attention aux brûlures, d’où ce nom. Ce nom de lieu, à la fois empreint d’un avertissement et pourtant très ancré dans le quotidien, décrit d’une certaine manière assez justement la première impression que donne cette montée vers le temple Baoqing : elle n’a pas l’air impressionnante, mais c’est seulement en pédalant qu’on découvre sa véritable intensité.
Ce jour-là, quand j’ai sorti mon vélo de la maison, le ciel avait encore une teinte gris-bleu, la circulation sur la route Xindu était clairsemée, avec seulement quelques camions matinaux qui passaient en trombe. En roulant vers le sud depuis le centre-ville de Xindian le long de la route provinciale 9A, la densité des bâtiments des deux côtés diminue nettement au fil des kilomètres — des maisons mitoyennes et supérettes, on passe progressivement à des cabanes en tôle et des potagers épars, puis un peu plus loin, on commence à voir la vallée et les reliefs se resserrer progressivement des deux côtés du champ de vision. Cette transition de paysage est en réalité un signal que le corps et l’esprit passent en « mode montagne ». Au moment de tourner sur la route Huanshan, la route se rétrécit, et la pente commence à passer d’une légère montée à une ascension bien perceptible : les 7,59 kilomètres et 464 mètres de dénivelé du temple Baoqing s’étendent officiellement devant vous.
J’ai toujours pensé qu’une bonne route ne se résume pas à de beaux chiffres, mais qu’après l’avoir parcourue, on se souvient d’un instant précis, d’une lumière, d’une vue qui s’ouvre soudainement après un virage. La route du temple Baoqing est exactement ce genre de montée qui laisse des images gravées dans la mémoire.
Le piège doux du départ : de la route Xindu à la route Huanshan
Sur les un ou deux premiers kilomètres après avoir tourné de la route Xindu sur la route Huanshan, la pente est en réalité assez douce, et on aperçoit parfois des vergers et des potagers de chaque côté de la route, avec des agriculteurs courbés sur leurs cultures, d’une tranquillité particulière dans la lumière du matin. L’expérience de pédalage sur ce tronçon est très agréable, au point de donner l’illusion que « cette route n’est finalement pas si difficile qu’on l’imaginait » — jusqu’au moment où la pente commence vraiment à grimper, et l’on réalise alors que la portion douce qui précède n’était qu’un échauffement, et que la véritable épreuve ne fait que commencer.
J’aime concevoir cette structure de terrain comme un « piège doux ». Elle ne vous effraie pas d’emblée avec la pente la plus raide, mais établit d’abord votre confiance sur un rythme modéré, vous laissant entrer en montagne l’esprit détendu, puis, quand vous êtes vraiment immergé dans le rythme de la montée, elle dévoile peu à peu son vrai visage. Cette narration progressive du terrain fait écho, d’une certaine manière, à la première impression que donne cette forêt de Wulai : vue du pied de la montagne, la silhouette semble douce et modérée, mais une fois à l’intérieur, on découvre des crêtes superposées et des vallées bien plus complexes et profondes qu’on ne l’imaginait.
En chemin, on croise parfois des habitants du coin venus faire leur exercice matinal, promenant leur chien ou pédalant tranquillement sur un vieux vélo ; on se salue d’un signe de tête. Cette bienveillance propre aux petites communautés de montagne, qui se transmet sans besoin de mots, est une chaleur difficile à ressentir quand on roule dans le tumulte de la ville. La population totale de Wulai ne dépasse pas six mille habitants, ce qui en fait le district le moins densément peuplé de Nouvelle-Taipei. C’est pourquoi elle a conservé une atmosphère de vie relativement naturelle et lente, qui imprègne peu à peu l’état d’esprit du cycliste à travers les paysages et les visages des habitants.
La pente raide du milieu : un tronçon de dialogue avec soi-même
En entrant dans la zone d’ascension principale du milieu, la pente grimpe nettement à 6-8 %, certains virages approchant même les deux chiffres. C’est le tronçon le plus honnête de tout l’itinéraire — aucun paysage pour distraire, aucune descente pour reprendre son souffle, il ne reste que vous, votre respiration, le bruit de la chaîne et des plateaux qui s’engrènent, et parfois le chant des oiseaux filtrant à travers les arbres. Dans ces moments-là, le vélo devient un état très intime, presque méditatif.
