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Optimisation de la cadence 180-195 spm : le point d'équilibre biomécanique minimisant la force de freinage et guide pratique d'entraînement périodisé

Espace course à pied
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1. Introduction et contexte de la recherche de pointe

La course à pied est l’une des formes de locomotion les plus primitives et les plus complexes de l’histoire de l’évolution humaine. Lorsque nous avançons à une cadence de 170 pas par minute, chaque jambe doit absorber plus de 5 000 impacts au sol par heure ; pour un poids corporel de 70 kg, la charge de pointe instantanée supportée par l’articulation du genou à chaque impact peut atteindre 2,5 à 3 fois le poids du corps, ce qui signifie qu’à chaque contact, une seule jambe doit « rattraper » un poids équivalent d’environ 175 à 210 kg. Cela ne tient pas compte des forces de cisaillement horizontales et des moments de rotation induits par la force de freinage. À long terme, si la mécanique de l’impact au sol est mauvaise, ces microtraumatismes répétés s’accumuleront et se transformeront en douleur fémoro-patellaire, en syndrome de stress tibial médial (communément appelé « tibia du coureur »), voire en fracture de stress.

Ces dernières années, l’intérêt de la science du sport pour la « cadence » s’est considérablement accru. Une méta-analyse publiée dans Sports Medicine en 2019 a indiqué qu’une augmentation de la cadence de 5 % à 10 % pouvait réduire de manière significative les moments de force de pointe au niveau du genou et de la hanche, tout en diminuant l’amplitude de l’accélération tibiale. Une étude publiée dans le Journal of Biomechanics en 2021 a en outre révélé que lorsque la cadence passait de 160 spm à 180 spm, le pic d’impact initial de la force de réaction verticale du sol (vGRF) diminuait en moyenne d’environ 12 % à 18 %, et que l’atténuation du pic de freinage pouvait dépasser 20 %. Cette découverte a complètement bouleversé l’idée reçue selon laquelle « la cadence n’est qu’une question de rythme » — la cadence est en réalité la « première porte de contrôle » de l’impact au sol et de la dépense énergétique liée au freinage.

À Taïwan, des montées continues et raides du « Vent et Épée » (Feng Zhong Jian) sur le mont Yangming, aux longues ascensions de la route est de Wuling, en passant par les longues distances sur le plat du « Un jour, Taipei-Kaohsiung », les coureurs sont confrontés à une grande variabilité des terrains et des conditions climatiques. Si la stratégie de cadence reste figée, non seulement elle ne permettra pas d’optimiser l’efficacité de la propulsion, mais elle risque également d’entraîner, après l’accumulation de la fatigue, un dangereux mouvement de compensation par sur-foulée (overstriding). Cet article, s’appuyant sur une dérivation biomécanique rigoureuse, une comparaison de données mesurées et un plan d’entraînement périodisé, analysera en profondeur comment la cadence de 180-195 spm constitue le point d’équilibre mécanique pour une « minimisation de la force de freinage », et fournira des stratégies pratiques immédiatement applicables.

2. Mécanismes fondamentaux de la physiologie de l’exercice et de la biomécanique

2.1 Origine mécanique du sur-foulée et du pic de force de freinage

Le « sur-foulée » désigne le fait que le point de contact du pied au sol est nettement en avant de la projection verticale du centre de masse (COM) du corps. Du point de vue de la deuxième loi du mouvement de Newton, F = ma, le corps humain possède une quantité de mouvement horizontale p = m·v lorsqu’il court vers l’avant. Lorsque le pied touche le sol devant le centre de gravité, le sol exerce sur le corps une force de réaction horizontale opposée au sens de la marche, c’est-à-dire la force de freinage.

Nous pouvons décomposer la force horizontale au moment du contact au sol selon la relation suivante :

F_freinage = m · (Δv_x / Δt)

où Δv_x est la diminution de la vitesse horizontale et Δt est la durée d’application de la force de freinage. Plus la distance de foulée est longue, plus l’angle d’attaque du pied (l’angle avec la verticale) est grand, et plus la diminution de la vitesse horizontale est brutale. Les recherches montrent que pour chaque centimètre supplémentaire de sur-foulée, l’impulsion de freinage (Braking Impulse, ∫F·dt) augmente d’environ 0,8 % à 1,2 %. Cela signifie qu’à chaque contact au sol, vous « freinez », puis vous devez dépenser un travail musculaire supplémentaire pour réaccélérer — c’est la principale cause de la mauvaise efficacité de course.

