Pédaler sur Rokko Omote : un dialogue de 4,7 kilomètres avec une montagne centenaire derrière le port de Kobe

Certaines montagnes, on les conquiert ; d’autres, on dialogue avec elles. Le mont Rokko, lui, est les deux à la fois.
Pour ceux qui roulent au Kansai, le nom « mont Rokko » évoque un sentiment complexe. Il se dresse juste derrière le centre-ville de Kobe, visible dès qu’on lève les yeux, si proche qu’il semble être le plafond de la ville. Et la Rokko Driveway (Omote Rokko) — cette route de face de 4,7 kilomètres, 414 mètres de dénivelé, 8,8 % de pente moyenne — est le chemin par lequel d’innombrables cyclistes de Kobe engagent le dialogue avec cette montagne.
Elle n’est pas longue, à peine 4,7 kilomètres ; mais elle est assez raide, et ses 8,8 % de pente moyenne rendent chaque respiration honnête. Cet article ne parle ni de table d’allure, ni de braquet. Ce qu’il veut dire, c’est : quand vous pointez votre guidon vers ce versant, depuis l’agitation de la ville portuaire jusqu’à pédaler dans la brume et la verdure, que se passe-t-il vraiment dans ces 4,7 kilomètres ?
Départ depuis l’arrière de la ville portuaire
Kobe est une ville adossée à la montagne et tournée vers la mer. La mer est son visage, le mont Rokko est son dos.
L’histoire d’Omote Rokko commence au pied de la montagne, dans l’arrondissement de Nada. On traverse d’abord la lisière de la ville — quartiers résidentiels, ruelles étroites, torii de sanctuaires qui pointent parfois le nez — puis la route commence à s’incliner. Et elle s’incline vite. Avant même le départ officiel de la montée, la route qui mène au col vous prévient déjà avec une pente frôlant les 20 % : ici, c’est Rokko, n’espère pas de répit.
Je me souviens encore de ce premier matin. La ville était encore à moitié endormie, et moi j’étais déjà là, haletant dans la côte, la sueur dégoulinant le long du menton pour tomber sur le cintre. En me retournant, la silhouette du port de Kobe se déployait lentement dans la lumière du matin, la mer scintillant de reflets dorés. À cet instant, j’ai compris — ce qui rend Rokko si fascinant, c’est qu’il te fait souffrir tout en t’offrant une vue sur toute la ville.
Un siècle d’histoire pour un « jardin arrière de la ville »
Le mont Rokko n’est pas une montagne ordinaire. C’est l’un des berceaux de l’alpinisme et de la culture de plein air modernes au Japon.
À la fin du XIXe siècle, les étrangers installés à Kobe ont apporté sur cette montagne l’alpinisme, les villégiatures d’été et le golf occidentaux. Le premier terrain de golf du Japon, les premières villas, les premiers refuges de montagne — tout est né sur la crête de Rokko. Pour les habitants de Kobe, Rokko n’a jamais été qu’une simple montagne, mais un « jardin arrière de la ville » — un endroit où l’on peut s’échapper pendant les étés humides et chauds pour respirer un air plus frais.
Quand on roule sur le bitume d’Omote Rokko, on sent que cette route possède une qualité de « chose bien entretenue ». Elle est plus lisse, plus large et offre une vue plus dégagée que les autres itinéraires de Rokko. Ce n’est pas un hasard — c’est ce que mérite une montagne chérie par les habitants de Kobe depuis plus d’un siècle.
En passant à vélo, on aperçoit parfois les toits de vieilles villas dans les bois, des escaliers de pierre patinés, et de vieux panneaux à moitié engloutis par la verdure. Ce sont des fragments de la mémoire de cette montagne. Vous n’êtes pas le premier à y haleter, et vous ne serez pas le dernier.
Le milieu du parcours : entrer dans le tunnel vert
Une fois passée la lisière urbaine, la route s’enfonce dans les arbres, et le monde devient soudain silencieux.
C’est ma section préférée. La pente ne fait aucun cadeau, les 8 à 11 % reviennent sans cesse, mais les arbres des deux côtés s’entrelacent au-dessus de la tête pour former un tunnel vert, et la lumière du soleil est tamisée en une myriade de taches lumineuses au sol. Les bruits de la ville disparaissent, il ne reste que le ronronnement de la chaîne, votre propre respiration, et parfois une voiture qui vous dépasse lentement.