Je me souviens que sur le tronçon le plus raide ce jour-là, mon esprit ne pouvait presque plus penser à rien, il ne restait que le réflexe de calculer la distance jusqu’au prochain poteau électrique, ou de se demander si la pente allait s’adoucir après le virage suivant. La sueur coulait le long de la sangle du casque, mon champ de vision se rétrécissait à force de concentration, et le monde entier semblait se réduire aux quelques mètres de bitume devant moi. Cet état, les coureurs de fond ou les nageurs de longue distance le connaissent sans doute bien : quand le corps est poussé à une certaine intensité, les pensées se calment au contraire et l’on entre dans une concentration proche du « flux ».
Ce qui est intéressant, c’est que dans cet état de concentration, les sons de la forêt deviennent au contraire remarquablement clairs. Les affluents de la rivière Nanshi murmurent dans la vallée, entrecoupés parfois du bruissement des bambous agités par le vent. Ces sons, qu’on ne remarque jamais en roulant en ville, deviennent dans cet état où le corps est poussé à ses limites mais où les sens sont exceptionnellement aiguisés, les fragments de mémoire les plus profonds de toute la sortie. C’est sans doute aussi pour cela que tant de cyclistes reviennent encore et encore pour relever le défi de la même montée — non pas parce qu’elle est facile, mais parce qu’elle peut vous amener dans un état de concentration difficile à atteindre dans la vie ordinaire.
La forêt des Atayal et l’histoire de la rivière Nanshi
Le district de Wulai est la seule zone montagneuse autochtone de municipalité spéciale de Nouvelle-Taipei. Les populations autochtones y représentent environ 40 % des habitants, avec les Atayal comme groupe principal, appartenant à la branche Sekoleq. Depuis toujours, les Atayal excellent dans la chasse, la culture et le tissage en forêt, et leur culture traditionnelle est marquée par un profond respect et une dépendance étroite envers la montagne. Cette philosophie de vie en symbiose avec la nature se reflète d’une certaine manière dans l’aspect naturel que le massif de Wulai a conservé jusqu’à aujourd’hui et dans son développement relativement mesuré.
La zone de la route Huanshan où se trouve le temple Baoqing est géographiquement située dans le bassin amont de la rivière Nanshi. La Nanshi prend sa source dans le lac Songluo, entre le mont Qilan et le mont Quantoumu, sur environ 45 kilomètres de long. En chemin, elle recueille les affluents de la rivière Hapen et de la rivière Tonghou, avant de se jeter dans la rivière Xindian. C’est l’un des cours d’eau les plus importants qui nourrissent toute la région de Wulai et de Xindian. Les gorges profondes et les falaises creusées par la rivière ont donné naissance au célèbre « canyon Youxian » de Wulai et à d’autres paysages de vallée, conférant à tout le massif de Wulai une topographie riche en reliefs — crêtes élevées, vallées escarpées et routes agricoles sinueuses s’entremêlent. C’est aussi pourquoi les itinéraires de montée à Wulai sont toujours riches en virages et en variations de terrain, avec rarement ces montées rectilignes, monotones et ennuyeuses.
En roulant dans une telle montagne, il est difficile de ne pas imaginer comment les Atayal, il y a plusieurs centaines d’années, se déplaçaient, migraient et chassaient pour survivre dans ces forêts. Aujourd’hui, nous parcourons en moins d’une heure, sur des vélos de route légers et en tenue technique respirante, un trajet qui, pour les membres de la tribu d’autrefois, représentait peut-être un chemin quotidien à parcourir à pied, chargés de lourds fardeaux, en traversant monts et vallées. Ce contraste temporel donne à la montée une épaisseur historique supplémentaire et nous rappelle que cette forêt n’est pas une ressource touristique surgie de nulle part, mais une terre qui porte la mémoire de générations de vies.
