Le rite de passage des cyclistes du Kantō : le col de Yabitsu, un sanctuaire qui mesure votre puissance de combat

Le rite de passage des cavaliers du Kantō : le col de Yabitsu, un sanctuaire qui mesure votre puissance de combat
761 mètres d’altitude, 11,5 kilomètres côté Omote-Yabitsu, 643 mètres de dénivelé positif, 5,5 % de pente moyenne. Proche de Tokyo, c’est pourtant l’endroit où d’innombrables cavaliers du Kantō ont fait leur première expérience de la « montée » — le col de Yabitsu, un sanctuaire à la fois doux et impitoyable.
Si les cavaliers du Kantō ont un « rite de passage », c’est très probablement au col de Yabitsu qu’il s’accomplit.
Pourquoi un « sanctuaire »
Le col de Yabitsu (ヤビツ峠) se situe dans la ville de Hadano, préfecture de Kanagawa, à 761 mètres d’altitude, sur la route préfectorale n° 70. S’il est consacré « sanctuaire de la montée », ce n’est pas parce qu’il est le plus difficile, mais parce qu’il est parfaitement dosé.
Pas trop loin de Tokyo, pratique d’accès ; une pente qui n’effraie pas les débutants, mais qui force les plus expérimentés à la prendre au sérieux. Ainsi, du novice qui gravit pour la première fois au vétéran qui répète ses chronos, tous ont laissé leur sueur sur cette pente. Elle est comme une règle universellement reconnue, qui mesure la « puissance de combat » de chacun. Quand les cavaliers du Kantō se demandent « tu fais quel temps à Yabitsu ? », ce n’est pas seulement une question de performance, c’est comme une confirmation de leur « rang » mutuel.
Naguruki, pas « Nakogi »
L’histoire commence au carrefour de Naguruki. C’est le point de départ du « Omote-Yabitsu », juste à côté de la route nationale 246.
Petite particularité que les locaux tiennent à préciser : « 名古木 » se lit nagunuki, et non nakogi comme le laisserait penser la lecture des caractères. Si vous vous trompez la première fois, les cyclistes plus anciens vous corrigeront avec bienveillance — c’est comme le premier mot de passe pour entrer dans ce cercle.
Depuis Naguruki jusqu’au sommet du col, environ 11,5 kilomètres, 643 mètres de dénivelé positif, 5,5 % de pente moyenne. Des chiffres qui semblent doux, mais le caractère de Yabitsu se cache dans les détails.
La douceur du début, un « mensonge bienveillant »
Au départ, la pente est relativement douce, traversant des quartiers résidentiels et des champs, le soleil se déversant en biais sur la route. Ce segment est si agréable qu’il endort la vigilance — beaucoup, emportés par l’excitation, pédalent trop fort et font grimper leur fréquence cardiaque.
Les habitués le savent, c’est le « mensonge bienveillant » de Yabitsu. Il vous fait d’abord flotter sur une pente douce, puis, au moment où vous êtes le plus relâché, il montre ses vraies dents.
Je me force à rester mesuré, à garder mes forces sous clé. Parce que je sais que Minoge m’attend.
Minoge : le mur qui décide de la victoire ou de la défaite
Près de l’arrêt de bus de Minoge, c’est le segment le plus raide de tout le parcours, avec une pente moyenne d’environ 9 %, atteignant près de 11 % au maximum.
Trop de chronos s’effondrent ici. Ayant épuisé leurs forces sur la pente douce du début, dès qu’ils attaquent la montée raide de Minoge, la vérité éclate — fréquence cardiaque au maximum, jambes en plomb, vitesse qui chute de façon désespérante.
Ma stratégie : avant d’entrer dans Minoge, je passe déjà sur le plus petit braquet, en gardant délibérément de la réserve. Une fois dans la partie raide, je reste assis, bien calé, et je « roule » en pédalant à haute cadence, plutôt que de me lever et de forcer sur le grand plateau. Se lever consomme trop d’oxygène, je garde ça pour le moment où je n’en peux vraiment plus. Centimètre par centimètre, j’ai usé ce mur. Cette sensation de « je n’en peux plus, et pourtant j’avance », c’est exactement ce qui rend la montée si addictive.