Dans ce silence, la montée devient une affaire très intime. On commence à se parler à soi-même — « encore un virage », « tiens bon sur cette respiration », « les jambes tiennent encore ». C’est la partie la plus honnête et la plus apaisante de la montée : personne ne peut pédaler à votre place, et personne ne peut vous mentir. La montagne vous dépouille jusqu’à ne laisser que l’essentiel de vous-même.
Les virages en épingle à cheveux à la japonaise s’enchaînent, chacun comme une page que l’on tourne. On ne sait jamais si le virage suivant cache un mur plus raide ou une courte accalmie. C’est cette incertitude qui rend la montée si addictive.
Le mur final, et cette dernière bouffée d’air gardée pour la fin
Le dernier tiers d’Omote Rokko, c’est là que se révèle son vrai caractère.
La pente y grimpe sans pitié, les 12 % deviennent la norme, et par endroits on atteint même 16 à 17 %. C’est un pur test de volonté. Toutes les économies, toute la retenue des sections précédentes, c’était pour ce moment. Les jambes brûlent, le cœur tambourine dans les oreilles, la vitesse ralentit jusqu’à sembler figée.
Mais c’est justement dans cette lenteur presque à l’arrêt qu’on voit davantage — une touffe de fleurs sauvages au bord du chemin, la brume qui monte de la vallée, la mer qui apparaît au loin en filigrane. Quand on roule assez lentement, la montagne accepte de vous livrer ses détails.
Puis, le carrefour de Tenjin-no-tsuji apparaît devant vous. La pente relâche enfin sa main qui vous serrait la gorge. Vous franchissez cette ligne invisible, vous relâchez les jambes, et tout votre être remonte à la surface comme pour reprendre son souffle.
Cette sensation d’accomplissement est difficile à décrire. Ce n’est pas l’exubérance de la « victoire », mais une satisfaction calme, celle d’une réconciliation avec la montagne. Vous ne l’avez pas conquise — vous avez simplement été autorisé à passer.
La récompense au sommet : air frais, mer de nuages et une boisson chaude
Une fois sur la crête principale de Rokko, l’air du Kansai devient soudainement vif. En été, il fait plus de trente degrés en bas, mais en haut il fait si frais qu’il faut ajouter une couche ; cette différence de température est en soi la première récompense que Rokko offre aux grimpeurs.
Sur la crête, il y a des belvédères, des boutiques, et une vue imprenable sur Kobe et la baie d’Osaka. Quand le temps est clair, toute la plaine de Hanshin s’étale sous vos pieds, la baie telle un miroir d’argent ; au crépuscule, c’est l’un des sites les plus célèbres du Japon pour ses « millions de dollars de nuit » — les lumières de la ville s’étendent du pied de la montagne jusqu’à la mer, comme si quelqu’un avait renversé toute la Voie lactée sur la terre.
D’habitude, je m’assois quelque part au sommet, je bois une gorgée de ma boisson chaude apportée de la maison, et je laisse la sueur sécher lentement. Pas besoin de parler à cet instant. Chaque effort de ces 4,7 kilomètres vient d’être converti en ce paysage sous mes yeux.
Les quatre saisons de Rokko, quatre montagnes différentes
- Au printemps, la ville en contrebas s’éveille de l’hiver, les jeunes pousses verdissent la montagne, c’est la saison de montée la plus douce.
- En été, la chaleur humide en bas est étouffante, mais c’est justement là que Rokko est le plus nécessaire — c’est le refuge des habitants de Kobe contre la chaleur, et une brise fraîche en altitude peut racheter tout un après-midi.
- En automne, Rokko revêt son manteau rouge et or, l’air frais et sec transforme la montée en pur plaisir, c’est pour moi la plus belle saison de Rokko.
- En hiver, le givre, voire la neige, peut recouvrir la montagne, la route devient dangereuse, mais cela fait aussi de Rokko une forêt argentée, silencieuse, réservée à une minorité.
Cette même route de 4,7 kilomètres peut vous offrir quatre états d’âme complètement différents selon la saison. C’est aussi pourquoi les cyclistes de Kobe y reviennent encore et encore — ce qu’ils grimpent n’a jamais été seulement la même montagne.