Le terme devant l’esplanade du temple : le temple Baoqing et la foi locale
Après la pente raide du milieu, la déclivité s’adoucit progressivement, laissant place à un court répit, suivi de la dernière courte montée raide qui mène à l’esplanade du temple Baoqing. Quand la roue s’arrête enfin sur le terre-plein devant le temple et qu’on retire son casque, le vent de montagne souffle sur la nuque en sueur, apportant une sensation de bien-être difficile à décrire — ce n’est pas seulement la satisfaction d’avoir terminé une montée, c’est comme si l’on venait d’accomplir un petit pèlerinage.
Le temple Baoqing, en tant que centre de foi local, a été témoin des vies et des prières des habitants de cette région montagneuse de Wulai à travers les générations. Les petits temples de montagne à Taïwan ne sont souvent pas seulement des lieux de culte, mais aussi des nœuds centraux de la vie communautaire — l’esplanade sert de lieu de rassemblement pour le village, les fêtes religieuses sont des moments clés qui soucient la communauté, et pour les habitants qui vivent en montagne toute l’année, ces temples portent non seulement la foi, mais aussi une mémoire collective et un symbole d’identité.
Debout sur l’esplanade du temple, en regardant le chemin parcouru, on voit les montagnes se superposer et la brume s’écouler lentement entre les crêtes. Cette vue dominante fait comprendre instantanément pourquoi tant de cyclistes acceptent de souffrir sur la pente raide du milieu, simplement pour échanger ce moment contre ce paysage. C’est aussi ce qui rend le vélo si fascinant : il vous fait gagner de la hauteur de vue à la force des jambes, de la manière la plus honnête qui soit, sans aucun raccourci — et c’est précisément pour cela que chaque arrivée semble d’autant plus réelle.
Suggestions d’itinéraire : le temps de la guérison à la vieille rue de Wulai et ses sources chaudes
Si votre emploi du temps le permet, après avoir relevé le défi du temple Baoqing, n’hésitez pas à en profiter pour visiter la vieille rue de Wulai, afin de conclure cette sortie à vélo de manière plus complète. La vieille rue de Wulai, bordant la rivière Nanshi, conserve de nombreuses boutiques mettant en valeur la culture du peuple Atayal, proposant des plats de montagne, du riz cuit dans des tubes de bambou, des brochettes de viande grillée, des crevettes de rivière et d’autres spécialités locales. Pour les boutiques et produits spécifiques, il est conseillé de se fier à la situation réelle sur place et aux enseignes des commerçants, car le renouvellement des boutiques dans la vieille rue est assez rapide. Plutôt que de mémoriser le nom d’une boutique en particulier, mieux vaut adopter la stratégie la plus sûre : « manger au gré de la balade et suivre la foule pour trouver les boutiques qui font la queue ».
L’histoire du développement des sources chaudes de Wulai remonte à 1903, date de leur découverte pendant la période de domination japonaise. Aujourd’hui encore, on peut voir autour de la vieille rue de nombreux hôtels et bains privés proposant des sources chaudes. Pour un cycliste qui vient de terminer une montée exigeante avec les jambes endolories, se détendre dans une source chaude pour soulager les courbatures est la conclusion idéale. La chaleur de la source favorise la circulation sanguine, accélère l’élimination de l’acide lactique et détend les muscles tendus. D’une certaine manière, c’est aussi une thérapie naturelle de récupération après l’effort.
Si vous avez encore du temps, vous pouvez également envisager de prendre le téléphérique aérien de Wulai pour vous rendre au parc Yunhsien, afin d’admirer le paysage forestier au-dessus de la cascade, ou bien organiser une excursion du côté de Xinxian pour emprunter les ponts suspendus et les sentiers de randonnée, et découvrir la beauté de la montagne sous un angle différent de celui du vélo. En reliant ces sites, cette sortie à vélo vers le temple Baoqing ne sera pas qu’un simple défi physique, mais plutôt un petit voyage alliant sport, nature et culture.