2.2 Comment l’augmentation de la cadence redistribue les phases de freinage et de propulsion

La cadence est définie comme le nombre de contacts des pieds au sol par minute. Lorsque la cadence augmente, la longueur de foulée diminue naturellement, et la distance horizontale entre le point de contact et le centre de gravité (la « distance de contact ») se réduit également. Prenons l’exemple d’un coureur à une vitesse de 3,0 m/s (environ 5 min 33 s/km) :

  • Cadence de 160 spm : longueur de foulée d’environ 1,125 mètre, distance de contact moyenne d’environ 0,32 mètre
  • Cadence de 180 spm : longueur de foulée d’environ 1,000 mètre, distance de contact moyenne d’environ 0,24 mètre
  • Cadence de 195 spm : longueur de foulée d’environ 0,923 mètre, distance de contact moyenne d’environ 0,19 mètre

Lorsque la distance de contact se réduit, l’angle entre le pied et le sol au moment de l’impact se rapproche de la verticale, le pic de force de freinage diminue fortement et le vecteur de la force de réaction du sol se concentre davantage sur la direction verticale. À ce moment, les tendons élastiques (comme le tendon d’Achille et l’aponévrose plantaire) peuvent stocker et restituer plus efficacement l’énergie potentielle élastique, formant ce que l’on appelle le « modèle ressort-masse » (Spring-Mass Model). Le coefficient de raideur k_jambe de ce modèle peut être exprimé comme suit :

k_jambe = F_pic / ΔL

où F_pic est la force verticale de pointe et ΔL est la longueur de compression du membre inférieur pendant le contact au sol. À cadence élevée, la raideur du membre inférieur augmente, le temps de contact se raccourcit, et le taux de récupération de l’énergie potentielle élastique peut passer de 45 % à basse cadence à plus de 60 %, réduisant considérablement le coût métabolique de la contraction musculaire active.

2.3 Lien physiologique entre la fréquence cardiaque et le coût métabolique

D’un point de vue physiologique, l’augmentation de la cadence augmente temporairement la charge cardiopulmonaire, car la fréquence des contractions musculaires augmente. Cependant, lorsque la cadence se situe dans la « zone économique » de 180-195 spm, les économies d’énergie liées au freinage sont bien supérieures à la consommation d’oxygène supplémentaire due à l’augmentation de la fréquence des contractions. Une expérience menée par l’Université du sport de Cologne en Allemagne a montré qu’à allure égale, lorsque les coureurs passaient de 160 spm à 180 spm, le coût en oxygène (VO₂ cost) par kilogramme de poids corporel et par kilomètre diminuait en moyenne d’environ 3,5 % ; et en passant de 180 à 195 spm, le coût en oxygène diminuait encore d’environ 1,8 %. Cela s’explique par le fait que la réduction de la force de freinage diminue les dommages musculaires et la dissipation de chaleur liés à la contraction excentrique, permettant ainsi à davantage d’énergie d’être convertie en énergie cinétique de propulsion.

2.4 Redistribution des moments articulaires

Une cadence élevée contribue également à transférer la charge des membres inférieurs d’une « dominance du genou » vers une « répartition coordonnée entre la hanche et la cheville ». Les recherches indiquent qu’une augmentation de la cadence de 10 % peut réduire le moment de force de pointe des extenseurs du genou d’environ 14 %, tandis que les moments au niveau de la hanche et de la cheville n’augmentent que légèrement. Pour les coureurs ayant des antécédents de blessure au genou, il s’agit sans aucun doute d’un important mécanisme de protection mécanique.

3. Mesures clés des paramètres et analyse comparative

Afin de présenter plus concrètement l’impact de la cadence sur la force de freinage, voici un tableau de données biomécaniques mesurées pour trois conditions de cadence différentes (pour un coureur de 70 kg à une allure de 3,0 m/s) :

Tableau 1 : Comparaison des paramètres biomécaniques clés à différentes cadences

Paramètre Cadence 160 spm Cadence 180 spm Cadence 195 spm Variation (160→195)
Longueur de foulée (mètres) 1,125 1,000 0,923 -17,9 %
Distance de contact (centimètres) 32,5 24,0 19,0 -41,5 %
Pic d’impact vertical (multiple du poids corporel) 2,85 2,41 2,18 -23,5 %
Pic de force de freinage (multiple du poids corporel) 0,62 0,45 0,36 -41,9 %
Impulsion de freinage (N·s) 28,4 19,2 14,5 -48,9 %
Temps de contact (millisecondes) 285 245 215 -24,6 %
Taux de récupération de l’énergie potentielle élastique (%) 44 56 62 +18 points de pourcentage
Moment de force de pointe du genou (Nm/kg) 3,2 2,7 2,4 -25,0 %