Nanohanadai : reprendre son souffle, contempler le monde
Une fois Minoge passé, aux deux tiers environ, on rencontre le belvédère de Nanohanadai.
Je me suis arrêté, non pas parce que je n’en pouvais plus, mais parce que la vue ici mérite qu’on s’y attarde. La ville de Hadano, la côte d’Ōiso au loin, s’étendent à vos pieds. Autant le mur était douloureux à l’instant, autant le paysage est doux à présent. C’est la récompense que Yabitsu offre à ceux qui s’efforcent — il est impitoyable, mais juste.
Une gorgée d’eau, je reprends ma respiration, et la pente se stabilise ensuite. Je retrouve mon rythme, et avec un pédalage régulier, j’absorbe les derniers kilomètres un à un.
Au sommet du col, et la route plus loin
Au moment d’atteindre le col de Yabitsu, le sentiment d’accomplissement est bien réel. C’est un repère dans le cœur d’innombrables cavaliers du Kantō, et j’ai enfin pu y inscrire ma propre marque.
S’il vous reste de l’énergie, de l’autre côté du sommet, le « Ura-Yabitsu » mène au lac Miyagase, sur environ 18 kilomètres, plus long et plus paisible que l’Omote-Yabitsu. C’est le prolongement pour les plus avancés, et la prochaine invitation que vous lance Yabitsu — il ne vous offre jamais qu’un seul chemin.
Une règle qui mesure les hommes
Ce qui rend le col de Yabitsu si particulier, c’est qu’il est une « règle universellement reconnue ».
Dans le cercle des cyclistes du Kantō, le temps d’ascension de Yabitsu est presque une monnaie courante. Quand on se demande « tu fais quel temps à Yabitsu ? », ce n’est pas seulement une question de performance, c’est comme une confirmation de son « grade ». Passer sous la barre de l’heure, vous êtes un cycliste sérieux ; sous les quarante minutes, vous êtes un fort ; approcher les trente minutes, c’est déjà frôler le niveau semi-professionnel. Avec sa pente moyenne de 5,5 % et ses 11,5 kilomètres, cette pente mesure équitablement les capacités de chacun.
C’est précisément parce que cette règle existe que Yabitsu est devenu le « sanctuaire d’entraînement » d’innombrables cavaliers du Kantō. Certains viennent plusieurs fois par semaine, comme à la salle de sport ; d’autres considèrent leur « première ascension de Yabitsu » comme leur rite de passage dans le monde de la montée. Ce n’est pas la plus haute montagne, mais c’est le souvenir le plus partagé.
Le matin à Naguruki
Mon défi a commencé au carrefour de Naguruki, le long de la route nationale 246.
(Encore une fois : « 名古木 » se lit nagunuki, et non nakogi comme le laisserait penser la lecture des caractères. Si vous vous trompez la première fois, les cyclistes plus anciens vous corrigeront avec bienveillance — c’est comme le premier mot de passe pour entrer dans ce cercle.)
Le matin, Naguruki porte encore la fraîcheur de la rosée. Des cyclistes, par petits groupes, s’équipent, synchronisent leurs montres, respirent profondément. L’air est chargé d’une tension et d’une excitation d’avant-course. Moi aussi. En regardant la route qui s’élève légèrement devant moi, je sais que les 11,5 kilomètres qui suivent seront un dialogue avec moi-même.
Ce « mensonge bienveillant »
Au départ, la pente est relativement douce, traversant des quartiers résidentiels et des champs, le soleil se déversant en biais sur la route. Ce segment est si agréable qu’il endort la vigilance.
C’est là toute la ruse de Yabitsu — les anciens l’appellent le « mensonge bienveillant ». Il vous fait d’abord flotter sur une pente douce, vous laisse croire que « aujourd’hui, je suis en forme », et insidieusement, vous pédalez plus vite, votre fréquence cardiaque grimpe en silence. Puis, au moment où vous êtes le plus relâché, il montre ses vraies dents.
J’ai déjà mordu à l’hameçon, alors cette fois je me force à rester mesuré, à enfermer mon excitation dans une boîte. Parce que je sais que Minoge m’attend plus loin, et que c’est là que se trouve le véritable examen.