Un paysage propre à chaque saison : quand rouler pour le plus beau des spectacles
Les paysages de la région montagneuse de Wulai offrent des charmes différents à chaque saison. Au printemps (mars-avril), c’est la saison où les cerisiers de montagne et les azalées fleurissent successivement ; le long des routes qui ceinturent la montagne, on aperçoit parfois quelques touches de couleur éparses au milieu de la forêt verdoyante. En été (juin-août), c’est la période où l’ombre des arbres est la plus dense et la verdure la plus intense. Rouler tôt le matin permet de ressentir l’air frais si particulier à la montagne, mais l’après-midi, les nuages et le brouillard, voire les orages, s’installent facilement. Il est recommandé de profiter des premières heures du matin pour effectuer l’essentiel de l’ascension.
En automne (octobre-novembre), le climat est généralement le plus stable : l’humidité diminue, la visibilité s’améliore. C’est la meilleure saison pour admirer la vallée de la rivière Nanshi et la ligne de crête des montagnes lointaines. C’est aussi, à mon avis, la période de l’année la plus propice pour relever le défi du temple Baoqing — la température n’est ni trop chaude ni trop froide, la transpiration est modérée et la visibilité est généralement la plus dégagée. En hiver (décembre-février), sous l’influence de la mousson du nord-est, la montagne est sujette au brouillard et les températures sont nettement plus basses qu’en ville. Si vous choisissez cette saison pour relever le défi, veillez absolument à vous protéger du froid, surtout lors de la descente au retour, où l’effet du vent glacial fera chuter brutalement la température ressentie.
Ce que cette route signifie pour moi : le vélo, bien plus que du vélo
Chaque fois que je termine le temple Baoqing et que je m’assois sur les marches de l’esplanade du temple pour boire de l’eau et me reposer, je me demande ce que le vélo représente vraiment pour moi. Peut-être que ce n’est pas seulement une question physiologique aussi simple que d’entraîner son cœur et ses poumons ou de muscler son corps, mais plutôt une manière de s’extraire temporairement du rythme quotidien, de renouer le dialogue avec la terre, avec l’histoire et avec son propre corps.
La longueur et le dénivelé de l’itinéraire du temple Baoqing se situent précisément dans ce point idéal « exigeant mais pas décourageant », ce qui en fait un parcours idéal à refaire régulièrement — à chaque sortie, l’état physique est différent, l’état d’esprit aussi, et les paysages que l’on voit ainsi que les émotions que l’on ressent varient légèrement. Parfois, c’est un état d’esprit d’entraînement, concentré sur les chiffres et l’allure ; d’autres fois, comme cette fois-ci, c’est prendre le temps de ralentir et de vraiment apprécier la forêt, les ruisseaux, les temples et la chaleur humaine qui jalonnent le parcours.
Si vous habitez aussi dans la région du Grand Taipei et que vous n’avez pas encore gravi le temple Baoqing, je vous recommande sincèrement de choisir un matin ensoleillé, de sortir votre vélo et de longer la route Xinyu vers le sud, pour ressentir par vous-même ce que cette route de montagne de 7,59 kilomètres a à offrir — pas seulement 464 mètres de dénivelé positif, mais aussi tout un dialogue avec la montagne, la foi et vous-même.
Comparaison avec d’autres itinéraires de montée du Grand Taipei : la position unique du temple Baoqing
Les options d’itinéraires de montée dans la région du Grand Taipei sont en réalité assez variées : du côté du massif du Yangmingshan avec Fengguizui, Neishuangxi, les itinéraires de Dongshan, jusqu’à la route de Beiyi avec ses Neuf virages et Dix-huit tournants, en passant par les itinéraires de la région de Wulai au sud, chacun possède son propre caractère et sa propre atmosphère. Comparé à la montée de Fengguizui, plutôt monotone et caractérisée par une pente raide continue, la structure du relief du temple Baoqing est nettement plus nuancée — une narration en trois temps avec un départ en pente douce, une montée raide au milieu et une fin qui s’adoucit, ce qui rend l’expérience de la sortie plus proche d’une histoire avec un début, un développement et une fin, plutôt qu’une simple dépense d’énergie.
