La route volcanique aux mille trois cents ans d'histoire : sources chaudes, légendes et cyclisme dans les landes de Nasu-Tōge no Chaya

Une route volcanique aux sources ouvertes depuis treize cents ans : mon pèlerinage en ascension sur le plateau de Nasu
Certaines routes, on les oublie après les avoir parcourues ; d’autres, on s’en souvient toute une vie. La Nasu-Tōge no Chaya appartient à la seconde catégorie. Non pas parce qu’elle est particulièrement difficile — elle fait 20,5 kilomètres de long, avec environ 995 mètres de dénivelé et une pente moyenne de seulement 3,2 %, des chiffres plutôt modérés ; mais parce qu’elle se déploie comme un film qui se déroule lentement, depuis les volutes de fumée blanche de la ville thermale, jusqu’à vous emmener dans les landes volcaniques du mont Nasu, pour s’arrêter enfin à la Tōge no Chaya, à environ 1 462 mètres d’altitude, où, entre soufre et vent froid, vous goûtez une quiétude presque pèlerine.
Cet article ne parle pas de puissance, ne calcule pas de braquet. Je veux vous emmener dans la terre qui se cache derrière cette route — les treize cents ans d’histoire des sources ouvertes du plateau de Nasu, la légende du renard à neuf queues, la forêt qui recule sur la route volcanique, et le dialogue lent qu’un cycliste noue avec cette terre, entre deux coups de pédale.
Le plateau de Nasu m’a appris une chose : grimper, ce n’est pas seulement conquérir l’altitude, c’est traverser un récit de temps et de géologie. Chaque tour de pédale vous rapproche d’un lieu plus ancien, plus primitif.
Pourquoi Nasu ? Un plateau choyé par le temps
Avant d’écrire sur cette route, je n’ai cessé de me demander : le Japon compte tant de parcours de montée, pourquoi la Nasu-Tōge no Chaya mérite-t-elle un voyage spécial ? La réponse se cache dans l’épaisseur du temps que portent les deux caractères de « Nasu ».
Le plateau de Nasu n’est pas de ces spots à la mode qui explosent du jour au lendemain ; c’est un plateau que le temps a lentement choyé, où les couches de charme se sont superposées. Plus de treize cents ans d’histoire de sources ouvertes signifient que, sur cette terre, la tradition des bains, des cures et de l’été en altitude est plus ancienne que l’histoire de bien des pays. Les générations successives de la famille impériale, de lettrés et de voyageurs y ont laissé leurs traces, tandis que le mont Nasu, ce volcan actif, façonne silencieusement tout ici à une échelle géologique bien plus lointaine — les sources chaudes, le relief, la végétation, et même cette route volcanique qui fascine les cyclistes.
Lorsque vous grimpez sur ce parcours, vous traversez en réalité deux échelles de temps à la fois : l’une, humaine, celle de l’histoire de la foi thermale, comptée en millénaires ; l’autre, géologique, celle de l’évolution volcanique, comptée en dizaines de milliers d’années. Cette double profondeur temporelle est le cadeau le plus singulier que le plateau de Nasu offre aux cyclistes. Vous ne faites pas que du sport ; vous tracez, avec vos pneus, votre propre ligne sur une fresque vivante, écrite à la fois par le volcan et par les hommes.
Une pente douce qui s’étire depuis Tokyo
Depuis Tokyo, le Shinkansen de la ligne Tōhoku vous mène à Nasu-Shiobara en environ 70 minutes. Ce contraste entre « la métropole et le plateau séparés par un simple trait de rail » est l’un des aspects les plus envoûtants du plateau de Nasu. Le matin, vous êtes peut-être encore dans la jungle de béton de Tokyo ; l’après-midi, vos pneus foulent déjà la route départementale qui mène au volcan actif.
Le plateau de Nasu est depuis toujours une célèbre station d’altitude. Ses sources ouvertes remontent à plus de 1 300 ans, avec le groupe de sources des « Sept sources de Nasu », refuge estival prisé de la famille impériale et des lettrés depuis des siècles. Lorsque vous partez des zones de villégiature de basse altitude, les montées apparemment douces du début ne font que préparer le terrain — celui d’un voyage fait de volcan, de foi et de nature sauvage.