Minoge : l’endroit où l’on montre son vrai visage
Près de l’arrêt de bus de Minoge, c’est le segment le plus raide de tout le parcours, avec une pente moyenne d’environ 9 %, atteignant près de 11 % au maximum.
Trop de chronos s’effondrent ici. Ayant épuisé leurs forces sur la pente douce du début, dès qu’ils attaquent la montée raide de Minoge, la vérité éclate — fréquence cardiaque au maximum, jambes en plomb, vitesse qui chute de façon désespérante. J’ai vu de mes propres yeux des cyclistes costauds vaciller ici, voire mettre pied à terre et pousser leur vélo. À Minoge, Yabitsu arrache tous les masques et vous force à affronter votre moi le plus vrai.
Ma stratégie : avant d’entrer dans Minoge, je passe déjà sur le plus petit braquet, en gardant délibérément de la réserve. Une fois dans la partie raide, je reste assis, bien calé, et je « roule » en pédalant à haute cadence, sans jamais me lever pour forcer sur le grand plateau. Se lever consomme trop d’oxygène, j’en fais ma dernière carte, à jouer seulement quand je n’en peux vraiment plus. Centimètre par centimètre, j’ai usé ce mur. Cette sensation de « je n’en peux plus, et pourtant j’avance » est douloureuse, mais aussi addictive — c’est sans doute ce qui rend la montée si irrésistible.
Nanohanadai : la récompense de ceux qui s’efforcent
Une fois Minoge passé, aux deux tiers environ, on rencontre le belvédère de Nanohanadai.
Je me suis arrêté, non pas parce que je n’en pouvais plus, mais parce que la vue ici mérite qu’on s’y attarde. La ville de Hadano, la côte d’Ōiso au loin, s’étendent à vos pieds. Autant le mur était douloureux à l’instant, autant le paysage est doux à présent.
J’aime beaucoup ce caractère « impitoyable mais juste » de Yabitsu. Il ne vous offre pas le paysage gratuitement, il exige d’abord un tribut — il faut d’abord endurer la souffrance de Minoge pour mériter de respirer le vent à Nanohanadai. Cette causalité immédiate et limpide est ce qui rend la montée si réparatrice : ici, l’effort est toujours récompensé, et la récompense est là, sous vos yeux, visible et tangible.
Une gorgée d’eau, je reprends ma respiration, et la pente se stabilise ensuite. Je retrouve mon rythme, et avec un pédalage régulier, j’absorbe les derniers kilomètres un à un.
Au sommet du col, et l’invitation de l’Ura-Yabitsu
Au moment d’atteindre le col de Yabitsu, le sentiment d’accomplissement est solide. Le sommet à 761 mètres d’altitude est un repère dans le cœur d’innombrables cavaliers du Kantō, et j’ai enfin pu mesurer ma propre marque sur cette règle.
Et Yabitsu ne vous offre jamais qu’un seul chemin. De l’autre côté du sommet, le « Ura-Yabitsu » mène au lac Miyagase, sur environ 18 kilomètres, plus long, plus paisible et plus sauvage que l’Omote-Yabitsu. C’est le prolongement pour les plus avancés, et la prochaine invitation que vous lance Yabitsu — comme un professeur exigeant mais généreux, il a toujours une leçon plus difficile à vous proposer, prête à être suivie.
Après avoir gravi Yabitsu, je me suis assis un moment au sommet, observant les cyclistes qui arrivaient les uns après les autres, ce mélange de fatigue et de satisfaction sur leurs visages. J’ai soudain compris que si le col de Yabitsu est un « sanctuaire », ce n’est pas parce qu’il est grandiose, mais parce qu’il est comme un miroir honnête — votre niveau, votre discipline, votre honnêteté envers vous-même, il vous les reflète fidèlement. Et tous ceux qui acceptent de revenir se regarder dans ce miroir, encore et encore, deviennent, sur cette pente, un peu plus forts à chaque fois.
Le « parfaitement dosé » des chiffres
Revenons aux chiffres : 11,5 kilomètres, 643 mètres de dénivelé positif, 5,5 % de pente moyenne. La magie du col de Yabitsu se cache dans ce « parfaitement dosé ».