Aussi, parce que la région de Wulai est située dans le bassin de la rivière Nanshi, l’ensemble du réseau de routes ceinturant la montagne et ses embranchements secondaires permet de combiner des itinéraires de longueurs et de difficultés variées. C’est aussi l’une des raisons pour lesquelles le temple Baoqing est particulièrement apprécié des cyclistes du Grand Taipei : il peut aussi bien servir d’entraînement court et indépendant que de segment d’une boucle plus longue reliant Xinxian et la direction de Fushan. Cette flexibilité fait du temple Baoqing un itinéraire que « les débutants peuvent relever et que les experts ne se lassent pas de refaire », ce qui est en réalité assez rare parmi les routes de montée.
J’ai moi-même gravi de nombreuses fois les pentes du massif du Yangmingshan. En comparaison, l’atmosphère forestière de la région de Wulai semble plus sauvage, moins érodée par l’expansion urbaine. C’est peut-être dû au statut administratif particulier de Wulai en tant que zone autochtone, ainsi qu’aux restrictions de développement sur les réserves montagnardes, qui ont permis à cette forêt de conserver un visage relativement préservé. Cette atmosphère se reflète directement dans la sensation psychologique de la sortie — contrairement aux embouteillages et à l’afflux touristique que l’on peut parfois rencontrer du côté du Yangmingshan, l’itinéraire du temple Baoqing offre la plupart du temps une expérience de cyclisme paisible, presque comme si l’on était seul à profiter de la montagne.
Instantanés de la vie quotidienne dans les villages de montagne : ces moments croisés au passage
Sur l’itinéraire du temple Baoqing, ce qui m’a le plus marqué n’est souvent pas le paysage grandiose, mais ces instants du quotidien croisés au passage. Au milieu de l’ascension, on passe parfois devant quelques maisons construites à flanc de montagne, avec sous l’avant-toit des récoltes fraîchement cueillies en train de sécher, ou quelques vêtements qui flottent au vent ; après un virage, on peut apercevoir un vieil homme accroupi en train de désherber son potager, qui lève la main pour saluer les cyclistes de passage avec un sourire ridé.
Ce rythme de vie si particulier à la montagne contraste fortement avec le quotidien pressé de la ville. Souvent, entre deux respirations difficiles dans la montée, je ne peux m’empêcher de jeter un regard supplémentaire sur ces scènes en apparence banales mais chargées de traces de vie — des piments mis à sécher, du bois de chauffage empilé, une vieille moto garée au hasard. Tous ces détails composent un tableau de la vie montagnarde bien plus authentique que n’importe quelle photo de promotion touristique.
Il m’est aussi arrivé, à quelques reprises, alors que j’étais au bord de mes limites dans la partie raide du milieu et que j’étais presque sur le point de mettre pied à terre, qu’un habitant local passe au volant de son petit camion, baisse la vitre et me crie « Courage ! ». Ces encouragements venant d’inconnus, sans artifice, ont souvent un effet plus revigorant que n’importe quelle boisson énergétique. C’est sans doute là la chaleur que l’on ne peut ressentir qu’en roulant sur des itinéraires de montagne moins fréquentés — non pas une clameur d’encouragements bruyante et animée, mais cette gentillesse silencieuse, simple et pourtant sincère, qui s’accumule petit à petit pour devenir la partie la plus chaleureuse des souvenirs de mes sorties.
En guise de conclusion : dans l’attente de la prochaine visite
Chaque itinéraire que l’on refait régulièrement, au fil des sorties, se transforme progressivement d’une simple coordonnée géographique en une carte émotionnelle chargée de souvenirs personnels. Pour moi, le temple Baoqing n’est plus depuis longtemps un simple numéro de segment dans les enregistrements Strava, mais une série d’images concrètes — le sentier du verger qui s’élève doucement dans la lumière du matin, le rythme respiratoire si concentré qu’il en devient presque méditatif sur la pente raide du milieu, la sensation de liberté en contemplant les montagnes depuis l’esplanade du temple, la chaleur de la vapeur des sources chaudes dans la vieille rue.