Tableau 2 : Plages de cadence recommandées pour différentes pentes et terrains

Situation de terrain Pente typique Cadence recommandée (spm) Stratégie d’ajustement de la foulée Objectif mécanique
Croisière sur le plat (Un jour, Taipei-Kaohsiung) 0-1 % 185-190 Allongement naturel de la foulée Réduire l’impulsion de freinage
Montée progressive (Vent et Épée) 3-6 % 190-195 Foulée raccourcie, genoux levés Maintenir la stabilité du centre de gravité
Ascension raide (Route est de Wuling) 7-12 % 192-198 Attaque avant-pied, cadence élevée Réduire l’amplitude verticale
Section en descente (Descente du mont Yangming) -5~-10 % 185-190 Foulée modérément allongée, gainage Contrôler la charge excentrique
Terrain technique de trail (UTMB) Variation importante 180-185 Foulée ajustée en fonction du terrain Maintenir l’équilibre et la réactivité

Le tableau 1 montre clairement qu’en passant de 160 à 195 spm, l’impulsion de freinage diminue fortement de près de 50 %, ce qui signifie que la « traînée » de chaque contact au sol sur la vitesse de progression est considérablement réduite. Le tableau 2, quant à lui, illustre que la cadence n’est pas systématiquement meilleure lorsqu’elle est plus élevée — sur un terrain technique, une cadence trop élevée empêcherait le coureur de franchir efficacement les obstacles ; il est donc nécessaire de procéder à des ajustements dynamiques en fonction du terrain.

4. Plan d’entraînement périodisé et guide de réglage de l’équipement

4.1 Période d’adaptation physiologique au changement de cadence

Le système neuromusculaire humain a besoin de temps pour s’adapter à un nouveau schéma de mouvement. Il est recommandé de prévoir un cycle complet de transition de cadence de 8 à 12 semaines, divisé en trois phases :

Phase 1 : Établissement de la conscience (semaines 1 à 4)

  • Objectif : augmenter la cadence de base de son niveau actuel à 175-180 spm
  • Fréquence d’entraînement : 3 fois par semaine, 40 à 60 minutes par séance
  • Contenu :
    • 10 minutes d’échauffement dynamique (incluant montées de genoux, talons-fesses, pas sautillants)
    • 20 minutes de course à allure contrôlée (zone de fréquence cardiaque Z2, soit 65-75 % de la fréquence cardiaque maximale), en raccourcissant délibérément la foulée et en accélérant la cadence
    • 10 minutes d’exercice avec « métronome de cadence » : télécharger une application de métronome réglée sur 180 BPM, synchroniser le rythme des pas avec le métronome
    • 10 minutes de retour au calme et d’étirements des membres inférieurs
  • Points d’attention : l’allure diminuera temporairement pendant cette phase, ce qui est normal ; il ne faut pas être impatient.

Phase 2 : Renforcement de l’efficacité (semaines 5 à 8)

  • Objectif : stabiliser la cadence à 180-185 spm et commencer à intégrer un travail de vitesse
  • Fréquence d’entraînement : 4 fois par semaine
  • Contenu :
    • Une séance hebdomadaire de « course à rythme » (Tempo Run) : 20 à 30 minutes en continu à 80-88 % de la fréquence cardiaque maximale, en maintenant 185 spm tout au long de la séance
    • Une séance hebdomadaire d’« intervalles » : 6 à 8 répétitions × 800 mètres, à l’allure de son record personnel sur 5 km, avec 2 minutes de récupération, en maintenant 190 spm à chaque répétition
    • Une séance hebdomadaire de « course en côte » : trouver une montée de 6 à 8 %, effectuer 8 à 10 répétitions × 200 mètres, avec une cadence exigée de 192-195 spm, en veillant à l’attaque avant-pied
    • Une séance hebdomadaire de « course longue à faible intensité » : 90 à 120 minutes en zone de fréquence cardiaque Z2, en maintenant une cadence de 180 spm

Phase 3 : Intégration à la compétition (semaines 9 à 12)