5,5 % de moyenne, pas assez raide pour faire craquer un débutant d’emblée, mais jamais assez plat pour ennuyer un expert ; 11,5 kilomètres, pas assez long pour intimider, mais assez pour qu’un chrono soit plein de rebondissements et de spectacle ; 761 mètres d’altitude, d’accès facile, faisable dans la journée, mais avec la hauteur et la fraîcheur d’une montagne. Tout ce « parfaitement dosé » fait de Yabitsu une pente accessible à tous, mais avec toujours une marge de progression.
C’est pour cela qu’il a pu devenir un « sanctuaire » — il n’impressionne pas par une difficulté extrême, mais par un équilibre idéal qui attire durablement des générations de cavaliers, qui reviennent sans cesse. La première fois, votre objectif est de « finir » ; la deuxième, d’« aller plus vite » ; la dixième, vous le considérez comme un vieil ami, et vous venez sans autre raison que de retrouver cette joie pure et familière de se mesurer à soi-même.
L’eau de Hadano, les saveurs de Hadano
La ville de Hadano, où se trouve le col de Yabitsu, porte un surnom charmant — « la ville de l’eau ».
Les eaux souterraines abondantes du massif de Tanzawa jaillissent à Hadano en de nombreuses sources claires et réputées, au point que ses eaux ont été sélectionnées parmi les « 100 eaux célèbres du Japon ». Après avoir gravi Yabitsu, remplir sa gourde de l’eau réputée de Hadano et se laver le visage, cette fraîcheur qui transperce le corps est l’accueil le plus doux que cette ville offre aux cavaliers épuisés.
Hadano est aussi réputée pour ses produits agricoles locaux et sa petite restauration. Après la montée, trouvez une petite échoppe au pied de la colline, dégustez un bol de ramen ou de soba bien chaud pour reconstituer vos forces, et en regardant par la fenêtre les cyclistes qui redescendent, échangez un regard qui dit « toi aussi, tu as bien travaillé » — ce moment simple d’après-randonnée est une part indispensable de l’expérience Yabitsu. (Merci de vérifier sur place les horaires et disponibilités réels des commerces.)
Une pente qui vous apprend à vous connaître
Après avoir gravi Yabitsu de nombreuses fois, j’ai peu à peu compris que sa véritable valeur ne réside pas dans le chiffre affiché au chronomètre, mais dans le fait qu’il vous amène, encore et encore, à « vous connaître vous-même ».
Sur la pente raide de Minoge, quand l’envie d’abandonner surgit, comment y répondez-vous ? Sur la pente douce du début, quand le « mensonge bienveillant » vous tente d’accélérer, savez-vous tenir votre discipline ? Dans les moments les plus douloureux, choisissez-vous de serrer les dents et de tenir, ou de rétrograder intelligemment pour préserver vos forces ? À toutes ces questions, Yabitsu vous apporte des réponses fidèles. Il est comme un miroir qui ne reflète pas seulement votre condition physique, mais aussi votre nature profonde — votre patience, votre discipline, votre honnêteté envers vous-même.
Et le plus beau, c’est que le vous dans ce miroir est capable d’évoluer. Cette fois vous avez craqué à Minoge, la prochaine vous aurez appris à gérer votre allure ; cette fois vous vous êtes laissé piéger par la pente douce, la prochaine vous aurez tenu votre rythme. Yabitsu est témoin de vos progrès, goutte après goutte, et témoin de votre transformation, de débutant débordé à cycliste posé.
Pour vous qui vivez dans le Kantō, et pour vous qui venez de loin
Si vous habitez dans le Kantō, le col de Yabitsu est presque une « matière obligatoire » à laquelle vous ne pouvez échapper — tôt ou tard, un ami cycliste vous y entraînera, ou votre propre curiosité vous poussera à vous tenir au départ de Naguruki. Et je veux vous dire : savourez cette leçon, elle vous accompagnera longtemps.
Si vous venez de loin, voire spécialement du Taiwan pour pédaler au Japon, Yabitsu mérite absolument une place dans votre itinéraire. D’accès facile, aux paysages agréables, de difficulté modérée, c’est une introduction idéale à la « culture japonaise de la montée ». Quand vous aurez, vous aussi, laissé votre marque sur ce sanctuaire du Kantō, vous partagerez avec d’innombrables cyclistes japonais la même mémoire et la même émotion.