Si j’écris cet article jusqu’au bout, c’est aussi pour inviter ceux d’entre vous qui n’ont pas encore emprunté cet itinéraire à trouver votre propre moment pour créer vos propres souvenirs du temple Baoqing. Après tout, les données peuvent être enregistrées, comparées et dépassées, mais ces sensations subtiles du moment présent — la température du vent de montagne, le goût salé de la sueur, l’odeur de l’encens du temple, le bruit de l’eau du ruisseau au loin — seules celles-là ne peuvent être véritablement possédées qu’en enfourchant soi-même son vélo et en les vivant de ses propres yeux. La forêt de Wulai a encore beaucoup d’histoires à raconter, et elles méritent d’être réécrites encore et encore, avec vos jambes et votre souffle.
Pour celles et ceux qui viennent pour la première fois : quelques rappels bienveillants
Si c’est la première fois que vous vous apprêtez à relever le défi du temple Baogong, ce que je souhaite vous conseiller ne concerne pas le rythme ou le braquet — ces sujets sont déjà largement abordés dans les articles de type guide — mais plutôt des rappels plus proches de l’état d’esprit. Premièrement, ne considérez pas cet itinéraire comme une course qu’il faut absolument gagner. Le charme du temple Baogong provient en grande partie de l’expérience immersive qu’il offre. Si vous fixez uniquement les chiffres de votre compteur tout au long du parcours, vous risquez fort de manquer, lors de la montée en milieu de parcours, cette zone d’ombre sous les arbres, découpée en taches de lumière par le soleil qui filtre à travers le feuillage, ou bien cet instant, après le virage de la section finale, où la vue s’ouvre soudainement sur la crête des montagnes au loin.
Deuxièmement, observez tout ce qui vous entoure avec un brin de curiosité — pas seulement le paysage, mais aussi les habitants de cette terre et leurs histoires. Wulai étant le territoire traditionnel du peuple Atayal, le poids culturel que portent ces montagnes et ces forêts est bien plus profond que ce que la plupart des cyclistes imaginent. Si vous passez devant un village tribal ou un espace d’exposition culturelle en cours de route, n’hésitez pas à ralentir et à observer avec respect, plutôt que de le considérer comme un simple décor pour photos.
Troisièmement, et c’est le point le plus important : une fois la montée terminée, accordez-vous un peu de temps. Asseyez-vous devant l’esplanade du temple, ou trouvez un coin d’où l’on peut contempler la vallée, et restez-y tranquillement un moment. Le rythme de la vie moderne est bien trop rapide, nous avons trop l’habitude de remplir chaque instant de notre emploi du temps, de repartir précipitamment vers la prochaine activité ou de nous plonger dans notre téléphone pour partager dès la descente. Mais un itinéraire comme celui du temple Baogong, qui mêle défi physique, beauté naturelle et richesse culturelle, mérite que vous lui laissiez un peu de temps, pour laisser la fatigue du corps et la satisfaction du cœur bien décanter. C’est seulement ainsi que cette sortie trouvera sa véritable conclusion.
Puisse la prochaine fois, vous aussi, par un petit matin, entendre le cliquetis régulier de la chaîne, le murmure du vent de montagne à travers la cime des arbres, et, au rythme de votre propre cœur, gravir lentement cette route de montagne du temple Baogong qui appartient à Wulai, au bassin de la rivière Nanshi, et à tous ceux qui sont prêts à mesurer la montagne à la force de leurs jambes.
Lectures complémentaires
- Analyse complète du temple Baogong à Wulai : 7,6 kilomètres, 464 mètres de dénivelé, comment gravir ce « jardin secret de Xindian » sans exploser
- Une côte raide sans renommée : pédaler jusqu’au mont Zhulu dans les montagnes de Wulai, 546 mètres en dialogue avec soi-même
- La cascade de Wulai et Xinxian à Nouveau Taipei : une sortie vélo entre vallée et rivière aux portes de Taipei
- Sur les 10,2 % de pente de Xueshui Nao, j’ai appris à dialoguer avec mes limites
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