  • Objectif : intérioriser la cadence comme un mouvement automatique et produire une performance stable à l’allure cible
  • Fréquence d’entraînement : 4 à 5 fois par semaine
  • Contenu :
    • Ajout de la « course à allure cible » : 6 à 8 km à l’allure de l’objectif de course, en exigeant une cadence stable de 185-190 spm
    • Ajout de la « course à allure variable » : alterner toutes les 5 minutes entre l’allure cible et une allure légèrement plus rapide (+5-10 secondes/km), la cadence devant s’adapter en conséquence mais sans jamais descendre sous 180 spm
    • Ajout de la « simulation de course » : 2 à 3 semaines avant la compétition, effectuer une simulation complète ou aux 2/3 de la distance, en répétant intégralement la stratégie de cadence et de ravitaillement

4.2 Correspondance des zones de fréquence cardiaque et de puissance

De nombreux coureurs utilisent aujourd’hui des ceintures de fréquence cardiaque et des capteurs de puissance de course. Voici les recommandations de zones pour l’entraînement à la cadence :

Type d’entraînement Zone de fréquence cardiaque (%FCmax) Zone de puissance (W/kg) Objectif de cadence Durée d’entraînement
Course de récupération 60-70 % 1,5-2,0 175-180 30-45 minutes
Course de base aérobie 70-80 % 2,0-2,8 180-185 45-75 minutes
Course à rythme 80-88 % 2,8-3,5 185-190 20-40 minutes
Intervalles 88-95 % 3,5-4,5 190-195 3-5 minutes par répétition
Sprint anaérobie 95-100 % >4,5 195 et plus 30-60 secondes par répétition

4.3 Recommandations de réglage de l’équipement

  • Choix des chaussures : pour les coureurs à cadence élevée, il est recommandé de choisir des chaussures d’entraînement légères avec un drop (différence talon-avant-pied) compris entre 4 et 8 mm, afin de faciliter une attaque avant-pied ou médio-pied ; éviter les chaussures à semelle épaisse et à fort amorti, car elles allongent le temps de contact et réduisent l’efficacité de la transition de cadence.
  • Outils d’analyse dynamique de la course : il est recommandé d’utiliser un capteur de dynamique de course doté d’une fonction de détection de la cadence (comme Stryd), afin de surveiller en temps réel le temps de contact, l’amplitude verticale et la cadence, et d’ajuster le mouvement grâce au retour de données.

5. Ravitaillement en course, adaptation à l’environnement et stratégies pratiques

5.1 Stratégie de glucides et d’hydratation

La course à cadence élevée, en raison de l’augmentation de la fréquence des contractions musculaires, accroît la dépendance aux glucides. Prenons l’exemple du « Un jour, Taipei-Kaohsiung » (environ 360 km) ou du segment course à pied d’un IRONMAN (42,2 km) :

  • 3 jours avant la course : effectuer une « surcharge en glycogène », en consommant 8 à 10 grammes de glucides par kilogramme de poids corporel et par jour. Pour un coureur de 70 kg, cela représente 560 à 700 grammes par jour.
  • Ravitaillement pendant la course : consommer 60 à 90 grammes de glucides par heure (avec un ratio glucose:fructose de 1:0,8 de préférence), accompagnés de 500 à 750 ml de boisson électrolytique.
  • Surveillance de l’hydratation : s’hydrater avec 500 à 750 ml de liquide par heure, en utilisant la couleur de l’urine (maintenir une teinte jaune clair) comme indicateur simple.
  • Stratégie de caféine : consommer 3 à 6 mg de caféine par kilogramme de poids corporel 60 minutes avant la course, ce qui peut améliorer l’efficacité du recrutement neuromusculaire et aider à maintenir une cadence élevée.

5.2 Adaptation au climat et aux terrains

  • Chaleur et humidité élevées (été taïwanais) : une cadence élevée s’accompagne d’une production de chaleur plus importante ; il est recommandé de réduire l’allure de 5 à 10 % et d’augmenter la fréquence des apports en électrolytes. Lors de la course du « Vent et Épée » sur le mont Yangming, les orages de l’après-midi en montagne sont fréquents ; sur sol glissant, il faut augmenter la cadence à plus de 190 spm afin de raccourcir le temps de contact et d’améliorer l’adhérence et la stabilité.
  • Basses températures et vents forts (mousson du nord-est en hiver) : face au vent, il faut augmenter la cadence à 190 spm et réduire la foulée afin de diminuer la surface de prise au vent ; avec le vent dans le dos, on peut relâcher modérément à 180 spm pour économiser de l’énergie.
  • Longue montée (Route est de Wuling) : sur un parcours d’environ 55 km avec 2 800 mètres de dénivelé positif, il est recommandé de maintenir une cadence de 192-198 spm, en adoptant une cadence élevée et une foulée courte pour réduire la charge excentrique à chaque pas, et d’utiliser des bâtons de marche (si la course le permet) pour répartir la charge du haut du corps.