Le col de Yabitsu n’est ni le plus haut, ni le plus difficile, ni le plus grandiose. Mais c’est la pente qui ressemble le plus à « un bon professeur » — exigeant, mais généreux ; modeste, mais intemporel. Ce qu’il vous apprend, c’est bien plus que la façon de gravir une montagne, c’est comment, encore et encore, dépasser le vous d’hier.
Le souvenir complet de ce jour-là
Je me souviens encore du matin de ma première tentative de chrono à Yabitsu.
Au carrefour de Naguruki, à l’aube, des cyclistes s’étaient déjà rassemblés par petits groupes. Certains s’échauffaient, d’autres synchronisaient leurs montres, l’air était chargé d’une tension d’avant-course. Moi aussi, les paumes légèrement moites, je vérifiais mon compteur à maintes reprises. Pour un cavalier du Kantō, « faire un chrono à Yabitsu » est presque un rite de passage obligé, et ce jour-là, c’était mon tour.
Compteur remis à zéro, départ. La pente douce du début était trompeusement agréable, je me sentais en pleine forme et j’avais naturellement envie d’accélérer. Heureusement, les recommandations des anciens résonnaient encore à mes oreilles — « Ne te laisse pas piéger par le début, garde tes forces pour Minoge ». Je me suis forcé à contenir mon excitation, à maintenir ma puissance dans la plage prévue, regardant, impuissant, quelques cyclistes partis trop vite me dépasser.
Et effectivement, une fois dans la partie raide de Minoge, le scénario s’est joué. Ceux qui venaient de me dépasser ont tous, un à un, montré leur vrai visage face aux 9 % de pente, ralentissant, leur respiration devenant erratique. Moi, grâce à ma retenue du début, j’avais encore des ressources, et je les ai repris un à un. C’est là toute la magie de la gestion de l’allure — l’histoire du lièvre et de la tortue se joue chaque jour, en vrai, sur la pente de Yabitsu.
Minoge est le plus éprouvant. Fréquence cardiaque collée à la limite, jambes saturées d’acide lactique, chaque coup de pédale est un bras de fer avec sa propre volonté. Je reste assis, bien calé, j’use le terrain à haute cadence, centimètre par centimètre, avec une seule idée en tête : passer Minoge, c’est avoir gagné la moitié.
Une fois le plus raide passé, la vue de Nanohanadai m’a redonné de l’énergie. La ville de Hadano s’étendait à mes pieds, je savais que la victoire était proche. Les derniers kilomètres, la pente s’est stabilisée, j’ai extrait toute l’énergie qui me restait et j’ai sprinté de toutes mes forces vers le sommet.
Au moment d’arrêter le compteur, je me suis effondré sur mon vélo, haletant, la sueur tombant au sol. Mon temps n’était peut-être pas exceptionnel, mais c’était la première fois que, par mes jambes et ma discipline, je conquérais ce sanctuaire du Kantō. Cette satisfaction mêlant fatigue et exaltation, je ne l’oublierai jamais.
En conclusion : à propos de « se mesurer à soi-même »
Après avoir gravi Yabitsu de nombreuses fois, j’ai peu à peu compris que l’adversaire d’un chrono en montée n’est jamais l’autre, mais soi-même.
Ce vous qui veut sprinter dans la partie initiale, ce vous qui veut abandonner à Minoge, ce vous qui est anxieux face aux chiffres — Yabitsu vous force à affronter ces voix intérieures, encore et encore, et à apprendre à vivre avec, à les dompter. Ce que vous vainquez sur la pente, ce n’est pas tant les 643 mètres de dénivelé que votre propre impatience, votre faiblesse et votre frustration.
Et cette capacité à « se mesurer à soi-même », une fois acquise, imprègne tous les recoins de la vie. Face à une difficulté au travail, vous vous souviendrez de la pente raide de Minoge — « il suffit de tenir, ça ira » ; face à la tentation de prendre un raccourci, vous vous souviendrez de la discipline du début — « tiens ton rythme, ne te laisse pas piéger ». Ce que la montée vous apprend, ce n’est jamais seulement le vélo, c’est une attitude face à la difficulté.