Pour prolonger : transformer la montée en une journée complète
Après Omote Rokko, ne rentrez pas trop vite. Le massif de Rokko est un réseau de routes qui se croisent : vous pouvez redescendre par Ura Rokko jusqu’à Arima Onsen, vous plonger dans un bain de la source dorée ou argentée pour laver toute votre fatigue, puis déguster une spécialité locale ; ou bien suivre la crête pour explorer d’autres points de vue et faire de votre journée une boucle complète autour de Rokko.
Ou même simplement redescendre au port de Kobe, vous installer dans un café en bord de mer, et regarder la montagne que vous avez gravie le matin se teinter de rouge au coucher du soleil — ce sentiment de décalage entre « le matin, vous souffriez à ses pieds ; le soir, elle n’est plus qu’un décor » est le luxe le plus romantique que le vélo puisse offrir.
Épilogue : pourquoi nous y revenons sans cesse
Omote Rokko ne fait que 4,7 kilomètres. En tant qu’« itinéraire de montée », c’est si court que ça ne fait même pas une bouchée.
Mais sa valeur n’a jamais résidé dans sa longueur. Elle réside dans le fait qu’elle est juste derrière la ville, accessible en levant simplement la jambe ; dans cette pente de 8,8 % assez honnête pour vous forcer à affronter vos limites ; dans cette vue au sommet qui domine tout Kobe ; dans le fait qu’à chaque saison, chaque montée est un nouveau dialogue.
On me demande parfois, après tant d’ascensions, qu’est-ce qu’il y a encore à grimper ?
Je réponds toujours : cette montagne est différente à chaque fois, et moi qui la gravis, je suis aussi différent à chaque fois.
C’est sans doute, en fin de compte, la raison pour laquelle nous pointons sans cesse notre guidon vers Rokko.
Données de l’itinéraire : Rokko Driveway (Omote Rokko), distance 4,7 km, dénivelé total 414 m, pente moyenne 8,8 %, située dans l’arrondissement de Nada, ville de Kobe, préfecture de Hyogo. C’est l’itinéraire classique par la face avant pour les cyclistes du Kansai qui dialoguent avec le mont Rokko.
Entre le port et la montagne : la double personnalité de la ville de Kobe
Pour vraiment comprendre Omote Rokko, il faut d’abord comprendre la ville de Kobe.
Kobe est une ville allongée, prise en étau entre la mer et la montagne. Elle est très étroite : de la côte au pied de la montagne, il suffit parfois de marcher un court moment. Cette topographie singulière a façonné un mode de vie très particulier chez les habitants de Kobe — leur quotidien possède à la fois l’ouverture de la mer et la proximité de la montagne. Le matin, on peut boire un café au bord du port en regardant les bateaux, et l’après-midi, enfourcher son vélo pour grimper les pentes de Rokko ; ce luxe, beaucoup d’habitants des grandes métropoles n’oseraient même pas y rêver.
C’est aussi pour cela que le mont Rokko n’a jamais été, pour les habitants de Kobe, une montagne lointaine nécessitant une expédition spéciale. Il est dans le décor de leur vie, visible dès qu’on lève les yeux, accessible à tout moment. Si Omote Rokko est grimpée encore et encore par tant de cyclistes de Kobe, c’est précisément parce que c’est l’endroit où l’on peut se réfugier « après le travail, le week-end au petit matin, quand on a le moral en berne ». C’est la soupape de décompression de cette ville, le chemin le plus court entre ses habitants et la nature.
Quand vous roulez sur Omote Rokko et que vous vous retournez sur cette ville qui s’étale entre mer et montagne, vous comprenez pourquoi les habitants de Kobe aiment tant cette montagne — ce n’est pas seulement un paysage, c’est une partie de leur vie, la façon dont cette ville respire.
Ce tremblement de terre, et la veille d’une montagne
Quand on parle de Kobe, on ne peut pas éviter le grand tremblement de terre de Hanshin-Awaji de 1995.
Ce séisme a durement frappé Kobe, emporté de nombreuses vies, et rasé une partie de la ville. Mais les habitants de Kobe ont tenu bon, reconstruisant la ville brique par brique avec une résilience stupéfiante. Et pendant tout ce temps, le mont Rokko est resté silencieusement dressé derrière la ville, tel un gardien fidèle.