Les 5 premiers kilomètres de pente douce en forêt sont la partie la plus « tendre » de ce parcours. De part et d’autre, des bois denses et quelques villégiatures isolées ; la lumière du soleil tache le sol d’ombres mouvantes à travers les feuillages. J’aime toujours ralentir délibérément sur ce tronçon, pour passer du rythme urbain au rythme du plateau. L’air y est doux, chargé de l’humidité de la forêt et du parfum des herbes.
L’aube avant le départ : l’heure où le plateau s’éveille
J’aime partir à l’aube. Le matin sur le plateau de Nasu a une quiétude particulière — la brume légère n’est pas encore dissipée, l’air de la forêt est froid et vif, et au loin, la silhouette du mont Nasu se dessine dans la lumière du matin. Sortir le vélo à un tel moment, on sent que tout le plateau dort encore, et que vous êtes le premier à fouler cette route volcanique.
La fraîcheur matinale rend l’échauffement essentiel. Je ralentis généralement volontairement sur la pente douce forestière du début, pour laisser le corps se réchauffer doucement, tout en éveillant aussi les yeux et l’esprit. Quand le premier rayon de soleil traverse la cime des arbres et se répand sur la chaussée humide, cette sensation d’être éveillé avec douceur par la nature, aucun home-trainer ne peut l’offrir.
C’est aussi à ces heures matinales que je croise souvent d’autres cyclistes matinaux près du point de départ. On échange un signe de tête, sans un mot, un regard suffit — nous sommes tous venus pour la même montagne, la même route volcanique. Cette complicité silencieuse est l’un des aspects les plus émouvants de la culture du cyclisme.
Nasu-Yumoto : fumée blanche, soufre et la légende du renard à neuf queues
Arrivé vers le 5ᵉ kilomètre, vous entrez dans Nasu-Yumoto Onsen. C’est l’endroit le plus « humain » de tout le parcours — la fumée blanche des rues thermales s’élève en volutes, l’air est imprégné d’une odeur de soufre, et les boutiques et bains publics bordent la route.
Deux monuments à connaître ici.
Le premier est le Kano-yu, l’un des symboles des sources de Nasu, dont l’ouverture remonterait à l’époque de l’empereur Jomei, vers 630. Imaginez : votre vélo de route en carbone arrêté devant cette source millénaire, et soudain la profondeur du temps vous submerge. Vous pédalez sur la mécanique la plus pointue, et pourtant vous vous tenez au cœur d’une histoire thermale qui traverse plus de mille ans.
Le second est le Sesshō-seki. C’est une étendue désolée d’où s’échappent des fumerolles de soufre, sans aucune végétation, baignée d’une légère odeur volcanique. Derrière elle se cache une légende célèbre — celle du renard à neuf queues. On raconte qu’un renard démoniaque à neuf queues, métamorphosé en une belle femme nommée « Tamamo-no-Mae », fut démasqué et s’enfuit dans les plaines de Nasu, pour finalement se changer en une « pierre qui tue » (Sesshō-seki) libérant un gaz toxique qui tuait tout être vivant s’en approchant. Debout devant cette terre désolée, entre l’odeur du soufre et l’atmosphère de la légende, on sent que cette terre recèle une force ancienne et mystérieuse.
Arrêtez-vous devant le Sesshō-seki, éteignez votre compteur, et respirez profondément cet air chargé de soufre. Vous comprendrez soudain que la montée du plateau de Nasu n’a jamais été qu’un simple sport : c’est un voyage à travers légendes et géologie.
De la forêt à la lande : le changement de décor dramatique de la route volcanique
Passé Nasu-Yumoto, le caractère du parcours se transforme. Cette route départementale de Tochigi n° 17, « ligne du plateau de Nasu », porte un ancien nom plus impressionnant — Volcano Highway (ボルケーノハイウェイ / route volcanique). Ce nom n’est pas une métaphore romantique, mais une description précise de la réalité.
À mesure que l’altitude grimpe, vous assistez à une lente transition : la forêt dense s’éclaircit peu à peu, les arbres rapetissent, se raréfient, remplacés par des roches nues, des pentes arides et le paysage volcanique du mont Nasu (Chausu-dake). Le mont Nasu est un volcan actif, et sa présence devient ici d’une réalité saisissante — vous voyez son contour, vous sentez un soufre plus fort, vous percevez cette désolation quasi lunaire au-dessus de la limite des arbres.