5.3 Stratégie de surveillance de la cadence en course

Il est recommandé de définir une zone d’alerte de cadence sur sa montre GPS (par exemple 180-195 spm). Tous les 5 km, vérifier la cadence moyenne ; si elle est inférieure à 175 spm, cela signifie que la fatigue provoque un allongement involontaire de la foulée ; il faut alors raccourcir délibérément la foulée, accélérer le rythme de la cadence et consommer un gel énergétique.

6. Erreurs courantes et idées reçues scientifiques

6.1 Idée reçue n°1 : « Plus la cadence est élevée, mieux c’est ; il faut directement viser plus de 200 ? »

Réfutation : lorsque la cadence dépasse 200 spm, une foulée trop courte entraîne une force de propulsion horizontale insuffisante ; le coureur doit alors augmenter son amplitude verticale pour maintenir sa vitesse, ce qui provoque un gaspillage d’énergie supplémentaire. Les recherches montrent qu’au-delà de 195 spm, chaque augmentation de 5 spm fait augmenter la consommation d’oxygène d’environ 1,5 %. La cadence optimale doit être affinée en fonction de la taille, de la longueur des jambes et de l’économie de course de chacun ; 180-195 spm est la « zone idéale » scientifiquement validée.

6.2 Idée reçue n°2 : « Il suffit d’augmenter la cadence pour pouvoir ignorer totalement le travail de musculation »

Réfutation : une cadence élevée nécessite une force suffisante des fléchisseurs de hanche, des muscles du mollet et du gainage pour être soutenue. Si la force musculaire est insuffisante, l’augmentation de la cadence peut au contraire provoquer une tension excessive du muscle tibial antérieur, augmentant le risque de syndrome de stress tibial médial. Il est recommandé d’effectuer 2 séances hebdomadaires de musculation des membres inférieurs (squats, fentes, élévations sur la pointe des pieds, étirements des fléchisseurs de hanche) afin de renforcer la « base matérielle du moteur de cadence ».

6.3 Idée reçue n°3 : « L’attaque avant-pied est une condition nécessaire pour une cadence élevée »

Réfutation : l’essentiel d’une cadence élevée réside dans le fait que le « point de contact est proche du centre de gravité », et non dans la partie du pied qui touche le sol en premier. Les recherches montrent qu’à cadence égale, la différence de force de freinage entre une attaque talon et une attaque avant-pied n’est pas significative ; en revanche, l’attaque avant-pied impose une charge excentrique plus élevée sur le mollet et le tendon d’Achille. Si la force musculaire du mollet n’est pas encore adaptée, passer brutalement à une attaque avant-pied peut facilement provoquer une tendinopathie d’Achille. Il est recommandé de commencer par une attaque médio-pied associée à une cadence élevée, puis d’ajuster progressivement une fois la force musculaire améliorée.

6.4 Idée reçue n°4 : « Une baisse d’allure pendant la transition de cadence signifie une régression »

Réfutation : pendant la transition de cadence, le système neuromusculaire est en train d’établir un nouveau schéma de mouvement ; une baisse temporaire de l’allure de 5 à 10 % est une réaction d’adaptation normale. Si l’on utilise la fréquence cardiaque et la perception de l’effort (RPE) comme indicateurs d’intensité de l’entraînement, plutôt que de s’accrocher à l’allure, on peut traverser sereinement la période d’adaptation. Généralement, à partir de la 5e semaine, l’allure commence à remonter et à dépasser le niveau initial.

7. FAQ des experts

Q1 : Ma cadence actuelle n’est que de 155 spm. Comment puis-je l’augmenter en toute sécurité jusqu’à 180 spm ?