Je connais de vieux cyclistes de Kobe qui disent qu’après le séisme, gravir Rokko a pris un sens différent pour eux. Quand on se tient en haut de la montagne et qu’on contemple cette ville renaissante de ses ruines — ces lumières rallumées, ces rues de nouveau en mouvement, ce port à nouveau plein de vie — on est saisi par une émotion indicible. Cette montagne a été témoin de la blessure de la ville, et de sa renaissance.
Ainsi, chaque sommet d’Omote Rokko, pour les habitants de Kobe, n’est pas seulement la conquête d’une pente, mais un dialogue silencieux avec cette ville et son histoire. Ce que vous gravissez n’est pas seulement une montagne, c’est la mémoire et la résilience d’une ville.
La vue nocturne à un million de dollars : un cadeau pour ceux qui tiennent jusqu’au bout
Si vous avez l’occasion de grimper Omote Rokko en fin d’après-midi et de rester au sommet jusqu’à la nuit — alors vous recevrez le plus grand cadeau de Rokko : la vue nocturne à un million de dollars.
La vue nocturne du mont Rokko est classée parmi les « trois plus belles vues nocturnes du Japon », avec Hakodate et Nagasaki. Quand la nuit tombe, les lumières de toute la plaine de Hanshin s’étendent du pied de la montagne jusqu’à la mer, des millions de lampes formant une mer de lumière éclatante, la silhouette de la baie apparaissant en filigrane. Ce n’est pas une émotion que les photos peuvent transmettre — quand vous venez de gravir ces 4,7 kilomètres de pente à la force des jambes, en sueur, debout au sommet, contemplant cette mer de lumières de la ville qui s’allume pour vous, cette émotion vous frappe en plein cœur.
J’ai toujours pensé que cette vue nocturne était réservée à ceux qui « tiennent jusqu’au bout ». Ceux qui montent en voiture peuvent bien sûr la voir, mais la sensation n’a rien à voir. C’est seulement quand vous avez payé le prix de ces 8,8 % d’effort, seulement quand vos jambes chauffent encore de l’effort fourni, que cette mer de lumière paraît si durement gagnée, si émouvante.
La peine de la montée, à cet instant, se convertit intégralement en cette splendeur sous vos yeux. C’est, tout simplement, la fin la plus romantique d’Omote Rokko.
Les gens rencontrés sur la pente
Après avoir gravi Omote Rokko tant de fois, j’ai peu à peu découvert que les « gens » sur cette pente méritent d’être racontés autant que le paysage.
Le matin, sur Omote Rokko, il y a toujours un groupe d’habitués. Il y a le vieux monsieur à la retraite qui a fait de la montée son rituel quotidien, pédalant doucement, sans se presser, avec sur le visage cette sérénité que seules des décennies de complicité avec la montagne peuvent donner ; il y a l’employé de bureau parti avant l’aube pour grimper une fois avant le travail, la chemise cachée sous son maillot, qui prend une photo au sommet puis redescend en vitesse pour se changer ; il y a les équipes d’étudiants qui se retrouvent, se poursuivent sur les murs raides, s’encouragent en riant.
J’aime particulièrement ce moment où l’on croise un cycliste inconnu sur la section raide. Tout le monde est trop essoufflé pour parler, mais quand nos regards se croisent, on hoche toujours vigoureusement la tête, ou on esquisse un sourire forcé — c’est une complicité que seuls ceux qui souffrent de la même manière peuvent comprendre. « Toi aussi tu grimpes ? » « Ouais, on se soutient » — pas besoin de mots, un regard suffit à tout dire.
La montée semble solitaire, mais elle ne l’est jamais vraiment. Sur cette pente, il y aura toujours des fous comme vous, qui choisissent d’affronter la gravité à la force des jambes. Et ce sont précisément ces fous qui donnent de la chaleur à une montagne froide.
Une fois, alors que j’étais sur le point de lâcher prise sur la section raide, un vieux cycliste que je ne connaissais pas m’a dépassé lentement, s’est retourné et m’a dit « もうすぐやで (Plus que quelques mètres) », puis a disparu derrière le virage. Une simple phrase comme ça, et pourtant elle m’a permis de tenir ces derniers centaines de mètres. Je n’ai plus jamais revu ce vieux monsieur, mais je me souviens de cette phrase encore aujourd’hui. C’est ça, la chaleur humaine en montagne — une rencontre de passage qui, au moment où vous en avez le plus besoin, vous tend une parole d’encouragement juste comme il faut.