Après Daimaru Onsen, la pente se fait impitoyablement plus raide : c’est le tronçon le plus dur de tout le parcours. Mais curieusement, plus l’effort est pénible, plus le paysage est bouleversant. Quand vos jambes brûlent et que votre souffle s’accélère, devant vous s’ouvre une lande volcanique si vaste qu’elle en devient solitaire ; ce contraste violent entre la douleur du corps et la splendeur visuelle crée une dépendance. Dans ce secteur se trouve aussi le téléphérique de Nasu, qui emmène les randonneurs jusqu’au Chausu-dake.
Je me souviendrai toujours de la première fois où j’ai roulé sur ce tronçon : le monde semblait réduit à moi, à ma respiration, et à cette route serpentant dans le paysage volcanique. Cette solitude n’était pas de l’ennui, mais un sentiment d’existence amplifié.
Le mont Nasu : une montagne qui respire encore
Le mont Nasu mérite qu’on s’y attarde. Le mont Nasu (dont le pic principal est le Chausu-dake) est un volcan actif — ce mot « actif » est la clé pour comprendre l’âme de ce parcours. Ce n’est pas une montagne endormie ou morte, mais un organisme vivant qui continue d’émettre des vapeurs géothermiques.
Quand vous roulez sur la route volcanique, que vous voyez les roches nues sur les pentes, que vous sentez le soufre dans l’air, que vous apercevez au loin la fumée blanche des fumerolles, vous prenez conscience : vous roulez sur le flanc d’un volcan actif. Cette sensation est difficile à décrire — à la fois grandiose et teintée de crainte. Face à cette montagne, la civilisation humaine paraît si petite et si éphémère ; et vous, par la seule force de vos jambes, grimpez pas à pas vers son point de départ de randonnée, ce qui est en soi un acte plein de tension.
Sur le mont Nasu se trouve le téléphérique de Nasu, qui emmène les randonneurs près du Chausu-dake. Pendant votre ascension difficile, vous verrez peut-être le téléphérique se déplacer lentement au-dessus de vous, transportant d’autres personnes désireuses de s’approcher de ce volcan actif. Le cycliste avec sa sueur, le randonneur avec ses pas, le téléphérique avec ses câbles — chacun s’approche de la montagne à sa manière. Cette image de « chemins différents, même but » est aussi ce qui rend le mont Nasu si attachant.
峠の茶屋 : Debout à 1 462 mètres, au départ du sentier de randonnée
Enfin, vous atteignez le 峠の茶屋, à environ 1 462 mètres d’altitude, le point de départ de l’ascension du mont Nasu. Lorsque vous descendez de vélo, les jambes encore tremblantes, le vent froid vous fouettant le visage, vous comprenez immédiatement pourquoi les vététistes expérimentés vous rappellent toujours : « Il faut absolument emporter une couche chaude. »
La zone du 峠の茶屋 est le point de départ des randonneurs et le point d’arrivée des cyclistes. En vous retournant sur le chemin parcouru, la Volcano Highway serpente, suspendue aux pentes volcaniques, avec au loin des montagnes et des hauts plateaux qui se succèdent. Vous venez, avec vos propres jambes, de vous amener des sources thermales jusqu’à la porte d’un volcan actif.
Debout au 峠の茶屋, je pense souvent : les randonneurs commencent leur voyage ici, et moi, j’y termine le mien. Au même endroit, deux défis se croisent. Cette image de « la fin qui est le départ d’un autre » confère à cet endroit une solennité particulière.
Les paysages saisonniers le long de la route
Le plateau de Nasu est une scène qui change de décor au fil des saisons. Venir pédaler à différentes périodes de l’année offre des expériences totalement différentes.
- Début de l’été (mai–juin) : La verdure nouvelle est à son apogée. Le vert de la section forestière est si dense qu’il semble impossible à dissiper. L’air du plateau est frais et agréable, c’est la saison la plus confortable pour pédaler.
- Plein été (juillet–août) : Il fait chaud en bas, mais la température se rafraîchit à mesure que l’altitude augmente. La zone du 峠の茶屋 devient un véritable refuge estival naturel. C’est aussi la période la plus animée du plateau de Nasu en tant que station de villégiature.