R : Il est recommandé de procéder de manière progressive, en augmentant de « 3 à 5 spm par semaine », et de ne jamais faire un saut de plus de 10 spm d’un coup. Pendant les deux premières semaines, utilisez un métronome pour vous aider : lors des courses faciles, réglez la cadence sur 160 spm et raccourcissez délibérément la foulée. Toutes les deux semaines, augmentez de 3 à 5 spm, en surveillant attentivement toute gêne au niveau des genoux et des mollets. La transition complète prend environ 8 à 10 semaines, période pendant laquelle vous pouvez associer un travail de musculation pour renforcer la capacité de charge des membres inférieurs. En cas de douleur au genou ou de gêne au tibia, réduisez immédiatement l’augmentation de cadence et consultez un kinésithérapeute professionnel pour une évaluation.

Q2 : Lors de la partie finale d’une course longue distance (comme l’UTMB ou le segment course à pied d’un IRONMAN), en état de fatigue, faut-il maintenir une cadence élevée ?

R : En état de fatigue, le contrôle neuromusculaire diminue et le coureur a tendance à augmenter involontairement sa foulée. Il faut alors « délibérément » maintenir la cadence au-dessus de 180 spm, car une cadence élevée raccourcit le temps de contact, réduit l’impulsion de freinage et diminue la charge excentrique sur le genou. Il est recommandé, dans la partie finale de la course, d’utiliser une « formule mentale de cadence » (comme « léger, rapide, stable ») comme repère psychologique, et d’utiliser la fonction d’alerte de cadence de sa montre GPS. Si la cadence descend durablement sous 175 spm, il faut immédiatement consommer un gel énergétique et des électrolytes, ralentir l’allure de 10 à 15 secondes/km, rétablir d’abord le rythme de la cadence, puis accélérer progressivement.

Q3 : Un coureur mesurant 178 cm doit-il avoir une cadence plus basse qu’un coureur de 165 cm ?

R : La taille influence effectivement la longueur naturelle de la foulée, mais la corrélation entre la cadence et la taille n’est que modérée d’un point de vue statistique (r ≈ -0,3). Chez les coureurs de grande taille, une cadence trop basse (inférieure à 165 spm) présente un risque encore plus élevé de sur-foulée, car la longueur des jambes rend le point de contact plus susceptible de dépasser le centre de gravité. Il est recommandé que les coureurs de grande taille visent également 180 spm comme objectif de base, et qu’ils vérifient, grâce aux données de « distance de contact » (mesurables avec un capteur de dynamique de course), que le point de contact se situe bien près de la projection du centre de gravité. Si la distance de contact dépasse 25 centimètres, même avec une cadence déjà à 180 spm, il faut encore raccourcir la foulée et augmenter la cadence à 185-190 spm.

Q4 : Après l’augmentation de la cadence, le rythme respiratoire doit-il être ajusté en conséquence ?

R : Il existe effectivement un « phénomène de couplage » entre la cadence et le rythme respiratoire. Il est généralement recommandé d’adopter une « respiration 2:2 » (inspiration sur deux pas, expiration sur deux pas), soit un cycle respiratoire complet tous les 4 pas. À une cadence de 180 spm, la fréquence respiratoire est d’environ 45 respirations par minute (180/4), ce qui se situe dans une plage raisonnable. Si la cadence augmente à 195 spm, la fréquence respiratoire monte à environ 49 respirations par minute, ce qui peut provoquer une fatigue des muscles respiratoires. Dans ce cas, on peut passer à une « respiration 3:2 » (inspiration sur trois pas, expiration sur deux pas), soit un cycle tous les 5 pas, avec environ 39 respirations par minute, ce qui permet de maintenir l’apport en oxygène tout en réduisant la charge sur les muscles respiratoires.

Q5 : La cadence sur tapis de course doit-elle être identique à celle en course à pied en extérieur ?

R : Sur tapis de course, en raison de l’absence de résistance au vent et du fait que la bande entraîne les membres inférieurs vers l’arrière, la force de freinage au contact est plus faible qu’en extérieur ; les coureurs ont donc tendance à maintenir une cadence plus élevée sur tapis. Il est recommandé, lors des séances sur tapis, de régler l’inclinaison à 1 % pour simuler la résistance au vent extérieur, et de fixer l’objectif de cadence à la valeur cible extérieure +2-3 spm (par exemple, si l’objectif extérieur est de 185 spm, régler le tapis sur 188 spm). De plus, le tapis de course manque de variations de terrain ; il est recommandé d’ajuster l’inclinaison toutes les 10 minutes (0-4 %) afin d’entraîner la coordination des différents groupes musculaires et d’éviter une adaptation trop monotone de la cadence.

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