C’est peut-être là, la raison la plus profonde pour laquelle le col de Yabitsu est appelé « sanctuaire ». Ce n’est pas une montagne à conquérir, c’est un professeur qui vous accompagne dans votre pratique. Chaque fois que vous revenez au départ de Naguruki, vous ne vous contentez pas de relever le défi d’une pente, vous rendez-vous à un rendez-vous avec vous-même. Et à chaque rendez-vous, vous devenez, un peu plus qu’hier, plus fort.
Pour ceux qui veulent venir
- Saison : au printemps et à l’automne, les températures sont agréables, idéales pour battre des records ; en été, il fait plus frais en montagne mais il faut tout de même se méfier des coups de chaleur ; en hiver, les basses altitudes sont généralement praticables, mais après la pluie, les feuilles mortes rendent le sol glissant, soyez prudent.
- Allure : ne vous laissez pas piéger par la pente douce du début, gardez vos forces pour Minoge.
- Braquet : avant d’entrer dans Minoge, passez sur un braquet plus léger, franchissez le passage en pédalant, ne forcez pas.
- Courtoisie : le week-end, il y a beaucoup de cyclistes et de randonneurs, partez tôt pour éviter la foule, et dans les virages, cédez toujours le passage.
Le col de Yabitsu n’est ni le plus haut, ni le plus difficile, mais c’est la pente qui ressemble le plus à « un miroir ». Votre niveau, votre discipline, votre honnêteté envers vous-même, il vous les reflète fidèlement. C’est peut-être là, la véritable raison pour laquelle on l’appelle « sanctuaire ».
Questions-réponses du voyageur : l’organisation pratique de cette sortie
Combien de temps prévoir ?
L’aller-retour de l’Omote-Yabitsu se fait en une demi-journée, c’est le parcours classique des cyclistes de la région de Tokyo qui « partent le matin et rentrent à midi ». Si vous voulez en faire plus, vous pouvez tenter l’Ura-Yabitsu, de l’autre côté du sommet, long d’environ 18 kilomètres, ce qui demande une demi-journée supplémentaire et plus d’énergie.
Quel est le niveau de difficulté ? Pour qui ?
5,5 % de moyenne, une difficulté modérée, c’est un parcours idéal « de l’initiation à la montée jusqu’au niveau avancé ». Les débutants peuvent viser une ascension tranquille, les plus expérimentés peuvent tenter le chrono. La seule difficulté est le passage à environ 9 % de Minoge, gérable si vous gérez bien votre allure.
Comment s’y rendre ?
Depuis Tokyo, prenez la ligne Odakyū jusqu’à la gare de Hadano, puis pédalez jusqu’au départ de Naguruki. L’accès est pratique, c’est une destination prisée pour le vélo, et c’est aussi une raison majeure pour laquelle c’est devenu le sanctuaire de la montée du Kantō.
Derniers mots
Pour moi, le col de Yabitsu est un professeur exigeant et généreux. Avec sa règle « parfaitement dosée », il mesure ma condition physique, ma discipline et ma nature profonde ; avec la pente raide de Minoge, il me force, encore et encore, à affronter ce moi qui veut abandonner ; et avec le paysage de Nanohanadai, il récompense équitablement chaque effort.
Et ce qu’il m’a appris de plus profond, c’est « se mesurer à soi-même ». L’adversaire d’un chrono en montée n’est jamais l’autre, mais ce moi impatient, faible et anxieux. Chaque retour au départ de Naguruki est un rendez-vous avec soi-même ; à chaque rendez-vous, je deviens, un peu plus qu’hier, plus fort.
Si vous êtes dans le Kantō, Yabitsu deviendra tôt ou tard votre matière obligatoire ; si vous venez de loin, il mérite absolument une place dans votre itinéraire. Allez vous tenir sur ce départ où se rassemblent tant de cyclistes, allez ressentir cette souffrance à la fois douloureuse et addictive sur la pente de Minoge, allez rejoindre, au sommet, la mémoire commune d’innombrables cavaliers du Kantō. Vous comprendrez alors pourquoi cette pente, ni la plus haute ni la plus difficile, est pieusement appelée « sanctuaire » par des générations de cavaliers.