- Automne (mi à fin octobre) : C’est le moment de gloire du plateau de Nasu. Les landes volcaniques associées aux érables rouges sur toutes les montagnes : ce tableau mêlant feuilles rouges et terres désolées sulfureuses est un spectacle unique que l’on ne voit nulle part ailleurs. Mais c’est aussi la saison où les températures chutent brutalement, rendant la couche chaude absolument indispensable.
- Hiver : La route vers le mont Nasu peut être fermée en raison des chutes de neige, marquant la pause hivernale de cet itinéraire.
Culture locale et suggestions d’extension
Le plateau de Nasu n’est pas qu’un simple itinéraire de montée ; c’est toute une région de villégiature qui mérite d’être explorée lentement. Après la sortie à vélo, pourquoi ne pas en faire un petit voyage d’une ou deux nuits ?
Sources thermales : Puisque vous êtes dans la ville thermale des « Sept sources de Nasu », un bain est indispensable. Les sources de la zone de Nasu-Yumoto, avec leur eau chaude qui lave la fatigue de la montée, constituent le point final parfait de ce voyage. (Il existe de nombreux établissements ; il est conseillé de choisir sur place en fonction des horaires d’ouverture du jour.)
Flânerie sur le plateau : Le plateau de Nasu compte des fermes, des musées d’art, des attractions et des sentiers forestiers, adaptés aux familles ou aux accompagnateurs non-cyclistes. Cela en fait l’une des rares destinations où « un seul pédale, toute la famille s’amuse » est possible.
Prolongation vers le mont Nasu : Si vous avez encore de l’énergie et du temps, garez-vous au 峠の茶屋, prenez le téléphérique de Nasu ou montez à pied jusqu’au mont Chausu, pour contempler tout le plateau depuis le cratère. Monter à vélo, puis atteindre le sommet à pied, voilà la façon complète de vivre ce volcan actif.
Culture du Long Ride : Le plateau de Nasu accueille également des événements de type Long Ride, attirant des cyclistes de toutes les régions. Les itinéraires y sont variés et les paysages riches en couches, ce qui en fait une excellente base pour planifier de longues distances.
L’après-descente : laisser le corps et l’esprit se déposer
L’histoire de la montée ne se termine pas au moment où vous atteignez le 峠の茶屋. Ce qui rend vraiment ce voyage complet, c’est la résonance après la descente.
Lorsque je redescends prudemment des landes volcaniques jusqu’à Nasu-Yumoto, que ma température corporelle se réchauffe peu à peu après le froid du sommet, cette sensation de « retour parmi les humains » est très subtile. La vapeur blanche de la rue des sources thermales, les lumières des boutiques, les odeurs de nourriture dans l’air, tout semble plus vif qu’au départ — comme si les sens, purgés sur les landes volcaniques, percevaient désormais plus profondément les plaisirs terrestres.
Je trouve une source thermale et laisse l’eau chaude envelopper mes jambes endolories. Au moment du bain, la fatigue de la montée, la souffrance de la fin, la solitude du sommet, tout se dissout dans cette eau nourrie par la chaleur géothermique du mont Nasu. C’est une expérience où le corps et l’esprit sont soignés ensemble. Vous repensez à chaque image de la journée sur la route volcanique, tout en ressentant une satisfaction solide et ancrée.
Une ascension complète de Nasu est la somme de trois choses : « monter + redescendre en sécurité + se plonger dans une source thermale ». Sans cette dernière touche de vapeur chaude, l’histoire de cet itinéraire perdrait sa conclusion la plus douce.
Prolongations et hébergement : transformer la sortie en voyage lent
Si le temps le permet, je recommande vivement de ne pas faire l’aller-retour dans la journée, mais de passer une nuit sur le plateau de Nasu, transformant cette sortie à vélo en un voyage lent.
Hébergement : Le plateau de Nasu offre toutes sortes d’options, des ryokan de sources thermales aux lodges de villégiature sur les hauteurs. Passer une nuit vous permet de vraiment ressentir les différentes expressions du plateau entre le soir et le matin — les dernières lueurs du crépuscule, le ciel étoilé nocturne, la brume légère de l’aube. (Les établissements sont nombreux ; il est conseillé de rechercher et de réserver à l’avance selon la saison et le budget.)