Mes souvenirs personnels d’Omote Rokko au fil des saisons
- Cerisiers au printemps : en avril, les cerisiers de Kobe fleurissent, et en montant depuis le pied de la montagne, on aperçoit parfois une touffe de fleurs rose-blanc dépasser d’un mur. À la peine de la montée s’ajoute une douceur limitée à la saison.
- Verdure en été : en plein été, en bas, l’humidité est étouffante comme dans un sauna, mais à mi-montée, une fois dans ce tunnel vert, la fraîcheur sous les arbres vous réveille instantanément. C’est la saison où j’aime le plus m’échapper vers la montagne.
- Rouge en automne : en novembre, les feuilles rouges de Rokko teintent tout le versant, l’air frais et sec transforme la montée en pur plaisir. C’est la plus belle et la plus agréable période de l’année sur Omote Rokko.
- Silence en hiver : en plein hiver, le givre, voire une fine couche de neige, peut recouvrir la montagne, les visiteurs se font rares, et toute la montagne est si silencieuse qu’on n’entend plus que le vent. Omote Rokko appartient alors à une minorité de cyclistes qui ne craignent pas le froid, avec une beauté altière — mais il faut absolument mesurer ses forces et faire attention au verglas sur la route.
Cette même pente de 4,7 kilomètres, je l’ai gravie d’innombrables fois au fil des saisons, et chaque fois elle m’a laissé un souvenir différent. C’est aussi pourquoi je n’ai jamais trouvé qu’elle était « courte » — car ce qu’elle m’a donné dépasse de loin sa longueur.
Après l’épilogue : à propos de la « montagne de la maison »
Chaque passionné de vélo devrait avoir dans son cœur une « montagne de la maison » — une montagne vers laquelle on peut se réfugier à tout moment, sans plan particulier.
Pour les cyclistes de Kobe, Rokko est cette montagne de la maison, et Omote Rokko en est le chemin le plus direct et le plus honnête. Elle n’exige pas une expédition au bout du monde, elle est juste derrière la ville, avec sa pente de 8,8 %, prête à accueillir toutes vos émotions — que vous vouliez évacuer le stress, réfléchir en solitaire, repousser vos limites, ou simplement jeter un œil à cette vue nocturne familière.
Je pense que c’est là la véritable valeur d’Omote Rokko. Ce n’est peut-être pas la montée la plus longue, la plus haute, ni la plus spectaculaire. Mais c’est « la maison » — l’endroit où l’on revient encore et encore, et où l’on se sent ancré à chaque retour.
Puissiez-vous trouver, vous aussi, votre propre montagne de la maison. Et si vous êtes à Kobe, alors Omote Rokko vous attend.
Rokko vu par un étranger : le regard d’un cycliste taïwanais
C’est avec mes souvenirs de montées de Taïwan que je suis venu gravir Rokko.
À Taïwan, nous avons des ascensions de haute altitude aussi majestueuses que Wuling, des pentes d’entraînement périurbaines comme Yangmingshan ou Fengguizui, et des routes classiques comme Beiyi. Ces montagnes ont fait grandir mes jambes, et ont aussi façonné mon imaginaire de la montée. Aussi, quand je me suis tenu pour la première fois au pied de la pente d’Omote Rokko, j’étais un peu vexé intérieurement — 4,7 kilomètres à peine, qu’est-ce que ça peut avoir de dur ?
Puis ce mur à 17 % m’a donné une sacrée leçon.
Mais ce qui m’a vraiment impressionné, ce n’est pas la raideur de la pente, c’est la relation entre cette montagne et cette ville. À Taïwan, les montagnes que nous gravissons sont généralement à une certaine distance de la ville, et la montée est souvent une « expédition » qui demande de la planification. À Kobe, la montagne est juste derrière la ville, si proche qu’on dirait qu’on peut la toucher. Cette intimité de « ville et montagne à zéro distance », je l’ai rarement expérimentée à Taïwan. Les habitants de Kobe ont une chance inouïe d’avoir une montagne de la maison aussi accessible.