Postface : chaque cavalier du Kantō doit une histoire à Yabitsu
Quand on pédale longtemps dans le Kantō, on remarque une chose amusante : presque chaque cycliste a une « histoire de Yabitsu ».
Certains se souviennent de leur première tentative, craquant à Minoge et mettant pied à terre, piteusement ; d’autres se souviennent d’un matin où ils ont battu leur record personnel, le sourire fendu jusqu’aux oreilles toute la journée ; d’autres se souviennent d’y avoir rencontré des amis de vélo pour la vie ; d’autres se souviennent d’y être montés seuls, le cœur brisé, et d’avoir laissé le vent du sommet sécher leurs larmes. Yabitsu n’est pas qu’une pente, c’est le réceptacle émotionnel commun des cavaliers du Kantō, qui contient la sueur, les larmes, les échecs et les gloires d’innombrables personnes.
Et j’ai moi aussi mon histoire de Yabitsu — ce matin de mon premier chrono, où grâce à ma gestion de l’allure j’ai repris un à un ceux qui étaient partis trop vite. Ce jour-là, j’ai appris bien plus que « l’importance de la gestion de l’allure », j’ai appris la sagesse de vie qui consiste à « rester stable et faire confiance au processus ». Cette histoire, je la garderai toute ma vie.
Si vous n’avez pas encore votre propre histoire de Yabitsu, alors, allez en écrire une. Allez au départ de Naguruki, sur la pente raide de Minoge, dans le vent de Nanohanadai, et laissez votre sueur et vos émotions sur ce sanctuaire du Kantō. Un jour, quand vous pourrez, vous aussi, partager en souriant « mon histoire de Yabitsu », vous serez véritablement devenu membre à part entière de la grande famille des cavaliers du Kantō.
Lectures associées
- Guide pratique du col de Yabitsu : décomposition de l’allure et des braquets sur 11,5 km et 642 m de dénivelé
- Guide de Kujū Chōjūbaru → Col de Manotō : allure, protection contre le vent et conseils d’ascension sur 5,1 km à 5,6 %
- La route volcanique aux sources thermales millénaires : sources chaudes, légendes et cyclisme sauvage de Nasu au Tōgenochaya
- Debout sur le toit de Kyūshū : la route de montagne de Chōjūbaru au col de Manotō, un haut plateau aux vues splendides
台北闊瀨陡坡 騎旅 / 日本單車雜誌編輯車友臨時加入!/ 髮香才是最強的 / feat. 北迴歸線小隊 / 公路車 CT Yeh
6 個月前
2025 乘鞍 KOM 登山賽挑戰實錄 / 日本公路最高 ! 賽前探路篇 / 比富士山厲害,無敵絕景!/ 40週年 / 中文YT首發 / 公路車 / CT Yeh #乘鞍ヒルクライム
11 個月前
風櫃嘴時間 預測西進武嶺時間?13000名車友統計數據分析告訴你 !
5 年前
2025 乘鞍岳登山賽 比賽全紀錄篇 / 完整路線攻略介紹 / 日本版武嶺 公路最高點 / 高山空拍絕景 / 明年會開團! / 公路車 / CT Yeh
10 個月前
2024 如來神掌 百人約騎挑戰!feat. 秘境單車社團 / 神人們太可怕 / 全程錄影 x 完整坡度解析 / 公路車 / CT Yeh
2 年前
宇老大滿貫 拉拉山 員工旅遊 有如爬了一座東進武嶺 #公路車 4K高畫質
6 年前
大禹嶺 到 武嶺牌樓 全程前後實況錄影 | 北進武嶺 | 東進武嶺 | KOM | 訓練台 | 坡度分析 | Taiwan KOM Last 10 km HARD | 公路車
6 年前
西進武嶺 自製新版AI配速表產生器 x 賽前攻略 抱佛腳! 沒有功率計也可以產生配速表嗎?有什麼其他眉角賽前要注意的呢? | 西進武嶺 / 東進武嶺 KOM 攻略 | 公路車 | CT Yeh
4 年前