Suggestions d’itinéraire prolongé :
- La veille de la sortie : Après l’arrivée, flânez tranquillement dans les zones de basse altitude du plateau, explorez les fermes ou les musées d’art, pour laisser le corps s’acclimater à l’environnement d’altitude.
- Le jour de la sortie : Affrontez la Volcano Highway à l’aube, atteignez le sommet avant midi, puis bain thermal et repos l’après-midi.
- Le lendemain de la sortie : Prenez le téléphérique de Nasu pour monter au mont Chausu, contemplez tout le plateau depuis le cratère, et concluez le voyage par une fin grandiose.
Ce rythme fait de Nasu–峠の茶屋 non pas une simple épreuve endurée, mais des vacances de plateau que l’on peut savourer pleinement.
Ce que cet itinéraire signifie pour un cycliste
Après avoir gravi de nombreuses pentes, je me suis peu à peu rendu compte : les itinéraires vraiment inoubliables ne sont souvent pas les plus raides ni les plus douloureux, mais ceux qui « racontent une histoire ». Nasu–峠の茶屋 est de ceux-là.
Sur 20,5 kilomètres, il vous offre une véritable arc narratif : partir de la station forestière en bordure de ville, traverser mille trois cents ans d’histoire thermale et la légende du renard à neuf queues, grimper jusqu’aux landes d’un volcan actif, et s’arrêter enfin au départ du sentier à 1 462 mètres d’altitude. Les pentes douces du début vous détendent et vous recentrent ; la ville thermale du milieu vous fait dialoguer avec l’histoire ; les pentes volcaniques de la fin vous font recevoir la splendeur dans la souffrance.
Pour moi, Nasu–峠の茶屋 n’est pas un itinéraire à « conquérir », mais un itinéraire à « vivre ». Vous ne venez pas pour le vaincre, vous venez pour vous laisser porter par lui à travers une période, une géologie, une légende.
Les Sept sources de Nasu : une leçon de géologie thermale
Si vous prenez le temps de vous y intéresser, les sources thermales du plateau de Nasu sont à elles seules une leçon de géologie vivante. On y trouve les « Sept sources de Nasu » — une série de sources nourries par le volcan actif du mont Nasu, chacune avec une composition, une couleur et une température différentes. Lorsque vous passez à vélo près de Nasu-Yumoto et que vous sentez l’odeur de soufre dans l’air, vous respirez en réalité la preuve de l’énergie souterraine du mont Nasu.
Volcan, sources thermales, montée : ces trois éléments ne font qu’un sur le plateau de Nasu. La chaleur géothermique du mont Nasu a créé des sources millénaires, le relief magmatique du volcan a créé cette Volcano Highway, et le cycliste, avec ses jambes, relie ces trois éléments en un seul voyage. Lorsque vous voyez, pendant la montée, la fumée blanche s’élever des vallées au loin, ce n’est pas un nuage, c’est de la vapeur géothermique — la preuve que ce volcan actif respire encore.
J’aime, au moment où je me plonge dans la source après la sortie, imaginer le fonctionnement de cette terre sous mes pieds : l’eau de pluie s’infiltre dans les couches volcaniques, est chauffée par la géothermie, puis remonte à la surface, devenant cette eau chaude qui lave ma fatigue. Ce lien avec la géologie, on ne peut jamais le ressentir en ville.
Une route volcanique en solitaire : à propos de la solitude et de la concentration
La partie finale de cet itinéraire est souvent peu fréquentée. Plus on approche du 峠の茶屋, moins on croise de cyclistes ou de voitures, jusqu’à ce qu’il ne reste que vous et cette route qui serpente sur les pentes volcaniques. Pour certains, cette solitude peut être rebutante ; mais pour moi, c’est précisément ce que Nasu–峠の茶屋 a de plus précieux.
Dans la section où la forêt s’efface et où la lande s’ouvre, j’entre souvent dans un état de concentration particulier. Pas de circulation pour me déranger, pas d’agitation urbaine, seulement le bruit de ma respiration, celui de la chaîne, et le vent qui balaie les landes volcaniques. Les jambes tournent régulièrement, mais les pensées sont d’une clarté inhabituelle. Beaucoup de choses que je n’arrive pas à résoudre d’habitude trouvent leur réponse dans cette montée solitaire.