En gravissant une pente en terre étrangère, je pense souvent aux montagnes de Taïwan. À la mer de nuages au sommet de Wuling, à la brume humide et froide de Fengguizui, à chaque virage familier de la route de Beiyi. Je me rends compte que, où que l’on grimpe, ce noyau de « dialogue avec soi-même, dialogue avec la montagne » est universel. La gravité est aussi juste à Kobe qu’à Nantou, et la sueur est aussi salée en terre étrangère que chez soi.
C’est sans doute ce qu’il y a de plus beau dans le vélo — il vous emmène très loin, mais il vous ramène toujours vers ce coin le plus familier de votre cœur. Après avoir gravi Omote Rokko, je pense encore plus aux montagnes de Taïwan ; et en gravissant des pentes étrangères avec cette nostalgie des montagnes de mon pays, ces pentes acquièrent une chaleur différente.
Si vous êtes aussi un cycliste taïwanais et que vous avez l’occasion de venir à Kobe, il faut absolument gravir Omote Rokko une fois. Pas pour un chrono, mais pour ressentir cette intimité entre une autre ville et sa montagne de la maison — cette intimité que nous avons peut-être eue, nous aussi, sans jamais vraiment la chérir. Après l’ascension, vous comprendrez peut-être, comme moi, mieux aimer les montagnes de Taïwan qui veillent sur nous depuis toujours.
Après tout, les montagnes n’ont pas de frontières. Ceux qui aiment les montagnes, où qu’ils aillent, trouveront toujours le chemin de la maison.
En guise de conclusion : une lettre à mon futur moi
Je voudrais terminer cette écriture sur Omote Rokko par un passage plus personnel.
Si, dans de nombreuses années, je peux encore faire du vélo, j’espère revenir gravir Omote Rokko une fois de plus. Peut-être que mes jambes ne seront plus aussi puissantes qu’aujourd’hui, peut-être que ce mur à 17 % me fera monter plus lentement, plus essoufflé qu’à présent. Mais je crois que lorsque je me tiendrai à nouveau sur ce sommet qui domine tout Kobe, contemplant cette ville et cette baie familières, l’émotion dans mon cœur ne sera pas d’un gramme moindre.
Car la montée n’a jamais été une question de « vitesse ». C’est une question de « es-tu encore prêt à prendre la route ». Tant que tu es encore prêt à enfourcher ton vélo, à affronter cette pente, à transpirer pour le paysage du sommet — alors tu es encore jeune, et tu aimes encore ce monde.
Ce qu’Omote Rokko m’a appris, au final, c’est ceci : l’important n’est pas la vitesse à laquelle tu grimpes, mais le fait de ne jamais cesser de grimper. La vie, c’est pareil. Nous rencontrons tous nos murs raides, ces moments où l’on ne voit pas le sommet et où l’on n’a qu’une envie, abandonner. Mais tant qu’on se souvient de la sagesse de la montée — maîtriser son ambition au début, garder le rythme de sa respiration, rapprocher son regard, avancer virage après virage — aucun mur n’est vraiment infranchissable.
Puissions-nous, toi et moi, sur chaque pente de notre vie, continuer à pédaler ainsi, sans précipitation mais sans jamais nous arrêter. Et quand nous atteindrons enfin le sommet, en regardant derrière nous cette route qui serpente, nous serons sincèrement reconnaissants — envers ce moi qui, au moment où il voulait le plus abandonner, a quand même choisi de donner un coup de pédale de plus.
Les montagnes de Kobe se souviendront de chacun de ceux qui ont transpiré pour elles. Et vous aussi, vous deviendrez une page chaleureuse dans la longue histoire de cette montagne.
Lectures complémentaires
- Passer de l’autre côté de la montagne : gravir Ura Rokko, 7,7 kilomètres entre hortensias, forêts profondes et une source thermale millénaire
- Guide complet de la Rokko Driveway (Omote Rokko) : allure par sections, braquets et stratégie pour le mur raide sur 4,7 km à 8,8 % de moyenne
- Guide d’Ura Rokko : allure d’endurance, braquets et utilisation des marqueurs de 100 mètres sur 7,7 km à 6,5 % de moyenne
- Le rite de passage des cyclistes du Kanto : le col de Yagibushi, un sanctuaire qui mesure votre combativité
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