On dit que la montée est un dialogue avec soi-même. Sur les landes volcaniques de Nasu–峠の茶屋, cette phrase devient d’une vérité absolue. Ici, pas de spectateurs, pas d’applaudissements, seulement vous, ce volcan actif, et la raison pour laquelle vous êtes parti.
Cette expérience de « route volcanique en solitaire » fait de Nasu–峠の茶屋 bien plus qu’un itinéraire sportif : c’est une méditation en mouvement. Lorsque vous éteignez votre compteur, que vous abandonnez la mentalité de performance, vous découvrez que cet itinéraire vous donne bien plus qu’un simple chiffre.
De la pierre de Sesshōseki au Chaya du Tōge : un chemin pavé de légendes
En y repensant, le récit de cet itinéraire est en réalité tissé d’une succession de légendes et d’histoire.
Il démarre dans une ville thermale forte de treize cents ans d’histoire, passe par le Naka no Yu, dont les sources remontent à l’époque de l’empereur Jomei, vers 630, traverse les terres désolées de la pierre de Sesshōseki, porteuse de la légende du renard à neuf queues, pour s’achever enfin au Chaya du Tōge, au pied du mont Nasu. Sur ce chemin, vous ne gagnez pas seulement en altitude, vous remontez le temps — des villégiatures contemporaines aux croyances thermales médiévales, jusqu’à la lande primitive née des éruptions volcaniques.
Les Japonais entretiennent un lien particulier avec le « tōge (col) ». Le col est une frontière entre deux contrées, un passage que les voyageurs franchissent, et depuis toujours des chayas y offrent un répit aux marcheurs. Le nom même de Chaya du Tōge porte cette image d’étape, de repos et de transition sur la route. Lorsque vous y arrivez, vous foulez en réalité le même endroit où d’innombrables anciens faisaient halte en traversant monts et vallées. Ce lien avec les voyageurs de l’histoire donne à ce point d’arrivée une épaisseur supplémentaire.
Le plateau de Nasu pour ceux qui ne pédalent pas
Le plateau de Nasu est aussi particulier parce qu’il fait partie des rares destinations où « le cycliste s’éclate, et la famille aussi ». Si votre compagnon de voyage ne roule pas, il ne s’ennuiera pas une seconde ici.
Autour du plateau de Nasu, on trouve des fermes où approcher les animaux, des musées et divers sites à thème, des sentiers forestiers pour la randonnée, et des sources chaudes pour se détendre. Pendant que vous transpirez sur la Volcano Highway, votre famille peut passer une journée entière à flâner sur le plateau, puis vous retrouver le soir pour un bain thermal et un dîner ensemble. Ce mode de voyage, « chacun y trouve son compte, on se retrouve le soir », fait du plateau de Nasu le choix privilégié de nombreuses familles de cyclistes.
C’est aussi pour cela que, dans mon esprit, cet itinéraire n’a jamais été une simple « route d’entraînement », mais des vacances sur les hauteurs à partager avec ceux qu’on aime — j’ai simplement choisi, moi, de découvrir par le vélo le visage le plus brut et le plus grandiose de cette terre.
Pour celles et ceux qui s’y préparent
Si vous envisagez d’ajouter cet itinéraire à votre liste de sorties, voici quelques conseils sincères :
- Ralentissez : la valeur de cette route ne se mesure pas au compteur, mais à chaque transition du parcours. Arrêtez-vous devant la pierre de Sesshōseki, levez les yeux vers le mont Nasu là où la forêt s’efface, et contemplez le chemin parcouru depuis le Chaya du Tōge.
- Emportez des couches chaudes : l’écart de température entre le sommet et le pied de la montagne est un vrai défi ; ne laissez pas l’hypothermie gâcher votre belle arrivée.
- Gardez du temps pour le bain thermal : venir dans cette ville d’eaux millénaire sans s’y tremper serait bien dommage.
- Choisissez la bonne saison : la fraîcheur verdoyante du début d’été, la fraîcheur du plein été, les érables rouges de l’automne — chacune a sa beauté.
Le plateau de Nasu saura récompenser de sa vapeur d’onsen, de ses landes volcaniques et de ses légendes millénaires chaque cycliste qui prend le temps de rouler et de regarder. Lorsque vous vous tiendrez au Chaya du Tōge, enveloppé par le vent froid, saisi par l’immensité de la lande, vous comprendrez — cette montée, elle en valait la peine.
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